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Dr Arnaud ZELER

Chlamydia trachomatis et sexualité

7 février 2014 dans par

Note importante

Cet article reprend une retranscription initiale d’un cours magistral tenu à l’oral dans le cadre du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Il a été relu, corrigé et actualisé le 8 juillet 2026 par Dr Arnaud ZELER avec des recommandations récentes et des sources scientifiques citées dans le texte.

Le contenu intègre les données médicales et terminologiques actuelles.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

Chlamydia trachomatis et sexualité

L’infection à Chlamydia trachomatis est une infection sexuellement transmissible bactérienne fréquente. Elle touche les muqueuses génitales, rectales, pharyngées ou conjonctivales selon les pratiques sexuelles et le site exposé. Les formes urogénitales habituelles sont dues aux génotypes D à K. La lymphogranulomatose vénérienne, ou LGV, correspond aux génotypes L et donne surtout des atteintes anorectales.1

Le terme « chlamydiae » reste fréquent dans les anciens cours et certains documents. La formulation actuelle la plus précise est infection à Chlamydia trachomatis, ou chlamydiose lorsque l’on désigne la maladie. La particularité clinique de cette infection est sa fréquence élevée de formes peu symptomatiques, alors que les complications peuvent être importantes lorsqu’elle persiste, se transmet ou remonte vers les voies génitales hautes.

Chlamydia trachomatis : agent infectieux, sites exposés et transmission

Chlamydia trachomatis est une bactérie intracellulaire obligatoire. Elle se transmet lors de contacts sexuels exposant une muqueuse à des sécrétions infectées : rapports vaginaux, anaux, oraux, contact oro-génital ou oro-anal, partage de sextoys insuffisamment protégés ou nettoyés, et plus rarement contact oculaire manuporté. Une transmission au nouveau-né peut survenir lors de l’accouchement, avec risque de conjonctivite ou de pneumopathie néonatale.

Le site infecté dépend du site exposé. Une personne ayant un pénis peut avoir une infection urétrale, rectale, pharyngée ou conjonctivale. Une personne ayant une vulve, un vagin ou un col de l’utérus peut avoir une cervicite, une urétrite basse, une atteinte rectale, pharyngée ou conjonctivale. Les symptômes urinaires peuvent mimer une infection urinaire basse. Chez les personnes trans et non binaires, le choix des prélèvements dépend de l’anatomie présente, des pratiques, des symptômes et des éventuels traitements hormonaux ou chirurgicaux, sans déduire les organes ou les pratiques sexuelles de l’identité de genre ; des repères pratiques sont détaillés dans l’article sur la santé sexuelle des personnes non binaires.

Épidémiologie

En France, Santé publique France estime qu’en 2024, 3,4 millions de personnes ont été dépistées au moins une fois pour une infection à Chlamydia trachomatis, soit 50 dépistages pour 1 000 habitants. Le dépistage reste plus fréquent chez les femmes, avec 67 dépistages pour 1 000 femmes contre 31 pour 1 000 hommes. Chez les femmes de 15 à 25 ans, le taux atteint 155 pour 1 000. Le taux de dépistage a augmenté de 162 % entre 2014 et 2024. Cette hausse inclut les tests PCR chlamydia/gonocoque réalisés en laboratoire sans ordonnance pour tous les assurés, et gratuitement pour les moins de 26 ans dans le cadre de « Mon test IST » depuis septembre 2024. Ces estimations proviennent notamment du Système national des données de santé (SNDS), exploité par Santé publique France.2

Dans l’étude PrévIST 2023, la prévalence de l’infection à Chlamydia trachomatis chez les personnes de 18 à 59 ans résidant en France hexagonale était estimée à 0,93 % chez les femmes et 0,58 % chez les hommes. Les estimations les plus élevées concernaient les 25-29 ans, avec 3,9 % chez les femmes et 6,7 % chez les hommes, mais les intervalles de confiance étaient larges.3

En 2024, l’indicateur SNDS « diagnostics en secteur privé et traités » utilisé par Santé publique France estime qu’environ 61 100 personnes ont eu une infection à Chlamydia trachomatis diagnostiquée puis traitée, soit 89 diagnostics traités pour 100 000 habitants. Dans ce libellé, « secteur privé » renvoie aux données de remboursement de l’Assurance maladie permettant de chaîner un test et un traitement antibiotique adapté ; les diagnostics réalisés en CeGIDD sont comptés séparément par la surveillance SurCeGIDD. Les hommes représentaient 56 % des cas dans cet indicateur. Les taux restent particulièrement élevés chez les jeunes femmes de 15 à 25 ans, avec 306 diagnostics traités pour 100 000, et chez les hommes de 26 à 49 ans, avec 205 diagnostics traités pour 100 000. Les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) ont rapporté environ 22 200 diagnostics supplémentaires en 2024, avec des signes cliniques d’IST identifiés dans seulement 21 % des cas diagnostiqués.

En CeGIDD, environ 306 000 dépistages gratuits de l’infection à Chlamydia trachomatis ont été rapportés en 2024. Le taux de positivité était de 7,6 % : 7,9 % chez les femmes cis, 7,4 % chez les hommes cis et 6,4 % chez les personnes trans. Lorsque les pratiques sexuelles étaient connues, la positivité atteignait 8,5 % chez les femmes hétérosexuelles, 7,8 % chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, 7,4 % chez les hommes hétérosexuels et 5,3 % chez les femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes. Dans ce cours, l’acronyme HSH désigne les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, quelle que soit l’orientation sexuelle déclarée.

Dépistage et diagnostic

Le diagnostic biologique repose sur une PCR, techniquement appelée test d’amplification des acides nucléiques ou TAAN dans les recommandations. En pratique, les ordonnances et les comptes rendus utilisent le plus souvent le terme PCR. La prescription doit nommer les sites à prélever selon les pratiques et les symptômes : premier jet d’urine ou prélèvement de pus urétral en cas d’écoulement chez une personne ayant un pénis, auto-prélèvement vaginal ou prélèvement vaginal réalisé par un professionnel chez une personne ayant un vagin, prélèvement rectal, prélèvement pharyngé, prélèvement conjonctival si atteinte oculaire. Pour une infection urogénitale chez une personne ayant un vagin, le prélèvement vaginal est préféré au prélèvement urinaire. L’auto-prélèvement vaginal est généralement fiable et mieux accepté qu’un examen au spéculum lorsqu’aucun examen clinique n’est nécessaire.

La sérologie Chlamydia trachomatis n’a pas de place dans le dépistage ni dans le diagnostic des infections génitales basses, rectales ou pharyngées. Elle peut garder un intérêt dans certaines infections génitales hautes lorsque le prélèvement direct est impossible ou dans des bilans spécialisés, mais elle ne remplace pas la PCR sur le ou les sites exposés.1

Les recommandations 2025 retiennent un dépistage systématique chez les femmes sexuellement actives de 15 à 25 ans, répété en cas de nouveau partenaire, et un dépistage opportuniste ciblé chez les personnes ayant au moins deux partenaires dans l’année, un changement récent de partenaire, un partenaire diagnostiqué pour une IST, un antécédent d’IST, une activité de travail du sexe, une consultation après violence sexuelle, ou une autre exposition à risque. Chez les HSH ayant des partenaires multiples, le dépistage doit être multisite et répété tous les trois mois. Chez une personne enceinte, un dépistage est recommandé au premier trimestre chez les personnes de moins de 25 ans, ainsi que lors d’une consultation d’interruption volontaire de grossesse.

Le bilan associe la recherche de Chlamydia trachomatis et du gonocoque sur les sites exposés. Selon les sites exposés, les symptômes, les partenaires et le délai depuis le dernier rapport, il peut aussi comprendre un dépistage du VIH, de la syphilis, des hépatites B et C, une discussion sur le TPE si l’exposition au VIH date de moins de 48 heures, et une discussion sur la PrEP VIH lorsque les expositions se répètent. TPE signifie traitement post-exposition. PrEP signifie prophylaxie pré-exposition.

Tableaux cliniques

L’incubation est souvent de 5 à 15 jours, avec de nombreuses formes asymptomatiques. Une urétrite peut donner un écoulement discret, parfois surtout matinal, une gêne urétrale, un prurit canalaire, des brûlures mictionnelles, une dysurie ou une pesanteur génitale. L’écoulement est souvent moins purulent et moins abondant que dans la gonococcie. La clinique ne permet pas de distinguer de façon fiable une infection à Chlamydia trachomatis, une gonococcie ou une infection à Mycoplasma genitalium.

Une cervicite peut donner des leucorrhées, des métrorragies, un saignement provoqué, une dysurie, une dyspareunie ou des douleurs pelviennes. L’examen au spéculum peut retrouver un col inflammatoire, friable, mucopurulent ou hémorragique. Un examen normal n’écarte pas l’infection. Une plainte de « cystites à répétition » avec cultures urinaires négatives, brûlures urinaires, pollakiurie ou pyurie stérile doit faire rechercher une IST, notamment Chlamydia trachomatis et gonocoque.

La localisation rectale peut rester asymptomatique. Lorsqu’elle est symptomatique, elle peut donner douleurs rectales, ténesme, faux besoins, écoulement muco-purulent ou rectorragies. Une anorectite très douloureuse, avec rectorragies, ténesme marqué, adénopathies ou altération de l’état général, doit faire rechercher une LGV. La localisation pharyngée est le plus souvent asymptomatique ; lorsqu’elle est parlante, elle donne surtout une pharyngite ou une odynophagie modérée. La conjonctivite à Chlamydia trachomatis peut être unilatérale, durer plusieurs semaines ou résister aux collyres antibiotiques usuels ; elle nécessite un prélèvement conjonctival et une prise en charge adaptée.

Chez le nouveau-né exposé lors de l’accouchement, l’infection peut se manifester par une conjonctivite ou une pneumopathie. Chez l’enfant en dehors de la période néonatale, une infection à Chlamydia trachomatis impose une prise en charge pédiatrique spécialisée et une évaluation médico-légale lorsqu’une exposition sexuelle est possible.

Complications

Chez une personne ayant un col de l’utérus, l’infection peut remonter vers l’endomètre et les trompes. Une infection génitale haute peut donner douleurs pelviennes, douleur annexielle, douleur à la mobilisation du col, métrorragies, dyspareunie profonde, fièvre ou syndrome inflammatoire, avec un tableau parfois discret. Les complications possibles sont les douleurs pelviennes chroniques, l’infertilité tubaire et la grossesse extra-utérine. Une douleur pelvienne aiguë, une fièvre, une douleur à la mobilisation du col, un retard de règles, un test de grossesse positif, des métrorragies ou une douleur importante imposent une évaluation rapide.

Chez une personne ayant des testicules, une orchi-épididymite peut donner douleur testiculaire, augmentation de volume du scrotum, douleur de l’épididyme, fièvre ou signes urinaires associés. Toute douleur testiculaire aiguë impose aussi d’éliminer une torsion testiculaire. L’ancienne expression « syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter » désignait une arthrite réactionnelle associant urétrite, conjonctivite et atteinte articulaire. Le terme actuel est arthrite réactionnelle ; l’éponyme Reiter est aujourd’hui évité.

La LGV donne une forme plus invasive. La forme rectale peut ressembler à une rectocolite inflammatoire ou à une autre ano-rectite infectieuse, avec douleurs, ténesme, écoulement, rectorragies et parfois adénopathies. La forme génitale peut débuter par une ulcération transitoire puis des adénopathies inguinales douloureuses. La recherche du génotype L doit être demandée sur un prélèvement anorectal positif à Chlamydia trachomatis devant une ano-rectite sévère, des rectorragies, un ténesme marqué, des adénopathies, une altération de l’état général ou une exposition sexuelle anale compatible.4

Retentissement sexuel et relationnel

Une infection à Chlamydia trachomatis peut retentir sur la sexualité au-delà des symptômes. Les douleurs, écoulements, saignements, odeurs, brûlures urinaires, dyspareunies, douleurs anales ou douleurs pelviennes peuvent modifier le désir, l’excitation, la lubrification, l’érection, l’éjaculation, l’orgasme, la confiance corporelle et la disponibilité sexuelle. La peur d’avoir contaminé un partenaire, la découverte d’une infection asymptomatique, l’annonce aux partenaires ou la crainte d’un jugement peuvent aussi peser sur la relation.

L’entretien précise les sites exposés, les pratiques récentes, les protections utilisées, la chronologie des rapports et des symptômes, les symptômes des partenaires, les dépistages antérieurs et les éventuels rapports depuis le début des symptômes. Ces informations guident les prélèvements, le traitement des partenaires et la prévention des réinfections. Le temps médical consacré au diagnostic et à la prévention doit rester séparé d’une exploration sexologique du vécu corporel, relationnel ou émotionnel.

Traitement

Le traitement de référence des infections non compliquées à Chlamydia trachomatis repose en 2025-2026 sur la doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours. L’azithromycine 1 g en prise unique garde une place lorsque la doxycycline est contre-indiquée ou non adaptée, avec des limites particulières pour les infections rectales. Les situations de LGV, d’orchi-épididymite et d’infection génitale haute nécessitent des durées ou des associations différentes. Les recommandations de la Haute Autorité de santé et du Centre national de référence des IST (HAS/CNR IST) 2025, ainsi qu’Antibioclic vérifié le 7 juillet 2026, convergent sur ces points.15

La doxycycline doit être prise avec un grand verre d’eau, pendant un repas si besoin, en évitant de s’allonger dans l’heure qui suit la prise. Une photoprotection est nécessaire, car la molécule peut favoriser les réactions au soleil. Les fluoroquinolones, comme ofloxacine ou lévofloxacine, sont des alternatives de troisième intention et doivent rester limitées en raison de leurs effets indésirables et des enjeux de bon usage antibiotique.

SituationConduite pratiqueTraitement ou adaptation
Infection urogénitale basse non compliquée, symptomatique ou asymptomatique.Prescrire ou réaliser, avant traitement lorsque la situation clinique le permet, une PCR ciblant Chlamydia trachomatis et le gonocoque sur les sites exposés. Proposer les autres dépistages selon les sites exposés, les symptômes, les partenaires, une grossesse éventuelle, le délai depuis le dernier rapport et les antécédents d’IST.Doxycycline 100 mg par voie orale deux fois par jour pendant 7 jours.
Contre-indication à la doxycycline, impossibilité d’observance ou situation où la doxycycline n’est pas adaptée.Vérifier le site infecté, car l’azithromycine est moins satisfaisante pour certaines localisations rectales.Azithromycine 1 g par voie orale en prise unique. En troisième intention : ofloxacine 200 mg deux fois par jour pendant 7 jours ou lévofloxacine 500 mg par jour pendant 7 jours.
Grossesse.Traiter sans délai, rechercher les co-infections et organiser un contrôle microbiologique. La conduite dépend du trimestre.Au premier trimestre, la HAS 2025 retient doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours. Aux deuxième et troisième trimestres, azithromycine 1 g en prise unique. Si doxycycline et azithromycine sont contre-indiquées : avis spécialisé ; l’érythromycine peut être discutée selon les recommandations.
Allaitement.Tenir compte de l’âge du nourrisson, de la prématurité éventuelle et de la durée du traitement.Une cure courte de doxycycline pendant 7 jours peut être retenue lorsque le traitement est indiqué. L’azithromycine est une alternative si la doxycycline n’est pas adaptée.6
Infection rectale non LGV.Demander un prélèvement rectal pour PCR. Rechercher une LGV si l’ano-rectite est sévère, avec rectorragies, ténesme marqué, adénopathies, altération de l’état général, ou exposition sexuelle anale compatible.Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours. Si azithromycine est utilisée pour une infection rectale, un test de contrôle à 4 semaines est recommandé.
Infection pharyngée ou conjonctivale non compliquée chez l’adulte.Prélever le site atteint. Rechercher les autres sites exposés.Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours. Adapter en cas de grossesse ou de contre-indication.
LGV confirmée ou fortement suspectée.Demander le génotypage L sur le prélèvement positif si possible. Rechercher autres IST, VIH, syphilis et partenaires exposés.Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours. En deuxième intention : azithromycine 1 g par semaine pendant 3 semaines. Avis spécialisé si forme sévère, grossesse complexe, échec ou doute diagnostique.
Urétrite ou cervicite avec gonocoque non exclu au moment de traiter.Le prélèvement doit rechercher Chlamydia trachomatis et gonocoque. Si le tableau impose un traitement probabiliste avant résultat, couvrir les deux germes.Doxycycline 7 jours pour Chlamydia trachomatis, associée au traitement du gonocoque selon les recommandations en vigueur, généralement ceftriaxone 1 g par voie intramusculaire ou intraveineuse en dose unique.
Orchi-épididymite avec suspicion d’IST.Rechercher douleur testiculaire aiguë, torsion, fièvre, signes de gravité et nécessité d’avis urologique. Prélever avant antibiotique si possible.Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 10 jours. Associer ceftriaxone 1 g par voie intramusculaire ou intraveineuse en dose unique si gonocoque possible.
Infection génitale haute non compliquée.Évaluer grossesse, douleur pelvienne, fièvre, signes de gravité, abcès tubo-ovarien, doute diagnostique et possibilité de suivi rapproché. Réévaluer la personne dans les 3 à 5 jours. L’échographie ne doit pas retarder le traitement lorsqu’une infection génitale haute est retenue cliniquement.En ambulatoire : ceftriaxone 1 g par voie intramusculaire en dose unique, doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 10 jours et métronidazole 500 mg deux fois par jour pendant 10 jours. Hospitalisation ou avis spécialisé si forme sévère, grossesse, abcès, sepsis, doute diagnostique ou impossibilité de traitement oral.
Partenaire exposé.Informer et orienter les partenaires des six derniers mois pour évaluation, prélèvements et traitement selon résultat. Si le dernier rapport possiblement contaminant date de moins de 14 jours, le traitement peut être proposé même si la PCR initiale est négative.Traitement adapté au résultat et à la situation clinique. Rapports protégés ou différés jusqu’à la prise en charge des partenaires et la fin de la période de prévention de transmission.
Symptômes persistants, réinfection possible ou résultat positif après traitement.Rechercher nouvelle exposition, observance incomplète, vomissements après prise, site non prélevé, co-infection, LGV, gonocoque, Mycoplasma genitalium ou complication.Nouvelle PCR sur les sites exposés, traitement selon résultat et avis spécialisé si échec répété, forme compliquée ou LGV possible.
Repère synthétique pour les situations fréquentes. Les formes pédiatriques, néonatales, invasives, oculaires sévères, neurologiques, articulaires, résistantes ou compliquées relèvent d’un avis spécialisé.

Organigramme décisionnel

Suivi, partenaires et prévention

Un contact de suivi précoce, souvent autour de J7 en soins primaires, permet de vérifier l’évolution clinique, relire les résultats microbiologiques et sérologiques, adapter le traitement si nécessaire et s’assurer que les partenaires exposés ont été informés. Ce suivi clinique est distinct du test de guérison microbiologique. Une nouvelle PCR est recommandée 4 semaines après la fin du traitement seulement dans les situations suivantes : grossesse, infection rectale traitée par azithromycine, LGV traitée par une autre stratégie que la doxycycline 21 jours, LGV suspectée sans possibilité de génotypage, symptômes persistants ou doute sur l’efficacité du traitement.

Un nouveau dépistage est recommandé 3 à 6 mois après le traitement pour rechercher une réinfection. Une positivité ultérieure fait rechercher en priorité une nouvelle exposition, un partenaire non traité, une observance incomplète, un site non traité ou une infection associée. Les rapports doivent être protégés ou différés jusqu’à disparition des symptômes et fin du traitement par doxycycline, ou pendant 7 jours après la dernière dose d’azithromycine. La même consigne vaut tant que les partenaires exposés n’ont pas été pris en charge.

L’annonce aux partenaires doit être présentée comme un élément du soin. Elle permet de traiter les personnes exposées, d’éviter les réinfections et de réduire les complications. Le professionnel peut aider à formuler le message, proposer des outils d’annonce anonyme lorsqu’ils existent, et rappeler que le diagnostic ne permet généralement pas de dater avec certitude la contamination. La prévention associe dépistage régulier des sites exposés, préservatifs ou digues dentaires selon les pratiques, vaccination hépatite B si besoin, discussion de la PrEP VIH lorsque les expositions le justifient, et prise en charge rapide en cas de douleur pelvienne, douleur testiculaire, rectorragies, fièvre, grossesse ou symptômes persistants. Chez les personnes sous PrEP VIH avec risque élevé d’IST bactérienne, notamment au moins deux IST dans les douze derniers mois, une prophylaxie post-exposition par doxycycline peut être discutée dans une décision partagée.1

Livres utiles

Certains liens peuvent etre des liens affilies. L’achat est facultatif et n’est jamais necessaire a une prise en charge medicale.

Références

  1. HAS/CNR IST, traitement curatif des personnes infectées par Chlamydia trachomatis, avril 2025[][][][]
  2. Santé publique France, Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2024, bulletin national du 23 octobre 2025[]
  3. Santé publique France, Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2024, données PrévIST 2023[]
  4. Santé publique France, Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2024, données LGV/Anachla 2024[]
  5. Antibioclic, recommandations vérifiées le 7 juillet 2026[]
  6. LactMed, Doxycycline, données allaitement[]
Dr Arnaud ZELER

Gonocoque et sexualité

7 février 2014 dans par

Note importante

Cet article reprend une retranscription initiale d’un cours magistral tenu à l’oral dans le cadre du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Il a été relu, corrigé et actualisé le 19 juillet 2026 par Dr Arnaud ZELER avec des recommandations récentes et des sources scientifiques citées dans le texte.

Le contenu intègre les données médicales et terminologiques actuelles.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

Gonococcie, gonocoque et sexualité

La gonococcie est une infection sexuellement transmissible bactérienne due à Neisseria gonorrhoeae, ou gonocoque. Le gonocoque est un diplocoque à Gram négatif, strictement humain, capable d’infecter les muqueuses génitales, rectales, pharyngées et conjonctivales. Le terme ancien de blennorragie reste présent dans les cours et certains dossiers ; l’expression actuelle utilisée dans les recommandations est gonococcie ou infection à Neisseria gonorrhoeae.1

Représentation de Neisseria gonorrhoeae, bactérie responsable de la gonococcie
Représentation de Neisseria gonorrhoeae, ou gonocoque.

Gonocoque : agent infectieux, sites exposés et transmission

Le gonocoque se transmet lors des contacts sexuels impliquant des muqueuses ou des sécrétions infectées : rapports vaginaux, anaux, oraux, contact oro-génital ou oro-anal, et plus rarement transmission conjonctivale manuportée. Une transmission au nouveau-né peut survenir lors de l’accouchement et donner une conjonctivite néonatale. Les localisations pharyngées et rectales sont souvent peu symptomatiques, tout en participant à la transmission et à la persistance de l’infection dans les réseaux sexuels.

La notion de « porteur sain » est trompeuse pour le gonocoque. Une personne peut être asymptomatique, avec un prélèvement positif et une transmission possible. Les sites à prélever doivent donc suivre les pratiques sexuelles exposantes : urines du premier jet ou prélèvement urétral, auto-prélèvement vaginal ou prélèvement cervical, écouvillon pharyngé, écouvillon rectal. Chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, chez les personnes ayant des partenaires multiples et chez toute personne exposée par rapports oraux ou anaux, un dépistage limité au seul site génital expose à manquer des infections.1

Épidémiologie

La gonococcie a progressé en France entre 2022 et 2024. Santé publique France estime qu’en 2024, 25 800 personnes ont reçu un diagnostic d’infection à gonocoque. La même année, 3,7 millions de personnes ont été dépistées au moins une fois, soit 54 dépistages pour 1 000 habitants. Les diagnostics concernent plus souvent les hommes et les personnes jeunes.2

La résistance antibiotique donne à la gonococcie une place particulière parmi les IST bactériennes. En Europe, l’ECDC rapporte pour 2024 deux isolats résistants à la ceftriaxone dans les données analysées et une résistance à la ciprofloxacine qui reste élevée, concernant environ deux tiers des isolats. La ceftriaxone reste le traitement de référence, mais la culture, l’antibiogramme et la surveillance des échecs thérapeutiques deviennent des éléments pratiques de prise en charge.3

Évolution du taux d’incidence des diagnostics de gonococcie en France de 2014 à 2024, selon l’âge et le sexe.
Taux d’incidence des diagnostics de gonococcie par sexe et âge, France, 2014-2024. Source : Santé publique France, 2025.2
Carte des taux d’incidence des diagnostics de gonococcie par région de domicile en France en 2024.
Taux d’incidence des diagnostics de gonococcie par région de domicile, France, 2024. Source : Santé publique France, 2025.2

Tableaux cliniques

L’incubation habituelle est courte, souvent de 2 à 7 jours, mais les formes asymptomatiques sont fréquentes selon le site infecté. Chez une personne ayant un pénis, l’urétrite se manifeste typiquement par des brûlures mictionnelles, une dysurie, un prurit urétral, une méatite et un écoulement urétral mucopurulent ou purulent, classiquement jaune ou verdâtre. L’expression populaire « chaude-pisse » désignait ce tableau d’urétrite gonococcique aiguë. En consultation, il est préférable de parler clairement d’urétrite ou d’infection à gonocoque, puis d’expliquer ce terme ancien si la personne l’emploie ou l’a déjà entendu.

Chez une personne ayant un col de l’utérus, l’infection peut donner une cervicite, des leucorrhées mucopurulentes, des métrorragies, des saignements provoqués, une dysurie, une dyspareunie ou des douleurs pelviennes. L’examen au spéculum peut montrer un col inflammatoire, friable ou purulent, mais un col d’aspect normal n’écarte pas l’infection. Une infection ascendante peut provoquer une endométrite, une salpingite ou une infection génitale haute, avec risque de douleurs pelviennes chroniques, infertilité tubaire et grossesse extra-utérine.

La localisation rectale peut rester asymptomatique. Lorsqu’elle est symptomatique, elle peut donner prurit anal, douleurs, ténesme, écoulement, rectorragies, anite ou anorectite. La localisation pharyngée est souvent asymptomatique et doit être recherchée si l’exposition oro-génitale ou oro-anale le justifie. Les formes compliquées comprennent notamment orchi-épididymite, infection génitale haute, conjonctivite, bactériémie, atteinte articulaire ou syndrome arthrite-dermatite. Une gonococcie chez l’enfant, en dehors de la transmission néonatale, impose une prise en charge pédiatrique et médico-légale spécialisée avec recherche de violences sexuelles possibles.1

Retentissement sexuel et relationnel

La gonococcie, c’est-à-dire l’infection provoquée par le gonocoque (Neisseria gonorrhoeae), peut avoir un retentissement sexuel disproportionné par rapport à la durée de l’infection. Douleur, écoulement, odeur, saignement, dyspareunie, peur de contaminer, crainte d’être jugé, annonce aux partenaires et interruption temporaire des rapports peuvent modifier le désir, l’excitation, la confiance corporelle et la communication dans le couple ou dans les relations occasionnelles. La consultation doit distinguer le temps médical, consacré au diagnostic, au traitement et à la prévention, du temps sexologique, consacré au vécu corporel, relationnel et émotionnel.

L’entretien reste factuel et non moralisateur. En pratique, il se déroule point par point, en expliquant que ces questions servent à choisir les prélèvements utiles, à traiter les partenaires et à évaluer le risque d’autres IST.

  • Les sites exposés doivent être identifiés : urètre, prélèvement vaginal ou cervical, rectum, pharynx, et conjonctive si un contact oculaire est rapporté.
  • Les pratiques récentes doivent être précisées sans jugement : rapports génitaux, anaux, oraux, oro-anaux, partage de sextoys ou autre contact entre muqueuses.
  • Les protections utilisées doivent être décrites : préservatif externe ou interne, digue dentaire, rupture ou glissement du préservatif, ou absence de protection.
  • La chronologie doit être reconstituée : date des derniers rapports, date d’apparition des symptômes, traitements déjà pris et rapports éventuels depuis le début des symptômes.
  • Les symptômes ou diagnostics récents des partenaires doivent être recherchés, car ils orientent les prélèvements, le traitement et l’annonce aux partenaires.
  • Le risque VIH doit être évalué : exposition récente, indication éventuelle de TPE si le délai le permet, usage ou indication de PrEP, et sérologies VIH, syphilis, hépatites B et C si le statut n’est pas connu ou si le dernier dépistage n’est pas récent.
  • Les dépistages antérieurs doivent être repris avec les sites déjà testés, car un dépistage urinaire seul peut manquer une infection rectale ou pharyngée.

La recherche de Chlamydia trachomatis accompagne celle du gonocoque sur les mêmes sites exposés. Une urétrite persistante après un traitement adapté peut aussi conduire à rechercher Mycoplasma genitalium. Lorsqu’une exposition présente un risque de VIH, la consultation permet d’aborder le traitement post-exposition et la PrEP, avec les délais et les indications utiles.

Diagnostic

Devant une urétrite, une cervicite, une ano-rectite, une infection pharyngée documentée ou une suspicion de gonococcie, les prélèvements doivent porter sur les sites exposés et être réalisés avant l’antibiothérapie chaque fois que l’état clinique le permet. Selon les pratiques rapportées, il peut s’agir d’un prélèvement urinaire ou urétral, vaginal ou cervical, rectal ou pharyngé.

La PCR recherche le matériel génétique du gonocoque sur le site prélevé. Elle est techniquement appelée test d’amplification des acides nucléiques, ou TAAN, dans les recommandations. En pratique, les ordonnances et les comptes rendus utilisent le plus souvent le terme PCR. Elle répond à une question simple : le gonocoque est-il présent sur ce site ? Elle est utile pour dépister ou confirmer l’infection, y compris au niveau rectal ou pharyngé. Elle ne renseigne pas toujours la sensibilité aux antibiotiques. Quand cette information peut modifier la prise en charge, il faut demander une culture avec antibiogramme, c’est-à-dire une mise en culture de la bactérie avec test de sensibilité aux antibiotiques.

En pratique, la culture avec antibiogramme est particulièrement importante dans les situations suivantes :

  • symptômes évocateurs de gonococcie, surtout si l’on peut prélever avant le traitement ;
  • symptômes persistants, récidive ou échec après traitement ;
  • infection possiblement acquise après un séjour en région où les résistances du gonocoque sont plus fréquentes, notamment en Asie-Pacifique, ou après un rapport avec une personne y ayant séjourné ;
  • atteinte pharyngée, lorsque le laboratoire peut réaliser la culture ;
  • allergie, impossibilité d’utiliser la ceftriaxone ou besoin d’un traitement alternatif.1

Le bilan associe la recherche de Chlamydia trachomatis sur les mêmes sites. La proposition d’un dépistage du VIH, de la syphilis et des hépatites B et C tient compte des expositions, du statut vaccinal, des dépistages antérieurs et des souhaits de la personne. Un résultat positif sur un site justifie de vérifier les autres sites exposés, car une infection rectale ou pharyngée peut coexister avec une infection génitale.1

Traitement

Le traitement de référence des infections gonococciques non compliquées repose en 2025-2026 sur la ceftriaxone 1 g en dose unique, par voie intramusculaire ou intraveineuse. La voie intramusculaire peut être associée à 2 mL de lidocaïne à 1 % pour diminuer la douleur au point d’injection. La ciprofloxacine 500 mg per os en dose unique ne doit être utilisée que si l’antibiogramme confirme la sensibilité de la souche. Le céfixime 400 mg per os n’a plus de place en traitement empirique et reste réservé à des situations particulières avec impossibilité d’injection et sensibilité documentée.1

Une culture avec antibiogramme précise la sensibilité de la souche lorsque le choix antibiotique doit être adapté. Une concentration minimale inhibitrice, ou CMI, supérieure à 0,125 mg/L pour la ceftriaxone traduit une sensibilité diminuée et justifie un avis infectiologique. Une exposition acquise dans une région où la résistance à la ceftriaxone est élevée, notamment en Asie-Pacifique, justifie également un avis spécialisé et l’envoi d’une culture si elle est disponible. Les alternatives orales ne sont envisageables qu’après documentation de la sensibilité : ciprofloxacine 500 mg per os en dose unique, ou céfixime 400 mg per os en dose unique pour une localisation urogénitale ou rectale. La doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours est ajoutée lorsque l’infection à Chlamydia trachomatis n’a pas été exclue.1

SituationConduite pratiqueTraitement ou adaptation
Infection urogénitale, cervicale ou rectale non compliquée.Prescrire, si l’état le permet avant l’antibiothérapie, une PCR de Neisseria gonorrhoeae et de Chlamydia trachomatis sur les sites exposés : urines du premier jet ou prélèvement urétral, prélèvement vaginal ou endocervical, anorectal et/ou pharyngé. Associer une culture avec antibiogramme si les symptômes sont présents, en cas d’échec, de résistance suspectée ou de traitement alternatif envisagé.Ceftriaxone 1 g IM en dose unique. La voie IV est possible lorsque l’injection IM est impossible.
Infection à Chlamydia trachomatis non exclue.Ajouter un traitement anti-chlamydia lorsque le résultat n’est pas disponible au moment du traitement, lorsqu’aucun prélèvement n’a été réalisé ou lorsqu’un suivi est incertain.Doxycycline 100 mg per os deux fois par jour pendant 7 jours, sauf grossesse ou contre-indication.
Localisation pharyngée.Prescrire une PCR pharyngée après exposition orale. Une culture avec antibiogramme est utile lorsque le laboratoire la réalise.Ceftriaxone 1 g IM ou IV en dose unique. Le contrôle après traitement dépend du contexte microbiologique et clinique.
Allergie immédiate confirmée à la ceftriaxone.Vérifier l’allergie rapportée et apprécier la gravité. Une forme compliquée, une grossesse, une situation pédiatrique, un échec ou une résistance possible justifient un avis spécialisé.Gentamicine 240 mg IM en dose unique pour une forme non compliquée. La ciprofloxacine 500 mg per os en dose unique ne peut être utilisée que si l’antibiogramme documente une souche sensible.
Injection IM impossible, contre-indiquée ou refusée.La voie IV permet d’administrer la ceftriaxone. En l’absence de possibilité d’injection, une option orale ne se discute qu’après antibiogramme.Ceftriaxone 1 g IV en dose unique. Ciprofloxacine 500 mg per os ou céfixime 400 mg per os en dose unique si la sensibilité est documentée ; le céfixime concerne les formes urogénitales ou rectales.
Traitement anticoagulant.Anticiper le risque d’hématome au point d’injection et adapter le geste au traitement anticoagulant.Compression manuelle prolongée après injection IM. Pour les AVK, programmer si possible l’IM dans les 12 heures avant la prochaine prise lorsque l’INR est inférieur à 4. Pour les AOD, réaliser l’injection au moins 4 heures après la dernière prise et dans les 12 heures avant la suivante.
Exposition susceptible d’avoir été acquise en Asie-Pacifique.Demander une culture avec antibiogramme chaque fois que possible, sans retarder un traitement nécessaire, puis solliciter un avis infectiologique.Ceftriaxone 1 g IM en dose unique. L’association systématique à l’azithromycine n’est pas recommandée.
Orchi-épididymite avec risque d’IST.Prélever avant antibiotique et rechercher les autres IST. Une douleur testiculaire aiguë, la fièvre ou l’impossibilité d’écarter une torsion imposent une évaluation urologique rapide.Ceftriaxone 1 g IM en dose unique, associée à doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours lorsque le risque d’IST est présent.
Infection génitale haute.Évaluer la gravité, la grossesse, les douleurs pelviennes, un abcès tubo-ovarien et la possibilité d’un suivi. Les formes sévères ou compliquées nécessitent une hospitalisation.Forme ambulatoire non sévère : ceftriaxone 1 g IM en dose unique dans une association couvrant Chlamydia trachomatis et les anaérobies. Forme hospitalisée ou compliquée : ceftriaxone 1 à 2 g/j IV, doxycycline et métronidazole ; durée adaptée, jusqu’à 14 jours pour les formes compliquées.
Grossesse.Traiter le gonocoque, rechercher les co-infections et adapter le traitement anti-chlamydia à la grossesse. Organiser un suivi obstétrical lorsqu’il est nécessaire.Ceftriaxone 1 g IM ou IV en dose unique. Avis spécialisé en cas d’allergie, de forme compliquée ou de situation néonatale.
Allaitement.Traiter la gonococcie et choisir l’éventuel traitement anti-chlamydia en tenant compte de l’âge du nourrisson et de la durée prévue.Ceftriaxone 1 g IM ou IV en dose unique. Une doxycycline courte, limitée à 7 jours, peut être utilisée pendant l’allaitement lorsqu’un traitement anti-chlamydia est indiqué.
Symptômes persistants, échec, traitement alternatif ou CMI de ceftriaxone > 0,125 mg/L.Rechercher une nouvelle exposition, une co-infection, un site non traité, une complication ou une résistance. Demander une culture avec antibiogramme et solliciter un avis infectiologique.Un test d’éradication par PCR se réalise au moins 14 jours après la fin du traitement. Une PCR positive conduit à demander une culture pour étudier la sensibilité de la souche.
Partenaires récents.Proposer un dépistage aux partenaires des 6 derniers mois, ou des 2 dernières semaines en cas d’urétrite symptomatique chez un homme cisgenre. Un partenaire symptomatique reçoit un traitement adapté. Chez un partenaire asymptomatique, la conduite dépend du délai depuis le dernier rapport et du risque de perte de suivi.Si le dernier rapport potentiellement contaminant date de moins de 14 jours, ceftriaxone 1 g IM en dose unique. Au-delà de 14 jours ou si le délai est inconnu, dépistage puis traitement adapté au résultat, ou traitement immédiat en cas de risque de perte de suivi.
Tableau de synthèse des situations courantes. Les formes invasives, ophtalmologiques sévères, neurologiques, articulaires, pédiatriques ou résistantes relèvent d’un avis spécialisé.4

Organigramme décisionnel

Organigramme de conduite pratique devant une gonococcie : prélèvements, identification des formes compliquées, traitement, partenaires et contrôle.
Conduite pratique devant une gonococcie. Source : HAS, 2025.4

Suivi, prévention et annonce aux partenaires

Après le traitement, il faut vérifier que les symptômes disparaissent et que les résultats des prélèvements et des sérologies ont été obtenus et pris en compte. Il faut aussi s’assurer que les sites exposés n’ont pas été oubliés, que les partenaires ont été informés et pris en charge, et que les consignes de prévention ont été comprises.

Une réévaluation est nécessaire si les symptômes persistent 72 heures après le début du traitement, après un traitement alternatif, lorsque l’antibiogramme montre une CMI de ceftriaxone supérieure à 0,125 mg/L, ou lorsqu’une exposition en Asie-Pacifique est plausible. Il faut consulter sans délai en cas d’aggravation, de fièvre, de douleur pelvienne ou testiculaire, de douleur rectale importante, d’œil rouge douloureux avec écoulement purulent, de douleur ou gonflement articulaire, de lésions cutanées fébriles, de grossesse, ou lorsqu’il s’agit d’un enfant, d’un adolescent ou d’une situation de violence sexuelle.

  • Une douleur pelvienne, une douleur du bas-ventre, des métrorragies, une dyspareunie profonde ou une douleur à la mobilisation du col font rechercher une infection génitale haute : endométrite, salpingite, abcès tubo-ovarien ou pelvipéritonite.
  • Une douleur testiculaire, une augmentation de volume du scrotum, une fièvre ou une douleur inguinale font rechercher une orchi-épididymite, avec avis urologique rapide si la douleur est aiguë ou si une torsion ne peut pas être écartée.
  • Une douleur rectale importante, un ténesme, un écoulement anorectal, des rectorragies ou une altération de l’état général font rechercher une ano-rectite compliquée ou un autre diagnostic associé.
  • Un œil rouge douloureux avec écoulement purulent ou baisse de vision impose un avis ophtalmologique urgent, car la conjonctivite gonococcique peut évoluer rapidement.
  • Une fièvre associée à des douleurs articulaires, à une articulation gonflée, à des lésions cutanées ou à une ténosynovite fait rechercher une infection gonococcique disséminée.

Le test d’éradication consiste à refaire un prélèvement après le traitement. Il n’est pas systématique après une ceftriaxone efficace avec évolution favorable. Il est indiqué lorsqu’un autre antibiotique a été utilisé, si la CMI de ceftriaxone dépasse 0,125 mg/L, si l’exposition est susceptible d’avoir été acquise en Asie-Pacifique, ou si les symptômes persistent 72 heures après le début du traitement. La PCR doit être réalisée au moins 14 jours après la fin du traitement, car elle peut détecter trop longtemps des traces de matériel génétique. Une PCR positive conduit à demander une culture avec antibiogramme et à solliciter un avis infectiologique. La prévention associe préservatifs ou digues dentaires selon les pratiques, dépistage régulier des sites exposés, vaccination contre l’hépatite B si besoin et information sur la PrEP VIH lorsque les expositions le justifient. Les rapports sont protégés ou évités pendant les 7 jours qui suivent le traitement, jusqu’à la disparition des symptômes et à la prise en charge des partenaires.4

Livres utiles

Certains liens peuvent etre des liens affilies. L’achat est facultatif et n’est jamais necessaire a une prise en charge medicale.

Références

  1. HAS, recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae, avril 2025[][][][][][][]
  2. Santé publique France, Gonococcie, données mises à jour le 18 décembre 2025[][][]
  3. ECDC, Euro-GASP 2024, publié le 26 mai 2026[]
  4. HAS, recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae, avril 2025[][][]
Dr Arnaud ZELER

Infections sexuellement transmissibles (IST) et sexualité

7 février 2014 dans par

Dr Arnaud ZELER

Transidentité, incongruence et dysphorie de genre

14 décembre 2013 dans par

Dr Arnaud ZELER

Handicaps et sexualité

13 décembre 2013 dans par

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Infection VIH

13 décembre 2013 dans par

Dr Arnaud ZELER

Santé sexuelle et santé reproductive

13 décembre 2013 dans par

Sexoblog

Des performances sexuelles très altérées après curiethérapie pour cancer de la prostate

27 novembre 2013 dans Maladies et sexualité par

prostate

Dans le cancer de la prostate localisé, les résultats des différentes stratégies thérapeutiques semblent similaires sur la survie. La qualité de vie et notamment la préservation de la fonction sexuelle peut alors devenir un élément déterminant du choix entre les différentes options. En ce qui concerne la curiethérapie (Cth) le taux de maintien de la vigueur sexuelle varie selon les auteurs de 32 à 85 % (!). Si certains pointent du doigt l’irradiation bulbaire, le consensus se fait pour incriminer l’hypovascularisation. Une équipe japonaise1 a eu recours, pour apprécier la dysfonction érectile (DE) après Cth, le questionnaire IIEF-15 (index international de la fonction érectile, le plus complet pour évaluer le degré de DE), chez des hommes (dont la prostate ne dépassait pas 40 g sur l’échographie préopératoire) traités par implantation d’I125, et qui n’ont reçu ni radiothérapie externe, ni traitement hormonal ni inhibiteurs de la 5-phosphodiestérase.

Il s’est agi de 119 hommes suivis en moyenne pendant 3 ans après Cth (145 ou 160 Gy) ; le questionnaire IIEF-15 explorant la fonction érectile (divisée en 5 classes), la libido, la pénétration, l’orgasme et la satisfaction globale, a été rempli après 3, 6, 12, 18, 24 et 36 mois, cependant qu’on dosait régulièrement le PSA (antigène spécifique de la prostate).

Aucun sujet n’a eu de récidive biologique (ascension du PSA à 2 ng/ml) au cours du suivi. Il faut noter que 47 patients (40 %) avaient plus de 70 ans et que 70 (59 %) présentaient des pathologies lourdes associées (hypertension, diabète, coronarites). Surtout, 60 % des hommes souffraient avant la Cth de DE qualifiée de sévère, et seulement 13 % n’avaient aucun trouble. Avec un recul d’un an, la proportion des premiers avait augmenté à 74 % cependant que celle des seconds n’étaient plus que 6 %.

Quant aux scores qui mesurent la fonction érectile, ils se sont littéralement effondrés à 3 mois, et de façon définitive. Des constatations similaires ont été faites en ce qui concerne la libido, la fonction orgasmique, la pénétration et la satisfaction sexuelle globale, toutes moindres après qu’avant la Cth.

Le taux de détérioration des scores sexuels s’aggrave avec l’âge (50, 60 et 87 % pour les 6ème, 7ème et 8ème décennies). Le seul facteur prédictif de dommage lourd sur la vigueur sexuelle à 1 an est l’âge > 70 ans lors de la Cth.

Au total, la curiethérapie entraîne une détérioration sévère des performances sexuelles, notamment après 70 ans.

Références

  1. Matsushima M et coll. : A prospective longitudinal survey of erectile dysfunction in patients with localized prostate cancer treated with permanent prostate brachytherapy. J Urol., 2013; 189: 1014-1018.[]
Dr Arnaud ZELER

Dyspareunies, vulvodynies et vestibulite

23 novembre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

DEFINITION

La vulvodynie (littéralement : « vulvo- » = vulve, « -dynie » = douleur ; le terme « vulvodynie » signifie donc « douleur relative à la vulve ») se définit comme une douleur chronique ou périodique souvent généralisée sur l’ensemble de la vulve. Il s’agit de douleurs vulvaires sans lésion réelle, parfois entrecoupées de rémissions, qui se traduisent par des sensations douloureuses localisées sur tout ou une partie de la vulve1.

Parmi ces vulvodynies, il en est une appelée « vestibulodynie » (anciennement « vestibulite ») , car elle est localisée sur la zone de la vulve dite « vestibule », à l’entrée du vagin. C’est la plus fréquemment diagnostiquée.

La vulvodynie est définie par un « Inconfort vulvaire chronique, le plus souvent à type de brûlure, sans lésion visible pertinente et sans maladie neurologique cliniquement identifiable »
(Définition proposée en 2003 par la Société internationale de pathologie vulvaire 2).

C’est une douleur chronique quotidienne avec des « haut et des bas ».

Un événement inaugural est fréquent :

  • Soit somatique : candidose, infection urinaire, accouchement, intervention chirurgicale gynécologique, urologique ou proctologique
  • Soit un évènement de vie : deuil, divorce, chômage, infidélité

Les conséquences sexuelles vont caractériser ces douleurs pelviennes

  • Les femmes qui ont des douleurs auront plus de troubles du plaisir, plus de troubles de l’orgasme etc
  • Tous les domaines de la fonction sexuelle sont beaucoup plus bas chez les femmes avec des douleurs chroniques pelviennes que chez les femmes non douloureuses3
  • Mais il y aura aussi des conséquences des douleurs chroniques sur le travail, les relations familiales et la vie sociale

Terminologie et classification des douleurs vulvaires

  • Les douleurs vulvaires liées à une cause spécifique :
    • Infection : candidose, herpès, etc.
    • Inflammation : lichen plan, dermatose bulleuse, etc.
    • Néoplasie : maladie de Paget, carcinome épidermoïde, etc.
    • Neuropathie : zona, herpès, compression médullaire, etc.
  • Les vulvodynies
    • Douleur diffuse
      • Provoquée (contact sexuel, non sexuel ou les deux)
      • Non provoquée (douleur spontanée)
      • Mixte (spontanée et provoquée)
    • Douleur localisée (clitoridodynie, vestibulodynie, hemivulvodynie, etc.)
      • Provoquée (contact sexuel, non sexuel ou les deux)
      • Non provoquée (douleur spontanée)
      • Mixte (spontanée et provoquée)

Les terminologies de vestibulite, dysesthésie vulvaire et syndrome des brûlures vulvaires sont abandonnées.

Les vulvodynies provoquées

  • Le contact déclenchant est le coït, c’est donc une dyspareunie d’intromission.
  • Il y aura un comportement d’évitement, donc une perte de désir entrainant des troubles de la lubrification et donc dyspareunie.
  • Pour certaines patientes atteintes de vestibulites provoquées, cela ne sera pas uniquement le coït qui déclenchera la douleur, mais tout contact local pourra être évoqué comme étant douloureux. Dans la salle d’attente, elles resteront généralement debout ou assises sur une bouée, mais ces patients seront très difficiles à soigner car la douleur est leur mode de vie.
  • Elles sont souvent primaires
  • La localisation touche souvent le vestibule, la fourchette, l’hymen ou la base des petites lèvres latéralement

Les vulvodynies spontanées

  • Les atteignent souvent des femmes plus âgées
  • Toute la vulve va être atteinte, ou seulement une zone précise (clitoris, hémivulve)
  • Souvent les zones adjacentes seront également touchées : anus, vagin, urètre, vessie.
  • Associé parfois à fibromyalgie, colite spasmodique, migraines, intolérance au bruit, aux médicaments etc…

DIAGNOSTIC

Il est parfois nécessaire d’avoir une approche multidisciplinaire : urologues, gynécologues, infirmières spécialisées, kinésithérapeutes ostéopathes, sexologues, sages femmes, psychologues.

A – Interrogatoire

L’Interrogatoire constitue une étape clef.
Il importe de bien définir les termes employés. Le médecin n’est pas dans la chambre à coucher.
Il faut donc utiliser des mots simples pour recueillir un maximum d’informations.

La dyspareunie est-elle :

  • Primaire (dès les premiers rapports) ou secondaire (attention aux femmes qui dise qu’au début c’était très bien et qui on va dire c’est secondaire alors qu’en fait au début ils ne faisaient pas de pénétration) ?
  • Liée à un traumatisme inaugural physique ou psychologique (« primum movens » ) ?
  • Superficielle (dès l’intromission) ou profonde ?
  • Latéralisée ? De quel côté ?
  • Type de douleur : Brulures, coupures, sensation d’abrasement ? Beaucoup ne sont pas capables de différencier…
  • Est-ce que les douleurs se prolongent après le rapport et combien de temps ? Ce point est fondamental : Certaines auront des douleurs pendent seulement 10 secondes, d’autres pendant 24h . De plus si elle a mal 24h elle n’aura pas la même sexualité et au niveau du traitement si elle s’est instauré dans la douleur il faudra mettre des anti depresseurs
  • Irradiation de la douleur : Charnière lombo-sacrée, irradiation anale…
  • Phénomènes d’accompagnement : Urgence mictionnelle douloureuse après le rapport ?

B – Examen clinique

L’examen se fait de préférence en période douloureuse donc on dit à la patiente de revenir des que les douleurs réapparaissent et on la case entre deux patients.

  • Examiner en période douloureuse ou 24h après un rapport sexuel si douleurs coïtales à un point précis ou accompagnées de saignements
  • Bien connaitre l’anatomie de la vulve et ses particularités morphologiques
  • Rechercher des troubles sphinctériens mictionnels ou défécatoires et anesthésie en selle afin d’éliminer une lésion du plexus ou sacrée
  • Eliminer une névralgie puddendale spontanée caractérisée par une douleur débordant la vulve, unilatérale
Anatomie de la vulve et du clitoris
Anatomie de la vulve (A) et du clitoris (B) : (1) : Capuchon du clitoris (2) : Gland du clitoris (3) : Petites lèvres (4) : Piliers du clitoris (5) : Bulbes du clitoris (en) (6) : Méat urétral (7) : Grandes lèvres (8) : Vagin (9) : Ouverture droite des glandes de Bartholin (10) : Anus (11) : Glandes de Bartholin
  • L’examen du Q-Tip test (examen au coton tige) doit retrouver à la pression une douleur dite « exquise » à la pression des orifices des glandes vestibulaires.
    • On ne presse pas directement sur les glandes vestibulaires, on commence tout autour et on fini par la glande.
    • Le vestibule est testé à 2, 4, 6, 8 et 10 heures4.
    • Lorsqu’une douleur est présente, on demande au patient de la quantifier entre légère, modérée et sévère
Examen au coton-tige (Q-tip test) dans les vestibulodynies.
Modifié par Sexoblogue d’après un schéma de Bioscope et Unige 
CC-BY-SA R. Dewaele (Bioscope, Unige), J. Abdulcadir (HUG), C. Brockmann (Bioscope, Unige), O. Fillod, S. Valera-Kummer (DIP)
  • Si on a un colposcope on peut voir qu’elles sont tuméfiés et congestives
  • Il ne faut pas les confondre avec les bartholinites qui font une grosse boule dans la lèvre. Ici ce sont des maladies inflammatoires du canal.

Les glandes vestibulaires sont au nombre de 4 :

  • 2 glandes vestibulaires mineures ou glandes de Skene
  • 2 glandes vestibulaires majeures ou glandes de Bartholin
Glandes de Skène
Glandes para-urétrales de Skène
Espace superficiel du périnée - Netter
Espace superficiel du périnée D’après Frank Netter, Atlas d’anatomie humaine de 5e édition, planche 359
  • L’examen du plancher des releveurs pour rechercher un vaginisme secondaire est capital.
    • Il se pratique à 1 doigt, de manière à palper la corde raide des releveurs qui se situe à une phalange de la fourchette.

C – Pas d’examen au spéculum en cas de vestibulite

Point capital

Dès lors que l’on a diagnostiqué une vestibulite il est stupide, inutile et sadique d’imposer un examen au spéculum à la patiente !

PHYSIOPATHOLOGIE

La vulvodynie (ou vestibulite, ou inflammation peri-canalaire) est une inflammation neurogène.

Tout se passe comme si des agressions, venues de la périphérie, déclenchaient des impulsions efférentes anormales, au moins par leur intensité et leur durée, responsables des perturbations vasomotrices par un arc réflexe avec, comme voie afférente, les nerfs sensitifs ou des structures proches avec :

  • comme centre, les formations végétatives de la moelle ;
  • et comme voie efférente, les fibres sympathiques postganglionnaires ou d’autres fibres proches.

C’est la boucle dite de LERICHE, avec un circuit court passant par le système sympathique. Il y a une grande analogie entre la vulvodynie, la cystalgie à urines claires, l’algodystrophie et le Syndrome douloureux régional complexe.

Cela entraine une inflammation qui résulte de la libération locale, par des neurones afférents, de médiateurs inflammatoires tels que la substance P, le peptide relié au gène calcitonine (CGRP), la neurokinine A (NKA) et l’endothéline-3 (ET-3).

ANATOMOPATHOLOGIE

Au début quand on ne connaissait pas la vulvodynie, on a essayé d’opérer chirurgicalement par microchirurgie : on enlevait tous les canaux, et on faisait une plastie autour de la vulve. Ça n’a pas donné de super résultats, avec parfois même des patientes chez qui c’était pire, mais l’intérêt c’est qu’on a pu envoyer à l’anapath tous les prélèvements et on voit très bien qu’il y a un énorme manchon inflammatoire avec :

  • Une inflammation péri-canalaire
  • Une vaso-dilatation en profondeur
  • Un oedème intersticiel
  • Un manchon Lympho-plasmocytaire

RETENTISSEMENT PSYCHOLOGIQUE ET PHYSIQUE DES VESTIBULITES

A – Retentissement commun à toutes les douleurs chroniques médicalement inexpliquées

  • Anxiété due au caractère rebelle de l’inconfort, à l’inquiétante perplexité des médecins consultés (« mon médecin ne comprends pas »), à la crainte que la douleur ne soit due à une maladie grave qui aurait échappé à la sagacité médicale.
  • Dépression due à la limitation des activités sociales habituelles, à une impression d’incurabilité, à l’impossibilité de prévoir la durée de la maladie, à un sentiment d’incompréhension (cf. le tristement fameux : « Vous n’avez rien »).

B – Retentissement spécifique aux douleurs chroniques de la vulve

  1. Pour toutes les vestibulites
    • Crainte d’avoir contracté une maladie sexuellement transmissible
    • Sensation d’être sale, « souillée », « impure ».
    • Sentiment de perte de la féminité
    • Honte
  2. Pour les vulvodynies au contact
    • Évitement des rapports sexuels
    • Évitement de certaines activités de loisir : bicyclette, équitation, piscine
    • Restrictions vestimentaires ou non
    • Réduction de la libido
    • Crainte de perdre le partenaire en raison de l’espacement voire de l’absence de rapports sexuels
    • Vaginisme (contraction involontaire des muscles périnéaux lors de toute tentative d’intromission)
    • Défaut de lubrification

PRISE EN CHARGE

La première consultation

Les six messages de la première consultation

  1. Nommer la maladie (vulvodynie, anciennement « vestibulite ») et expliquer que c’est actuellement le motif le plus fréquent de consultation dans les centres de pathologie vulvaire.
  2. La vulvodynie n’est pas une maladie « imaginaire ». La douleur est réelle.
  3. La vulvodynie n’est ni une maladie sexuellement transmissible, ni un cancer, ni un état précancéreux
  4. La vulvodynie n’est pas une maladie « incurable ».
  5. « Ce n’est pas dans la tête ». La vulvodynie ne reconnaît actuellement aucune étiologie organique, mais l’on ne saurait affirmer pour autant que sa cause est « psychologique ». La dimension psychologique de cet inconfort chronique doit néanmoins être prise en compte.
  6. Comme pour toute douleur chronique, il n’y a pas une recette « miracle » : une approche multifactorielle du problème est souhaitable (dermatologique, psychologique, physiothérapique, sexuelle).
    • Cette approche sera d’abord corporelle, centrée sur la douleur physique et ses conséquences.
    • L’orientation vers un psychothérapie nécessite une maturation qui se fait souvent au fil des consultations.

Le point de vue du patient

  1. Les écueils
    • Le déni de la plainte douloureuse du malade
    • L’étiquetage psychosomatique
    • L’absence d’orientation du patient
    • La recherche d’une alliance thérapeutique
  2. La place du patient dans les soins
    • Comprendre relativité de la douleur  
    • Deuil de toute puissance médicale : Il faut se mettre en position basse c’est à dire ne pas leur prédire qu’on est les meilleurs et qu’on va les soigner
    • S’inscrire dans une responsabilité partagée : leur faire comprendre que ce sont eux qui vont se soigner

Le point de vue du médecin

  • Croire le patient
  • Eviter de rendre le patient responsable de l’échec
  • Ne pas surestimer les bénéfices secondaires
  • Éviter de rendre les patients dépendants
  • Réinterpréter les symptômes
  • Se demander « comment » la douleur dure plutôt que  » pourquoi « 
  • Faire préciser la demande
  • Établir un contrat
  • Renégocier les différentes étapes

Les différentes positions des psychologues

  • « Toutes des hystériques »
  • « Toutes des phobiques obsessionnelles »
  • « Toutes des perfectionnistes »
  • « Toutes des anxieuses ou des déprimées »
  • « Toutes avec un couple dysfonctionnel »

La bonne conduite à tenir

  • Reconnaître que c’est rarement une cause psychologique unique
  • Ne pas chercher à tout prix à connaître la cause
  • Travailler en réseau
  1. Évaluer le rapport à la douleur
    • Certaines femmes ont compris qu’il y a une douleur très intense au moment de la pénétration mais qu’ensuite le plaisir prend le pas sur la douleur et qui continuent donc à avoir des rapports  
    • Si cette pathologie est en constante augmentation c’est peut être que la douleur aujourd’hui n’est plus du tout tolérée
  2. Évaluer le rapport à l’hygiène
    • Il y a des femmes qui se lavent 4 fois la vulve par jour (meilleur moyen de choper des trucs), qui mettent des serviettes en dehors des règles ce qui aspire la lubrification, assèche la muqueuse et la rend donc plus fragile aux agressions externes
  3. Évaluer la représentation de la sexualité
  4. Évaluer le catastrophisme
    • C’est le « docteur je n’aurai jamais d’enfant ! Je n’aurai jamais de mari ! (Alors qu’il est la juste à côté) de toutes façons je suis foutue etc… ». Si le catastrophisme est important c’est la première chose à traiter
  5. Évaluer le partenaire ou le discours du partenaire ou ce que la patiente pense de ce que son partenaire vit
    • Il y a deux types de partenaires qui sont défavorables
      •  le méchant : « tu vas pas faire ta chochotte maintenant ! »  
      •  le trop gentil « oh non chérie je vois bien que tu as mal on va pas insister »

La prise en charge pluridisciplinaire

À la différence de la douleur aigüe, la douleur chronique ne disparaîtra pas brusquement par une intervention chirurgicale ou un médicament « miracle ».

La prise en charge doit être complète, par un ou plusieurs thérapeutes. Un traitement symptomatique ne suffit pas le plus souvent, et si ce traitement symptomatique est répété à plusieurs reprises et qu’il n’y a toujours pas de succès, cela peut même induire une résistance à toutes les thérapeutiques qui vont suivre.

La coopération de plusieurs spécialistes (urologue, gynécologue, kinésithérapeute, sexologue, psychiatre, psychothérapeute, hypnothérapeute,…) formés à cette prise en charge améliore les résultats.

Plusieurs moyens thérapeutiques vont être proposés :

  1. En cas de pathologie organique, le traitement dépend de la cause bien sûr.
  2. En cas de carence hormonale, le traitement général et/ou local sera mise en place s’il n’y a pas de contre indications.
  3. De nombreuses méthodes ont été proposées pour lutter contre la douleur. Elles vont des analgésiques périphériques et morphiniques aux anti-dépresseurs et aux approches dites psychologiques, telles que la relaxation, l’hypnose, les thérapies cognitivo-comportementales etc…
  4. Comme il s’agit de troubles affectant la sphère sexuelle et psycho-affective les sexothérapies et les divers types de psychothérapies, associées aux traitements symptomatiques seront associées

C’est petit à petit que la patiente se réhabituera à vivre avec sa douleur. Son algie persistante fait partie d’elle-même :
L’objectif n’est pas sa suppression, mais de la rendre supportable.

1 – Adaptation de la sexualité de la patiente

Au niveau de la sexualité on peut explorer d’autres sexualité que « prise mâle / prise femelle » : sexualité orale, changement de position surtout si il y a une position qui fait plus mal qu’une autre etc…

  • Question de l’imagination réclamée mais non utilisée par les couples
  • Planifier les moments de rapport sexuel quand c’est moins douloureux
  • Utiliser des pack froid à mettre sur la vulve (technique américaine)
  • Mettre un anesthésique local avant le rapport : le problème c’est qu’il ne faut pas l’anesthésier complètement
  • Utiliser un lubrifiant hypoallergénique
  • Utiliser des crèmes avec œstrogènes
  • Penser aux aspects émotionnels et sociaux

2 – Prise en charge symptomatique

Pour ces femmes qui ont mal dans leur corps c’est presque toujours sur le plan somatique qu’il est nécessaire de débuter la prise en charge thérapeutique et installer la relation de confiance médecin-patiente qui va être le moteur du changement.
Pour pouvoir aider ces femmes, il faut s’appuyer sur ce que l’on sait de la physiologie (et des conseils que celle-ci nous pousse à donner), et sur un certain nombre d’éclairages que la psychologie peut nous apporter.
Les conseils et le soutien du médecin se doivent d’être aussi détaillés que son ordonnance.

Les anti-douleurs

Le traitement repose sur une sédation de la douleur d’abord et avant tout. Il faut casser le cercle vicieux.

  • Si dyspareunie superficielle sans vulvodynies spontanées :
    • Xylocaine gel local
    • + Omega 3 PO (fonctionne contre l’inflammation)
  • Si dyspareunie superficielle associée à des vulvodynies spontanées :
    • Association avec des TRICYCLIQUES : LAROXYL gouttes

Sur la durée du traitement : « 3 semaines, 3 mois ou 3 ans »

On à fait des autopsies de grand prématurés. Tous les endroits ou ils ont eu des perfusions et des cathéters il y avait des corpuscules de la douleur.
Chez les anciens grand prématurés qui ont survécus les zones qui avaient eu des cathéters (notamment la fontanelle) est bourée de corpuscules de la douleur avec des tests à la douleur positifs dans ces zones.

Les anti-depresseurs

Parmi les médicaments il y a les anti-dépresseurs. Seul l’Anafranil®, le Laroxyl®, le Tofranil® l’Elavil® et le Prothiadène® sont doués de propriétés analgésiques (surtout dans les douleurs neurologiques).

  • L’effet analgésique se manifesterait plus rapidement (3 à 7 jours) que l’effet anti depresseur (14 à 21 jours). La posologie optimale est en moyenne de 50 à 150 mg et la durée de la prescription doit être maintenue au moins 3 mois et quelques fois un an. (F. Lorin 2000)
  • Même si des explications physiopathologiques tentent d’éclaircir le mécanisme d’action de ces produits, le mécanisme d’action des tricycliques comme des antalgiques relèvent de l’empirisme sans explications sérieuses pour l’instant.
  • Quand on leur donne les ISRS il faut bien leur expliquer qu’on leur donne comme antidouleurs et pas comme antidépresseurs.

Quand nous leur prescrivons un traitement médicamenteux (Zyrtec, Lyrica, Rivotril, Deroxat), nous leur expliquons que ce traitement a une action sur la douleur. Traitement qui va réduire la douleur et non la faire disparaître brusquement. Dans les bons cas les patientes découvrent ainsi « in vivo » qu’elles ne doivent plus se focaliser sur l’attente obsédante de la disparition totale de la douleur. Elles découvrent aussi qu’à certains moments la douleur n’est qu’une gène un peu embarrassante, voire une gène qu’elles peuvent « oublier », plutôt que de se focaliser, à tout moment, sur la vérification de la persistance de cette douleur quelle que soit son intensité.

3 – Prise en charge spécifique

Une fois que la sédation est obtenue on va pouvoir faire un traitement plus spécifique :

  1. Une rééducation peut être entreprise en particulier si vaginisme persistant
  2. Un traitement d’une épine irritative peut être entrepris :
    • traitement au long cours d’un lichen scléro-atrophique
    • levée d’une bride douloureuse de la fourchette : section de la bride avec plastie postérieure de glissement de la vulve

La chirurgie d’exérèse des 4 glandes vestibulaires ne se propose qu’en cas d’échec de tout traitement médical après un délai de 2 à 3 ans.

  • Le chirurgien ne s’autorise cette option qu’après le feu vert du thérapeute psychiatre sexologue.
  • Le chirurgien doit être spécialisé en ce domaine.
  • La patiente doit être prévenue que
    • la cicatrisation des tissus qui présente une inflammation neurogène est très longue et fastidieuse car le port des sous vêtement et les pipis sont difficilement arrêtable
    • l’intervention n’est couronnée de succès que dans 83 % des cas.
    • durant toute la période post-opératoire il faut faire des soins locaux et des bains de siège au permanganate

4 – Prise en charge psychosomatique

Dans la démarche thérapeutique nous n’avons pas pour objectif de séparer les patientes « organiques » de celles considérées comme « psychogènes ».

  • Pour la malade, celle-ci est un non-sens.
  • Si la douleur est qualifiée de psychogène, la patiente le vit comme une non « validation », une non acceptation de sa plainte, on la prend pour une folle et on ne la croit pas.

Pour apaiser ce type de plainte il faut donc le plus souvent des consultations répétées, qui associent les moyens médicamenteux certes, mais aussi une approche médicale et psychologique, une approche psychosomatique qui aide ces femmes à percevoir les conflits sous jacents qui s’expriment par leur plainte.

Quelle psycho-sexotherapie choisir ?
  • Il faut avant tout un thérapeute formé dans sa technique et intéressé par les problématiques douleur et sexualité
  • Plus le thérapeute a de l’expérience, meilleur il est :
    • L Luborsky, 1975 : toutes les psychothérapies se valent
    • Guérin, 1984 : 10% du résultat de la thérapie de la motivation du patient et du savoir faire du thérapeute
    • Lambert 1992 : 15% dépend des techniques
  • Mais il ne doit pas se spécialiser dans un trouble car il perd de sa souplesse et curiosité
  • La technique que l’on maîtrise et à laquelle la patiente adhère sera la meilleur

Attention au type de formation
Le DIU de sexologie est une formation sérieuse et reconnue qui dure 3 ans mais il y a certains thérapeutes qui vont juste participer à un weekend de formation et qui vont penser tout savoir après.

Ecouter la plainte

Qu’il s’agisse de frustration sexuelle qui ne peut se formuler, de désamour de soi, ou encore de difficultés relationnelles, la plainte mise en avant pouvant être alors un appel à l’aide :

  • frustration sexuelle : souvent des femmes à qui on avait présente le sexe comme un truc absolument génial et en fait c’était pas si extraordinaire que ça et elles n’acceptent pas que ça soit « que ça » du coup pour elle c’est douloureux
  • difficultés relationnelles notamment en cas de violences conjugales (psychologiques) avec l’instauration de cette douleur comme moyen de protection
Informer
  • Explications psycho-physiologiques du phénomène douloureux chronique et du « plan thérapeutique  » progressif, quasi « réeducatif » mis en place les aide à prendre patience et les aide surtout à être plus actives elles-mêmes contre leur douleur.
  • Comprendre l’idée de l’épine irritative, de la dyesthésie cutanée, de la névralgie locale ou de la micro-inflammation,

Surtout prendre conscience que :

  • ce symptôme peut disparaître,
  • que cela se fera très progressivement au début, beaucoup plus rapidement par la suite,
  • mais que cela dépendra aussi de leur envie d’en sortir et de leur participation active dans le traitement..

Le fait de :

  1. nommer
  2. dire que c’est long, c’est compliqué mais on peut faire quelque chose

→ leur permet déjà de se sentir beaucoup mieux puisque jusqu’à présent on a pas arrêté de leur dire que c’était dans la tête

  • Le médecin est ici comme « kinésithérapeute de l’esprit », qui peut montrer à la patiente comment se rééduquer mais qui ne peut pas faire la rééducation à sa place.
  • Les femmes comprennent dans ce contexte, que les prescriptions médicamenteuses, ou les conseils donnés sont des aides à la réadaptation thérapeutique.
  • Même lors de l’examen gynécologique nous leur faisons prendre conscience qu’elles peuvent diriger la contraction et la décontraction des muscles péri-vaginaux. Nous débutons par des exercices de contraction et de décontraction des mains, du visage, des cuisses, et enfin de la région vulvaire et périnéale (exercices de Kegel)

4 – Prise en charge en couple

Ne jamais délaisser le partenaire !

CAS CLINIQUE

Femme de 35 ans, vit en couple depuis 15 ans. Rencontre à 15 ans.

  • 1 fille de 3 ans, accouchement « acrobatique » épisiotomie et configuration anatomique de la région modifiée dixit son mari kiné et obsessionnel.
  • Nombreuses consultations avec accoucheur, gynéco qui ont affirmé que « tout finirait par rentrer dans l’ordre »
  • Toujours cicatrice épisiotomie à l’esprit, toujours douleur dans les tentatives (essais) de RS.
  • Démangeaisons vaginales fréquentes
  • Dans son histoire elle est jumelle et a 1 sœur de 9 mois de moins donc 3 filles en 9 mois pour sa mère et 2 césariennes
  • Couple parental divorcé quand les jumelles avaient 16 ans. Père alcool et violences. Divorce: un soulagement, aucune des 3  filles ne voit leur père régulièrement, elle dit « il m’indiffère ». Peut parler avec sa mère qui est  « très chiante, comme une mère »
  • A arrêté de parler en CM1, a redoublé, pédopsy pendant 3 ans, aucune confiance en elle , se souvient que problèmes de couple parental la perturbaient.
  • Accouchement qui la terrifiait , a mis longtemps à avoir un désir d’enfant
  • Dit que tant qu’elle ne se posait pas de question sur son sexe, la sexualité était satisfaisante
  • CATASTROPHISME MAJEUR: tout est ruiné
  • Cauchemars récurrents : elle annonce qu’elle a accouché et se me réveille en sueurs, tremblements
  • De plus son mari crie quand la petite se tache, flash back avec violence du père. Elle contient sa peur que son mari frappe l’enfant. envie d’hurler

Consignes données

  1. sexualité sans pénétration
  2. travail corporel avec sage femme
  3. rencontre avec accoucheur pour être rassurée sur possibilité de césarienne

Résultats

  • Rapports changés dans le couple
  • Lui est en thérapie
  • Elle est enceinte
  • Elle va bien
  • Continue de voir la sage femme/grossesse
  • Voit le thérapeute à la demande
  • Travail avec la sage femme : plus de douleurs ou minimes
  • Envoi par la sage femme : psychothérapie sur son histoire et peu à peu confiance en elle
  • Elle va mieux et elle qui avait peur de tout va entreprendre un « tour du monde » avec son ami

CONCLUSION

La douleur est acquise alors que le plaisir est non. C’est un apprentissage. Par exemple les gens qui aiment bien la bonne nourriture et qui ressentent du plaisir en mangeant, la première fois qu’ils ont goûté du magret de canard ils ont pas forcément adoré.

L’objectif premier de la thérapie est de ne pas aggraver le symptôme par des actions chirurgicales (ou médicales), trop ponctuelles et limitées (comme le fait de prescrire uniquement des antibiotiques, des ovules ou des crèmes pendant des semaines voire des mois), sans prendre en compte le fait qu’il s’agit aussi et d’abord d’un symptôme sexuel par exemple.

Il est souvent indispensable de soulager le symptôme insatisfaction sexuelle dans son ensemble, d’autant que nous savons que le meilleur anti-douleur c’est le plaisir.

Encore faut-il pouvoir aider la patiente à cesser d’être dans la loi du tout ou rien. Loi qui la maintient dans l’attente d’une cessation complète de la douleur avant qu’elle ne s’autorise à tenter la recherche du plaisir.

La loi du « tout ou rien » : ce sont les patientes qui disent qu’elles referont l’amour une fois qu’elles n’auront plus de douleur, mais c’est pas « tout ou rien » et on ne peut pas ne plus avoir mal du tout.

Références

  1. Netgen, « Vulvodynies et vulvovestibulites : la démarche diagnostique est toujours nécessaire ! », Revue Médicale Suisse, consulté le 11 novembre 2020, https://www.revmed.ch/RMS/2004/RMS-2503/24167[]
  2. Moyal-Barracco M, Lynch PJ. 2003 ISSVD terminology and classification of vulvodynia: a historical perspective. J Reprod Med. 2004;49:772—7.[]
  3. Verit FF. J Sex Med, 2007[]
  4. Haefner HK. Critique of new gynecologic surgical procedures: surgery for vulvar vestibulitis. Clin Obstet Gynecol 2000;43:689–700.[]
Dr Arnaud ZELER

Mariage non consommé et infertilité

23 novembre 2013 dans par

Mariage
Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

INTRODUCTION

Les couples qui on fait des efforts pour rester vierge jusqu’à 30 ans vont souvent imaginer que lorsqu’ils passeront à l’acte, le sexe sera un truc extraordinaire, à la hauteur des frustrations qu’ils se sont infligées, et qui sera la récompense de tous leurs efforts…

Or, à 30 ans, il y a moins de désir dans le couple qu’à 20 ans, surtout pour les malheureux qui auront passé des années et des années à réfréner leur désir.

Mais il y a également des couples qui ont respecté la “petite membrane”, et qui ont expérimenté tous les autres types de pénétration. Du coup, ils vont être conditionnés à d’autres choses (sexe anal etc.), et pourront parfois trouver la pénétration vaginale moins intéressante et ressentir alors des troubles du plaisir et des anorgasmies.

DEFINITIONS

  • On parle de mariage non consommé lorsqu’un couple n’est pas arrivé à avoir de relation sexuelle avec pénétration au bout de six mois de vie commune.
  • On parle d’infertilité en cas d’absence de grossesse malgré des rapports sexuels non protégés pendant une période d’au moins 12 mois.

EPIDEMIOLOGIE

Quelques chiffes indirects

  • En 1988 : 1,1% des couples consultant pour infertilité sont dans un mariage non consommé du à un problème masculin ou féminin ou des 2 1
  • Au centre de sexualité de Loyola, entre juillet 1972 et septembre 1988 il y a eu 82 couples sur 1217 soit 6,6% qui présentaient un traitement pour le mariage non consommé 2
  • Les chiffres actuels ont beaucoup changé depuis 1988 : environ 10% des couples qui consultent viennent pour un problème de mariage non consommé.

PHYSIOPATHOLOGIE

Le « fautif » : le patient « désigné »

  • soit la femme « vaginique » ou « coincée » ou ayant eu des problèmes
  • soit l’homme qui n’a pas d’érection dans les moments sexuel

EN TOUT CAS COUPABLE…

Le partenaire du patient désigné

  •  triomphant dans sa générosité, sa compréhension, son respect
  •  ou au contraire vindicatif « je n’ai jamais eu de problème sexuel sauf avec ce type« 
  •  ou encore effacé (« je suis la pour l’aider, je n’ai aucun problème… » → mais en général c’est celui qui refusera les entretiens individuels)

Le couple

2 types de couples

  • ceux qui ont une sexualité relativement riche mais sans pénétration
  • ceux qui disent avoir une sexualité mais qui ont en fait des caresses infantiles (dormant en se tenant par la main etc…) -> c’est rare de réussir à les guérir

Particularité du couple vaginique

Le partenaire d’une femme souffrant de vaginisme n’est en général pas choisi au hasard :

  • peu « agressif » sexuellement
  • souvent sexuellement inexpérimenté

Ce sont des couples bâtis sur 2 failles où chacun est la béquille de l’autre et le problème c’est que si l’un des deux se redresse et que l’autre ne suis pas il y aura séparation.

Les séparations dans les mariages non consommés viennent en général de la part de celle qui avait le symptôme.

Les couples et leur demande

  • Demande de « normalité » : Ils aimeraient faire comme tout le monde et comme ce qu’ils voient à la télé alors qu’en fait aucun des deux n’en ressent l’envie ni le besoin. Donc pour quelle raison est-ce qu’on devrait les aider à se forcer ?
  • Demande d’enfant : C’est souvent à ce moment là qu’on va les voir
  • La nuit de noce : lorsqu’ils ont vécu des années en concubinage en choisissant de rester vierge jusqu’au mariage, ils trouvent en général opportun de consulter un sexologue en vue de la nuit de noce. C’est à ce moment là qu’ils peuvent prendre conscience que cela risque d’être un peu plus compliqué que prévu…
  • « SOS : ne faites rien » : On peut être amené à recevoir des couples en urgences pour un problème de mariage non consommé, notamment le lendemain de la nuit de noce où ils n’ont pas couché ensemble et la famille attend de voir le drap rempli de sang. Le plus sage est de ne rien faire et d’attendre que les choses se tassent.

CONSEQUENCES

  • honte
  • mal-être identitaire : atteinte narcissique individuelle parfois avec dépression
  • mal-être conjugal : repli du couple sur lui-même ou au contraire utilisation des autres pour éviter son problème (couple qui sort tous les weekend avec les amis, la famille etc pour ne pas se retrouver tout seul)
  • contamination de la non confiance en soi « puisque je ne peux pas baiser comme tout le monde, je suis nul(le) »

A l’inverse, le mariage non consommé va parfois entrainer des bénéfices secondaires sur la relation avec deux éléments fondamentaux vont entrer en jeu :

  1. Le SECRET, grand liant du couple qui va les renforcer
  2. Les bénéfices secondaires : la qualité supposée de leur Amour car ils ne sont pas comme tout le monde, ils s’aiment forcement plus que les autres couples

PRISE EN CHARGE

La sexothérapie

  • Travail individuel pour le désigné d’abord sur la confiance en lui et sur le symptôme
  • Rendez vous à deux régulièrement pour apprécier le couple et l’autre
  • L’abandon de la thérapie vient souvent de l’autre, l’apparent « sans problème »
  • L’abandon du conjoint vient souvent du porteur de symptôme.

Mariage non consommé et fertilité

Face à une demande d’enfant d’un couple n’ayant jamais eu de rapport sexuel auprès d’un médecin de procréation médicalement assisté, deux attitudes vont se détacher :

  • L’attitude sans question : réponse offre de PMA (Mais parfois envoie au sexologue lorsqu’un autre problème se présente)
  • L’attitude moralisatrice : envoi au sexologue et refus de toute écoute ou prise en charge

Face à une demande d’enfant d’un couple n’ayant jamais eu de rapport sexuel auprès d’un sexologue, notre attitude sera la suivante :

  1. Les « couples qui se tiennent par la main », on ne va pas leur proposer de faire une insémination « sous la couette » mais leur expliquer qu’on ne sait pas et que si jamais on entend parler d’une solution on les contactera.
  2. Les autres ont leur explique comment faire avec un verre et une seringue
    1. éjaculer dans un verre
    2. attendre 15 minutes que le sperme se liquéfie
    3. mettre le sperme dans une seringue et l’injecter dans le vagin
    4. on fait ça 2 ou 3 fois dans le mois quel que soit le cycle, plus également au moment de l’ovulation si elle le connaît
    5. en général la plupart des femmes tombent enceinte assez rapidement
    6. ceux qui ne tombent pas enceinte au bout de 6 mois on va leur faire un bilan et adresser au médecin PMA

Le Botox®

Le Botox ® n’est pas seulement réservé aux traitements des rides. Il a été employé pendant des années pour traiter les spasmes des muscles du corps. Le Botox® est utilisé par certains spécialistes (comme le Dr Peter D Pacik – http://www.vaginismusmd.com) pour traiter la vulvodynie, la vestibulite vulvaire et le vaginisme, affections douloureuses de la vulve et du vagin3.

Résultats

Les résultats sont excellent mais la durée du problème joue sur la durée de la thérapie
Les résultats dépendant des résultats des couples, donc seront très différents en fonction des individus et des couples…

Il y a 20 ans une étude rétrospective téléphonique avec 30 couples au téléphone montrait qu’après traitement ils savaient faire la pénétration mais ils ne la faisaient quasiment jamais, « c’est pas leur tasse de thé ».

Références

  1. BJSM 15:3, 84-87, March 1988[]
  2. The Psychiatric Times Feb 1989 IV:2 pp50-51[]
  3. Wellness Kliniek, Grotestraat 42, 3600 Genk []