Ménopause et sexualité

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8ᵉ Sommet « Kiffe ton Cycle – de la préménopause à la ménopause »

Nous participons au 8ᵉ Sommet « Kiffe ton Cycle », qui aura lieu en ligne du 7 au 14 novembre, sur le thème « De la préménopause à la ménopause ».
Notre intervention intitulée « Et l’homme dans tout ça ? » sera diffusée le 11 novembre.

Plus d’infos et pré-inscription : cliquez ici


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Il existe une confusion importante dans l’imaginaire populaire, mais également dans celle des soignants, entre période de procréation et période d’activité génitale.

Un grand nombre de personnes pensent que la ménopause, qui signe l’arrêt de la fonction procréatrice chez la femme, sera également source d’une diminution, voire d’un arrêt, de la fonction sexuelle.

Ce n’est pas le cas, et les études montrent que la sexualité des femmes ménopausées, lorsqu’elles ne présentent pas de pathologies liées à la ménopause, reste le plus souvent stable, voire améliorée, et peut même devenir un élément important de la qualité de vie.

Il existe cependant deux cas sur lesquels les soignants doivent rester vigilants à l’approche de cette période critique dans la vie d’une femme :

  • l’apparition de signes climatériques invalidants, qui auront un retentissement négatif sur la qualité de vie, la sexualité et le couple,
  • la période de remise en question (appelée « crise du milieu de vie » ou « crise de la cinquantaine ») parfois associée, et qui doit être prise en charge pour assurer au mieux le maintien en bonne santé

Ce qui définit la crise de la ménopause, c’est que la perception parfois angoissée de la finitude du temps n’est plus compensée par le sentiment qu’il est encore temps, en se dépêchant, de réaliser certains rêves.

Michèle Lachowsky

Qu’est-ce que la ménopause ?

La ménopause est la période de la vie d’une femme où les cycles ovariens, ainsi que les menstruations, s’arrêtent définitivement. Elle intervient généralement entre 45 et 55 ans avec une moyenne à 50 ans1.

C’est donc un phénomène naturel, qui survient lorsque les ovaires arrêtent leur sécrétion hormonale (œstrogènes et progestérone), et que la formation d’un ovule mensuel est stoppée.

A noter que les ovaires sécrètent également un peu de testostérone. On estime qu’après la ménopause, les androgènes vont chuter de 50%, ce qui peut parfois être responsable d’une diminution du désir.

Le diagnostic de ménopause est clinique, et défini par l’absence de règles depuis une année. Il n’y a donc pas d’examen complémentaire à faire (prise de sang etc) pour faire le diagnostic, sauf en cas d’hystérectomie (avec conservation des ovaires) : dans ce cas, un dosage de la FSH et d’estradiol peut être proposé.

Qu’est-ce que la pré-ménopause ?

La ménopause n’apparaît pas brutalement. Elle suit une période dite de pré-ménopause (dans le langage courant), ou péri ménopause (dans le langage médical), où peuvent déjà s’observer des signes climatériques :

  • troubles du cycle,
  • alternance aléatoire de périodes de fonction gonadique normale, de périodes d’insuffisance en progestérone et de périodes d’insuffisance en œstrogènes (bouffées de chaleur)

Les symptômes climatériques et leur retentissement sur la sexualité

L’arrêt de la sécrétion d’œstrogènes va entrainer un effet domino qui tient en 4 signes majeurs, appelés signes climatériques :

  1. Les bouffées de chaleur, accompagnées de rougeur, sueur et palpitations, qui peuvent survenir aussi mien le jour que la nuit, et dont le retentissement va dépendre de leur intensité et de leur fréquence, différents chez chaque femme
  2. Les sueurs nocturnes, qui peuvent entrainer des troubles du sommeil qui vont à leur tour, dans un effet boule de neige, entraîner des complications comme une fatigue chronique, des pertes de mémoire (liées à la fatigue), une tendance dépressive, des troubles de l’attention, une irritabilité etc.
  3. La sécheresse vaginale et vulvaire, qui s’aggrave avec le temps, peut entraîner des dyspareunies d’intromission, des infections urinaires, une incontinence et des impériosités mictionnelles.
  4. Des douleurs articulaires qui sont fréquemment observés lors de la ménopause
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C’est la présence, plus ou moins importante, de ces symptômes, qui va interférer avec la sexualité de la femme :

Signes cliniquesFréquenceInteraction avec la sexualité
Bouffées de chaleur67%+/-
Troubles anxio-dépressifs38,5%+++
Insomnies26%+
Atrophie vaginale20%++
Fatigue18,5%+
Céphalées11%+
Source : Enquête IPSOS-Boiron-FEMVI-Institut CSA 2013

Les modifications physiques responsables des troubles sexuels à la ménopause

Diminution de la lubrification

A cause de la diminution du taux d’oestrogènes qui va diminuer la trophicité de la muqueuse vaginale, le vagin de la femme ménopausée nécessite un temps plus long de préliminaires pour obtenir une lubrification suffisante, et nécessite également d’entretenir le rythme des relations sexuelles

L’absence de préliminaires suffisants peut entrainer une diminution du plaisir ressenti pendant le rapport ainsi que des dyspareunies qui peuvent ensuite se compliquer d’une perte de l’intérêt pour la sexualité et donc d’une diminution secondaire de la libido.

Diminution de la souplesse vaginale

Le vagin va également perdre un peu de sa souplesse, pouvant rendre la pénétration plus difficile.

Amincissement de la muqueuse vaginale et vulvaire

Ces modifications peuvent entraîner une sensation désagréable, voir quelques fois insupportable, au niveau de l’urètre et de la vessie.

Cet amincissement peut entraîner une hypersensibilité et même une véritable douleur avec une irritation mécanique lors des mouvements de va-et-vient du pénis.

Cela peut conduire à des cystites et des envies d’uriner impérieuses qui peuvent perturber les rapports.

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Vagin avant la ménopause (à gauche) VS vagin après la ménopause (à droite)
D’après Wikipédia

Rétrécissement des petites lèvres et diminution de sensibilité du clitoris.

Ces éléments sont plus marqués chez les femmes qui entretiennent peu le rythme des rapports.

Diminution de la capacité orgasmique

L’intensité de l’orgasme peut diminuer et la fonction multi orgasmique peut s’atténuer chez les femmes qui n’entretiennent pas le rythme des rapports sexuels. Si les muscles péri-vaginaux sont entretenus grâce aux exercices de Kegel de façon régulière, la phase de orgasmes ne se modifiera quasiment pas.

L’arrêt des ovulations liées aux pics de LH

Certaines femmes ressentent un pic de désir sexuel au moment de l’ovulation. La ménopause signe la fin de l’ovulation et donc ces femmes ne vont plus ressentir ces pics.

Les facteurs psychologiques responsables des troubles sexuels liés à la ménopause

La sexualité chez les femmes ménopausée est très variable selon les personnes et les couples, et le niveau d’activité sexuelle est souvent corrélé à ce qu’il était avant la ménopause et au désir exprimé par le partenaire.

Comme les œstrogènes (sécrétés par les ovaires) sont les hormones de la féminité, il est fréquent de faire l’amalgame entre ménopause, procréation, perte du pouvoir de séduction et altération de l’activité sexuelle.

La période de remise en question (appelée « crise du milieu de vie » ou « crise de la cinquantaine ») parfois associée et qui doit être prise en charge pour assurer au mieux le maintien en bonne santé.

La ménopause est l’occasion de faire un bilan de la vie, et plusieurs types de réactions peuvent être rencontrées :

  • Réaction adaptée : c’est le cas de la majorité des femmes
  • Réaction intériorisée : ce sont les femmes qui « acceptent » mais avec apparition secondaires de symptômes psychosomatiques sans explication organique
  • Réaction névrotique : la ménopause sera vécue comme une « petite mort » associées à une dépression
  • Réaction active : parfois poussée à l’extrême : femmes qui vont s’hyper-investir dans quelque chose etc.

La place du couple à la ménopause, repenser sa sexualité ?

C’est souvent à l’occasion de la ménopause de la femme, qui marque l’entrée dans une nouvelle période de vie, que les couples font le « bilan ». C’est à ce moment-là que l’on observe chez les partenaires les diverses réactions face au temps qui passe et aux crises que l’on traverse au cours de sa vie.

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Des déséquilibres relationnels et des plaintes de la femme et de l’homme de la cinquantaine peuvent alors apparaitre, nécessitant parfois des prises en charge spécifiques.

L’homme et la femme ont un rapport au temps et au corps différent. Par l’entrée dans la puberté, les cycles menstruels, la grossesse, l’accouchement, la ménopause, le temps est inscrit dans le corps de la femme. On parle de « l’horloge biologique de la femme » pour signifier la diminution de la fertilité au fil des années. C’est différent chez l’homme, les signes physiques sont moins marqués et plus progressifs, il n’est pas question non plus de l’arrêt de la fertilité chez lui.  

Comme nous avons pu le voir par ailleurs, la ménopause entraine des modifications corporelles, plus ou moins variables selon les femmes, mais qui peuvent avoir un retentissement psychologique, sur leur vie intime et sur celle du couple.

L’homme n’est pas exempt des changements du corps liés à l’âge même s’il ne connait pas de bouleversement comparable à celui de la ménopause et qu’il peut bien souvent ignorer les répercussions physiologiques et psychologiques de la femme au cours de cette période.  

C’est pourquoi le dialogue entre les partenaires reste à privilégier et à encourager afin que le couple puisse intégrer ses nouvelles données à sa sexualité.

C’est le moment de revoir ses scripts sexuels, comme prendre plus de temps au moment des préliminaires pour pallier à la diminution de lubrification du vagin par exemple. Il est important de se « resynchroniser » en couple car comme pour tout, les individus, les corps évoluent avec le temps et la sexualité également.  

La place du partenaire 

La ménopause comme signe du vieillissement physiologique du corps de la femme, atteint également le partenaire de la femme ménopausée. Cette avancée dans l’âge, marquée par l’aboutissement d’un processus naturel chez la femme, renvoie l’homme à son propre vieillissement.

Nombreux sont les femmes et les hommes qui vivent mal cette crise dite « de la cinquantaine », cette zone de turbulence et de réaménagements identitaires, pouvant entrainer alors une baisse de l’estime de soi.

Ces bouleversements peuvent être source d’une baisse temporaire de désir sexuel au sein du couple qui peut être parfois mal interprété par les partenaires. La mauvaise interprétation de cette diminution de la libido au sein du couple est souvent une plus grande source de malaise et de conflits que la baisse d’activité sexuelle en elle-même. Parfois l’homme ou la femme peuvent penser à tort qu’ils ne sont plus suffisamment désirables ou désirés par leur partenaire.

Il est alors nécessaire d’être informé sur les différentes étapes de la vie d’un couple afin de s’accorder de nouveau et de dépasser plus sereinement cette crise qui concerne bien les femmes et les hommes, quand bien même la ménopause touche le corps de la femme.

Quels sont les traitements de la ménopause ?

En diminuant les 4 signes climatériques principaux, qui sont responsables de l’effet domino entrainant le manque de sommeil et le retentissement sur l’humeur et l’état général, il est possible d’améliorer grandement le sommeil, l’humeur, l’état général et donc le retentissement sur la sexualité.

Les règles hygiéno-diététiques

Elle doit faire rappeler à toute femme ménopausée car on sait qu’ils améliorent l’espérance de vie en bonne santé. Elles sont au nombre de quatre :

  • Pratiquer une activité physique régulière (30 minutes de marche rapide par jour)
  • Arrêter le tabac
  • Privilégier une alimentation équilibrée, pauvre en graisses et limiter la prise de café, de sucré et d’alcool
  • Avoir un apport suffisant en calcium et en vitamine D
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Les traitements symptomatiques non hormonaux

Médicaments antidépresseurs

Les troubles anxio-dépressifs étant retrouvés chez près de 40% des femmes ménopausées, il peut être tentant de prescrire un antidépresseur. Ces médicaments doivent être réservés aux syndromes dépressifs caractérisés, et il faut plutôt privilégier dans un premier temps le soutien psychologique avec des TCC, surtout que les ISRS entraînent fréquemment des effets secondaires négatifs sur la sexualité.

Traitements naturels et placebos

L’effet placebo est observé pour 50% dans l’amélioration des bouffés vasomotrices. Les préparations à base d’herbes, de plantes ou l’homéopathie peuvent donc être prescrites, même si celles-ci n’ont aucune base scientifique.

Traitements locaux de la sécheresse vaginale

Les crèmes et gels hydratants à base de vitamine E et acide hyaluronique ont un effet positif sur la sécheresse vulvo-vaginale et peuvent être très utiles pour améliorer la sexualité.

Le traitement Hormonal de la Ménopause (THM)

Le principe du traitement hormonal de la ménopause (THM) est de traiter les symptômes de carence estrogénique, responsables de perte osseuse et de troubles fonctionnels dit climatériques (bouffées de chaleur, sécheresse cutanéomuqueuse, troubles vaginaux, etc.), par l’administration d’estrogènes par voie orale ou extradigestive (crème ou gel), associé à un progestatif pour éviter le risque de cancer de l’endomètre.

Seuls les troubles perçus par la patiente comme altérant sa qualité de vie justifient la prescription d’un THM2.

Les estrogènes sont contre-indiqués dans les cas suivants : antécédent de cancer du sein, cancer de l’endomètre, hémorragie génitale non diagnostiquée, accident thromboembolique, récent ou en évolution de type artériel (angor, infarctus du myocarde, AVC) ou veineux (thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire), porphyrie.

A noter qu’il existe également un bénéfice sur le plan cardiovasculaire si le traitement est initié de façon précoce3.

Conclusion

Même si la majorité des études note une diminution de la fréquence des rapports sexuels avec l’âge, il n’y a pas de rupture brutale à la ménopause, mais plutôt une évolution progressive qui dépend du niveau de la sexualité tel qu’il était avant la ménopause.

La ménopause ne signe donc pas l’arrêt du plaisir sexuel ni du désir. C’est une période qui est souvent vécue comme une crise, mais comme toute crise, il faut en tirer le côté bénéfique pour se permettre de se réinventer et aller de l’avant, comme la resynchronisation de la sexualité à deux.

Le traitement hormonal apporte une amélioration de la trophicité vulvo-vaginale ainsi qu’une diminution des sigles climatériques (bouffées vaso-motrices et sueurs nocturnes).

Enfin, il faut également penser au partenaire, lui-même vieillissant, et à ses propres dysfonctions. 

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Références

  1. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/menopause/symptomes-diagnostic[]
  2. « Traitements hormonaux de la ménopause », HAS, juillet 2014.[]
  3. Hodis HN, Mack WJ, Henderson VW, Shoupe D, Budoff MJ, Hwang-Levine J, et al. Vascular Effects of Early versus Late Postmenopausal Treatment with Estradiol. N Engl J Med. 31 mars 2016;374(13):1221‑31.[]
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