Journée internationale des infirmières

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La Journée internationale des infirmières est un évènement annuel et mondial qui se produit tous les 12 mai, en référence au jour anniversaire de la naissance de Florence Nightingale. Elle est célébrée en mémoire des nobles actes accomplis par les infirmières et infirmiers pour la société.

Le travail de l’infirmière n’est pas neutre

L’exercice de la profession d’infirmière s’attache au corps du patient. L’infirmière agit sur les chairs, la peau, l’intérieur et l’extérieur du corps et celui-ci est habité par diverses dimensions : affective, émotionnelle et pulsionnelle.

Le toucher professionnel procuré lors des soins reste soumis aux fantasmes tant chez le patient et que chez le soignant.

Fantasmes autour de l’infirmière

Le fantasme sexuel de l’infirmière sexy est lié à l’histoire.

Selon une étude française1, le personnel infirmier confronté aux fantasmes qu’il provoque et aux envies des patients, n’est pas préparé à y réagir.

En menant des entretiens qualitatifs avec 64 infirmiers (dont 85% de femmes, à l’image de la profession) entre 2007 et 2008, Alain Giami, directeur de recherche à l’Inserm, Pierre Moulin de l’université de Lorraine et Émilie Moreau de Paris VIII on démontré que cette pratique professionnelle reste placée sous le signe d’une forte ambivalence entre l’image du dévouement, souvent rattaché à ses origines religieuses et qui renvoie à l’histoire de cette profession d’une part, et celle de la figure érotique, abondamment illustrée dans la culture populaire et dans la pornographie.

Au Moyen-âge, les maisons de malades faisaient appel à des prostituées pour remplacer les religieuses dans la prodigation de soin et proposer des contacts physiques aux malades lorsque cela était nécessaire. Les religieuses quant à elle, s’occupaient seulement des prescriptions.

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« Voyez, j’avais un mot vulgaire qui me venait à l’esprit : l’infirmière “chaudasse” » , confie A., infirmière de 33 ans, lors de l’un des entretiens. «Hein, voyez, l’infirmière chaude… l’infirmière qu’on voit dans les pornos, quoi… ». Elle n’est pas la seule à avoir cette image de la profession qui pousse certains patients à l’exhibitionnisme ou à des avances.

Au fil du temps, la profession s’est affirmée, mais l’image de l’infirmière sexy reste toujours dans les mœurs.

Manifestations et confrontations sexuelles

Tout soignant sera susceptible d’être confronté un jour ou l’autre aux manifestations sexuelles des patients.

Il peut s’agir :

  • Surprendre un patient en train de se masturber
  • Surprendre des relations sexuelles entre deux patients et devoir se positionner pour les autoriser ou les interdire
  • Subir des exhibitions : patients qui restent nus, se promènent nus
  • Être victime ou témoin de propos à teneur sexuelle
  • Recevoir des questions d’ordre général sur l’intimité sexuelle
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Dans les témoignages recueillis par les chercheurs, plusieurs femmes racontent des expériences désagréables. « Ce qui est déjà arrivé, c’est des patients qui mettent mal à l’aise parce qu’il n’y a pas de pathologie localement, mais ils sont tout le temps tous nus dans le lit », note P., 35 ans. « Des fois, je me demande si le patient, il ne fait pas exprès de nous pousser un peu à bout pour qu’on aborde le sujet (…) enfin, je trouve que c’est malsain. »

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Ou une autre, P., 32 ans, qui se souvient d’une expérience arrivée à une collègue : « Un homme, je m’en rappelle, s’était carrément… il s’est carrément branlé… quand elle était en train de lui masser le dos, quoi ! » Le patient a été surnommé « gros cochon » et « plus personne ne voulait entrer dans sa chambre ». « Dans de très nombreux cas, nous trouvons une érotisation qui s’exprime essentiellement à travers des scènes de séduction lourdes, des avances trop insistantes, des blagues vulgaires, des propos et des gestes déplacés (insultes, mains aux fesses) », analyse les auteurs. L’une se souvient d’une demande de « gâteries » alors qu’elle est encore étudiante, l’autre de ceux qui regardent le porno de Canal+ pendant les soins, une troisième de ces « pervers pépères » – du nom de ce personnage de BD obsédé de Marcel Gotlib – qui passent leurs journées à faire des commentaires salaces.

Comment se protéger ?

Au-delà de la gêne qu’elles peuvent ressentir, elles semblent tout de même «avoir une attitude de compréhension compassionnelle envers ce type de demande et de situation» face à des patients souvent en fin de vie, dont il est nécessaire de s’occuper au mieux. «Souvent, c’est plutôt des compliments gentils, très simples. Genre : “Ah ben, y’a que des top models dans cette équipe !”», explique P., 27 ans. « Ça détend. Ah oui, oui, ça détend et on en rigole.» Selon les auteurs, nous sommes dans le cas typique de ce qu’explique le sociologue américain John Gagnon, auteur de la théorie des scripts de la sexualité, «le sexuel reste ce qui est considéré comme sexuel par les acteurs d’une situation ». Ainsi, des réactions peuvent être bien acceptées par les infirmières si elles paraissent difficilement évitables ou dues aux médicaments.

Alors qu’on leur a enseigné à toujours dresser des barrières vis à vis du patient, elles se rendent compte dans la pratique du métier qu’une proximité peut être bénéfique pour le malade et pour elle. «Il y a une collègue qui me disait justement qu’elle posait un Péniflow®, un étui pénien pour récupérer les urines, et il a eu une érection parce que ben… avec le toucher, quoi, logique, réflexe. Du coup, elle lui a dit : “Vous inquiétez pas, prenez votre temps”, enfin, elle a souri, ils ont discuté et voilà» , raconte ainsi E., 27 ans.
L’humour est souvent la méthode utilisée pour dédramatiser et «désérotiser» la situation, sans la nier. Les auteurs de l’étude estiment, malheureusement, que «si les infirmières se retrouvent impliquées personnellement dans des situations d’érotisation et de sexualitation qu’elles ne maîtrisent pas toujours, elles ne peuvent se reporter à des recommandations professionnelles qui leur permettraient de mieux les intégrer à leur pratique». Un paradoxe alors que, pour la psychologue Pascale Molinier, «cette habileté à donner de soi pour pacifier un vieillard est l’expression même du professionnalisme et de la bientraitance au sens concret et non idéologique du terme».

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Pourquoi prendre la sexualité en compte ?

L’OMS définit la sexualité comme : “un élément important qui contribue à l’état de bien-être physique, émotionnel, mental et social”.

Cette dimension devrait faire partie intégrante du projet de vie du patient, mais les textes réglementaires et la charte des bonnes pratiques sont, à ce jour, manquants pour sa prise en compte.

En fait, il existe peu de repères pour les soignants afin de proposer un accompagnement consensuel et adapté et peu d’outils de communication pour ouvrir le dialogue et prendre en charge convenablement la sexualité des patients.

La sexualité est bel et bien présente en institution et son écoute permet aux patients :

  • Un respect de sa singularité
  • Une prise en compte de son désir
  • Un maintien de son équilibre psychique
  • Un épanouissement affectif et relationnel
  • Une meilleure perception de lui-même
  • Une meilleure estime de soi
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Les freins des soignants au fait d’initier une discussion autour de la sexualité

Les soignants abordent peu ce sujet pour plusieurs raisons :

  • La peur d’être intrusif, de mettre le patient mal à l’aise et se sentir soit même gêné.
  • La peur de ne pas savoir comment répondre et se retrouver seul face à la problématique du patient.
  • La peur de manquer de temps à accorder en plus des soins nécessaires.
  • Le fait qu’ils considèrent que selon la pathologie du patient (cancer, opération lourde…), la sexualité n’est pas une priorité.
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Comment prendre en compte la sexualité dans le soin infirmier ?

Il est important de modifier notre regard sur la sexualité et de l’inclure dans le cadre du projet de vie du patient.

Plusieurs solutions peuvent être mises en place pour une meilleure considération de la santé sexuelle :

  • Protéger le patient
  • Prévenir et informer des risques
  • Faire appel à une aide extérieure pour l’analyse des pratiques
  • Obtenir des informations médico-légales auprès d’une aide juridique
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Références

  1. Giami, Moulin, et Moreau 2013. « La place de la sexualité dans le travail infirmier : l’érotisation de la relation de soins ». Sociologie du travail 55 (Vol. 55-n° 1): 20‑38. https://doi.org/10.4000/sdt.12902.[]
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