COVID-19 et droits sexuels et reproductifs : archive de 2020

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Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifiait la COVID-19 de pandémie. À ce moment-là, les données médicales étaient encore limitées, les systèmes de soins se réorganisaient dans l’urgence et les conséquences sociales de la crise sanitaire étaient difficiles à anticiper.

La question dépassait déjà la seule infection respiratoire par le SARS-CoV-2. Les confinements, la peur de l’exposition, les pénuries, les restrictions de déplacement et la saturation des soins pouvaient modifier l’accès au suivi de grossesse, à la contraception, à l’interruption volontaire de grossesse, aux soins postnataux, au dépistage des infections sexuellement transmissibles et à la protection contre les violences conjugales ou sexuelles.

Grossesse, maternité et COVID-19

Au début de l’année 2020, les premiers articles s’appuyaient sur des séries de cas, sur l’expérience du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), et sur les premières observations obstétricales publiées en Chine. Les risques de fausse couche, de prématurité, de retard de croissance fœtale, de détresse fœtale, de césarienne en urgence et de transmission materno-fœtale étaient discutés avec beaucoup d’incertitude.

Les données disponibles ont ensuite précisé le risque. L’OMS indique que les femmes enceintes atteintes de COVID-19 ont un risque plus élevé de forme sévère que les femmes non enceintes du même âge, en particulier en présence d’un âge maternel plus élevé, d’un surpoids, d’une hypertension, d’un diabète ou d’autres maladies chroniques. La transmission du SARS-CoV-2 pendant la grossesse ou l’accouchement a été décrite et reste rare. L’allaitement n’est pas contre-indiqué par principe ; les recommandations actuelles associent information, vaccination lorsqu’elle est indiquée, hygiène des mains, masque en cas de symptômes respiratoires et accompagnement individualisé3.

En France, la prévention pendant la grossesse se raisonne avec les recommandations vaccinales en vigueur, le contexte épidémique, les facteurs de risque individuels et le suivi obstétrical. La Haute Autorité de santé (HAS) rappelle que certains vaccins sont recommandés pendant la grossesse, avec des indications qui doivent être expliquées et adaptées à la situation de la personne enceinte4.

Services de santé sexuelle et reproductive

Lors d’une crise sanitaire, certains soins de santé sexuelle et reproductive sont reportés parce qu’ils paraissent moins urgents que la réponse infectieuse immédiate. Ce sont pourtant des soins décisifs : contraception, IVG, dépistage des IST, suivi de grossesse, consultation postnatale ou accès à une protection en cas de violences. Quand l’accès aux soins était déjà fragile avant la crise, quelques jours ou quelques semaines de retard peuvent suffire à compliquer la situation.

Dans les systèmes de santé disposant de peu de personnel, de peu de matériel ou de longs délais d’accès, le redéploiement des soignants vers l’urgence infectieuse peut interrompre des consultations de routine. Les personnes ayant peu de ressources financières, vivant loin d’un lieu de soins, dépendant d’un partenaire violent ou exposées à une forte surveillance familiale perdent alors plus facilement l’accès à une information confidentielle et à des soins rapides.

Contraception, médicaments et pénuries

Les restrictions de transport, la fermeture d’usines, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la priorité donnée à certains produits médicaux peuvent créer des pénuries. En 2020, plusieurs observateurs s’inquiétaient d’un accès plus difficile aux préservatifs, à certains contraceptifs, aux antibiotiques et aux médicaments nécessaires aux soins de santé sexuelle et reproductive.

Cette question garde un intérêt au-delà de la COVID-19. La contraception, les préservatifs, les traitements des IST, la contraception d’urgence, les médicaments utilisés en obstétrique et les produits nécessaires aux soins postnataux font partie des biens de santé qui doivent rester accessibles pendant une crise. Une rupture d’accès touche d’abord les personnes déjà les plus exposées aux ruptures de soins : adolescentes, personnes migrantes, personnes précaires, travailleurs et travailleuses du sexe, personnes vivant avec un handicap, personnes LGBT+ ou personnes exposées à des violences.

Violences, genre et inégalités

Les mesures de contrôle d’une épidémie peuvent augmenter l’isolement. Le confinement avec un partenaire violent, la perte de revenus, la fermeture temporaire de certains lieux d’accueil et l’éloignement des proches rendent les violences plus difficiles à repérer et à signaler. La question des droits sexuels et reproductifs rejoint alors directement celle de la sécurité, de l’autonomie et de l’accès à une aide extérieure.

Les épidémies précédentes avaient déjà montré que les normes de genre exposent certaines personnes à des risques spécifiques. Pendant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, les femmes étaient souvent en première ligne dans les soins familiaux et professionnels. Pendant l’épidémie de Zika, le débat sur la grossesse, les malformations fœtales, l’accès à l’avortement et la justice reproductive avait déjà déplacé la discussion vers l’organisation sociale des risques infectieux.

Droits sexuels et reproductifs en temps de crise

Une réponse sanitaire respectueuse des droits humains doit maintenir l’accès à l’information, aux soins essentiels, à la contraception, à l’IVG lorsqu’elle est légale, au suivi de grossesse, à l’accouchement sécurisé, aux soins postnataux, au dépistage et au traitement des IST. Elle doit aussi permettre la protection contre les violences et garantir la confidentialité des demandes de soins.

L’article de 2020 garde son intérêt parce qu’il posait très tôt une question clinique et politique durable. Une pandémie modifie les rapports de pouvoir, les ressources disponibles, l’accès aux services et la possibilité de prendre des décisions concernant son corps, sa sexualité, sa fertilité ou sa grossesse.

Ce qu’il faut retenir

  • Cet article est une archive contextualisée d’un texte publié en 2020, au début de la pandémie de COVID-19.
  • Les connaissances sur grossesse, COVID-19, vaccination, transmission materno-fœtale et allaitement ont évolué depuis 2020.
  • Une crise sanitaire peut perturber l’accès à la contraception, à l’IVG, au suivi de grossesse, aux soins postnataux, au dépistage des IST et à la protection contre les violences.
  • Les conséquences sont plus fortes lorsque l’accès aux soins, aux revenus, au logement ou à l’information était déjà fragile.
  • Les droits sexuels et reproductifs doivent rester intégrés à la réponse sanitaire, même pendant une urgence infectieuse.

Références

  1. Hussein J. COVID-19: What implications for sexual and reproductive health and rights globally? Sexual and Reproductive Health Matters. 2020;28(1). https://doi.org/10.1080/26410397.2020.1746065[]
  2. Organisation mondiale de la santé. Statement on the fifteenth meeting of the IHR Emergency Committee regarding the coronavirus disease (COVID-19) pandemic. 5 mai 2023. WHO[]
  3. Organisation mondiale de la santé. Coronavirus disease (COVID-19): Pregnancy, childbirth and the postnatal period. WHO[]
  4. Haute Autorité de santé. Grossesse : les vaccins recommandés. HAS[]

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