Préserver la fonction sexuelle en cas de cancer colorectal ?

Publié le 1 mars 2020 dans la catégorie Maladies et sexualité

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Cancer colon chirurgie

Le cancer colorectal est le second cancer le plus mortel en France, avec 18 000 décès par an. C’est le deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes et le troisième chez les hommes. Un test fiable et efficace permet de le dépister à un stade précoce, et dans 9 cas sur 10, il peut être guéri si il est découvert assez tôt1

C’est un cancer qui a des effets néfastes sur la santé sexuelle des patients : troubles de l’érection et de l’éjaculation, sècheresse vaginale et dyspareunie.

En s’interessant à la fonction sexuelle avant, tout au long, et après le traitement, on peut permettre aux patients de garder une qualité de vie sexuelle en dépit de la maladie.

Qu’est-ce le cancer colorectal ? 

Par cancer colorectal, on entend le cancer du côlon ou de la charnière rectosigmoïdienne et du rectum. Dans l’Hexagone, il touche 24 000 hommes et 21000 femmes par an, la plupart âgés de plus de 50 ans avec un âge médian du diagnostic à 71 ans chez l’homme et 73 ans chez la femme. 

Grâce aux progrès thérapeutiques dans le domaine, le taux de survie à 10 ans des patients qui en sont atteints a augmenté au cours de ces 20 dernières années, passant de 53 à 58 %2.

Dysfonctions sexuelles, l’un des effets néfastes du cancer colorectal 

En dépit de ces chiffres encourageants, il faut pourtant savoir que le cancer colorectal a des effets néfastes sur la santé sexuelle des patients3.

Lorsqu’ils sont traités, ces derniers font souvent l’objet de dysfonctions sexuelles, 5 à 88 % des hommes souffrent des troubles de l’érection et de l’éjaculation (en fonciton de la technique opératoire utilisée) et 50 % des femmes, de sècheresse vaginale et de dyspareunie4567.

C’est une situation regrettable dans la mesure où 60 % des hommes de plus d’une soixantaine d’années ont encore une vie sexuelle active 89.

Leur permettre de garder leur fonction sexuelle devient ainsi un véritable défi lors de la prise en charge de ces patients. 

Les traitements du cancer colorectal à l’origine des dysfonctions sexuelles 

Plusieurs options thérapeutiques sont envisageables dans le traitement du cancer colorectal : la radiothérapie, la chimiothérapie ou la chirurgie. Quel que soit pourtant le traitement choisi, il peut avoir des conséquences négatives sur la vie sexuelle du malade.

En 2015, une enquête10 a rapporté que 30% des malades qui ont subi une radiothérapie préopératoire ont rencontré des dysfonctions sexuelles. Ce chiffre est de 12,4% chez ceux traités par proctectomie.

Les raisons en sont nombreuses : 

  • La radiothérapie entraîne des lésions sur les muscles lisses, les muqueuses et les vasa nervorum. Cela provoque des troubles de l’érection pour les hommes et des douleurs pendant les rapports sexuels pour les femmes11,
  • L’opération par voie ouverte entraîne aussi 8 fois plus de troubles sexuels, soit de 41 % si comparée à la laparoscopie qui est de 5 % seulement12
  • Les traitements médicamenteux comme la chimiothérapie impactent aussi négativement la vie sexuelle des patients. Leurs effets secondaires (diarrhées, nausées et fatigue) diminuent la libido et rendent difficile toute activité sexuelle. Il en est de même pour l’inflammation des muqueuses, à l’origine de dyspareunies et de sècheresse vaginale. 
  • La chirurgie, dont la proctectomie, est aussi la principale cause de la détérioration de la fonction sexuelle chez la plupart des malades du cancer de rectum. 76,4% des hommes en souffrent après cette intervention (80% se plaignent de troubles de l’érection et 72% de problèmes d’éjaculation) et 61,5% des femmes (59% d’entre elles souffrent de dyspareunie et 56,6 %, de sècheresse vaginale)13.
  • Les pertes sanguines abondantes, les fuites anastomotiques et une stomie temporaire ou définitive sont aussi susceptibles d’entrainer des dysfonctions sexuelles. Les patients qui ont une stomie sont 3 fois susceptibles de souffrir de dysfonctions sexuelles si comparés à ceux qui n’en ont pas. 
Zones à risque de lésions nerveuses lors de la chirurgie rectale
Zones à risque de lésions nerveuses lors de la chirurgie rectale. D’après LIOT et al. Préservation de la fonction sexuelle : un défi pour le chirurgien colorectal. Revue médicale suisse, 2018, vol. 14, no. 598, p. 573-576

L’évaluation de la santé sexuelle des patients, une étape importante dans la prise en charge

Avant la prise en charge ou la consultation préopératoire d’un patient atteint de cancer colorectal, il faut ainsi l’informer de l’éventuelle apparition de ces troubles sexuels14. S’il en souffre déjà, il faut les diagnostiquer avant le traitement du cancer. Il convient aussi de réaliser une anamnèse de la sexualité, appuyée par un questionnaire d’évaluation comme l’IIEF, le FSFI ou le GRISS15. Ainsi, il sera plus facile pour le patient d’en parler pendant le suivi postopératoire.

Le traitement des dysfonctions sexuelles

Heureusement, il est possible de traiter la plupart des dysfonctions sexuelles relatives au traitement ou à la chirurgie du cancer colorectal.

En ce qui concerne les troubles de l’érection :

  • les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 comme le sildenafil, le tadalafil ou le vardenafil aident par exemple à améliorer de manière satisfaisante ou totale, dans 79 % des cas, les troubles d’érection post proctectomie16.
  • les traitements locaux par prostaglandines à appliquer à l’entrée de l’urètre (alprostadil) permettent aussi d’obtenir de bonnes érections au cas où la prise de traitements oraux est impossible,
  • si cela ne suffit pas, il est possible de prescrire ces prostaglandines par voie injectable directement dans les corps caverneux (Caverject®, Edex®),
  • en derniers recours, la pose permanente par voie chirurgicale d’une prothèse pénienne est la dernière solution.

Chirurgie et radiothérapie sont responsables, en plus de troubles de l’érection, également de troubles de l’éjaculation. C’est pourquoi il faut conseiller aux patients atteints de cancer colorectal devant suivre des traitements et qui n’ont pas encore eu d’enfants d’effectuer un prélèvement et conservation de sperme.

Pour les femmes, l’usage de lubrifiant ou la prise de substitut hormonal est conseillé pour pallier les dyspareunies et la sècheresse vaginale17.

Tout au long du suivi postopératoire, il faut poursuivre de manière régulière l’évaluation de la sexualité des patients afin de traiter rapidement les troubles sexuels qui se présentent.

De plus, il ne faut pas oublier d’interroger et d’aider le ou la partenaire concernant le retentissement possible sur sa propre sexualité.

Ainsi, les patients pourront garder une qualité de vie sexuelle en dépit de la maladie.

Evaluation et prise en charge des troubles sexuels
Evaluation et prise en charge des troubles sexuels. D’après LIOT et al. Préservation de la fonction sexuelle : un défi pour le chirurgien colorectal. Revue médicale suisse, 2018, vol. 14, no. 598, p. 573-576

Références

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  2. Bouvier, A.-M., et A. Drouillard. « Le point sur l’épidémiologie des cancers du côlon ». Oncologie 16, no 11 (1 décembre 2014): 485‑90. https://doi.org/10.1007/s10269-014-2458-z.[]
  3. Traa, M. J., J. De Vries, J. A. Roukema, et B. L. Den Oudsten. « Sexual (Dys)Function and the Quality of Sexual Life in Patients with Colorectal Cancer: A Systematic Review ». Annals of Oncology: Official Journal of the European Society for Medical Oncology 23, no 1 (janvier 2012): 19‑27. https://doi.org/10.1093/annonc/mdr133.[]
  4. Basson, Rosemary. « Sexuality in Chronic Illness: No Longer Ignored ». Lancet (London, England) 369, nᵒ 9559 (3 février 2007): 350‑52. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(07)60166-4.[]
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  6. Silva, Giovanna M. da, Tracy Hull, Patricia L. Roberts, Dan E. Ruiz, Steven D. Wexner, Eric G. Weiss, Juan J. Nogueras, et al. « The Effect of Colorectal Surgery in Female Sexual Function, Body Image, Self-Esteem and General Health: A Prospective Study ». Annals of Surgery 248, nᵒ 2 (août 2008): 266‑72. https://doi.org/10.1097/SLA.0b013e3181820cf4.[]
  7. Varpe, P., H. Huhtinen, A. Rantala, P. Salminen, P. Rautava, S. Hurme, et J. Grönroos. « Quality of Life after Surgery for Rectal Cancer with Special Reference to Pelvic Floor Dysfunction ». Colorectal Disease: The Official Journal of the Association of Coloproctology of Great Britain and Ireland 13, nᵒ 4 (avril 2011): 399‑405. https://doi.org/10.1111/j.1463-1318.2009.02165.x.[]
  8. Helgason, A. R., J. Adolfsson, P. Dickman, S. Arver, M. Fredrikson, et G. Steineck. « Factors Associated with Waning Sexual Function among Elderly Men and Prostate Cancer Patients ». The Journal of Urology 158, no 1 (juillet 1997): 155‑59. https://doi.org/10.1097/00005392-199707000-00050.[]
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  12. Attaallah, Wafi, Suleyman Caglar Ertekin, et Cumhur Yegen. « Prospective Study of Sexual Dysfunction after Proctectomy for Rectal Cancer ». Asian Journal of Surgery 41, no 5 (septembre 2018): 454‑61. https://doi.org/10.1016/j.asjsur.2017.04.005.[]
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  14. Hendren, Samantha K., Brenda I. O’Connor, Maria Liu, Tracey Asano, Zane Cohen, Carol J. Swallow, Helen M. Macrae, Robert Gryfe, et Robin S. McLeod. « Prevalence of Male and Female Sexual Dysfunction Is High Following Surgery for Rectal Cancer ». Annals of Surgery 242, no 2 (août 2005): 212‑23. https://doi.org/10.1097/01.sla.0000171299.43954.ce.[]
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  17. Bernorio, R., S. Piloni, G. Mori, A. Prunas, D. Bosoni, et R. E. Nappi. « Efficacy and Tolerability of a Spray Formulation Containing Visnadine in Women Self-Reporting Sexual Symptoms: A Randomized Double-Blind Placebo-Controlled Pilot Study ». Journal of Endocrinological Investigation 41, no 6 (juin 2018): 729‑37. https://doi.org/10.1007/s40618-017-0801-0.[]
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