Résultats de l’enquête DPC Santé sexuelle

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Il y a quelques semaines nous avons lancé un sondage ouvert à tous les soignants exerçant en France, dans le but de créer une action DPC.

L’enquête, qui reste toujours accessible via ce lien, a pour but de définir les besoins en formation des professionnels de santé sur le thème de la santé sexuelle, tant sur la forme que sur le fond.

Nous avons dépassé les 300 réponses et nous remercions chaleureusement les répondants qui étaient :

  • médecins (20%)
  • psychologues (20%)
  • infirmiers (10%)
  • sages-femmes (5%)
  • autres professions (45%)

Rappel : Qu’est-ce que le DPC ?

Le Développement Professionnel Continu (DPC) est un dispositif de formation continue qui s’adresse à tous les professionnels de santé, remplaçant l’ancien dispositif nommé Formation Médicale Continue (FMC), qui était réservée uniquement aux médecins.

Pour satisfaire à son obligation de DPC, le professionnel de santé doit, chaque année, justifier d’au moins 3 actions de DPC, dont au moins une action s’inscrivant dans le cadre des orientations prioritaires prévues à l’article L. 4021-2.

Attention

Une petite coquille s’était glissée dans l’enquête : il était indiqué que l’obligation de développement professionnel continu (DPC) des professionnels de santé était de 21h tous les 3 ans.
En réalité, c’est :

  • 21h PAR AN pour les médecins, podologues, sage-femmes
  • 14h PAR AN pour les dentistes, infirmiers, kinés, orthophonistes, orthoptistes, pharmaciens

  • Merci aux personnes qui nous ont signalé cette erreur.

    Les formations DPC sont indemnisées par l’ANDPC (financée par les URSSAF), c’est-à-dire que le professionnel de santé reçoit une compensation financière en fonction du temps qu’il passe à se former, en dédommagement du manque à gagner lié à la perte d’activité relative à sa formation.

    Les actions de formation continue en présentiel sont indemnisées à hauteur de :

    • 45€/h pour les médecins
    • 38€/h pour les sages-femmes
    • 33€/h pour les kinés et les infirmiers

    Les actions en distentiel (e-learning) sont indemnisées à hauteur de :

    • 22€/h pour les médecins
    • 19€/h pour les sages-femmes
    • 16€/h pour les kinés et les infirmiers

    Résultats préliminaires

    L’enquête est toujours ouverte. Voici les premiers résultats.

    Connaissances des professionnels de santé concernant l’obligation de formation

    Premier constat : 22% des professionnels de santé ayant répondu au sondage ne savent pas s’ils sont éligibles ou non au dispositif DPC. Certains ont déclaré n’avoir aucune idée des démarches à effectuer pour remplir son obligation de DPC.

    Information

    Les biologistes, chirurgiens-dentistes infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, médecins, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, pharmaciens et sages-femmes, libéraux ou salariés, sont tous éligibles au dispositif DPC.

    Sujets demandés en santé sexuelle

    Les thèmes les plus demandés sont les plus concrets et concernent :

    • les techniques de communication permettant d’être à l’aise quand le patient aborde le sujet de l’intimité sexuelle,
    • l’obtention d’une confiance en soi suffisante pour aborder le sujet avec son patient,
    • le dépistage et la prise en charge des dysfonctions sexuelles les plus fréquentes.

    Les questions concernant la Prep, le TASP, le VIH, les IST, l’IVG, le handicap etc. arrivent en dernier, ce qui montre qu’il est nécessaire de commencer par une formation qui explique correctement les bases en santé sexuelle.

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    En plus des thèmes à aborder, nous avons également évalué 2 autres points : le type et le format de DPC préféré.

    Il existe 4 types d’action DPC :

    1. La formation continue (cours magistral + évaluation)
    2. La démarche d’évaluation des pratiques – EPP (supervision, groupe Balint etc)
    3. La démarche de gestion des risques – DGR
    4. Le Programme intégré (formation continue + EPP)

    Concernant le type de DPC, tous les soignants sont unanimes sur le fait que l’action de formation continue est leur type d’action DPC préféré.

    Concernant le format, il y a une différence entre les professions :

    • les médecins sont ouverts au e-learning, mais surtout au format mixte avec :
      • 60% qui souhaitent un format mixte (e-learning + présentiel)
      • 30% qui souhaitent e-learning exclusif
      • 10% qui souhaitent présentiel exclusif
    • les kinés et les infirmières sont plutôt intéressés par le présentiel avec :
      • 60% mixte
      • 30% présentiel exclusif
      • et seulement 10% e-learning exclusif.

    Les formations en présentiel favorisent davantage les anecdotes et la clinique, là où, en e-learning, les conférenciers ont facilement tendance à être beaucoup plus scolaires et à faire défiler un diaporama très théorique.

    De plus, le présentiel favorise les échanges : il est possible de poser des questions pratiques, voir de présenter un cas cliniques, auquel l’intervenant peut donner des pistes et des réponses, ce qui peut aider le praticien dans sa pratique. Les questions des confrères et des consoeurs peuvent également être utiles pour notre propre pratique future.

    Cependant, il y a un certain nombre d’avantages à effectuer une formation en e-learning :

    • la possibilité de suivre la formation à son rythme, sans contrainte horaire
    • l’économie en terme de frais de déplacement et de logement
    • le plus grand choix possible en terme de formation
    • la possibilité de choisir des formations avec des intervenants expérimentés (qu’il est parfois difficile de faire se déplacer en local)

    Nous avons donc décidé de partir sur une formation en e-learning en différée (sans contrainte horaire : il sera possible de la suivre à son rythme), mais dans laquelle l’accent sera mis sur la pratique clinique, avec la possibilité d’interagir et de poser des questions via un forum/chat.

    De plus, les questions qui seront posées par un participant seront anonymisées et pourront ensuite être consultées par les autres participants sous forme d’une « Foire aux Questions » (FAQ).

    Recherches et réflexions

    Nous avons fait des recherches sur l’offre en actions de DPC sur le thème de la santé sexuelle.

    A notre grande surprise, il existe une quantité assez importante de formations sur ce thème dans les catalogues des organismes de DPC.

    Mais nous avons également remarqué qu’il existe une énorme disparité entre la qualité des formations en e-learning et des formations qui existent en présentiel.

    • Les formations en e-learning actuellement proposées semblent très peu qualitatives, avec des sujets peu attractifs,  animés par des soignants qui ne sont, la plupart du temps, pas sexologues, ou en tous cas dont la clinique initiale n’est pas orientée vers la santé sexuelle (et donc qui ne vont pas proposer des outils pratiques mais essentiellement de la théorie).
    • A l’inverse, les actions DPC proposées en présentiel par les organismes comme l’AIUS (Association Interdisciplinaire post-universitaire de sexologie) et la SFSC (Société Française de Sexologie Clinique), en général à l’occasion de leur congrès annuel, vont être exclusivement réalisées en présentiel et extrêmement qualitatives : ils font intervenir des cliniciens qui ont une vraie expérience et pratique en sexologie (médecins ou professionnels de santé sexologues reconnus, membres de diverses sociétés savantes en sexologie etc). Le problème c’est que les thèmes abordés sont généralement très spécialisés et pointus pour des médecins généralistes ou des infirmières qui n’ont pas de notions théoriques ou pratiques en santé sexuelle. En revanche, ce sont des formations de référence pour tous les soignants déjà titulaires d’un DIU de sexologie.
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    Il y a donc une place pour un DPC qui soit plus qualitatif que ce qui existe actuellement en e-learning (pour cela il faut un DPC  conçu par des soignants qui abordent la sexualité dans leur clinique quotidienne et qui proposent des outils et des stratégies pratiques plutôt que des concepts théoriques), mais en même temps plus abordable pour tous que ce que proposent les sociétés savantes.

    Nous avons développé récemment nos propres outils pédagogiques numériques qui comportent des schémas et des animations spécifiques à la sexualité, comme le cycle de la réponse sexuelle, des schémas du fonctionnement de l’érection et du vaginisme et également une animation expliquant étape par étape comment fonctionne le réflexe éjaculatoire avec le retentissement sur l’éjaculation des différents facteurs comme le stress ou l’ocytocyne. Une fois cette vidéo visionnée, il est bien plus aisé de comprendre comment prendre en charge une personne qui souffre d’éjaculation précoce ou d’anéjaculation.

    Enfin, nous avions animé plusieurs FMC dans la région où nous travaillons, près de Montpellier, pour des médecins, et nous avions également donnés des cours à l’IFSI de Béziers auprès d’un public d’étudiantes infirmières.

    Nous avions noté 3 choses :

    1. Les soignants sont souvent intéressés par ce thème de conférence, et lorsqu’un labo propose ce sujet, il y a souvent beaucoup plus de présents qu’avec les thèmes habituels (cardiologie, néphrologie, diabète…).
    2. La plupart des soignants n’a reçu aucune formation en terme de santé sexuelle. Ils ont besoin de formations simples, mais surtout de conseils concrets et de cas cliniques.
    3. Le fait d’être à deux (un médecin et une psychologue) psychologue a toujours été très complémentaires lors de ces formations : cela permet d’aider les médecins, peu sensibilisé à la psycho, à comprendre les mécanismes psychologiques sous-jacents et de faire des liens entre l’organique et le psychique, qui sont intimement liés dans la sexualité.

    Notre projet de formation DPC

    Nous aimerions, dans un premier temps, créer une formation DPC de 7h00 en e-learning pour les médecins généralistes, les infirmières et les Kiné, qui répondront à leurs principales préoccupations que sont :

    Pour les médecins :

    • Etre à l’aise quand le patient aborde le sujet (connaitre les différents types de sexualité, le modèle de la réponse sexuelle, les différences entre genre et orientation, etc.)
    • Se sentir à l’aise pour dépister et aborder le sujet (connaitre la fréquence des dysfonctions sexuelles, le retentissement des pathologies chroniques sur la sexualité et les effets secondaires sexo-délétères des principaux médicaments prescrits en cabinet).
    • Prescrire correctement un IPDE-5 (et éviter de faire l’erreur que 9 médecins sur 10 font).
    • Connaitre les principaux intervenants en santé sexuelle et savoir quand et à qui adresser un patient (ex : un kiné pour un vaginisme, un psychologue pour les retentissements psychologiques et sur le couple d’un trouble sexuel ou d’un traumatisme, un sophrologue pour une éjaculation précoce, un urologue pour une maladie de lapeyronie, un gynécologue pour une endométriose etc…)
    • Dépister et prendre en charge les dysfonctions sexuelles les plus fréquentes (comment soigner le vaginisme, l’éjaculation précoce, les dysfonctions érectiles résistantes aux ipde-5).
    • Être capable de modifier un traitement chronique lorsque celui-ci entraine des troubles sexuels avec problèmes d’observance thérapeutique.
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    Pour les infirmières et les kinésithérapeutes :

    • Les éléments de formation de base comme ceux des médecins (anatomie, physiologie) avec des spécificités pour ces 2 professions :
      • Infirmières : orienter la formation sur la sensibilisation à l’écoute, la relation de soin, le couple, le bien-être et également comment se protéger.
      • Kinésithérapeutes : aborder les principes de base des techniques sexo-corporelles, qui consistent notamment, grâce aux mouvements du corps, à diminuer les tensions musculaires et sont la base du traitement de certaines dysfonctions sexuelles ; insister sur les techniques de rééducation du périnées (qui sont souvent connues des kinésithérapeutes dans le post-partum mais qui nécessitent un ajustement dans le traitement du vaginisme).

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