Comment minimiser l’impact négatif de l’obésité sur la sexualité ?

Publié le 4 mars 2020 dans la catégorie Maladies et sexualité

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Dans notre société où le nombre de personnes obèses augmente, maintenir une vie sexuelle et affective satisfaisante chez les personnes concernées devient un vrai challenge. En effet, les études ont démontré l’impact négatif de l’obésité sur la sexualité aussi bien chez l’homme (troubles de l’érection, diminution de la taille de la verge) que chez la femme (baisse du désir, baisse de la sensibilité et du plaisir) 1.

L’obésité, une maladie épidémique

Actuellement, pas moins de 350 millions d’adultes souffrent d’obésité (IMC > 30), un chiffre en constante augmentation depuis quelques dizaines d’années 2. C’est un fléau de santé publique qui touche surtout les personnes vulnérables des pays industrialisés.

L'obésité à travers le monde (selon OMS 2011)
L’obésité à travers le monde (selon OMS 2011)

Quand l’obésité entraîne des troubles sur la sexualité

L’obésité est souvent la conséquence de mauvaises habitudes alimentaires associant une consommation excessive de sel, de gras, et surtout de sucre, conjuguées à une sédentarité :

  • D’un côté, les apports caloriques alimentaires sont supérieurs aux dépenses énergétiques quotidiennes.
  • De l’autre, les moyens habituels de régulation des apports/dépenses sont perturbées par la consommation de sucres raffinés (qui brouillent la sensation de faim) et par l’exposition aux écrans (qui contribuent au grignotage, diminuent la sensation de satiété et favorisent la sédentarité).
  • Au total, les calories qui n’auront pas été dépensées seront stockées sous forme de graisses.

Cela entrainera d’abord un surpoids (IMC > 25), puis une obésité (IMC > 30), et enfin l’obésité morbide (IMC > 40).

Distinction entre obesite androide et gynoide selon Jean Vague
Distinction entre l’obésité androïde et gynoïde selon Jean Vague 3

Outre le risque de diabète sucré, d’hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires, l’obésité risque également d’impacter la vie sexuelle de la personne atteinte 4.

Les conséquences de l’obésité sur la vie sexuelle des hommes

On a pu démontrer qu’il existait une corrélation entre obésité masculine, hypogonadisme (déficit en testostérone), et dysfonction érectile 5.

De manière générale, il est maintenant démontré que les hommes obèses ont une altération de la fonction sexuelle 6, ce dérèglement hormonal étant en général associé à des troubles de l’érection 7.

À cause de la graisse pubienne qui absorbe la base du pénis, il est fréquent de voir la taille de la verge diminuer, entraînant parfois des difficultés lors de la pénétration. Ces difficultés sont telles que l’homme obèse peut ne plus avoir confiance en ses performances sexuelles ce qui va également éroder le désir sexuel.

Les conséquences de l’obésité sur la vie sexuelle des femmes

Les femmes obèses subissent aussi les conséquences négatives de leur état sur leur vie sexuelle.

L’obésité réduit de plusieurs crans leur libido et par là même le désir sexuel de leurs partenaires, car les graisses accumulées à certains endroits (cuisses, fesses et bas-ventre) rendent difficile toute pénétration. Cela entraine alors parfois une baisse du plaisir ressenti lors de l’acte sexuel, une difficulté à atteindre l’orgasme, puis dans les suites un évitement de la sexualité.

On constate également que troubles alimentaires, dépression et troubles sexuels sont bien souvent associés. Une étude récente 8 a démontré que plus de 66% des femmes présentant un trouble alimentaire se plaignent d’une perte de libido mais pas seulement. Il s’avère que 60 % d’entre elles présentent de l’anxiété quant à la sexualité contre 15 % pour les femmes qui n’ont pas de problèmes alimentaires. Elles sont également davantage en conflits avec leur partenaire, en changent plus souvent et, de manière générale, font moins souvent l’amour. Il semblerait également qu’elles mettent plus de stratagèmes en place visant à éviter les rapports sexuels.

Quand un problème sous-jacent organique ou psychique peut être à l’origine de l’obésité

Certaines maladies peuvent être à l’origine d’une prise de poids importante comme l’hypothyroïdie, la dépression, le syndrome de Cushing, la prise de certains médicaments etc. Ces maladies vont également entrainer des difficultés sexuelles notamment liées à la fatigue chronique qu’elles génèrent, et il est important d’éliminer une de ces pathologies sous-jacentes dans le bilan initial.

Des traumatismes anciens (et notamment sexuels) peuvent être à l’origine de troubles du comportement alimentaire, allant parfois jusqu’à entraîner des problèmes de surpoids, voire d’obésité.

Les études scientifiques internationales ont en effet montré que :

  • les troubles psychotraumatiques augmentaient le risque d’obésité, particulièrement chez les femmes et les enfants ayant subi des violences 9 10
  • les expériences négatives de l’enfance sont un facteur de risque majeur de présenter une obésité et des troubles compulsifs alimentaires à l’âge adulte, celles-ci sont retrouvées dans 70% des cas d’obésité 11
  • toutes les violences subies dans l’enfance (violences physiques, sexuelles et psychologiques) sont fortement associées à des troubles compulsifs alimentaires tout au long de la vie avec des Odds Ratios supérieurs à 3, les violences sexuelles étant plus spécifiquement associées à la boulimie et à l’hyperphagie boulimique 12
  • plus de 30% des victimes de violences sexuelles présentent des troubles du comportement alimentaires 13.

Devant tout trouble alimentaire chez un enfant, un adolescent ou un adulte, il est donc essentiel de rechercher si des violences ont été subies ou sont subies, les professionnels de santé devraient poser systématiquement la question à tous leurs patients 14

Comment traiter ces dysfonctions sexuelles chez les personnes obèses ?

1) La perte de poids

En perdant du poids, un homme obèse peut améliorer sa libido et sa fonction érectile. Cela peut dont être une motivation à lui donner pour l’inciter à faire les efforts nécessaires afin de réduire son IMC.

Une célèbre étude, celle d’Esposito 15 avait démontré les bienfaits d’un régime alimentaire amaigrissant adapté et l’adoption d’activité physique régulière consistant à ne consommer que 1700 kcal/jour afin de perdre 10 % de son poids en 2 ans. Grâce à cette méthode, 30 % des hommes obèses peuvent de nouveau avoir une bonne érection sans même prendre des médicaments.

La meilleure prise en charge consiste ainsi à les aider à perdre du poids grâce à une activité physique régulière et à mettre en place une sexothérapie avec des conseils et des exercices adaptés.

En retrouvant une sexualité, les hommes et les femmes souffrant d’obésité peuvent de nouveau avoir confiance en eux, ressentir une amélioration de l’humeur et être plus motivés à perdre du poids 16.

2) Les traitements pharmacologiques

Comme traitement médicamenteux contre la dysfonction érectile, les IPDE5 ont fait leurs preuves, à condition qu’il n’y ait pas de contre-indication médicale à la prise de ces médicaments.

Au cas où l’on n’obtienne pas les résultats espérés, les injections intracaverneuses constituent une alternative particulièrement efficace 17.

Enfin, il peut être bénéfique de supplémenter en testostérone les hommes présentant un hypogonadisme, ce qui aurait pour effet d’agir sur la libido, le volume éjaculatoire et sur la fonction orgasmique, mais également agir positivement sur les marqueurs métaboliques et les risques cardiovasculaires 18.

3) Savoir accepter son propre corps

Quoi qu’il en soit, un accompagnement psychologique est aussi nécessaire pour traiter les dysfonctions sexuelles des personnes obèses.

Cela leur permet d’avoir de nouveau confiance en eux en dépit de leur surpoids, et d’être assez motivés pour suivre le régime alimentaire conseillé.

Il en est de même pour les activités physiques adaptées qui leur permettent de retrouver un corps plus harmonieux. Difficile en effet de se déshabiller devant son partenaire quand on est obèse.

Par peur du regard de l’autre, une personne obèse peut ne pas avoir envie de dévoiler son corps et risque de bannir toute activité sexuelle de sa vie.

Et après ?

L’accompagnement psychologique et sexologique sera pertinent tout au long du processus d’amaigrissement, et surtout après la perte de poids.

En effet, le corps se modifiant, la représentation que la personne a d’elle-même également. Un travail d’acceptation de ce “nouveau corps” est important.

Parfois, il est nécessaire de proposer un soutien au couple, car c’est également un changement pour le partenaire. Ce dernier va devoir s’adapter aux modifications corporelles d’une personne qu’il a connu avec des formes qu’il appréciait et qui ont pu disparaitre avec les kilos en moins.

Notes:

  1. Ilaria Lucca, Laurent Vaucher, François Pralong, Darius A. Paduch. Troubles sexuels masculins et obésité. Rev Med Suisse 2012; volume 8. 2327-2330. https://www.revmed.ch/RMS/2012/RMS-365/Troubles-sexuels-masculins-et-obesite
  2. « Trends in Adult Body-Mass Index in 200 Countries from 1975 to 2014: A Pooled Analysis of 1698 Population-Based Measurement Studies with 19·2 Million Participants ». The Lancet 387, no 10026 (2 avril 2016): 1377 96. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30054-X.
  3. Vague J. Sexual differentiation, a factor affecting the forms of obesity. Presse Med. 1947;30:339–340.
  4. Mokdad, A. H., B. A. Bowman, E. S. Ford, F. Vinicor, J. S. Marks, et J. P. Koplan. « The Continuing Epidemics of Obesity and Diabetes in the United States ». JAMA 286, no 10 (12 septembre 2001): 1195 1200. https://doi.org/10.1001/jama.286.10.1195.
  5. Meldrum, D. R., J. C. Gambone, M. A. Morris, K. Esposito, D. Giugliano, et L. J. Ignarro. « Lifestyle and Metabolic Approaches to Maximizing Erectile and Vascular Health ». International Journal of Impotence Research 24, no 2 (avril 2012): 61 68. https://doi.org/10.1038/ijir.2011.51.
  6. Kolotkin, Ronette L., Christie Zunker, et Truls Østbye. « Sexual Functioning and Obesity: A Review ». Obesity (Silver Spring, Md.) 20, no 12 (décembre 2012): 2325 33. https://doi.org/10.1038/oby.2012.104. 19. Ce symptôme est augmenté en cas d’hypertension artérielle et de troubles de sommeil.

    Les œstrogènes, hormones sexuelles féminines, sont parfois retrouvées en quantité importante chez ces patients 20Cohen, Paul G. « Obesity in Men: The Hypogonadal-Estrogen Receptor Relationship and Its Effect on Glucose Homeostasis ». Medical Hypotheses 70, no 2 (2008): 358 60. https://doi.org/10.1016/j.mehy.2007.05.020.

  7. Hofstra, J., S. Loves, B. van Wageningen, J. Ruinemans-Koerts, I. Jansen, et H. de Boer. « High Prevalence of Hypogonadotropic Hypogonadism in Men Referred for Obesity Treatment ». The Netherlands Journal of Medicine 66, no 3 (mars 2008): 103 9.
  8. PINHEIRO ET AL. Sexual functioning in women with eating disorders. International journal of eating disorders 2009
  9. Kubzansky, Laura D., Paula Bordelois, Hee Jin Jun, Andrea L. Roberts, Magdalena Cerda, Noah Bluestone, et Karestan C. Koenen. « The Weight of Traumatic Stress: A Prospective Study of Posttraumatic Stress Disorder Symptoms and Weight Status in Women ». JAMA Psychiatry 71, no 1 (janvier 2014): 44 51. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2013.2798
  10. Masodkar, Kanaklakshmi, Justine Johnson, et Michael J. Peterson. « A Review of Posttraumatic Stress Disorder and Obesity: Exploring the Link ». The Primary Care Companion for CNS Disorders 18, no 1 (2016). https://doi.org/10.4088/PCC.15r01848.
  11. Felitti, V. J., R. F. Anda, D. Nordenberg, D. F. Williamson, A. M. Spitz, V. Edwards, M. P. Koss, et J. S. Marks. « Relationship of Childhood Abuse and Household Dysfunction to Many of the Leading Causes of Death in Adults. The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study ». American Journal of Preventive Medicine 14, nᵒ 4 (mai 1998): 245‑58. https://doi.org/10.1016/s0749-3797(98)00017-8.
  12. Caslini, Manuela, Cristina Crocamo, Antonios Dakanalis, Martina Tremolada, Massimo Clerici, et Giuseppe Carrà. « Stigmatizing Attitudes and Beliefs About Anorexia and Bulimia Nervosa Among Italian Undergraduates ». The Journal of Nervous and Mental Disease 204, no 12 (décembre 2016): 916 24. https://doi.org/10.1097/NMD.0000000000000606.
  13. Roland, Noémie, Laure Salmona, Émilie Morand, et Muriel Salmona. « Impact des violences sexuelles : le rôle des professionnels de santé Dans le cadre de la campagne « Stop au Déni » ». Médecine 12, no 6 (1 juin 2016): 285 88. https://doi.org/10.1684/med.2016.64.
  14. Dre Muriel Salmona. Lien entre violences, psychotraumatismes et troubles du comportement alimentaire. Consulté le 3 mars 2020. https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/troubles-du-comportement-alimentaire.html.
  15. Esposito, Katherine, Francesco Giugliano, Carmen Di Palo, Giovanni Giugliano, Raffaele Marfella, Francesco D’Andrea, Massimo D’Armiento, et Dario Giugliano. « Effect of Lifestyle Changes on Erectile Dysfunction in Obese Men: A Randomized Controlled Trial ». JAMA 291, no 24 (23 juin 2004): 2978 84. https://doi.org/10.1001/jama.291.24.2978.
  16. Giugliano F, et al. Adherence to Mediterranean diet and erectile dysfunction in men with type 2 diabetes. J Sex Med 2010;7:1911-7.
  17. Perimenis, P., S. Markou, K. Gyftopoulos, A. Athanasopoulos, K. Giannitsas, et G. Barbalias. « Switching from Long-Term Treatment with Self-Injections to Oral Sildenafil in Diabetic Patients with Severe Erectile Dysfunction ». European Urology 41, no 4 (avril 2002): 387 91. https://doi.org/10.1016/s0302-2838(02)00032-5.
  18. Corona, Giovanni, Matteo Monami, Giulia Rastrelli, Antonio Aversa, Yuliya Tishova, Farid Saad, Andrea Lenzi, Gianni Forti, Edoardo Mannucci, et Mario Maggi. « Testosterone and Metabolic Syndrome: A Meta-Analysis Study ». The Journal of Sexual Medicine 8, no 1 (janvier 2011): 272 83. https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2010.01991.x.)
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