Effets du tabagisme sur la sexualité masculine

Publié le 16 novembre 2019 dans la catégorie Points de repères sexo

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On sait déjà depuis longtemps que le tabac est mauvais pour la fonction érectile sur le long terme, par le biais de l’effet athérogène de la fumée de cigarette qui entraîne des plaques qui « bouchent » les artères aussi bien au niveau du système vasculaire coronarien, responsable de la vascularisation du coeur, que sur les artères péniennes, responsables de la vascularisation de la verge et du mécanisme de l’érection. 

Mais, les études montrent que la cigarette agit aussi de manière négative sur la sexualité par d’autres mécanismes, y compris à très court terme, et que le fait de fumer potentialise de façon très importante le risque de souffrir de troubles érectiles lorsqu’ils sont associés à d’autres pathologies délétères pour la fonction sexuelle.

Fumer augmente de 50% en moyenne le risque de présenter des troubles de l’érection

Une méta-analyse réalisée en 2016 1 et portant sur les résultats de 83 études humaines et animales sur la relation entre le tabagisme et la dysfonctionnelle érectile montre qu’il existe désormais des preuves substantielles que le tabagisme soit un facteur de risque de dysfonction érectile.

En effet, il est maintenant démontré 2 que le tabagisme, en moyenne :

  • augmente de 51% le risque de troubles de l’érection chez les fumeurs
  • augmente de 29% le risque de troubles de l’érection chez les anciens fumeurs.

Même si un ancien fumeur a toujours plus de risque qu’un non-fumeur de présenter des troubles sexuels, il diminue cependant de 22% le risque de dysfonction érectile lorsqu’il arrête le tabac.

Plus on fume, plus on augmente ce risque

De plus, ces études montrent qu’il existe une relation dose-réponse. Cela signifie à la fois que :

  • plus on fume un nombre important de cigarettes, plus cela va augmenter le risque de présenter des troubles de l’érection
  • plus on fume depuis longtemps, plus ce risque augmente

Ainsi, des chercheurs 3 ont pu démontrer que :

  • pour une augmentation de 10 cigarettes fumées par jour, le risque de dysfonction érectile augmente de 14%
  • pour une augmentation de la durée du tabagisme de 10 ans, le risque de dysfonction érectile augmente de 15%.

Comme ces deux facteurs se cumulent, on peut arriver à une augmentation du risque de présenter des troubles érectiles plus que doublés lorsque l’on fume beaucoup et depuis longtemps :

Augmentation du risque de dysfonction érectile des fumeurs par rapport aux non-fumeurs en fonction de la durée et le la quantité du tabagisme

Duréedutabagismeenannées
Quantité10 ans20 ans30 ans40 ans50 ans
10 cig/j29 %44 %59 %74 %89 %
20 cig/j43 %58 %73 %88 %103 %
30 cig/j57 %72 %87 %102 %117 %
40 cig/j71 %86 %101 %116 %131 %

Comment lire ces chiffres ?

Une augmentation de 44% du risque signifie qu’on a 1,44 fois plus de risque de présenter un trouble qu’un non fumeur. Une augmentation du risque de 100% signifie que l’on a statistiquement deux fois plus de risque de présenter une dysfonction érectile que si on ne fumait pas.

Nous allons voir plus bas qu’en cumulant le tabagisme avec certains problèmes de santé, le risque peut augmenter de manière encore bien plus importante (jusqu’à 300% !)

Un risque qui augmente de manière exponentielle en cas de pathologie chronique

Un certain nombre de pathologies peuvent entraîner des troubles de l’érection. C’est la cas du diabète, de l’hypertension artérielle, de l’insuffisance cardiaque et bien entendu du cancer de la prostate.

Ce qui est moins connu en revanche, c’est que le fait de fumer tout en souffrant d’une de ces pathologies va démultiplier de manière exponentielle la probabilité de souffrir d’une dysfonction sexuelle.

Ainsi :

  • le risque de présenter une dysfonction érectile après une radiothérapie pelvienne est augmenté de 300% chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs qui subissent la même radiothérapie 4
  • le risque de présenter un trouble érectile lorsque l’on est fumeur est augmenté de 166% en cas d’insuffisance cardiaque (par rapport à des non-fumeurs souffrant eux aussi d’insuffisance cardiaque), de 135% en cas d’hypertension artérielle  (par rapport à des non-fumeurs présentant eux aussi une HTA), de 112% en cas d’arthrite non traitée (par rapport à des non-fumeurs présentant eux aussi une arthrite non traitée) 5 !

La cigarette entraîne une augmentation à long terme du risque de dysfonction érectile

Une action au niveau des vaisseaux sanguins

Un des mécanismes qui explique l’impuissance est le dysfonctionnement endothélial  du système vasculaire pénien induit par le tabagisme. 

En effet, l’endothélium vasculaire et la muqueuse des espaces lacunaires des vaisseaux sanguins  libèrent normalement des substances vasoactives qui contrôlent la relaxation des muscles lisses, nécessaire à l’érection.

Dans l’ensemble, les études ont montré que le tabagisme affecte négativement la fonction endothéliale vasculaire des artères péniennes en diminuant l’activité de l’oxyde nitrique synthase (NOS), ce qui diminue la fabrication du monoxyde d’azote (NO), nécessaire à la vasodilatation des artères péniennes et donc à l’érection 6.

Dysfonctionnement endothélial induit par le tabagisme
Dysfonctionnement endothélial induit par le tabagisme

Le mécanisme exact suggéré par différentes études 7 8 9 10 est que l’exposition à la fumée augmente l’adhésion et la migration des monocytes à travers l’endothélium vasculaire, augmentant ainsi l’athérogenèse précoce et diminuant la production de NO par voie endothéliale.

 En outre, le tabagisme à long terme a des effets néfastes sur les fibres élastiques de la partie interne des vaisseaux sanguins (la média), diminuant d’autant plus la capacité érectile, puisque celle-ci est dépendante de l’afflux sanguin dans les corps érectiles.

Une modification de la composition du tissu érectile

Les corps caverneux sont des structures présentes dans la verge et qui permettent l’érection. Ils sont composées de tissus érectiles, qui augmentent de volume et se rigidifient en se remplissant de sang.

Coupe verge corps caverneux
Source : Wikimedia

Une étude histopathologique du tissu érectile 11 a constaté que les fumeurs présentaient des modifications dégénératives, associant une diminution du contenu musculaire lisse, une diminution des fibres nerveuses, une diminution des espaces sinusoïdes et une augmentation de la densité du collagène.

Des modifications hormonales liées au tabagisme

Fumer peut également provoquer des troubles de l’érection en abaissant les taux de testostérone et en augmentant les radicaux libres superoxyde.
En effet, des expériences effectuées sur des rats 12 montrent qu’une exposition prolongée à la fumée de cigarette diminue le taux de testostérone plasmatique.
Or, la testostérone, hormone sexuelle masculine, a un rôle primordial dans le désir sexuel et l’érection 13.

Effet de la cigarette sur la testostérone et sur l’érection
Effet de la cigarette sur la testostérone et sur l’érection

La cigarette entraîne une augmentation à court terme du risque de dysfonction érectile

Dans les années 1988, des chercheurs ont testé la capacité érectile de sujets à qui il avait été demandé de ne pas fumer pendant une semaine, puis dans un second temps de fumer 2 cigarettes à haute teneur en nicotine juste avant un test à la papavérine (un ancêtre des médicaments sexo-actifs que l’on connait actuellement, comme le Viagra ou le Cialis). 100% des sujets ont eu une érection après l’injection de 100 mg de papaverine directement dans les corps caverneux lorsqu’ils n’avaient pas fumé depuis une semaine, alors que seulement 33% ont eu une érection après avoir fumé les 2 cigarettes à haute teneur en nicotine 14.

Cela s’explique par le fait que la nicotine augmente le tonus sympathique. Or, l’érection est un phénomène réflexe qui est contrôlé par le système nerveux autonome parasympathique. Ces deux systèmes étant antagonistes, une activation du système sympathique entraînera une diminution de l’action du système parasympathique.
Ce phénomène anti-érectile se produit à peine quelques secondes après l’ingestion de la fumée de cigarette, et va durer environ 30 minutes.

systeme sympathique et parasympathique - érection et nicotine
NB : Le système sympathique est le système activé lors d’un stress, qui va permettre par exemple de s’enfuir ou faire face à un danger en accelerant le rythme cardiaque et respiratoire et en contractant les muscles, mais qui est également la cause des crises d’angoisses lorsqu’il s’active de manière inapproprié. C’est également pour cela qu’un homme ne peut pas avoir d’érection lorsqu’il est soumis à un stress, puisque l’activation du système sympathique va prendre le dessus sur le parasympathique sensé pouvoir provoquer une érection.

Sevrage tabagique et récupération d’une fonction sexuelle satisfaisante

Des études ont montré que l’abandon du tabac pouvait arrêter la progression de la dysfonction érectile, peut mener à une guérison de l’impuissance, mais seulement si l’exposition au tabac était limitée dans le temps, à cause des effets vasculaires à long terme irréversibles sur les tissus érectiles et endothéliaux 15.

Conclusion

Il y a de plus en plus de preuves que la fumée de tabac affecte négativement la santé sexuelle et la fonction érectile. Cependant, la prise de conscience des fumeurs que le tabagisme est un facteur de risque de dysfonction érectile est faible : en 2012, sur 535 patients interrogés dans un service d’urologie, seuls 24,2% étaient conscient de cette association 16.

Il est paraît important d’interroger les patients fumeurs sur leur fonction érectile, et de leur conseiller l’arrêt du tabac s’il présentent un trouble à ce niveau, et encore plus s’ils souffrent d’une autre pathologie chronique associée comme une insuffisance cardiaque, une hypertension artérielle, de l’arthrite ou une pathologie prostatique.

Enfin, il peut être interessant de rappeler à nos patients que fumer dans les 30 minutes avant un rapport sexuel entraîne une activation du système sympathique par le biais de l’effet sympathomimétique de la nicotine, et donc un blocage de l’érection qui dépend du système parasympathique.

Notes:

  1. (Biebel, Mark G., Arthur L. Burnett, et Hossein Sadeghi-Nejad. « Male Sexual Function and Smoking ». Sexual Medicine Reviews 4, no 4 (1 octobre 2016): 366‑75. https://doi.org/10.1016/j.sxmr.2016.05.001)
  2. (Cao, Shiyi, Xiaoxu Yin, Yunxia Wang, Hongfeng Zhou, Fujian Song, et Zuxun Lu. « Smoking and Risk of Erectile Dysfunction: Systematic Review of Observational Studies with Meta-Analysis ». PloS One 8, no 4 (2013): e60443. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0060443.)
  3. (Cao, Shiyi, Yong Gan, Xiaoxin Dong, Junan Liu, et Zuxun Lu. « Association of Quantity and Duration of Smoking with Erectile Dysfunction: A Dose-Response Meta-Analysis ». The Journal of Sexual Medicine 11, no 10 (octobre 2014): 2376‑84. https://doi.org/10.1111/jsm.12641.)
  4. (Goldstein, Irwin, Merrill I. Feldman, Peter J. Deckers, Richard K. Babayan, et Robert J. Krane. « Radiation-Associated Impotence: A Clinical Study of Its Mechanism ». JAMA 251, no 7 (17 février 1984): 903‑10. https://doi.org/10.1001/jama.1984.03340310017012.)
  5. (Feldman, H. A., I. Goldstein, D. G. Hatzichristou, R. J. Krane, et J. B. McKinlay. « Impotence and Its Medical and Psychosocial Correlates: Results of the Massachusetts Male Aging Study ». The Journal of Urology 151, no 1 (janvier 1994): 54‑61. https://doi.org/10.1016/s0022-5347(17)34871-1.)
  6. (Tostes, Rita C., Fernando S. Carneiro, Anthony J. Lee, Fernanda R. C. Giachini, Romulo Leite, Yoichi Osawa, et R. Clinton Webb. « Cigarette Smoking and Erectile Dysfunction: Focus on NO Bioavailability and ROS Generation ». The Journal of Sexual Medicine 5, no 6 (juin 2008): 1284‑95. https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2008.00804.x.)
  7. (Celermajer, D. S., K. E. Sorensen, D. Georgakopoulos, C. Bull, O. Thomas, J. Robinson, et J. E. Deanfield. « Cigarette Smoking Is Associated with Dose-Related and Potentially Reversible Impairment of Endothelium-Dependent Dilation in Healthy Young Adults ». Circulation 88, no 5 Pt 1 (novembre 1993): 2149‑55. https://doi.org/10.1161/01.cir.88.5.2149.)
  8. (Shen, Y., V. Rattan, C. Sultana, et V. K. Kalra. « Cigarette Smoke Condensate-Induced Adhesion Molecule Expression and Transendothelial Migration of Monocytes ». The American Journal of Physiology 270, no 5 Pt 2 (mai 1996): H1624-1633. https://doi.org/10.1152/ajpheart.1996.270.5.H1624.)
  9. (Adams, M. R., W. Jessup, et D. S. Celermajer. « Cigarette Smoking Is Associated with Increased Human Monocyte Adhesion to Endothelial Cells: Reversibility with Oral L-Arginine but Not Vitamin C ». Journal of the American College of Cardiology 29, no 3 (1 mars 1997): 491‑97. https://doi.org/10.1016/s0735-1097(96)00537-2.)
  10. (Brunner, Hanspeter, John R. Cockcroft, John Deanfield, Ann Donald, Ele Ferrannini, Julian Halcox, Wolfgang Kiowski, et al. « Endothelial Function and Dysfunction. Part II: Association with Cardiovascular Risk Factors and Diseases. A Statement by the Working Group on Endothelins and Endothelial Factors of the European Society of Hypertension ». Journal of Hypertension 23, no 2 (février 2005): 233‑46. https://doi.org/10.1097/00004872-200502000-00001.)
  11. (Mersdorf, A., P. C. Goldsmith, W. Diederichs, C. A. Padula, T. F. Lue, I. J. Fishman, et E. A. Tanagho. « Ultrastructural Changes in Impotent Penile Tissue: A Comparison of 65 Patients ». The Journal of Urology 145, no 4 (avril 1991): 749‑58. https://doi.org/10.1016/s0022-5347(17)38443-4.)
  12. (Park, Min Gu, Ki Won Ko, Mi Mi Oh, Jae Hyun Bae, Je Jong Kim, et Du Geon Moon. « Effects of Smoking on Plasma Testosterone Level and Erectile Function in Rats ». The Journal of Sexual Medicine 9, no 2 (février 2012): 472‑81. https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2011.02555.x.)
  13. (https://sexoblogue.fr/cours-de-sexologie/la-sexualite-normale/sexualite-au-cours-de-la-vie/andropause-et-sexualite)
  14. (Glina, S., A. C. Reichelt, P. P. Leão, et J. M. Dos Reis. « Impact of Cigarette Smoking on Papaverine-Induced Erection ». The Journal of Urology 140, no 3 (septembre 1988): 523‑24. https://doi.org/10.1016/s0022-5347(17)41708-3)
  15. (Travison, Thomas G., Ridwan Shabsigh, Andre B. Araujo, Varant Kupelian, Amy B. O’Donnell, et John B. McKinlay. « The Natural Progression and Remission of Erectile Dysfunction: Results from the Massachusetts Male Aging Study ». The Journal of Urology 177, no 1 (janvier 2007): 241‑46; discussion 246. https://doi.org/10.1016/j.juro.2006.08.108.)
  16. (Bjurlin, M. A., M. R. Cohn, V. L. Freeman, L. M. Lombardo, S. D. Hurley, et C. M. Hollowell. « Ethnicity and Smoking Status Are Associated with Awareness of Smoking Related Genitourinary Diseases. » The Journal of Urology 188, no 3 (septembre 2012): 724‑28. https://doi.org/10.1016/j.juro.2012.04.110.)
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