Les spécificités de la prise en charge des troubles sexuels liés au vieillissement

Publié le 1 octobre 2020 dans la catégorie Points de repères sexo

Dossiers :

L’espérance de vie des séniors ne cesse de s’allonger, et le maintien de la sexualité est un sujet qui les préoccupent de plus en plus. En effet, les hommes et les femmes qui étaient âgés de 18 à 28 ans en mai 1968, et qui ont donc participé à la révolution sexuelle, sont aujourd’hui ceux et celles qui sont âgés de 70 à 80 ans, et beaucoup d’entres eux sont en demande d’informations pour pallier aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer concernant le maintient de leur sexualité.

Cependant, les praticiens ont souvent tendance à négliger cet aspect de la vie des séniors à cause des tabous et de fausses croyances. Beaucoup pensent en effet que la baisse de l’activité sexuelle est une chose toute à fait normale avec l’âge, et qu’il est inutile de s’y attarder. 

Pourtant, quand on sait qu’une bonne santé sexuelle est l’un des garants d’un bon « état de bien-être physique, émotionnel, mental et social », on peut mettre en doute ce préjugé. En effet, une bonne santé sexuelle peut améliorer considérablement la qualité de vie d’un patient sénior. Pour cela, il est important d’évaluer et de traiter le symptôme sexuel à ses origines. Celui-ci peut en effet être le signe d’appel d’un pathologie organique ou psychiatrique sous-jacentes. 

A quel âge atteint-on la “retraite sexuelle” ? 

La vieillesse est définie comme la “dernière période de la vie humaine, temps de la vie caractérisé par le ralentissement des activités biologiques”.

Les études montrent que les séniors se portent mieux de nos jours, et restent autonomes plus longtemps. Par conséquent, on peut considérer que la “vieillesse” intervient désormais autour de 80 ans1

Chez la femme, la ménopause marque pourtant un tournant dans sa vie sexuelle même si celle-ci n’entraîne pas systématiquement un accroissement de troubles sexuels. C’est le désordre hormonal lié à la ménopause, la perte de la fonction reproductive ainsi que les croyances ancrées en partie dans l’imaginaire collectif, qui font que cette étape est susceptible de provoquer un déclin sexuel. 

Chez l’homme, il n’y a pas d’âge fixe pour devenir vieux sur le plan sexuel, car la baisse de la sexualité se fait petit à petit et n’est pas influencée par une perte de la fonction reproductive2

Ce qui change dans le fonctionnement sexuel lorsque l’on vieillit 

Chez les hommes, le vieillissement fait progressivement apparaître assez nettement des dysfonctions érectiles ainsi que des troubles du désir d’installation progressive. 

Du côté des femmes, la prévalence des troubles sexuels reste relativement stable. Certains troubles peuvent cependant apparaître, souvent liés à des facteurs biologiques mais aussi psychologiques et socioculturelles. Dans certains cas, ces troubles sexuels apparaissent suite à ceux de leurs conjoints ou de leurs compagnons

Toujours chez les femmes, les études montrent que la fréquence des rapports sexuels diminue au fur et à mesure qu’elles avancent dans l’âge. La moitié des femmes âgées, actives sexuellement, présentent en effet des troubles sexuels relatifs au déclin de leur état de santé. A l’inverse, les femmes âgées qui sont en bonne santé générale et encore actives sexuellement voient une nette amélioration dans leur sexualité et la jugent encore plus satisfaisante qu’avant3

Parler de sexualité avec les patients âgés

Quand ils consultent un médecin pour une raison ou une autre, les patients âgés n’osent pas parler directement de leur sexualité. Ils tardent même à le faire et, quand ils le font, leur motivation première est la recherche d’une solution médicamenteuse. 

On estime que seulement un homme atteint de dysfonction érectile sur dix consulte un médecin. Des fois, ils y vont pour une autre raison et espèrent que les médecins vont aborder leurs difficultés sexuelles4. Il incombe ainsi ces professionnels de la santé d’étudier attentivement les symptômes et de les en informer comme il faut. 

Une anamnèse ciblée et une évaluation plus minutieuse des symptômes cités permettent de savoir s’il s’agit d’une maladie ou d’une diminution naturelle de la fonction sexuelle. En fonction, le médecin peut planifier et prescrire le traitement adéquat. 

Aussi, il faut expliquer aux patients âgés que les diverses pathologies graves ou chroniques dont ils souffrent peuvent impacter négativement sur leur fonction sexuelle, donc, sur leurs vies privées. Une dysfonction sexuelle peut ainsi cacher une pathologie somatique ou psychiatrique antérieure. Via leur fonction sexuelle, on peut connaître précisément l’état de santé en général des personnes âgées et de celui de leur qualité de vie. De ce fait, dès la quarantaine, un bilan sexologique et une anamnèse finement ciblée doivent être inclus dans tout bilan médical de chaque patient5

La vie personnelle amoureuse, un des facteurs de l’apparition des troubles sexuels chez les personnes âgées

Les dysfonctions sexuelles des séniors n’ont toutefois pas comme seule origine les pathologies somatiques. Leur vie personnelle amoureuse en est aussi une autre. 

Les infidélités, les désillusions ou autres conflits antérieurs non résolus peuvent en effet avoir raison de l’entente sexuelle entre un couple qui s’est formé depuis des années. On cite aussi les différentes étapes de la vie comme la préménopause ou la retraite, le départ des enfants, le vieillissement progressif du corps, etc. Ce sont autant de facteurs qui émoussent petit à petit le désir que l’un éprouve pour l’autre. 

Il leur importe ainsi de raviver régulièrement cette flamme afin de recouvrir une bonne entente sexuelle stable. Après les divorces et les veuvages, se remettre en couple ou entretenir de nouvelles relations amoureuses peut aussi leur permettre de retrouver une vie sexuelle épanouie. 

Les changements personnels relatifs à l’âge qui influencent la fonction sexuelle 

D’autres facteurs psychiques ou physiques entrent aussi en jeu dans le déclin de la fonction sexuelle des séniors. 

Pour les femmes, on avait tendance à différencier le désir de la pulsion sexuelle. Cette dernière, régie par le facteur biologique, serait une composante du désir. On distinguerait ainsi une « apogée génitale », plus en relation avec la pulsion sexuelle, et une « apogée sexuelle » qui apparaîttrait un peu plus tard, car dépendante de facteurs psychologiques et sociaux comme des facteurs identitaires, des habiletés relationnelles, des apprentissages, etc6.

Il en est tout autre chez les hommes. En effet, les facteurs biologiques y tiennent une place importante, plus que les facteurs psychosociaux. L’altération de l’état physique, les maladies cardiovasculaires et les troubles métaboliques peuvent avoir raison de la performance sexuelle. S’ensuit un désintéressement total pour tout ce qui touche au sexe si on ne fait pas jouer l’imagination pour y pallier. 

Quand un sénior n’a plus aucune vie sexuelle, le médecin doit ainsi faire en sorte d’en connaître les motifs. Il doit effectuer une étude médicale et psychosociale du patient sur ces changements7

Le contexte de la prise en charge des troubles sexuels relatifs à l’âge 

Il faut se débarrasser en premier des croyances et des préjugés sur la sexualité des personnes âgées. Il faut aussi prendre en compte la qualité de la relation intime entre le couple âgé et leur apprendre qu’ils doivent s’adapter aux changements progressifs de leurs corps. C’est surtout le cas quand ils n’ont plus eu de relations sexuelles depuis longtemps ou si la femme est ménopausée. 

L’évaluation des troubles sexuels relatifs à l’âge chez la femme 

Chez la femme, parmi les facteurs biologiques à l’origine d’une dysfonction sexuelle, on cite l’hypertension et les troubles métaboliques. Les troubles hormonaux en font aussi partie, comme le manque d’œstrogène qui provoque des palpitations, des bouffées de chaleur et des troubles de sommeil. Il y a aussi la carence en androgènes qui provoque fatigue et dysthymie durant la ménopause. Ce sont autant de facteurs qui aggravent encore plus les troubles sexuels existants, au même titre que les problèmes relationnels du couple, issus d’une mauvaise estime de soi ou d’une dépression8

Les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux relatifs à l’âge engendrant des troubles sexuels chez la femme 

Les facteurs biologiques : 
  • l’hypertension artérielle, 
  • l’obésité
  • le diabète
  • les douleurs et atteintes du système locomoteur,
  • les atteintes vasculaires, neurologiques 
  • l’alcool, le tabac,
  • les symptômes de la ménopause, les carences hormonales, 
  • les néoplasies
Les facteurs psychologiques : 
  • la mauvaise estime de soi,
  • l’irritabilité, la colère, la tristesse, 
  • l’altération des fonctions cognitive…
Les facteurs sociaux et relationnels :

L’évaluation sexologique

Un trouble sexuel à partir de la ménopause doit toujours être évalué et, en fonction des plaintes de la patiente ou du couple, une aide spécialisée sera nécessaire.

Exemple d’évaluation sexologique 
  • Existe-t-il de fausses croyances ou des distorsions cognitives à propos de la sexualité ? 
  • Décèle-t-on un véritable trouble sexuel ? 
  • Celui-ci est-il paru récemment ? 
  • Est-il d’origine somatique ? 
  • Peut-il être provoqué par un médicament ou un toxique ? 
  • Le patient couve-t-il une pathologie psychiatrique ? 
  • Le trouble sexuel peut-il être dû à un traumatisme ancien ou récent ? 
  • Le patient n’a-t-il pas eu de partenaire disponible ? 
  • Fait-il face à un conflit de couple ? 
  • D’autres facteurs sont-ils à l’origine du trouble sexuel ? 
  • Une carence hormonale y est peut-être associée ?  
  • Les effets du trouble nécessitent-ils une prise en charge selon le (la) patient(e) ?

La prise en charge thérapeutique à proposer à la femme 

S’il n’y a aucune contre-indication, on peut opter pour la substitution hormonale (THM, ou Traitement Hormonal de la Ménopause). Cela consiste à donner des œstrogènes et de la progestérone qui va aider la femme âgée à garder sans trop de changement ni d’altération son état physique et sa fonction sexuelle. En dépit de l’efficacité avérée de ce traitement, il faut bien expliquer à la patiente les avantages et les inconvénients de ce traitement à la patiente avant de le lui prescrire.

La substitution en androgène (testostérone) a été étudié, chez les femmes, dans le traitement des troubles du désir et de l’excitation. Le risque de cancer ne permet pour l’instant pas de la recommander, et de longues analyses complémentaires doivent encore être menées9

En cas de dyspareunies provoquées par une vulvite atrophique, un traitement topique en œstrogène donne également d’excellents résultats en cas de contre-indication à la substitution hormonale par voie orale10

L’évaluation de la dysfonction sexuelle relative à l’âge chez l’homme 

Chez les hommes, les principales causes de dysfonctions sexuelles sont les troubles cardiovasculaires et métaboliques ainsi que les problèmes urogénitaux, surtout prostatiques. Sur le plan psychologique, ce sont l’anxiété de performance et la dépression qui sont les facteurs les plus décrits. 

Les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux relatifs à l’âge engendrant des troubles sexuels chez l’homme 

Les facteurs biologiques : 
  • les maladies cardiovasculaires, 
  • les troubles métaboliques, 
  • l’atteinte neurologique, 
  • le diabète,
  • l’hypertension artérielle, 
  • l’obésité
  • les douleurs et atteintes du système locomoteur, 
  • le tabac, l’alcool, les drogues, 
  • la prise de médicaments ou de remèdes sans avis médical, 
  • les effets d’une carence hormonale (DALA
  • les cancers (prostate+++)
Les facteurs psychologiques : 
Les facteurs sociaux et relationnels :
  • les problèmes de santé du partenaire sexuel,  
  • la durée du couple, 
  • la routine, 
  • les difficultés de couple, 
  • les conflits non résolus, 
  • les difficultés de communication, 
  • l’asymétrie dans le développement personnel et la différenciation de soi, 
  • les soucis financiers…
L’andropause

Par ailleurs, le DALA, ou syndrome de déficit en androgènes lié à l’âge, peut aussi provoquer des troubles sexuels chez le patient âgé. Environ 10 % des hommes âgés de 40 à 70 ans en souffrent, mais la prévalence augmente avec l’avancé en âge ainsi que chez les diabétiques et les personnes en surpoids. 
En reconnaissant et en traitant correctement ce syndrome, on peut améliorer la qualité de vie des patients âgés et pallier l’apparition de dysfonctions érectiles et diminution de libido. 

La prise en charge thérapeutique à proposer pour l’homme 

La prise d’un IPDE-5 semble être une bonne alternative qu’on peut proposer aussi bien à un homme adulte qu’à un patient âgé. 

En cas d’existence d’un DALA, on peut prévenir le risque de maladies cardiovasculaires et métaboliques et penser à l’adoption d’une substitution hormonale s’il n’existe aucune contre-indication. En 24 semaines environ, ceux qui souffrent de dysfonction érectile et de baisse de désir sexuel peuvent voir leur état s’améliorer. 

Recevez gratuitement notre livre :)

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout !
Puisque vous semblez intéressé par le sujet, nous vous proposons de recevoir notre e-book « Qu'est-ce qu'un sexologue ? », pour :

blank
  • Mieux comprendre le métier de sexologue
  • Découvrir quels formations permettent de devenir sexologue
  • Bien choisir son praticien
  • Découvrir de quelle manière un sexologue peut vous aider si vous souffrez de troubles de l'érection, d'éjaculation prématurée, de vaginisme, de sécheresse vaginale ou de problèmes de couple
    Nous haïssons les spams : votre adresse email ne sera jamais cédée ni revendue. En vous inscrivant ici, vous recevrez des articles, vidéos, offres commerciales, podcasts et autres conseils en rapport avec la sexologie. Vous pourrez vous désabonner à tout instant. Lisez les mentions légales complètes pour plus d'infos.
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Références

  1. Philippe Wanner et al., Âges et générations: la vie après 50 ans en Suisse (Office fédéral de la statistique, 2005), https://archive-ouverte.unige.ch/unige:39776[]
  2. Edward O. Laumann, Anthony Paik, et Raymond C. Rosen, « Sexual Dysfunction in the United States: Prevalence and Predictors », JAMA 281, no 6 (10 février 1999): 537, https://doi.org/10.1001/jama.281.6.537[]
  3. Stacy Tessler Lindau et al., « A Study of Sexuality and Health among Older Adults in the United States », The New England Journal of Medicine 357, no 8 (23 août 2007): 762‑74, https://doi.org/10.1056/NEJMoa067423[]
  4. Rosemary Basson et Willibrord Weijmar Schultz, « Sexual Sequelae of General Medical Disorders », The Lancet 369, no 9559 (février 2007): 409‑24, https://doi.org/10.1016/S0140-6736(07)60197-4[]
  5. Edward O. Laumann, Aniruddha Das, et Linda J. Waite, « Sexual Dysfunction among Older Adults: Prevalence and Risk Factors from a Nationally Representative U.S. Probability Sample of Men and Women 57–85 Years of Age », The journal of sexual medicine 5, no 10 (octobre 2008): 2300‑2311, https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2008.00974.x[]
  6. Netgen, « Troubles sexuels liés à l’âge : quelles spécificités dans la prise en charge ? », Revue Médicale Suisse, consulté le 1 octobre 2020, https://www.revmed.ch/RMS/2009/RMS-195/Troubles-sexuels-lies-a-l-age-quelles-specificites-dans-la-prise-en-charge[]
  7. Johannes Bitzer et al., « Sexual Counseling in Elderly Couples », The Journal of Sexual Medicine 5, no 9 (septembre 2008): 2027‑43, https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2008.00926.x[]
  8. Uwe Hartmann et al., « Low Sexual Desire in Midlife and Older Women: Personality Factors, Psychosocial Development, Present Sexuality »:, Menopause 11, no Supplement (novembre 2004): 726‑40, https://doi.org/10.1097/01.GME.0000143705.42486.33[]
  9. Sheryl Kingsberg, « Testosterone Treatment for Hypoactive Sexual Desire Disorder in Postmenopausal Women », The Journal of Sexual Medicine 4 Suppl 3 (mars 2007): 227‑34, https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2007.00449.x[]
  10. Irwin Goldstein et Jeanne Leventhal Alexander, « Practical Aspects in the Management of Vaginal Atrophy and Sexual Dysfunction in Perimenopausal and Postmenopausal Women », The Journal of Sexual Medicine 2 (septembre 2005): 154‑65, https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2005.00131.x[]
  • 15
    Shares