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I) Situer la demande sexologique
La consultation sexologique commence par la distinction entre plainte, symptôme sexuel et demande. La plainte correspond à ce que la personne formule spontanément. Le symptôme décrit le phénomène clinique : baisse de désir, douleur, éjaculation rapide, difficulté d’excitation, trouble de l’orgasme, évitement, anxiété, insatisfaction ou conflit autour de la sexualité. La demande précise ce que la personne attend du praticien. L’objectif thérapeutique transforme cette demande en cible de travail concrète, réaliste et réévaluable.
Cette distinction évite les réponses trop rapides. Une personne peut demander « retrouver du désir » alors que le problème principal est une douleur vestibulaire, une dépression, une relation coercitive, un traitement antidépresseur, une fatigue chronique, une difficulté à s’autoriser du plaisir ou une absence de stimulation adaptée. Le même mot recouvre donc des mécanismes très différents.
Les recommandations contemporaines en médecine sexuelle insistent sur l’évaluation psychosexuelle, relationnelle, corporelle et contextuelle avant le choix d’une intervention. Les recommandations de l’International Consultation on Sexual Medicine rappellent que les dimensions psychologiques et interpersonnelles des troubles sexuels doivent être évaluées et traitées selon la situation clinique, en complément du bilan médical lorsque celui-ci est indiqué.1
1) Les premières questions utiles
Les premières questions cherchent à comprendre ce qui se passe, ce qui a changé, ce qui fait souffrir et ce qui maintient la difficulté. Elles doivent rester ouvertes, cliniques et non intrusives. Le praticien recherche le début du trouble, son contexte d’apparition, son ancienneté, son caractère primaire ou secondaire, sa fréquence, les situations où il apparaît, les situations où il disparaît, les conséquences sur la personne et sur la relation.
- Quelle est la difficulté sexuelle formulée par la personne ou par le couple ?
- Depuis quand cette difficulté existe-t-elle, et dans quel contexte a-t-elle commencé ?
- La difficulté est-elle présente avec tous les partenaires, dans toutes les pratiques, ou seulement dans certaines situations ?
- Existe-t-il une douleur, un saignement, une gêne corporelle, un symptôme urinaire, génital, hormonal, neurologique ou dermatologique ?
- La personne vient-elle pour elle-même, pour son partenaire, sous pression, ou parce que la relation menace de se rompre ?
- Quels traitements, consommations, événements de vie, troubles de l’humeur, violences ou contraintes peuvent modifier la sexualité ?
Ces questions situent le niveau prioritaire d’intervention. Une douleur persistante, une suspicion d’IST, un trouble hormonal, une dysfonction érectile récente avec facteurs cardiovasculaires, une dépression sévère, une situation de violence ou un traumatisme actif changent immédiatement la hiérarchie thérapeutique.
II) Le modèle personne, relation, environnement
Le modèle associe trois niveaux : la personne, la relation et l’environnement. Il sert de carte clinique pour repérer le lieu principal du problème, les facteurs qui entretiennent le symptôme et le niveau d’intervention le plus utile.
1) La personne
Le niveau individuel comprend le corps, la santé générale, les traitements, l’humeur, l’anxiété, les antécédents de douleur, les violences subies, les apprentissages, les croyances, l’image corporelle, l’identité sexuelle, l’identité de genre, les scripts érotiques et les ressources personnelles. Une baisse de désir peut ainsi être liée à différents facteurs, comme un épisode dépressif, une douleur, une contraception ou un autre traitement, une fatigue chronique, une peur d’être touché, une relation contrainte, une absence d’excitation ou une difficulté à s’autoriser une sexualité.
Le désir sexuel correspond à une disposition variable à rechercher, accueillir ou investir une expérience sexuelle. Il dépend de l’état somatique, de l’humeur, des traitements, de la fatigue, de la sécurité, de l’histoire sexuelle, du rapport au corps, des scénarios érotiques, de l’excitation disponible, du contexte relationnel et des normes intériorisées. Le désir peut précéder l’excitation lors de l’anticipation d’une rencontre désirée, d’un fantasme, d’une initiative de masturbation, d’une attirance dans un contexte sécurisant ou d’une envie de pratique précise. Il peut aussi apparaître après un temps de proximité corporelle ou affective : conversation qui apaise le conflit, caresses sans pression, stimulation graduée, fantasme réactivé, diminution d’une douleur, fatigue moindre, baisse de l’anxiété ou disparition d’une pression relationnelle. Chez une personne qui décrit rarement une envie initiale tout en rapportant du plaisir lorsque le contexte est sécurisant et la stimulation ajustée, la cible de travail consiste souvent à restaurer les conditions de disponibilité, de consentement, d’excitation et de confort corporel.2
Trois appuis du désir sont utiles en clinique : le lien affectif, l’excitation sexuelle et l’identité corporelle ou sexuée. Le lien affectif renvoie à l’attachement, à la tendresse, à la confiance, à la colère, au ressentiment ou à l’insécurité. L’excitation renvoie aux sensations, aux stimulations, au fantasme, à la lubrification, à l’érection, à la vasocongestion, au plaisir et à la capacité de rester présent dans l’expérience. L’identité corporelle renvoie au rapport à son corps, à sa féminité, sa masculinité, sa transidentité, sa non-binarité, son âge, son image, sa maladie ou son handicap.
La stratégie thérapeutique dépend du mécanisme dominant. Une plainte de désir associée à une douleur impose d’identifier et de traiter la douleur. Une plainte associée à un épisode dépressif, à une anxiété sévère, à une iatrogénie médicamenteuse ou à une fatigue chronique appelle une évaluation médicale et psychique. Une plainte centrée sur la gêne corporelle, la honte, l’évitement des sensations ou la difficulté à rester présent pendant les rapports peut relever d’un travail corporel, attentionnel ou sexothérapeutique. Une plainte portée par un conflit conjugal, une asymétrie des attentes ou une sexualité vécue comme une obligation se travaille au niveau relationnel et consentement.
2) Le couple ou la relation
Le niveau relationnel explore la communication, le climat affectif, la sécurité, les conflits, les attentes sexuelles, les scripts du couple, la place du symptôme dans la relation, les évitements et les contraintes. Trois espaces peuvent être distingués entre les partenaires : l’entre-deux érotique, l’entre-deux affectif et l’entre-deux communicationnel.
L’entre-deux érotique correspond à la manière dont les partenaires partagent l’excitation : caresses, rythme, initiatives, refus, fantasmes, pénétration, pratiques, plaisir, orgasme, tendresse, jeu, nouveauté ou répétition. L’entre-deux affectif correspond au sentiment amoureux, à la confiance, à la sécurité, aux blessures relationnelles, aux attentes et aux frustrations. L’entre-deux communicationnel correspond à la façon dont les partenaires parlent de sexualité, demandent, refusent, négocient, critiquent, se taisent ou se protègent.
Le travail sexologique peut viser l’un de ces espaces. Lorsque les partenaires se parlent peu mais se sentent en sécurité, le travail peut commencer par la communication et la clarification des attentes. Lorsque l’érotisme s’est appauvri après une maladie, une naissance, une douleur ou un conflit, les exercices corporels et les tâches graduées peuvent être utiles. Lorsque la relation est saturée de reproches, d’humiliation ou de peur, les exercices sexuels aggravent souvent la situation.
La peur, la contrainte, l’humiliation, la surveillance, la jalousie coercitive, la pression sexuelle, la menace, le chantage affectif, financier ou administratif, les violences physiques, psychologiques ou sexuelles modifient l’objectif de la consultation. Le praticien vérifie si la personne peut parler seule, si elle se sent en danger, si les rapports sont acceptés ou subis, si la contraception, la grossesse, les IST, les douleurs ou les demandes sexuelles sont utilisés comme moyens de contrôle, et si une mise en sécurité immédiate est nécessaire. Dans ce contexte, les exercices sexuels, les prescriptions de rapprochement et les tâches de couple sont contre-indiqués, car ils peuvent renforcer l’emprise ou déplacer la responsabilité vers la personne victime.
La conduite à tenir repose sur l’accueil sans banalisation, l’évaluation du danger, la documentation clinique des faits rapportés et des lésions éventuelles, l’information sur les ressources disponibles et l’orientation vers les professionnels ou structures adaptés. La HAS recommande aux professionnels de santé de repérer les violences au sein du couple, y compris en l’absence de signe d’alerte, et de faciliter la coordination avec les dispositifs de protection et d’accompagnement.3 Les obligations de signalement dépendent de l’âge, de la vulnérabilité, du danger immédiat et du cadre légal. Le travail sexologique reprend lorsque la sécurité, le consentement et les priorités somatiques ou psychiques le permettent.
3) L’environnement
L’environnement comprend le stress, la charge mentale, le travail, la parentalité, la famille, les valeurs culturelles, la précarité, la maladie, le handicap, les normes religieuses ou sociales, l’accès à l’intimité et les conditions concrètes de la vie sexuelle. Le stress chronique augmente l’évitement, diminue la disponibilité attentionnelle, favorise les tensions corporelles et peut aggraver les douleurs, les troubles de l’excitation, les difficultés érectiles, les troubles de l’éjaculation et les plaintes de désir.
L’environnement agit aussi par les contraintes matérielles : absence de lieu intime, sommeil insuffisant, jeunes enfants, travail de nuit, douleurs chroniques, aidance, précarité, logement partagé, maladie du partenaire ou peur d’une grossesse. Dans ces situations, une prescription d’exercice sexuel sans modification du contexte peut échouer malgré une bonne motivation. La prise en charge commence alors par des ajustements réalistes : temps disponible, intimité, repos, réduction de la douleur, répartition de la charge, aide sociale ou relais médical.
III) Choisir l’approche thérapeutique
Le choix d’une approche suit la formulation clinique, les objectifs de la personne, la sécurité, le niveau de preuve, les compétences du praticien et les limites du cadre de consultation. Une intervention sexologique peut associer information, psychoéducation, exercices corporels, exercices attentionnels, travail émotionnel, thérapie de couple, approche cognitive et comportementale, hypnose, pleine conscience, orientation médicale ou orientation psychothérapeutique spécialisée.
Le praticien doit pouvoir expliquer l’indication de chaque outil. Une technique proposée sans hypothèse clinique devient rapidement une recette. Une technique efficace dans un contexte peut être inutile ou délétère dans un autre. Un exercice de toucher peut aider un couple anxieux et sécurisant ; il peut aggraver une situation de contrainte, de douleur active ou de traumatisme non stabilisé. Une hypnose peut aider à moduler une anxiété ou une douleur ; elle ne remplace pas le diagnostic d’une lésion, d’une infection ou d’une dépression sévère.
1) Psychoéducation et clarification
La psychoéducation donne des repères anatomiques, physiologiques et relationnels. Elle explique les variations du désir, de l’excitation et de l’orgasme, la différence entre désir spontané et désir réactif, l’effet du stress, l’impact de la douleur, les effets sexuels des médicaments, les conséquences de la ménopause, de la grossesse, du post-partum, de la maladie chronique ou du vieillissement. Elle distingue fréquence sexuelle, satisfaction sexuelle et souffrance clinique.
Cette intervention peut suffire lorsque la plainte repose principalement sur une norme irréaliste, une inquiétude de performance, une confusion entre absence de désir spontané et absence de désir tout court, une méconnaissance de l’anatomie ou une peur de ne pas être normal. Elle devient insuffisante lorsque la plainte est entretenue par une douleur, une relation conflictuelle, un trouble psychiatrique, une iatrogénie ou un traumatisme.
Les modèles de prise en charge de la baisse de désir sexuel chez les femmes insistent sur une évaluation biopsychosociale : facteurs médicaux, médicaments, humeur, relation, douleur, contexte hormonal, histoire sexuelle, attentes et satisfaction. Le processus de soin proposé par l’ISSWSH conserve cette logique clinique, avec une place pour l’information, les interventions psychosexuelles et l’adressage selon la situation.2
2) Approches corporelles et sexocorporelles
Les approches corporelles travaillent l’attention aux sensations, la respiration, la détente musculaire, les tensions pelviennes, la posture, le mouvement, la modulation de l’excitation et l’appropriation du corps. Elles peuvent être utiles dans les difficultés d’excitation, les troubles de l’orgasme, certaines douleurs sexuelles, l’éjaculation rapide, l’anxiété de performance et les difficultés à rester présent dans l’expérience corporelle.
L’approche sexocorporelle s’appuie sur les liens entre corps, excitation, imaginaire, émotions et vécu relationnel. Elle observe comment la personne respire, bouge, se contracte, accélère, évite, retient son excitation ou la laisse monter. Les exercices peuvent porter sur l’attention aux sensations, la respiration, la mobilité du bassin, les tensions musculaires, le rythme, les appuis corporels, l’imaginaire érotique et la capacité à moduler l’intensité de l’excitation.
Ces approches demandent une grande prudence clinique. La douleur, le traumatisme, la dissociation, les violences, la honte corporelle massive et l’absence de sécurité relationnelle imposent d’adapter ou de différer les exercices corporels. Un exercice corporel proposé trop tôt peut être vécu comme intrusif. Un exercice bien indiqué peut au contraire redonner un accès progressif aux sensations, à la sécurité corporelle et au plaisir. L’Institut Sexocorporel International décrit cette articulation entre excitation, mouvement, imaginaire et apprentissages sexuels.4
3) Exercices sexologiques et sensate focus
Les exercices sexologiques structurent le changement entre les séances. Ils peuvent porter sur l’observation, la communication, l’exploration sensorielle, la réduction de la performance, la reprise graduée du toucher, la modification des scripts sexuels ou l’apprentissage d’un rythme corporel différent. Ils doivent être simples, datés, expliqués et adaptés à ce que la personne peut réellement faire.
Le sensate focus, issu de la sexothérapie de Masters et Johnson, utilise des exercices progressifs de toucher centrés sur les sensations plutôt que sur la performance, l’érection, la pénétration ou l’orgasme. Il peut être utile lorsque le couple est sécurisé mais pris dans l’anticipation de l’échec, la pression de résultat, la peur de décevoir ou l’évitement de l’intimité. La Society for Sex Therapy and Research et la Sexual Medicine Society of North America le décrivent comme une technique destinée à réduire l’anxiété de performance et à améliorer l’intimité et la communication sexuelle.5
La prescription d’un exercice doit préciser ce qui est demandé et ce qui ne l’est pas. Par exemple : temps court, absence d’objectif orgasmique, possibilité d’interrompre, interdiction de franchir une limite non acceptée, retour en séance sur ce qui a été facile, difficile, agréable, anxiogène ou douloureux. Un exercice raté donne une information clinique ; il ne doit pas devenir une preuve d’échec du patient ou du couple.
4) Thérapies cognitives et comportementales
Les thérapies cognitives et comportementales identifient les pensées automatiques, les évitements, l’anticipation de l’échec, les croyances de performance, les conduites de contrôle et les comportements qui entretiennent le symptôme. En sexologie, elles peuvent se traduire par des exercices gradués, des tâches d’observation, des modifications de scripts sexuels, des exercices d’exposition douce, un travail sur l’attention et une réintroduction progressive de l’intimité lorsque le contexte le permet.
Dans l’anxiété de performance, l’objectif consiste souvent à diminuer la surveillance de soi. Une personne qui vérifie sans cesse son érection, sa lubrification, son excitation, son odeur, son apparence ou sa capacité à jouir sort de l’expérience sexuelle pour s’observer. Les interventions peuvent alors travailler les pensées d’échec, les évitements, le retour aux sensations, la communication avec le partenaire et la reprise graduée des situations évitées.
Les recommandations européennes de médecine sexuelle associent fréquemment traitements médicaux, psychosexuels et relationnels selon le trouble traité. Les troubles de l’érection, de l’éjaculation, du désir, de l’excitation, de l’orgasme et les douleurs sexuelles nécessitent une formulation qui tient compte du corps, de la relation et des facteurs psychologiques.6
5) Pleine conscience
La pleine conscience entraîne l’attention au moment présent, aux sensations corporelles et aux émotions, avec une réduction de l’auto-observation anxieuse et des pensées intrusives. Elle peut être pertinente lorsque la personne décrit une difficulté à sentir son excitation, une fuite attentionnelle pendant les rapports, une rumination, une anxiété de performance, une gêne corporelle ou une difficulté à rester dans les sensations.
Dans une plainte de type « je ne sens rien », le praticien doit préciser ce que la personne appelle « sentir ». Certaines personnes ressentent l’excitation mais n’atteignent pas l’orgasme. D’autres sentent une montée d’excitation qui disparaît rapidement. D’autres quittent l’expérience corporelle pour penser au travail, aux enfants, aux courses, à leur apparence ou au regard du partenaire. La pleine conscience peut alors aider à reconnaître les sensations, les émotions et les pensées sans se laisser immédiatement entraîner par elles.
Les études sur les interventions basées sur la pleine conscience en santé sexuelle rapportent des résultats intéressants dans certaines plaintes de désir, d’excitation, de douleur et de détresse sexuelle, avec des protocoles encore hétérogènes. La pleine conscience se présente comme un entraînement attentionnel et corporel, avec des consignes simples, une pratique régulière et une évaluation clinique de ses effets.7
6) Hypnose, relaxation et sophrologie
L’hypnose, la relaxation et certaines pratiques apparentées peuvent aider à travailler l’anxiété, la douleur, l’anticipation, les tensions corporelles, l’accès aux sensations et la modulation émotionnelle. Leur utilisation demande une formation spécifique, un cadre explicite et une indication claire. La personne doit comprendre l’objectif de la technique, conserver sa liberté d’arrêt et pouvoir refuser cette modalité.
En sexologie, l’hypnose peut être mobilisée comme aide à la détente, au recentrage sensoriel, à la modulation de la douleur, au travail sur l’anticipation ou à l’exploration d’images corporelles. Elle s’intègre dans une prise en charge plus large. Une dyspareunie nécessite un bilan clinique. Une dysfonction érectile récente chez un patient à risque cardiovasculaire nécessite une évaluation médicale. Une sidération traumatique nécessite une prise en charge psychotraumatologique adaptée.
Le rapport de l’Inserm sur l’hypnose retrouve des données plus solides dans certains champs comme la douleur et l’anesthésie que dans d’autres indications. Cette hiérarchie des données impose de rester prudent dans les promesses faites en sexologie.8
7) Thérapie des schémas
La thérapie des schémas décrit des schémas précoces inadaptés, par exemple abandon, carence affective, méfiance, honte, exigences élevées ou abnégation. En sexologie, cette lecture peut aider à comprendre des répétitions relationnelles, une difficulté à demander, une tendance à s’oublier, une peur du rejet, une incapacité à se sentir légitime dans le plaisir ou une sexualité organisée autour de la réparation affective.9
Un schéma d’abnégation peut conduire une personne à s’occuper du partenaire, des enfants, du travail, de la famille et de la maison en effaçant ses propres besoins. La plainte de désir devient alors l’expression sexuelle d’un épuisement identitaire et relationnel. Un schéma d’abandon peut favoriser des relations répétitives où la personne accepte une sexualité non désirée par peur de perdre le lien. Un schéma de honte peut conduire à éviter la nudité, la demande, l’initiative ou le plaisir visible.
Le sexologue peut repérer ces schémas, les nommer avec prudence et adapter le travail sexologique. Lorsque les schémas sont centraux, rigides, anciens, associés à des troubles de personnalité, à des traumatismes ou à une souffrance relationnelle durable, l’orientation vers une psychothérapie structurée devient indiquée.
IV) Déroulement pratique d’une prise en charge
Une prise en charge sexologique se construit par étapes. La première étape clarifie la demande, recherche les éléments de gravité et vérifie les indications médicales, psychiques ou sociales. La deuxième étape formule une hypothèse de travail avec la personne ou le couple. La troisième étape choisit une intervention limitée et évaluable. Les séances suivantes évaluent les effets, les obstacles, les résistances, les bénéfices, les effets indésirables et la nécessité d’adapter l’orientation.
Un objectif utile doit être observable. « Retrouver une sexualité normale » reste trop vague. « Diminuer la douleur à la pénétration », « pouvoir parler d’un refus sans dispute », « reprendre des contacts corporels non pénétratifs », « sortir de la surveillance de l’érection », « identifier les conditions où le désir apparaît » ou « consulter pour un bilan de douleur vulvaire » sont des objectifs plus opératoires.
Les exercices à domicile se donnent rarement dès la première séance lorsque la situation est complexe. Le praticien vérifie d’abord la sécurité, la douleur, le consentement, la compréhension, la motivation et le cadre relationnel. Un exercice doit être suffisamment simple pour être réalisé, suffisamment précis pour être évalué, et suffisamment libre pour ne pas devenir une injonction.
V) Repères pratiques selon la plainte
| Situation clinique | Hypothèses à explorer | Approches possibles | Limites et orientation |
|---|---|---|---|
| Baisse de désir | Douleur, fatigue, dépression, iatrogénie, conflit, surcharge, absence d’excitation, normes irréalistes, pression du partenaire. | Psychoéducation, clarification du désir spontané et réactif, travail sur le contexte, thérapie de couple, pleine conscience, TCC, bilan médical selon signes associés. | Un désir bas associé à douleur, saignement, trouble hormonal, dépression sévère, violence ou sexualité subie nécessite une évaluation prioritaire. |
| Difficulté d’excitation ou d’orgasme | Anxiété de performance, fuite attentionnelle, méconnaissance corporelle, inhibitions, douleurs, médicaments, manque de stimulation adaptée. | Approches corporelles, exercices d’attention, exploration des scripts sexuels, adaptation des stimulations, sensate focus, pleine conscience. | Un trouble récent ou associé à signes neurologiques, endocriniens, douloureux ou iatrogènes impose un bilan adapté. |
| Éjaculation rapide | Excitation très rapide, anxiété, apprentissages masturbatoires, dynamique de couple, évitement, peur de perdre l’érection. | Modulation de l’excitation, exercices corporels, TCC, travail de couple, traitements médicamenteux selon situation. | La prise en charge doit tenir compte de la souffrance du patient et du partenaire, sans réduire la plainte à une performance chronométrique. |
| Douleur sexuelle | Dermatose, vestibulodynie, endométriose, infection, hypertonie du plancher pelvien, traumatisme, appréhension, sécheresse ou atrophie. | Bilan clinique, information, kinésithérapie pelvi-périnéale, adaptation sexuelle, approche corporelle prudente, prise en charge psychotraumatique si indiquée. | La douleur impose de rechercher une cause médicale et de suspendre les exercices pénétratifs douloureux. |
| Conflit de couple | Ressentiment, évitement, asymétrie du désir, communication hostile, sexualité utilisée comme enjeu relationnel, peur de la rupture. | Clarification de la demande, travail communicationnel, thérapie de couple, exercices non sexuels de sécurité relationnelle. | Violence, coercition, peur ou emprise orientent vers une prise en charge de sécurité avant tout travail sexuel. |
| Répétitions relationnelles | Abandon, carence affective, abnégation, exigences, honte, peur de dépendre, traumatisme, difficultés de limites. | Repérage des schémas, psychothérapie individuelle, travail sexologique centré sur la demande, les limites et la légitimité du plaisir. | Le sexologue doit adresser lorsque le travail dépasse le cadre d’une prise en charge sexologique. |
VI) Cadre thérapeutique et limites
Le cadre thérapeutique précise les objectifs, la durée approximative, les limites du praticien, les exercices proposés, les conditions d’arrêt, le respect du consentement et les critères d’adressage. Les exercices à domicile ne sont jamais une obligation. Ils sont expliqués, adaptés, acceptés et réévalués à la séance suivante. Une personne ou un couple peut refuser un exercice sans être disqualifié dans sa demande.
Le praticien doit distinguer conseil sexologique, thérapie sexologique, psychothérapie, thérapie de couple, prise en charge médicale et rééducation. Une plainte sexuelle peut relever de plusieurs niveaux. Le travail en réseau évite de transformer une consultation de sexologie en traitement isolé d’une dépression sévère, d’un psychotraumatisme, d’une pathologie gynécologique, d’une dysfonction érectile vasculaire ou d’une situation de violence.
Les limites doivent être dites tôt. Le sexologue ne promet pas la guérison, ne garantit pas le désir, ne prescrit pas une norme de fréquence sexuelle et ne pousse pas une personne vers une pratique qu’elle ne souhaite pas. Il propose une lecture clinique, des hypothèses, des exercices, des orientations et une évaluation régulière des effets. Cette position protège la personne, le couple et le praticien.
VII) Repères de raisonnement sexologique
Le choix d’une approche thérapeutique part d’une situation clinique réelle. Le même symptôme peut conduire à des interventions différentes selon le mécanisme dominant. Une difficulté de désir liée à la douleur appelle l’évaluation et le traitement de la douleur. Une difficulté de désir liée à l’abnégation appelle un travail sur les limites, les besoins et les schémas relationnels. Une difficulté d’excitation liée à l’auto-observation anxieuse appelle un travail attentionnel et corporel. Une difficulté sexuelle dans un climat conjugal hostile appelle une clarification relationnelle avant les exercices érotiques.
La compétence sexologique consiste à formuler la situation, choisir un outil proportionné, expliquer l’indication, vérifier l’accord, mesurer l’évolution et savoir adresser. Elle suppose de comprendre quel outil sert quel objectif, dans quel cadre, avec quelles limites, et à quel moment du parcours.
Livres utiles
Référence
Référence clinique pour comparer les modèles de sexothérapie et comprendre quand mobiliser une approche cognitivo-comportementale, systémique, psychodynamique ou intégrative.
Référence
Version récente et pratique pour les cliniciens : notions clés de psychosexologie, formulation de cas, repères thérapeutiques et vocabulaire commun pour la consultation.
Référence
Référence de base pour les sexologues : la 4e édition couvre l’évaluation clinique, les troubles sexuels et les repères de prise en charge.
Certains liens peuvent etre des liens affilies. L’achat est facultatif et n’est jamais necessaire a une prise en charge medicale.
Références
- https://academic.oup.com/smr/article/13/2/118/7934651[↩]
- https://www.mayoclinicproceedings.org/article/S0025-6196(18)30325-0/fulltext[↩][↩]
- https://www.has-sante.fr/jcms/p_3104867/fr/reperage-des-femmes-victimes-de-violences-au-sein-du-couple[↩]
- https://sexocorporel.com/[↩]
- https://www.smsna.org/patients/did-you-know/what-is-sensate-focus-and-how-does-it-work[↩]
- https://uroweb.org/guidelines/sexual-and-reproductive-health[↩]
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29680250/[↩]
- https://www.inserm.fr/rapport/evaluation-de-lefficacite-de-la-pratique-de-lhypnose-2015/[↩]
- https://www.guilford.com/books/Schema-Therapy/Young-Klosko-Weishaar/9781593853723[↩]






