Pendant et après un cancer, la vie intime et sexuelle peut être bouleversée !

Sujets : , Articles invités, Maladies et sexualité

Article invité

Cet article est un article invité écrit par Sébastien LANDRY, sexothérapeute formé à l’Ecole de Psycho-Sexologie à Paris.

Spécialisé en onco-sexologie, il intervient pour la ligue contre le cancer (Comités Départementaux de la Sarthe, du Maine et Loire, de Loire Atlantique et de la Vendée) ainsi qu’à l’AASM-Maison du Patient au Mans.

Il est auteur du livre « Cancer et sexualité, si on en parlait ! ».

Il est courant, en cancérologie, d’observer des répercussions néfastes sur la vie intime des patient.e.s, soit à cause de la maladie, soit à cause des traitements luttant contre l’affection.

Les causes des perturbations sexuelles chez une personne atteinte du cancer sont multiples :

  • Certaines sont liées aux traitements (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie, etc.)1,
  • D’autres à l’altération de l’état général induit par la maladie et/ou le traitement2.
  • Enfin, certaines sont liées au choc psychologique (annonce de la maladie, altération de l’image corporelle, estime de soi négative, angoisse de mort, peur du regard de l’autre, perturbations de la vie familiale et sociale, etc.).

Mais si certains aspects de l’intimité et de la sexualité sont modifiés, vivre une sexualité reste possible, à condition d’effectuer quelques aménagements :

  • La personne malade peut continuer d’avoir une vie sexuelle et affective, mais le cancer et ses traitements peuvent modifier ses habitudes intimes, sa libido ainsi que sa perception d’elle-même.
  • Certains changements sont temporaires mais certains sont malheureusement permanents.
  • Si dans un premier temps, les conséquences physiques et émotionnelles engendrées par le cancer relèguent bien souvent la vie sexuelle au second plan, à un moment ou à un autre, la question de reprendre une sexualité surgit et il n’est pas rare de voir apparaître des difficultés.
  • De nombreux patients perdent tout intérêt pour la sexualité à cause des effets secondaires, qui sont très variables d’un patient à l’autre.
  • Certains traitements perturbent également l’équilibre hormonal, ce qui peut altérer la libido.

Les répercussions possibles du cancer et des traitements 

Pendant ou après les traitements, il est possible que certaines patient.e.s rencontrent des difficultés, des problématiques sexuelles.

Parmi elles, il n’est pas rare de rencontrer :

  • Une baisse de libido et du désir sexuel
  • Des sécheresses vaginales
  • Des dyspareunies
  • Des dysfonctions érectiles
  • Des troubles de l’image du corps
  • Une incontinence coïtale

Quelques chiffres

Concernant les répercussions du cancer sur la vie sexuelle et intime, on peut retenir3 :

Chez la femme :

  • Plus de 40% des femmes, après un cancer, rapportent des difficultés dans leur vie intime.
  • 26% des patientes se sentent sexuellement moins attirantes ou insatisfaites de l’image de leur corps après un cancer.
  •  24% des patientes traitées pour un cancer estiment que leur vie sexuelle n’est pas vraiment satisfaisante et 20% qu’elle n’est pas du tout satisfaisante.
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Chez l’homme :

  • Les traitements oncologiques modifient la sexualité de 75% des patients
  • Le cancer de la vessie comme celui de la prostate nécessite une intervention radicale qui se solde par des troubles érectiles dans 30 à 100% des cas et une anéjaculation dans 100% des cas.
  • Il est de plus désormais bien établi qu’après une prostatectomie radicale, la prescription de médicaments érectogènes double les chances de récupération de l’érection complète spontanée, passant de 20 à 40% et de 30 à 70% d’érections spontanées partielles. Globalement 50% des opérés présentent à divers degrés des fuites urinaires.

Quelque soit le sexe :

Les cancers pelviens, qu’ils surviennent chez les hommes ou chez les femmes, entrainent des conséquences néfastes sur la sexualité. Il s’agit essentiellement des cancers du rectum, de la vessie, de l’utérus et de la prostate. Dans ce cas, une très forte proportion de personnes déclare des conséquences négatives sur leur vie sexuelle : 89 % des hommes et 75 % des femmes.

Les origines possibles de ces troubles

  • Baisse de libido et du désir sexuel
    • La libido est pulsionnelle : la chute des hormones sexuelles induite par certains traitements (hormonothérapie par exemple) diminue la libido.
    • Le désir sexuel quant à lui est une dimension psychologique : c’est l’envie d’avoir un rapport sexuel avec une personne. La fatigue, les angoisses, le stress, les changements du corps peuvent entraîner une diminution du désir sexuel.
  • Sécheresse vaginale et dyspareunies
    • Les sécheresses sont souvent la cause d’un manque d’imprégnation hormonale au niveau du vagin.
    • Les dyspareunies résultent des sécheresses vaginales, rendant la pénétration douloureuse. Mais elles peuvent également provenir d’un manque d’excitation sexuelle induit par de l’anxiété, de l’angoisse, du stress, de la fatigue, etc.
  • Dysfonctions érectiles
    • Les troubles de la fonction érectile présentent différentes origines, le cancer en lui-même (cancer de prostate par exemple), certains traitements comme la chimiothérapie, la chirurgie ou radiothérapie pelvienne.
    • Ces troubles peuvent également être induits par des répercussions psychologiques (angoisse, anxiété de performance, peur, etc.) et physiologique comme la fatigue par exemple. 
  • Troubles de l’image du corps
    • Les troubles de l’image du corps peuvent résulter des changements négatifs très rapides engendrés par le cancer et les traitements (alopécie, amaigrissement, cicatrices, etc.)
  • Incontinence coïtale
    • L’incontinence coïtale peut provenir de certains traitements (notamment en cas de chirurgies qui altèrent directement la continence) mais résulte bien souvent d’une atrophie musculaire du périnée. 

Les conseils et solutions 

  • Baisse de libido et du désir sexuel
    • Pour les problèmes de libido, il n’existe pas de solution médicamenteuse. Il faut cependant expliquer à la patiente que c’est « normal » par rapport à sa situation, et que, généralement, cela est passager.
    • Concernant le désir sexuel, qui est une dimension psychologique, il ne faut pas hésiter à orienter le ou la patient.e vers un.e psychologue ou un.e sexologue4
    • Un conseil pratique qu’il est possible de donner à la patiente : la lecture de livres érotiques. L’objectif est de stimuler l’imaginaire érotique afin de booster le désir sexuel.
  • Sécheresse vaginale et dyspareunies
    • Concernant les sécheresses vaginales, il existe plusieurs traitements : les hydratants vaginaux ; les hormones locales (ovule vaginal) ; le laser ; la radio-fréquence.
    • Ne pas hésiter à rediriger la patiente vers un.e gynécologue ou un médecin sexologue pour recevoir un traitement adapté (les crèmes et ovules à base d’hormones sont sur prescription médicale). 
    • Concernant les dyspareunies, il faut diriger la patiente vers un.e gynécologue, un.e psychologue ou un.e sexologue.
    • Conseil pratique à donner à la patiente : utilisation d’huile pour muqueuse ou périnée comme lubrifiant lors des rapports sexuels, afin de limiter les dyspareunies induites par la sécheresse vaginale. 
  • Dysfonction érectile
    • Rediriger le patient vers un Urologue pour évaluer les origines de la dysfonction érectile et recevoir un traitement médicamenteux si besoin.
    • Conseiller la consultation avec un sexologue et/ou un psychologue pour travailler les origines psychologiques du trouble.
  • Troubles de l’image du corps
    • Les troubles de l’image du corps seront pris en charge par un.e psychologue.
    • Conseils à donner : proposer une prise en charge globale par les professionnels des soins oncologiques de support. 
  • Incontinence coïtale
    • En première intention, il faut prescrire une rééducation périnéale.
    • Conseil à donner à la patiente : pratiquer des activités physiques travaillant spécifiquement la musculature profonde comme l’Activité Physique Adaptée (Soin Oncologique de Support), le Pilates, le Yoga ; etc.  
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C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres, qu’il semble intéressant, pour les malades et anciens malades, de mettre en place, en service d’oncologie, une consultation dédiée aux troubles et plaintes sexuelles.

Pour approfondir le sujet

LES TROUBLES DU DESIR SEXUEL EN CANCEROLOGIE, par Sébastien LANDRY – Intervention du 8 juin 2018 à Limoges lors de la 24è journée de cancérologie Chénieux organisée par l’AACCC

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Références

  1. Mitchell SA et al. Putting evidence into practice : an update of evidence-based interventions for cancer-related fatigue during and following treatment. Clinical journal of oncology nursing. 2014, 18 Suppl:38-58.[]
  2. Berger AM. NCCN Clinical Practice Guidelines Cancer-related fatigue. National Comprehensive Cancer Network. 2010, 8(8):904-31. Katz A. Man Cancer Sex. Hygeia Media, Oncology Nursing Society. 2010[]
  3. sources Inca, OMS, AFSOS[]
  4. Siles J, Tarquinio C. Les conséquences psychosexuelles et leurs traitements dans le champ du cancer : une revue systématique d’interventions psychothérapeutiques, Sexologies, 2017, 26, 2, 87[]