Je, je, suis libertin.e, j’en parle à mon médecin !

Note
Cet article invité a été écrit par le dr Alix André à partir des données de sa thèse et de son mémoire bibliographique rédigé en juin 2022 pour la validation de la 2ème année du DIU de sexologie de Lyon, en vue de la réalisation de l’enquête mentionnée ci-dessous.

Originaire de St Etienne, le Dr Alix ANDRE est médecin généraliste depuis mai 2021.

Son travail de thèse portait sur le dépistage du VIH, et l’abord de cette question avec le médecin traitant, chez des patients pratiquant le libertinage.

Elle est actuellement assistante hospitalo-universitaire au CeGIDD de St Etienne (Centre Gratuit d’Information de Dépistage et de Diagnostic des IST et du VIH), dans le service d’infectiologie du CHU de St Etienne et s’apprête à terminer une formation de 3 ans de spécialisation en sexologie à la faculté de Lyon.

Son mémoire de fin d’étude de sexologie est donc la suite logique de sa thèse sur le thème « Je, je, suis libertin.e, j’en parle à mon médecin ! »

Sa thèse, effectuée auprès des usagers de clubs libertins de la Loire et de la région Lyonnaise, a reçu un prix de thèse par l’URPS Médecins Auvergne-Rhone-Alpes et a fait l’objet d’un poster aux Journées Francophones de Sexologie et de Santé Sexuelle en 2022.

Elle portait sur les personnes pratiquant l’échangisme, leurs modes de dépistage et leurs relations avec leur médecin traitant.

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Un tiers des échangistes considèrent que le dépistage ne regarde pas leur médecin

Son étude retrouvait que :

  • La bisexualité féminine était plus importante (63,2%) que la bisexualité masculine « cachée » (25%).
  • Les hommes étaient deux fois plus de célibataires (38% contre 16% des femmes) et sortaient d’avantage seuls (50% contre 29% des femmes).
  • Les personnes libertinant en couple se protégeaient et se dépistaient davantage.
  • Le premier recours au dépistage était les CeGIDD (Centres gratuits d’Information de Diagnostic et de Dépistage) et le médecin traitant (39,5% et 26,3%).
  • Près du tiers des répondants considéraient que leur dépistage ne regardait pas leur médecin traitant (38,5%) et n’avaient pas eu recours à un dépistage du VIH dans les 12 derniers mois (28%).
  • Pourtant sur l’ensemble de l’échantillon 14,5% des rapports vaginaux et 20,9% des rapports anaux n’étaient pas systématiquement protégés par préservatif. 

Une augmentation des comportements sexuels à risque dans l’échangisme

Dans la littérature on rapporte chez les personnes pratiquant l’échangisme une augmentation des comportements sexuels à risque en Belgique, Suède et au Pays-Bas1 : 25 à 66% des rapports anaux et 40 à 61% des rapports vaginaux ne sont pas systématiquement protégés par préservatif2.

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Ainsi, 20 à 30% des échangistes ont été confrontés à une IST en période de libertinage3 dont 14,4% d’infections à Chlamydia trachomatis et 6,4% d’infections à Neisseria gonorrhae communément appelé gonocoque

En 2021, 6,8% des échangistes suédoises avaient présenté une infection à chlamydia au cours de 12 derniers mois et 1,7% des hommes.

Malgré les risques d’IST, 28% (Belgique) à 36% (Pays-bas) des échangistes n’ont pas eu recours au dépistage dans l’année et ceux qui le font, n’ont pas toujours un dépistage ciblé sur leurs pratiques, avec le risque que certaines infections ne soient pas diagnostiquées et donc non traitées, ce qui participe à leur propagation.

Plus une personne a de partenaires et libertine fréquemment, plus elle a recours au dépistage

Plusieurs déterminants de l’intention de réaliser un dépistage ont été étudiés chez les échangistes456 :

Facteurs significatifsFacteurs non significatifs
Socio-démographiques
– Être une femme

Comportements sexuels
– Fréquence d’échangisme
– Échangisme au domicile
– Partenaire porteur d’une IST

Attitudes 
– Importance du dépistage

Normes 
– Avoir des partenaires se faisant régulièrement dépister
– Considérer le dépistage comme une obligation
– Pression du partenaire pour se faire dépister

Obstacles 
– Oubli du rendez-vous de dépistage
– Peur de la technique de dépistage
– Horaires d’ouverture limités en centre de dépistage 
Socio-démographiques
– Statut marital 
Comportements sexuels
– Années d’échangisme
– Nombre de partenaires 
– Utilisation du préservatif 
– Consommation de produits psychoactifs (alcool, drogues)  
Antécédent d’IST
Normes 
– Le dépistage est désagréable
– Le dépistage est un moyen de prévention
– La plupart des échangistes se dépistent 
– Pression des pairs pour se faire dépister 
– Les partenaires considèrent le dépistage important
Obstacles 
– Peur des aiguilles
– Peur du résultat 
– Peur de croiser des connaissances
– Peur de faire son « coming-out » échangiste
– Discrétion vis-à-vis du partenaire
– Prendre du temps pour effectuer le dépistage
Risque perçu
– D’avoir une IST
– Que le partenaire ait une IST
– Que les échangistes soient un groupe à risque 
– De la sévérité des IST
Déterminants de l’intention de réaliser un dépistage dans la population pratiquant l’échangisme

Contrairement à la population générale7, tout ce qui relève du regard de l’autre, de la perception des IST et des comportements à risque ne sont pas des freins au dépistage chez les échangistes.

Plus une personne a de partenaires et libertine fréquemment, plus elle a recours au dépistage et ce d’autant plus quand son partenaire a lui-même une forte culture du dépistage.

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Une enquête nationale sur le dépistage des français pratiquant l’échangisme

Pour autant, en population générale, 26 à 57 % des personnes formulant l’intention d’adopter un comportement en santé, n’agissent pas. Selon Fishbein, un comportement (se faire dépister) dépend de l’interaction de nos intentions, de facteurs environnementaux et de nos compétences et capacités à mettre en place ce comportement.

C’est pour cette raison qu’une nouvelle enquête nationale est en cours pour interroger la fréquence de dépistage complet des IST chez les échangistes français (VIH, VHB, syphilis, GN, CT) en pratique et intention, et les facteurs secondaires associés à la réalisation ou non d’un dépistage.

Pour répondre à ces questions l’enquête s’appuie sur le modèle intégratif de comportement de Fishbein8.

Cette enquête a pour but d’évaluer l’influence de différents facteurs sur l’intention de se faire dépister chez les échangistes :

  • l’accessibilité au dépistage des échangistes,
  • les connaissances sur les IST,
  • ainsi que la capacité à rechercher, obtenir, comprendre et utiliser des informations sur internet concernant les IST.

De plus, la méfiance a été identifiée comme un obstacle à l’utilisation des services de santé9 et pourrait être en soi un frein à l’acquisition de connaissances.

Dans la mesure où il n’existe pas d’étude permettant de dire si la confiance envers les médecins et les instances de santé impacte la volonté des personnes pratiquant l’échangismes de se faire dépister, l’objectif secondaire de cette étude est de confronter ces données avec les intentions et pratiques de dépistage des répondants, et ainsi identifier d’autres facteurs associés au dépistage des échangistes.

Cela pourra permettre notamment d’actualiser les recommandations de prévention au sein de cette population.

Cliquez pour répondre à l’enquête

L’enquête se déroule en ligne, sur LimeSurvey (plateforme sécurisée) jusqu’à fin avril 2023 sur l’ensemble du territoire français. 

Elle est strictement anonyme et nécessite seulement 15 min de temps de réponse.

Public cible : les personnes doivent soit appartenir à un couple « homme/femme » et avoir des relations sexuelles avec d’autres partenaires, soit être seuls et avoir des relations sexuelles avec des couples « homme/femme ».

Objectif : recueillir les attitudes de dépistage des personnes ayant des pratiques échangistes, voir si celles-ci sont influencées par les pratiques sexuelles, les connaissances vis-à-vis des IST, les capacités à s’informer sur les IST sur internet, la confiance vis-à-vis des  différentes sources d’informations sur les IST.

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Références

  1. Platteau T, van Lankveld J, Ooms L, Florence E. Sexual Behavior and Sexually Transmitted Infections Among Swingers: Results From an Online Survey in Belgium. J Sex Marital Ther. 17 nov 2017;43(8):709‑19.[]
  2. Andersson N, Ejnestrand J, Lidgren Y, Allard A, Boman J, Nylander E. Are Swedish swingers a risk group for sexually transmitted infections? Int J STD AIDS. avr 2021;32(5):427‑34[]
  3. Kampman CJG, Hautvast JLA, Koedijk FDH, Bijen MEM, Hoebe CJPA. Sexual behaviour and STI testing among Dutch swingers: A cross-sectional internet based survey performed in 2011 and 2018. Raymond HF, éditeur. PLoS ONE. 1 oct 2020;15(10):e0239750.[]
  4. Spauwen LWL, Niekamp AM, Hoebe CJPA, Dukers-Muijrers NHTM. Do swingers self-identify as swingers when attending STI services for testing? A cross-sectional study. Sex Transm Infect. déc 2018;94(8):559‑61.[]
  5. Niekamp AM, Spauwen LWL, Dukers-Muijrers NHTM, Hoebe CJPA. How aware are swingers about their swing sex partners’ risk behaviours, and sexually transmitted infection status? BMC Infect Dis. déc 2021;21(1):172.[]
  6. Spauwen LWL, Niekamp AM, Hoebe CJPA, Dukers-Muijrers NHTM. Drug use, sexual risk behaviour and sexually transmitted infections among swingers: a cross-sectional study in The Netherlands. Sex Transm Infect. févr 2015;91(1):31‑6.[]
  7. Martin-Smith HA, Okpo EA, Bull ER. Exploring psychosocial predictors of STI testing in University students. BMC Public Health. 29 mai 2018;18:664.[]
  8. Fishbein M, Cappella J. The Role of Theory in Developing Effective Health Communications. Journal of Communication. 1 août 2006;56:S1‑17.[]
  9. Whetten K, Leserman J, Whetten R, Ostermann J, Thielman N, Swartz M, et al. Exploring lack of trust in care providers and the government as a barrier to health service use. Am J Public Health. avr 2006;96(4):716‑21.[]