Place de la femme face aux troubles sexuels masculins

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La femme est souvent la grande oubliée du couple, lorsque le partenaire masculin présente une difficulté d’ordre sexuel.

Les dysfonctions sexuelles ont des causes multiples à rechercher, à la fois sur le versant médical, et d’autre part, psychologique.

De plus, la sexualité est à interroger à la lumière de la relation de couple et l’attitude des deux partenaires face à la pathologie sexuelle est importante dans la gestion de cette dernière et de sa prise en charge.

Quelles peuvent donc être les répercussions chez la femme, d’un trouble sexuel de son partenaire masculin ?

Ce n’est que récemment que l’on reconnait la place et le rôle de la partenaire dans l’évolution des troubles sexuels rencontrés par l’homme.

Les études montrent en effet que les dysfonctions sexuelles induisent une baisse significative de la satisfaction sexuelle des deux partenaires et modifient leurs comportements, l’humeur générale et la qualité de vie1,2,3.

Les dysfonctions sexuelles masculines peuvent entrainer un retentissement sur la satisfaction sexuelle de la partenaire, mais également sur son bien-être psychologique global.

Chaque difficulté sexuelle masculine est susceptible d’engendrer des conséquences chez la partenaire :

  • La dysfonction érectile (DE), qui touche 30 % à 40 % des hommes au-delà de 40 ans.
  • L’éjaculation prématurée (EP), qui touche 15 % à 25 % des hommes.
  • L’éjaculation retardée (ER) ainsi que l’anorgasmie, qui touchent moins de 1% des hommes.

Comment les femmes vivent-elles les difficultés sexuelles de leur partenaire masculin ?

Il est important de noter qu’une dysfonction sexuelle féminine peut aussi jouer un rôle dans l’origine ou l’entretien d’un trouble sexuel chez l’homme ; c’est le cas, notamment, lorsque celle-ci est liée à un évènement de la vie génitale de la femme (grossesse, post-partum, ménopause, maladie…).

En pratique, la prise en compte des deux partenaires permettra une appréciation plus juste du trouble et une approche thérapeutique mieux adaptée.

1) La dysfonction érectile

Une femme sur quatre de moins de 65 ans a déjà vécue la « panne » d’érection de son partenaire 4.

Les réactions sont différentes en fonction de l’âge, de la longévité du couple et de la fréquence des « pannes ».

  • 98% des femmes estiment qu’il s’agit d’un évènement banal et naturel qui peut arriver à tout homme un jour ou l’autre.
  • Lorsque cela arrive, les femmes sont en général plutôt rassurantes et stimulantes : 92% rassurent leur partenaire, 78% s’efforcent de le stimuler et 60% l’incitent à continuer autrement.
  • 24% vont, quant à elles, se sentir agacées et frustrées.
  • 66% estiment que l’attitude de leur partenaire est de nature à renforcer la dysfonction (insistance, repli, évitement, absence de dialogue).
  • Enfin, le plus difficile pour 47% d’entre elles, est l’attitude de l’homme face à une panne : retrait, énervement ou culpabilisation excessive. 5

Les études67 montrent que les causes principales de la souffrance chez la femme sont le manque de communication (18%) et de caresses pour compenser l’absence de rapports sexuels (18%), bien plus que l’absence de pénétration (3%) ou de rapport abouti.

Le repli sur soi de l’homme confronté à la dysfonction érectile, mais également son incapacité à renouer du lien affectif ou sensuel et à créer un dialogue, est une réelle difficulté pour le couple.

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Une enquête4, menée auprès de 507 femmes, révèle une différence significative dans la satisfaction sexuelle et l’état de bien-être général chez la femme, en fonction de la qualité de la communication du couple à propos du trouble sexuel de l’homme.

Si l’homme cherche à en parler (36%), sa partenaire aura tendance à banaliser la difficulté (37%). Elle l’attribuera plus facilement à un surmenage (33%). Elle se dira plutôt satisfaite ou très satisfaite de sa sexualité (76%). Elle dira qu’elle n’en souffre pas (75%). Mais aussi, elle l’incitera plus facilement à aller consulter un médecin (66%). En revanche, s’il n’en parle pas (64%), elle attribuera la DE à un manque de désir (65%), et se déclarera peu satisfaite de sa sexualité (68%), surtout si l’absence de communication se double d’un repli sur soi ou d’agressivité. Elle dira alors plus facilement qu’elle en souffre (78%).

COLSON M.H., Les femmes face à la dysfonction érectile : problème d’homme, regards de femme.

Ainsi, suivant la réaction de son partenaire, la femme, confrontée à la dysfonction érectile masculine, peut avoir un discours dépréciatif (tels que : « Il ne me désire plus. » / « Il ne m’aime plus »/  » Je ne sais pas m’y prendre ») et une baisse d’estime de soi, surtout lorsqu’il y a une confusion entre le désir masculin et l’excitation physiologique qui se traduit par l’érection.

L’homme, quand à lui, vit une situation angoissante qui se manifeste par une perte de confiance en soi, un repli sur soi, des angoisses d’anticipation de l’échec, une sexualité vécue comme une performance ratée, et, surtout par une perte de son identité virile.
Ces ressentis vont entrainer des réactions négatives comme un retrait de la relation, un isolement, un manque de communication, une irritabilité, des comportements violents, des tentatives de déplacements du problème. 

Nombreux sont les hommes qui refusent de consulter par gène, honte ou fausses croyances, telle que : « c’est irréversible (avec l’âge) ».

De plus, on remarque que les désirs et les attentes de la partenaires sont mal connus ou mal évalués, avec des pensées négatives comme ce qui suit :
« Je ne suis pas un homme. »/ « Je ne satisfais plus ma partenaire. » /« Elle va me trouver nul. » / « Elle va aller voir ailleurs. » ou bien « Je devrais aller voir si ça fonctionne ailleurs ? ».

Alors que nous avons vu que la partenaire est en attente de communication et de gestes affectueux, sans pénétration.

2) L’éjaculation prématurée

Au début de la relation, l’éjaculation prématurée va être assimilée au fait que le partenaire a beaucoup de désir, ce qui reste plutôt flatteur pour la femme qui pourra alors se dire : « Je suis très excitante, il ne me résiste pas. »
Puis, très vite apparaitront de la frustration ainsi que des pensées interprétatives : « Il ne pense qu’à lui et ne fait pas d’efforts pour mon plaisir. »
En plus « Il est trop fier pour en parler ».

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La plupart du temps, l’homme qui souffre d’éjaculation prématurée n’en parle pas. Il souffre d’un sentiment de honte et de culpabilité avec des pensées invalidantes : « Je n’arrive pas à donner du plaisir à ma partenaire » / « Je ne suis pas un homme » / « Elle va aller chercher du plaisir ailleurs  » etc.

Il faut souligner que certains couples peuvent fonctionnent bien avec un partenaire qui éjacule rapidement. C’est le cas par exemple dans les couples où la femme ne préfère pas avoir de rapports trop longs à cause de dyspareunies ou de troubles de la lubrification.

3) L’éjaculation retardée, anorgasmie

Assez peu répandu, ce trouble est, de manière générale, bien toléré par les deux partenaires. Il entraîne du plaisir pour la femme et maintient le fantasme de performance de durée pour l’homme. 

Cependant, cette situation pourra entraîner une plainte lorsqu’il y aura un désir de parentalité avec des pensées (parfois avérées) :  « Il ne souhaite finalement pas avoir d’enfant ». Cela entrainant des tensions dans le couple.

Une dysfonction sexuelle masculine qui cache une dysfonction sexuelle féminine : cause ou conséquence ?

En moyenne, suivant les études, la moitié des femmes dont le partenaire souffre d’un problème d’érection évoquent des troubles du désir, du plaisir et des phénomènes douloureux lors des rapports.
Parfois le trouble n’est que la face visible de conflits beaucoup plus profonds. C’est pourquoi il est important de prendre en compte l’histoire sexuelle de la femme et d’être à l’écoute de son vécu vis-à-vis de son partenaire et de son trouble.
Etre attentif à la santé sexuelle de la femme du couple et traiter son trouble si besoin, aura une influence sur la situation.

Attitudes thérapeutiques à adopter vis-à-vis de la femme

C’est souvent la femme qui encourage l’homme à consulter et le recours au médicaments est perçue de manière plutôt positive chez les femmes en ayant déjà fait l’expérience. 4.

Il est nécessaire de rassurer le couple, en particulier en ce qui concerne les traitements médicamenteux et leurs effets. On rassure la partenaire sur son rôle stimulant malgré les médicaments sexo-actifs.
On informe, on ré-explique le fonctionnement du corps masculin, les particularités de celui de la femme, la différence entre le désir, qui est cérébral, et l’excitation, qui est une réaction anatomique etc…

CONCLUSION

Face à la dysfonction sexuelle de leur partenaire, la majorité des femmes souffrent plutôt de l’absence de communication au sein de leur couple que des conséquences du trouble lui-même, sur leur sexualité.
L’attitude de l’homme confronté à une dysfonction sexuelle reste un facteur déterminant dans l’évaluation de la satisfaction sexuelle et du bien-être général de la femme.
Chacun a son rôle à jouer pour améliorer la qualité relationnelle au sein de son couple.
La femme a ainsi une place essentielle à prendre dans l’évolution du trouble sexuel de l’homme.

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Références

  1. Fisher WA, Rosen RC, Eardley I, Sand M, Goldstein I. Sexual experience of female partners of men with erectile dysfunction : the female experience of men’s attitudes to life events and sexuality (FEMALES) study.J Sex Med 2005; 2: 675-84[]
  2. Cayan S, Bozlu M, Canpolat B, Akbay E. The assessment of sexual functions in women with male partners complaining of erectile dysfunction: does treatment of male sexual dysfunction improve female partner’s sexual functions ? J Sex Marital Ther. 2004; 30 : 333-41[]
  3. Chevret M, Jaudinot E, Sullivan K, Marrel A, De Gendre AS. Impact of Erectile Dysfunction (ED) on Sexual Life of Female Partners : Assessment with the Index of Sexual Life (ISL) Questionnaire. J Sex Marital Ther 2004; 30:157-172 []
  4. COLSON M.H., Les femmes face à la dysfonction érectile : problème d’homme, regards de femme, Prog Urol, 2005, 15, 710-716[][][]
  5. Gérardin M. Troubles de l’érection : le vécu des femmes. Mémoire en vue de l’obtention du diplôme interuniversitaire de sexologie. Juin 2006. Marseille []
  6. Chevret M, Jaudinot E, Sullivan K, Marrel A, De Gendre AS. Quality of sexual life and satisfaction in female partners of men with ED: psychometric validation of the Index of Sexual Life (ISL) questionnaire. J Sex Marital Ther 2004;30:141—55.[]
  7. Delavierre D, Poisson E. La femme face à la dysfonction érectile de son partenaire. À propos de 137 patients. Prog Urol. 2011 Jan;21(1):59-66. French. doi: 10.1016/j.purol.2010.03.011. PMID: 21193147.[]