Comprendre l’éjaculation prématurée

Publié le 3 août 2019 dans la catégorie Points de repères sexo

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Cette semaine, nous souhaitons évoquer un trouble sexuel répandu : l’éjaculation prématurée, plus connue auprès du grand public sous le terme éjaculation précoce. Près d’un homme sur cinq est concerné, pourtant le sujet reste difficile à aborder pour bon nombre d’entre eux alors qu’une prise en charge sexologique donne de bons résultats.

L’homme est naturellement programmé pour éjaculer rapidement, d’ailleurs comme tous les mammifères. Mais avec l’expérience, la maîtrise sexuelle, l’envie de prolonger le plaisir et celui de sa partenaire, il apprend en général à faire durer plus longtemps le rapport sexuel. Malheureusement, certaines personnes n’arrivent pas à contrôler leur éjaculation. Cela entraine de multiples répercussions sur leur vie personnelle et sexuelle comme des sentiments de frustration, de honte, d’impuissance vis-à-vis d’eux-même et de leur leur partenaire qui, de son côté, n’arrivera pas à atteindre l’orgasme au cours du rapport sexuel.

Définition de l’éjaculation prématurée

Depuis les années 70, il existe une dizaine de définitions de cette dysfonction sexuelle.
L’éjaculation prématurée, qu’on appelle également éjaculation précoce ou éjaculation rapide, est une difficulté sexuelle caractérisée par :

  • une éjaculation lors d’un rapport sexuel qui se produit avant que l’homme ne le souhaite
  • depuis au moins 6 mois et dans plus des 3/4 des rapports sexuels
  • qui entraine une souffrance chez l’individu et/ou son partenaire
  • et qui n’est pas due à un problème organique ou secondaire à un trouble du partenaire

On distingue plusieurs degrés :

  • si la pénétration dure moins de 15 secondes, l’éjaculation prématurée est dite sévère.
  • Si la pénétration dure entre 15 et 30 secondes, l’éjaculation prématurée est modérée.
  • Enfin si la pénétration dure entre 30 et 60 secondes, l’éjaculation prématurée est dite légère.

L’éjaculation prématurée peut être primaire ou secondaire :

  • elle est dite primaire, si elle est présente depuis le début de l’activité sexuelle.
  • elle est dite secondaire (ou acquise) si la personne éjacule trop rapidement après une période de sexualité satisfaisante, ou à la suite d’un élément déclencheur.

Le diagnostic de l’éjaculation prématurée primaire repose essentiellement sur l’interrogatoire clinique : il n’y a aucun signe physique ou examen complémentaire spécifique.

Qui souffre d’éjaculation rapide ?

L’éjaculation prématurée concerne entre 15% et 25% de la population masculine 1.

Tout se joue souvent au début de la vie sexuelle.
L’éjaculation prématurée est alors beaucoup plus fréquente au début de l’activité sexuelle. Lors des premiers rapports ou des premières masturbations, l’émission de sperme vient trop vite :

  • soit à cause d’une situation contraignante (peur de se faire prendre, manque de temps, espace confiné par exemple),
  • soit à cause d’un manque de confiance qui entraîne une anxiété (peur de mal faire → angoisse de performance → « ça déborde »).

Le problème, c’est qu’à force de jouir trop vite, des automatismes vont se mettre en place. Le corps s’habitue à ce mode de fonctionnement, et la difficulté persiste même lorsque l’anxiété ou la situation de stress a disparu.

Les cause de l’éjaculation prématurée

Il est difficile d’isoler une cause unique et en général ce sont plutôt un ensemble de facteurs psychologiques, relationnels, environnementaux, hormonaux, neurobiologiques, urologiques qui entrent en jeu.

Les facteurs suivants amplifient ou accélèrent l’orgasme :

  • des rapports trop espacés,
  • l’extrême intensité du désir,
  • les sentimentsressentis pour la partenaire,
  • les manifestations d’excitation de la partenaire,
  • le stress,
  • certains médicaments ou substances (opiacés, dérivés de morphine, héroïne…),
  • et parfois des facteurs physiologiques, voire génétiques.

Les conséquences de l’éjaculation prématurée

Cette dysfonction sexuelle est souvent associée à une baisse de l’estime de soi, un manque de contrôle et des conséquences négatives sur la relation de couple.
L’éjaculation prématurée peut être responsable d’une souffrance chez la partenaire et d’une diminution de la satisfaction sexuelle de cette dernière.
Une éjaculation prématurée sévère, ante portas c’est-à-dire ayant lieu avant même la pénétration peut être responsable de difficulté pour procréer.

Comment durer plus longtemps ?

Il existe plusieurs moyens pour essayer de retarder l’éjaculation :

  • On peut essayer le préservatif « retardant », qui est un préservatif très épais dont le but est de diminuer la sensation ressentie par l’homme
  • Une crème anesthésiante (prescrite par un médecin) appliquée sur la couronne du gland une heure avant le rapport est une autre alternative pour diminuer l’excitation. Ce produit n’a rien de comparable avec les crèmes vendues dans les sex-shops, sous-dosées, donc inefficaces.
  • Enfin, depuis mai 2013, il existe un médicament de la famille des antidépresseurs. Il se prend une heure avant le rapport. C’est le seul sur le marché actuellement avec cette indication spécifique. Il doit être prescrit par un médecin, en complément d’une sexothérapie pour qu’il soit plus efficace. Son efficacité est limitée. On le donne surtout dans les éjaculations prématurées sévères (éjaculation en moins de 15 secondes) car dans les autres cas, l’efficacité est moindre. Ce médicament permet, en moyenne, de doubler le temps avant l’éjaculation (on passe donc de 15 secondes de rapport à 30 secondes de rapport).

Puis-je guérir de l’éjaculation précoce ?

On peut soigner l’éjaculation précoce sans médicament. Il va falloir travailler sur le volet corporel et comportemental. L’enjeu va être de créer de nouveaux schémas sexuels, de désapprendre au corps ces réflexes conditionnés appris au début de la vie sexuelle dans le cas de l’éjaculation prématurée primaire, ou qui ont remplacé l’éjaculation normale dans le cas de l’éjaculation prématurée secondaire.

Les traitements de l’éjaculation prématurée sont essentiellement basés sur les sexothérapies.

  • L’hypnose et la relaxation peuvent être très utiles pour diminuer la tension sexuelle et ralentir l’éjaculation en la maintenant en dessous du seuil du point de non-retour.
  • Les techniques préconisées en sexothérapie par le sexologue (la méthode sexocorporelle, le Stop and go…) permettent d’apprendre à se déconditionner et rééduquer son réflexe éjaculatoire.

Qui soigne l’éjaculation précoce ?

80% des cas d’éjaculation prématurée trouvent une solution en 6 à 10 semaines.

Il ne faut pas hésiter à en parler à votre médecin traitant qui saura vous adresser à un médecin sexologue. La première démarche est forcement difficile (pudeur, culpabilité, sentiment d’infériorité) mais le fait d’attendre risque d’accumuler les frustrations au niveau du couple et ainsi de rendre plus complexe la prise en charge.

Il ne faut pas non plus faire confiance aux « méthodes magiques » que l’on trouve sur Internet, mais bien se tourner vers un sexologue.
Environ deux tiers des sexologues sont des médecins (avec une majorité de généralistes, psychiatres, gynécologues, endocrinologues, urologues et sages-femmes). Le tiers restant se compose de psychologues, kinésithérapeutes. Ces professionnels ont un diplôme inter-universitaire de sexologie, reconnu par l’Ordre des Médecins depuis 1996.
Attention aux « sexothérapeutes », qui bien souvent n’ont aucun diplôme reconnu mais utilisent tout de même cette dénomination.

Pour approfondir :

Notes:

  1. Spira A et al., Les comportements sexuels en France, La documentation Française, Paris, 1993, 352p
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