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Dr Arnaud ZELER

Le vaginisme

23 novembre 2013 dans par

Résumé de la 2ème consultation internationale sur les dysfonctions sexuelles, Paris, 2003

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

DEFINITION

Le vaginisme est un mécanisme de défense contre toute intrusion vaginale qui comprend :

– Un évitement sexuel et une dérobade face à toute tentative de pénétration
– Une contraction réflexe du périnée, rendant impossible toute pénétration

Dr Pierre DESVAUX, Andrologue

Mais les jeux sexuels restent possibles, comme l’attestent l’existence de femmes vaginiques enceintes, ou de couples qui substituent parfois la pénétration vaginale par la sodomie.

Mécanisme du vaginisme
La contraction involontaire des muscles releveurs de l’anus, en particulier des faisceaux périvaginaux qui enserrent la partie basse du vagin, rend impossible tout essai de pénétration.

Le vaginisme Primaire

  • Le vaginisme est dit primaire si la pénétration s’est toujours avérée impossible ou difficile.
  • La forme primaire représente la fréquence la plus importante de vaginisme.
  • Il apparaît au début de la vie sexuelle de la femme.

Le vaginisme Secondaire

  • Le vaginisme est dit secondaire s’il apparaît après une vie sexuelle satisfaisante et sans problèmes particuliers.
  • La pénétration devient impossible généralement à la suite d’un traumatisme, d’un conflit ou d’un problème de santé

Les degrés de vaginisme

  • Grade 1 : Spasme des releveurs, disparaissant en rassurant la patiente
  • Grade 2 : Spasme des releveurs, persistant lors d’examens gynécologiques
  • Grade 3 : Spasme des releveurs, contraction des fesses lors de toute tentative d’examen
  • Grade 4 : Spasme des releveurs, contraction dorsale en arc, adduction des cuisses, mouvements de défense et rétraction des membres inf.
  • Grade XO : Grade 4 associé à des manifestations végétatives, refus de tout examen.

EPIDEMIOLOGIE

ProblèmesJamaisParfois (<25% du temps)Quelquefois (<50% du temps)Souvent (<75% du temps)Toujours
Irritation lors du coït82.4%10.4%2.7%1.8%2.7%
Manque de lubrification56.7%19.9%9.8%5.0%8.6%
Dyspareunies72.4%16.3%3.6%2.4%5.3%
Vaginisme et étroitesse vaginale71.5%16.3%5.3%2.1%4.7%
Difficultés à atteindre l’orgasme41.5%28.8%14.2%6.5%8.9%
Manque de plaisir38.3%41.1%11.2%7.0%1.8%
Anxiété/inhibition50.5%26.9%13.6%5.5%3.5%
Fréquence des dysfonctions sexuelles féminines (Etude de Rosen et Al, 1993)
Fréquence des dysfonctions sexuelles féminines
Fréquence des dysfonctions sexuelles féminines

ETIOLOGIES

Le plus souvent c’est un phénomène primaire

Crainte de la douleur

  • Par Ignorance de son corps
  • Par Culpabilité
  • Secondaire à des agressions ou un traumatisme
Représentation de ses organes génitaux par une vaginique (coll. N. Dudoret)
Représentation de ses organes génitaux par une vaginique (coll. N. Dudoret)

Phobies

Sont retrouvés des taux élevés de :

  • Agoraphobie sans troubles paniques
  • TOC

Facteurs Psychologiques

  • Taux d’anxiété significativement plus élevé
  • Taux de dépression non élévé
  • Les traits de personnalité les plus fréquents sont une focalisation excessive sur soi et une sous évaluation de soi comme facteurs prédisposant et de maintien du trouble.
  • Sont cités quelquefois : dépression, anxiété, phobie sociale, idées paranoïdes, somatisations, agressivité
  • En revanche, et contrairement à une idée répandue qui est fausse, il n’y a pas plus d’antécédents de traumatismes sexuels infantiles que dans la population générale chez les femmes présentant un vaginisme.

Facteurs prédisposants

  • Insuffisance de communication dans le couple, source de malentendu et de non-dit
  • Conflits larvés, pouvant s’exprimer dans la sexualité

Facteurs déclenchants

  • Déstabilisation de la position de l’homme dans le couple par l’affirmation de la personnalité de la partenaire

Facteurs aggravants et pérennisants

  • Frustration sexuelle de la partenaire
  • Evitement des relations sexuelles par l’homme conduisant à l’absence de tout contact physique voire de toute démonstration d’affection
  • Sentiment de honte ou de culpabilité ressenti par l’homme, qui l’empêche de partager ses inquiétudes avec sa partenaire
    • → Méprise de la partenaire sur la raison des échecs
      • → Conflits conjugaux
        • → Aggravation de la pression de performance et de la crainte de l’échec

Il n’y a pas de valeur prédictive par rapport à :

En revanche les mariages non consommés depuis plusieurs années signifient en général que le partenaire à lui aussi un problème

PHYSIOPATHOLOGIE

Mécanismes de défense

  • 1° Niveau :
    • Évitement sexuel
  • 2° Niveau :
    • Empêcher l’accès au sexe
    • Contraction des adducteurs
    • Dérobade
  • 3° Niveau :
Le plancher pelvien de la femme pendant le rapport sexuel
Le plancher pelvien de la femme pendant le rapport sexuel

Comparaison avec la population générale

  • Plus faible estime de soi
  • Peu de scénarios imaginaires sexuels positifs
  • Personnalités « hystériques »
  • Moins de masturbation, plus de troubles de la libido (Désir Sexuel Hypoactif ou HSDD) et de l’excitation (Female sexual arousal disorder ou FSAD)

MAIS

  • Pas d’image du corps plus perturbée
  • Pas plus renfermée
  • Pas plus de conjugopathies

Le vaginisme est un problème d’ordre psychologique et non physiologique

  • Pas de différence sur les tensions du périnée
  • Ni sur la capacité de serrer-relacher le périnée
  • Ni sur les EMG (Electro-neuromyogrammes) du périnée

Les femmes vaginiques ont une contraction des releveurs associé à un asynchronisme avec des difficultés d’exonération (constipations terminales).
Il est extrêmement réparateur d’un point de vue psychologique de prendre en charge le problème somatique.

En fait, le vaginisme est plus un problème d’ordre social qu’une véritable pathologie psychique.

TRAITEMENT

Facteurs psychologiques positifs influençant une résolution du vaginisme

  • L’attribution à des causes psychologiques
  • Attitudes positives vis-à-vis de la zone génitale
  • Désir de grossesse
  • Connaissance de la sexualité
  • Bonne observance des « exercices » à la maison
  • Pas de thérapies précédentes de la femme pour des tensions conjugales

Facteurs psychologiques négatifs influençant une résolution du problème

  • Problèmes de désir important
  • Peur des IST
  • Attitudes parentales négatives par rapport au sexe
  • Interventions chirurgicales pour le vaginisme : on fait une limenectomie, et après c’est encore pire
  • Antécédents de malformations organiques comme une cloison réséquée (rare)

Si la patiente souffrant de vaginisme a une opération chirurgicale sans qu’on ai essayé de lui expliquer le principe de cette pathologie, et qu’après ça elle n’arrive toujours pas à avoir de pénétration, cela va renforcer l’idée dans le couple qu’ils sont vraiment les derniers des derniers des nuls…

Prise en charge

Essayer de trouver les différents facteurs en jeu

  1. Réactionnelle à un événement de vie
    • Traumatisme psychique, physique, maladie de l’intrusion
    • Syndrome post traumatique
  2. Ignorance, phobie
    • → Information, éducation et déconditionnement

Cf le site « Les clefs de Venus » :

  • Souvent les femmes ont été voir ce site mais elles n’ont jamais fait les exercices de déconditionnement

Exercices d’introduction et de dilatateurs

  • Avant mettre des dilatateurs on essaie d’abord de mettre son propre doigt, parce que si une femme réussi à s’introduire un index (avec lubrifiant), cela signifie qu’elle réussira un jour ou l’autre à être soignée de son vaginisme.
  • Les lubrifiants médicaux ne sont pas terribles car sur le doigt ils sèchent rapidement et dans le cas du vaginisme, en général, les patientes ont tendance à prendre bien leur temps. Donc il vaut mieux utiliser de la vaseline purifiée.
  • Il n’y a pas de nécessité d’utiliser des dilatateurs de plus en plus gros, d’autant plus qu’au début cela n’existait pas, mais cela peut quand même aider par rapport à la longueur du dilatateur.
  • Anesthésie locale (vestibulaire et hyménée) avec de l’Emma 5%
  • Pas de botox
  • Découverte de la vacuité vaginale avec dilatateurs : kit Amielle, Velvi ou Vagiwell.

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Un cas de vaginisme simple – Technique P. DESCAUX

Première consultation

Elle consiste à faire un examen simple sous échographie par voie sus-pubienne;

  • visualisation de la vessie, utérus et vagin
  • puis introduire elle même des dilatateurs de taille croissantes dans le vagin
  • suivre sur l’écran de l’échographe la progression du dilatateur
  • c’est toujours la femme elle-même qui introduit le dilatateur
  • prévenue du risque de défloraison
  • 2e rendez-vous pris pour la semaine suivante

Deuxième consultation

  • Anesthésie locale vestibulaire avec Emla
  • Réel intérêt de voir comment « elle est faite  » à l’intérieur
  • Introduction difficile du premier dilatateur (diam 12 mm)
  • Puis introduction plus facile des suivants (jusqu’à 30 mm)
  • Rapidement elle prend conscience du plan des releveurs et comprend « d’où il faut se décontracter »
  • Elle arrive à regarder sa vulve,
  • A un peu moins la « vision horrifique  » de son vagin, ouvert sur ses entrailles »
  • Pour un certain nombre de femmes pour qui tout passe par la tête c’est important qu’elles puissent visualiser.
  • Il y a des vaginiques qui ont l’impression que la pénétration va leur remonter jusqu’à la gorge.
  • Le tampon est une très bonne prévention du vaginisme.
  • Prescription d’un kit Amielle de dilatateurs vaginaux
  • Lubrifiant ++
  • Instruction de refaire ces exercices d’abord seule
  • Si elle y parvient facilement les refaire avec son partenaire
  • Nouvelle consultation prévue dans 3 semaines

Troisième consultation

  • Elle a fait ses exercices, avec une interruption pendant des vacances
  • En les érotisant, comme conseillé
  • Elle n’arrive pas à introduire le dernier, elle le trouve très gros
  • Lors des jeux amoureux, son partenaire arrive à un tout début de pénétration, elle se sent encore un peu crispée mais plutôt confiante
  • « Elle sent que cela devrait marcher »

On l’encourage et lui confirme qu’elle est sur la bonne voie.

Un cas de vaginisme simple – Marie CHEVRET

  • Après écoute, recherche de facteurs en cause, couple ou non
  • Explications : intrusion, anatomie, aspect culturel (loyauté implicite à ses origines)
  • Explication de la nécessité de pouvoir elle-même mettre un doigt dans son vagin : Le challenge n’est pas la pénétration, le challenge c’est de pouvoir mettre un doigt.
  • Exercices de kegel : lâcher-relâcher

EN RESUME

Nombreuses questions et controverses

  • Le vaginisme est-il un spasme pour toute pénétration ou uniquement pour celle du pénis ?
  • Il y a des difficultés de diagnostic entre le vaginisme et une dyspareunie liée à une vulvodynie ?
  • La « guérison » est elle la pénétration ? ou bien le plaisir par la pénétration ?
    • → Si un couple vient pour un problème de vaginisme, nous devons les guérir du vaginisme c’est-à-dire le problème de la pénétration et non pas du désir à la pénétration, sauf si c’est eux qui sont demandeur (sinon ça veut dire qu’on leur impose notre propre idéologie)
Dr Arnaud ZELER

La rencontre amoureuse, la passion amoureuse, l’intimité sexuelle

22 novembre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

I – LA RENCONTRE AMOUREUSE

Au delà de l’attirance purement physique entre deux individus (CF Comment se choisissent les couples), il existe des paramètres sociaux extrêmement importants comme la proximité, la familiarité et la fréquence des interactions qui vont augmenter l’attirance.

La proximité physique

On va rencontrer de manière préférentielle des gens à proximité de chez soi, de son travail ou de son environnement.

La proxémie

C’est un concept inventé par un universitaire nommé Edward HALL1, qui avait remarqué, en face de son bureau, que les oiseaux qui se posaient sur les fils électriques se posaient à des distances différentes en fonction des espèces.

Il a construit une théorie sur les distances sociales et les distances entre les gens dans la société.  Il parle des « bulles sociales » et du fait qu’on laisse entrer les gens dans telle ou telle bulle en fonction des circonstances

Les interactions fréquentes

La répétition des interactions entre deux individus vont augmenter l’attirance :

  • En augmentant la possibilité de découvrir des points communs
  • En créant de l’anticipation qui augmente l’attirance, c’est-à-dire qu’on va penser ce qui va se passer après. Habituellement, « l’autre » étant un individu social, on ne le pense que lorsqu’on le voit. Le fait d’avoir des interactions fréquentes avec l’autre va faire qu’on va l’anticiper et le penser comme un élément interne sur lequel on va projeter un certain nombre de choses.
  • En augmentant la familiarité

 Différences femmes/hommes

Les neurobiologistes ont décrit des éléments de la sexuation génétique et cérébrale permettant de mettre en avant une différence fondamentale entre les femmes et les hommes concernant les mécanismes d’approche2 :

  • Chez la femme, le premier circuit cérébral stimulé lorsqu’elle se trouve face à un homme est le circuit de l’évitement
  • Chez l’homme, en revanche, le premier circuit cérébral qui s’active est celui de l’approche et du plaisir

Différences Bonobos/humains

La synchronisation visuelle

Il y a un élément extrêmement important chez le bonobo aussi bien que chez l’ Homme, c’est la synchronisation visuelle, le premier niveau de synchronisation étant la captation du regard.

Les stratégies d’approche

Lorsque le bonobo repère une femelle, il va l’approcher en repérant ses goûts alimentaires et lui apporter ce qu’elle aime (par exemple des feuilles de Baobab). Cet échange alimentaire est une manière d’apporter de la proximité qui va permettre de ne plus être dans un rapport de distance.

L’homme, si il invite une dame au restaurant, ne se mettra pas à 15 mètres mais bien à proximité d’elle.
Evidemment, chez l’homme il y aura des tas d’autres stratégies d’approche, l’objectif de chacune étant d’entrer dans la bulle de la partenaire et d’instaurer de la proximité.

La synchronisation physique

Ensuite il y aura des rituels de cour qui sont des rituels de danse ou on va se synchroniser corporellement. C’est le deuxième niveau de synchronisation avec l’approche physique dans cette synchronisation.

En boîte de nuit les humains sont en plus dans un environnement d’hyperstimulation sensorielle.

Toutes les espèces ont des stratégies de synchronisation.

Le transfert de compétence

Une fois que le mâle a capté le regard, qu’il est entré dans la bulle de la femelle qu’il convoite et qu’ils se sont synchronisés physiquement, on ne va pas encore pouvoir tout de suite conclure.
Il va falloir passer par l’étape appelée par Helen FISCHER, célèbre anthropologue américaine, le transfert de compétence 3.

Le transfert de compétence est le fait que (sauf aggression) la décision finale de la sexualité est prise par la femelle.

Ce fait est souvent confondu avec un moyen de contrôle des femmes dans une société où elles n’ont souvent pas beaucoup de moyen d’avoir le dessus sur leur partenaire masculin mais que la société les pousse à être leur égal. Ce transfert de compétence serait donc un moyen de rétablir cette inégalité en imposant au mâle une frustration.

Or la réalité est plus compliquée et même si l’homme va souvent prendre le refus de sa partenaire comme une agression vis-à-vis de lui alors qu’il y a souvent un problème de désir derrière, la femme de son coté prendra également la demande de son partenaire comme une aggression, faisant alors retomber le couple dans des rapport de force brute ce qui n’arrangera rien au problème.

Il n’y a que chez l’être humain que le mâle se permet parfois de décider de la sexualité, le viol n’étant puni que depuis peu dans notre société. En effet, le viol et les rapports non consentis par la femelle n’existent chez aucun animal sur terre, hormis chez l’homme.

Il faut noter que les femmes, grâce au développement des nouveaux moyens de communication et notamment des sites de rencontre, ont gagné dans notre société contemporaine quelque chose de très important qui font qu’elles ont réussi à obliger les hommes à venir sur le terrain de la communication.
Certains sites de rencontre ont analysé grâce a des mots-clés et des algorythmes les conversations des hommes et des femmes, et il en résulte que les femmes essayent toujours de discuter le plus longtemps possible alors que les hommes essayent la plupart du temps de mettre la pression pour passer à la rencontre physique.

II – L’AMOUR PASSION

Définition

L’étymologie du mot passion vient du latin Passio issu du verbe patior signifiant « souffrir, éprouver, endurer » autrement dit un ensemble d’états dans lesquels un individu est « passif », par opposition aux états dont il est lui-même la cause.

L’amour-passion, ou « coup de foudre« , est un état émotionnel très intense avec désir de fusion émotionnelle et sexuelle, totalement projectif, c’est-à-dire où il y a une fascination extrême vis à vis de l’autre. Certains sexologues parlent aussi de « trouble sexuel compulsif » et font le lien entre passion amoureuse et passion obsessive.

  • L’extase d’aimer et être aimé par l’autre sera mis en balance avec l’angoisse d’être rejeté
  • C’est un moment très interrogative qui va poser la question de l‘identité et de l’estime de soi

Cet état est un état de narcissisme pur, où l’autre n’est que l’objet de son propre narcissisme et n’est pas reconnu en temps que propre individu mais en temps que support de son propre narcissisme.

Tout le travail dans la thérapie de couple va se baser sur :

  1. La gestion des émotions, les couples en crises étant dans un état émotionnel permanent où ils ne s’échangent que des émotions et non pas des informations.
  2. Le fait que l’élément narcissique projectif va dans un second temps s’installer avec la découverte de ce qu’est l’autre dans sa réalité.

L’attribution émotionnelle

A Vancouver, des sociologues ont fait une expérience où ils arrêtaient des personnes qui traversaient un pont suspendu extrêmement instable pour leur faire remplir un formulaire4. Au bout de quelques minutes les enquêteurs donnaient leur numéro de téléphone en demandant au sujet de les rappeler pour terminer le questionnaire par téléphone.

Vancouver Capilano Bridge
Un nombre significativement plus important de personnes rappelent lorsque la rencontre se fait dans un contexte d’hyperstimulation sensorielle

Les résultats de cette étude on montré qu’il y avait un nombre significativement plus important de personnes qui rappelaient lorsque la rencontre se faisait au milieu du pont suspendu (50%), c’est-à-dire dans un contexte d’hyperstimulation sensorielle, que sur un pont normal en dur (10%).

Les sensations physiques liées aux mouvements du pont suspendu étaient dans le cadre d’une relation (avec l’enquêteur), et cette attribution émotionnelle était confondue sur le plan relationnel.

Une des conclusions de ces psychologues était d’ailleurs qu’il vaut mieux faire la déclaration amoureuse dans un grand huit que dans un restaurant tranquille.

Par rapport à la thérapie il faut donc penser à l’émotionnel avant de penser au relationnel, c’est-à-dire qu’il faut décortiquer les vécu et les ressentis émotionnels avant de recorticaliser les choses.

III – LA THEORIE TRIANGULAIRE DE L’AMOUR

Sternberg5 en 1986 émet une théorie concernant l’équilibre des couples dans laquelle l’amour serait composé de trois ingrédients primaires :

  • La passion : c’est la composante de l’attrait et du désir sexuel
  • L’intimité : c’est la composante émotionnelle de la proximité
  • L’engagement : c’est une composante plus « réfléchie » (plus cognitive) qui traduit la décision de s’impliquer, de poursuivre et de maintenir une relation

1 – La passion

  • Etape du début de la relation, on peut y voir une dimension largement, voire totalement narcissique.
  • « Ce que j’aime chez l’autre c’est l’image qu’il me renvoie de moi, ce qui me séduit n’est pas la réalité de l’autre, mais ce que j’attribue de moi à l’autre ».
  • Cette phase fusionnelle est une étape où le tout que représente le couple naissant prend le dessus sur l’individu
  • Ce qui sépare est alors persécutoire

Ce temps s’accompagne d’une sexualité foisonnante. C’est le temps de la « récompense » où les protagonistes activent les circuits dopaminergiques de leur cerveau et où les endorphines sont sécrétées à satiété (dopamine, Serotonine, endorphines).

Les hormones de la sexualité

(M. Reynaud L’amour est une drogue douce… en général Laffont 2005) :

  • La Luliberine
  • La Testostérone
  • La Dopamine
  • Les Endorphines, responsables du bien être après la relation sexuelle
  • L’Ocytocyne : en lien avec l’orgasme et l’attachement . C’est une hormone extrêmement importante dans la plupart des espèces, que l’on avait découvert à la base chez la femme qui allaite. Elle est stimulée par la lactation et va favoriser chez la mère et chez l’enfant l’attachement.

On sait aussi que l’orgasme entraîne une sécrétion d’ocytocyne aussi bien chez l’homme que chez la femme.

CF le livre de Claude Beata « Au risque d’aimer » sur l’attachement. Ce livre part des mécanismes de l’attachement chez les animaux pour aller ensuite sur l’humain (les vétérinaire, bien plus que les médecins et les anthropologues n’ont pas peur de mélanger biologie et relationnel).

Les neurobiologistes disent que la sécrétion d’endorphines augmente de manière très significative durant cette période, et l’effondrement des endorphines et la diminution du taux d’ocytocyne en réponse à l’orgasme se fait  au bout de 2 ans.

Il y a des gens qui sont en recherche permanente de cet état émotionnel et qui vont donc se séparer souvent pour pouvoir retrouver ces états de plaisir lies aux libérations d’endorphines initiales.

Les neurones miroir

Michel REYNAUD, psychiatre addictologue,   » On ne pense qu’à ça : Sensations, émotions, passions : l’amour dévoilé ou presque ». Page 44 :

  • « L’imagerie de la passion amoureuse révèle une forte sollicitation des zones du plaisir sexuel, une augmentation des sécrétions hormonales, une acuité des sensations corporelle, ainsi que la mise en route des neurones miroirs permettant de ressentir ce que vit le partenaire. Parallèlement, on observe une extinction des zones de l’esprit critique . La passion amoureuse rend aveugle »
  • Des singes en train de regarder mangers leurs congénères activent les mêmes zones dans le cerveau que ceux qui mangent.
  • Des bébés en post natal arrivent à imiter les mimiques si on est dans l’axe du bébé
  • Des travaux ont montré que même avec un masque qui tire la langue le mimétisme se fait (par le biais de neurones miroirs)

Les mécanismes de renforcement

  • Il se met souvent en place une forme de dépendance comparable à celle des toxicomanes.
  • Il existe une disparition de l’enveloppe de chacun des protagonistes qui vont accepter de disparaître en temps qu’individu pour créer le couple.
  • L’altérité et l’individualisation sont mis de côté dans ce magma fusionnel des affects et du corps.
  • Ce temps primordial est baigné d’ocytocyne.
  • Il s’installe ainsi des mécanismes de renforcement à la fois physiques et émotionnels
  • Le « piège » est en train de se « refermer » dans un cercle de plaisir/attachement

La rencontre avec le réel

  • Ce serait sans compter sur le besoin de chacun de retrouver son espace, de reprendre le chemin de son individuation
  • Ce temps de défusion est un temps de crise et nécessite un repositionnement de chacun dans ses attentes et ses besoins.
  • Le miroir s’efface pour laisser place à la « réalité » de l’autre.
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  • Par cette crise, dans notre monde contemporain, beaucoup de couples seront vaincus, la moyenne de durée des couples étant de nos jours de 4 ans.
  • Il y a beaucoup de couples qui s’effondrent car l’attachement n’a pas pu se concrétiser dans une relation à long terme, les vicissitudes de l’existence ayant balayé l’illusion et transformé le prince ou la princesse en un vilain crapaud dont il faut s’éloigner au plus vite et parfois le détruire pour éviter d’être soi-même détruit.
  • Le paradoxe des couples en crise, qui sont des couples qui veulent se séparer, parlent en permanence de couple. Le couple est omniprésent avec un envahissement de la pense comparable à des moments psychotiques.
  • C’est le temps de l’ajustement conjugal qui va permettre de passer à une autre étape et à d’autres de continuer leur chemin.

 2 – L’intimité

C’est le deuxième temps du couple amoureux.

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L’intimité sexuelle

Les questions qui vont se poser chez le sexologue sont surtout autour des problématiques sexuelles et la difficulté de trouver cette intimité sexuelle jusqu’à ce qu’on bascule sur le passage à l’intimité relationnelle.

  • Au début on est dans une sexualité ludique centrée sur le plaisir et plus le couple va durer et plus on va arriver sur une « relation sexuelle », c’est-à-dire une sexualité basée sur le relationnel.
  • Il faut garder l’idée que la sexualité n’est pas toujours l’extase. Certains couples pensent qu’il faudrait toujours grimper aux lustres et il y a un travail à faire sur les bonnes représentations de la sexualité : c’est pas forcément le feu d’artifice permanent. En revanche c’est l’occasion d’un papotage (corporel) même si il n’est pas orgasmique.
  • On peut parler de papotage corporel car c’est une sorte de papotage mais basé sur le corps et qui a un sens et une construction relationnelle.
  • Cela reste quand elle un espace de jeu et de créativité relationnelle, mais qui est évolutif et où va se poser la question de la routine. Comment va-t-on nourrir cela ? Quelle est la place de la séduction au sein du fonctionnement du couple ?

Les femmes et les hommes ne sont pas les mêmes et les femmes ont besoin d’une activation émotionnelle avant d’avoir une activation sexuelle.

  • Femme : j’ai un plaisir relationnel → je suis désirante et active sexuellement
  • Homme : j’ai du plaisir sexuel → je suis attentif et gentil

Chez les hommes l’action fait la relation, chez les femmes la relation fait l’action. Les femmes comprennent bien que pour partager une relation il va falloir partager une action et les femmes se mettent plus facilement à introjecter la passion du partenaire. L’adaptabilité masculine et féminine ne sont pas dans le même registre avec une grosse difficulté d’adaptabilité des hommes autour de la cinquantaine correspondant à la perte du mâle dominant.

Beaucoup d’hommes sont en difficultés par rapport à la parole et à l’expression de leur ressenti Un des éléments sur lequel les hommes vont parler de leur intimité est après un rapport sexuel.

Il va se créer quelque chose qui va poser la question de l‘intimité relationnelle.

L’intimité relationnelle

La relation intime est la relation dans laquelle deux personnes en viennent à se connaître l’une l’autre dans ce qu’elles sont au plus profond d’elles même, établissant ainsi une interdépendance.

Elle va être liée au fait qu’il se créé au sien du couple un certain nombre de représentations qui vont prendre un certain nombre de sens.

Les représentations

On passe notre temps à se représenter ce qui se passe. On a des repères sociaux et culturels qui vont nous permettre de se représenter ces choses. Ceci va poser la question de la perception des choses.

Chacun crée sa propre carte du monde, c’est-à-dire sa propre représentation du monde, et la question est de savoir si ces cartes du monde peuvent être partagées ou non. Même qu’un qui est dans un épisode délirant à une représentation du monde, le problème c’est que sa carte du monde ne peut être partagée avec personne.

Si on prend une mappemonde qu’on voit à l’école on a pas la même que celle d’un chinois ou un américain car on se représente toujours au centre du monde.

Le monde vu par les occidentaux
Le monde vu par les occidentaux
monde_vue_amerique_du_nord
Le monde vu par les americains
Le monde vu par les australiens
Le monde vu par les australiens
Le monde vu par les chinois en vue polaire
Le monde vu par les chinois en vue polaire
Le monde vu par Ptoméléé en 1482
Le monde vu par Ptoméléé en 1482

Deux conjoints n’auront donc pas la même représentation des choses et l’intimité relationnelle ne pourra se faire que si les partenaires livrent suffisamment d’informations concernant leur carte du monde et si ils seront capable d’entendre ou non la carte du monde de l’autre.

Cette capacité à s’interconnecter dépendra de différents éléments :

  • L’intensité du sentiment amoureux
  • La quantité et qualité de l’information révélée sur soi
  • L’engagement élevé et la vision à long terme
  • Un degré élevé et complexe d’interdépendance, avec les sacrifices et les insécurités que cela occasionne. Cette interdépendance veut dire qu’on va sacrifier un certain nombre de choses, déléguer et déposer à l’autre et se mettre en insécurité avec une question de deuil. On se met en danger d’une certaine manière car on va déposer quelque chose.
  • L’inclusion de l’autre dans notre identité. L’autre devient une partie de nous-mêmes et on devient une partie de l’autre.

Dans les couple il n’y a pas de « normalité » mais il y a un sens partagé c’est à dire qqchose qui prend sens et qui fait que chacun se retrouve dans son équilibre. Dans certains couples à un certain moment il peut y avoir un non sens qui pourra être à l’origine d’une conjugopathie.

Toujours dans l’intimité il y a une 2ème phase qui est l’arrivée d’un enfant et qui va en général trianguler cette relation d’intimité et qui va poser la question de comment articuler la question de la conjugalité et de la parentalité.

L’enfant

L’arrivée d’un enfant comme élément de séparation et de triangulation va obliger chacun à se situer dans leur rôle parental.

La vision de l’autre n’est plus uniquement celle d’un homme ou d’une femme elle associe celle d’un père ou d’une mère. Cette nouvelle facette de l’autre, ce nouveau rôle va de nouveau questionner les ressemblances et les différences.

Le couple conjugal agglomère le couple parental qui parfois le phagocyte. Cet envahissement du parental par le conjugal associant les rôles conjugaux et parentaux et source potentielle de pathologie.-

Les travaux sur la satisfaction conjugale montrent que le plus bas du vécus relationnel dans un couple est l’arrivée du 2ème enfant. C’est la ou ça va être le plus difficile, car il y a un mélange des rôles professionnel, parental et conjugal qui aura du mal à se rééquilibrer.

  • Monsieur va être dans une attente de retrouver une partenaire qui va être complètement phagocyté par les enfants.
  • Certains enfants auront un rôle fonctionnel d’enfant réparateur qui en général ne réglera en rien les choses.

3 – L’engagement

 BIBLIOGRAPHIE

Références

  1. La dimension cachée, Edward T. Hall[]
  2. Vincent J.-D. – Biologie des passions, Paris, Odile Jacob, 1986[]
  3. Histoire naturelle de l’amour, Helen Fischer[]
  4. DUTTON et ARON, 1974[]
  5. http://en.wikipedia.org/wiki/Triangular_theory_of_love[]
Dr Arnaud ZELER

Les différents modèles de couples

22 novembre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

PREAMBULE

Pour appréhender les différents modèles de couples, il est intéressant de remonter le plus loin possible dans l’histoire de l’humanité.
On va partir de très loin, c’est à dire nos ancêtres les singes, afin de comprendre les fonctionnement des couples actuels.
Il y a 2 ou 3 espèces de primates qui ont une sexualité en dehors des œstrus. 

L’œstrus, ou chaleurs, est la période durant laquelle une femelle mammifère est fécondable et recherche l’accouplement en vue de la reproduction. L’œstrus est en outre caractérisé par une posture particulière, la lordose, courbure vers la phase ventrale de la colonne vertébrale de manière à former un creux dorsal, facilement observable chez les chats par exemple.

La plupart des espèces ont en effet une sexualité lorsque la femelle à son ovulation, sauf :

  • les êtres humains
  • les bonobos (une espèce de chimpanzés que l’on retrouve essentiellement au centre du continent africain)

L’hominisation s’est fait par le fait qu’il fallait échanger les femelles par interdit de l’inceste.
Les bonobos restent dans l’endogamie (la sexualité se fait dans le même clan) alors que les hommes ont pour règle l’exogamie.

L’hominisation est le processus qui a progressivement transformé une lignée de primates en humains. Ce processus évolutif a concerné la lignée des Hominidés, à partir de la divergence entre le dernier ancêtre commun des grands singes et les Hommes, il y a plus de 6 millions d’années
L’exogamie est une règle matrimoniale imposant de chercher son conjoint à l’extérieur de son groupe social (clan, groupe territorial, caste, société, milieu social)
Hominisation

Pour arriver à cela il a fallu créer :

  • un langage partageable par les autres tribus
  • un moyen de régulation de la sécurité avec la question du désir en particulier, qui reste une grosse interrogation pour les anthropologues.

En effet, la création de la conjugalité a permis de contenir la sexualité dans qqchose de plus encadré qui est le couple, afin de limiter le risque de se retrouver dans une société ou on baise en permanence.

Les espèces animales sont toutes polygames, y compris les bonobos malgré le fait que l’on ai pensé longtemps qu’ils étaitn monogames, ceci étant du au fait qu’ils deviennent monogames durant la durée de l’élevage des enfants. Mais dès que le petit bonobo est en âge de se nourrir seul (vers 4 ans), les couples redeviennent polygames.

Dans notre société actuelle la durée du couple moyenne est de 4 ans. Il y a des mécanismes inconscients qui font que 4 ans (qui correspond à la durée de sortie de la période de danger de l’enfant) est la durée pendant laquelle il y a des phénomènes d’attachement.

Avec les bonobos, l’homme est la seule espèce à avoir une sexualité en face à face avec en plus pour les bonobos une prise de risque tridimensionnelle avec le fait de faire l’amour dans les arbres.
Les bonobos ont des systèmes de contraception intéressant, par exemple après un coït les mâles mettent un bouchon de glaise au niveau du col du l’utérus.

Bonobo-missionaire

Chez nous les mâles ne sont jamais sûrs d’être les parents de l’enfant élevé par la femelle, le couple encadrant cela.

UN CONTEXTE HISTORIQUE

Le sentiment amoureux

A partir du XIe siècle le mariage devient un sacrement encadré par l’église avec introduction du célibat des prêtres, par St augustin qui est le premier a avoir encadré les prêtres.
L’âge canonique (âge à laquelle une femme pouvait devenir la « bonne du curé »), est fixé à 40 ans, âge considéré comme le moment ou la reproduction est improbable (parce que ça aurait fait désordre d’avoir des petits curés un peu partout…).
La répression de la sexualité par l’église est alors extrêmement importante à ce moment là avec la fermeture des bains publics au XIIe siècle, ce qui a eu une répercussion énorme sur la sexualité en Europe. Les bains publics étaient des bains situés au bord de l’eau, qu’on appelait « bord-d’eaux » (qui a donné plus tard « bordel ») et une prostitution s’y était installé.

L’invention du canon crée l’intimité

Jusqu’à l’invention du canon tous les gens dormaient dans le château dans la même pièce pour des raisons de protection.
A partir du moment de l’invention de cet excellent moyen défensif, les château forts ne servaient plus à rien et donc commence la diversification des lieux avec création d’une division entre espace public où l’on mange et espace privé où l’on dort.
La sexualité devient quelque chose du domaine privé plutôt que du domaine public à partir du moment ou les bords d’eau disparaissent et les pièces sont séparées, surtout dans le contexte de répression de la sexualité par Saint Augustin (qui a été un joyeux luron jusqu’à ce qu’il décide de se convertir et d’interdire tout le monde de baiser).

Au XVIIIe siècle : l’enfant apparaît

Jusqu’au XVIIIe siècle la notion d’enfant en tant que personne n’existe pas. Le pater familial garde le droit de vie et de mort sur ses enfants (issu du code romain) et à partir de cet époque la notion d’enfant comme un individu qui a des spécificités commence à s’installer dans la société.
Il y a un instinct de préservation de la lignée mais l’instinct maternel est une construction sociale1

XIXe siècle : le siècle « du sexe et de la machine à vapeur »

C’est l’époque où il y a le plus de répression de la sexualité, notamment véhiculé par les médecins à propos de la masturbation, cf le best seller à l’époque du Dr Tissot sur l’onanisme2.
C’est l’époque ou on mettait des systèmes mécaniques aux enfant et ou on surveillait dans les internats que les enfants ne se masturbaient pas.
C’est également l’époque ou les théories freudiennes reprennent les machines à vapeur mais c’est une explication contextualisée.

La guerre 14-18 donne naissance à la femme

Cf le livre de Pierre Lemaître, « Au revoir là-haut », prix Goncourt 20133.

Les hommes qui reviennent de la guerre brisés retrouvent des femmes totalement changées.
Alors qu’avant on choisissait une femme dans un but social pour avoir des enfants qui subviendront à nos besoins plus tard, à partir des années 20 on choisit sa femme pour des raisons amoureuses.
C’est donc très tardif dans l’histoire de l’humanité et un concept qui reste extrêmement récent.

Dans notre monde contemporain, le sentiment amoureux et l’épanouissement personnel, avec toutes ses vicissitudes, est donc devenu le premier pilier de la construction des couples dans la culture occidentale.

L’égalité hommes-femmes

1944 : Droit de vote des femmes, la démarche vers l’égalité

Alors que la Finlande l’a instauré en 1904, nous on attend 1944 ; mais c’est un pas important !

Liste des pays ayant accordé le droit de vote aux femmes :

  • 1906 : Finlande (avec éligibilité égale des femmes et des hommes) et Nouvelles-Hébrides
  • 1913 : Norvège
  • 1915 : Danemark (y compris Islande)
  • 1918 : Canada (au niveau fédéral, les provinces ayant déjà reconnu le droit de vote des femmes au niveau provincial entre 1916 et 1922 mais seulement en 1940 au Québec)
  • 1918 : Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande (à partir de l’âge de 30 ans jusqu’à ce que, en 1928, leur statut soit aligné sur celui des hommes, soit l’âge de 21 ans).
  • 1918 : Russie soviétique (l’Union soviétique ne fut créée qu’en 1922), Tchécoslovaquie, Pologne et Géorgie
  • 1919 : États-Unis (XIXe amendement proposé le 4 juin et ratifié le 18 août 1920), Allemagne (19 janvier 1919)10, Pays-Bas (éligibilité dès 1917), Luxembourg, Belgique (pour les élections municipales) et de nouveau en Suède
  • 1920 : Azerbaïdjan, Albanie, Autriche et Hongrie
  • 1921 : Arménie
  • 1922 : État libre d’Irlande, dès 21 ans, comme les hommes
  • 1924 : Mongolie, Turquie (et sont éligibles au parlement)
  • 1926 : Liban (partiel)
  • 1928 : Grande-Bretagne
  • 1929 : Équateur
  • 1926 : Inde (partiel)
  • 1930 : Afrique du Sud (pour les femmes blanches) (partiel) Turquie (élections municipales), Grèce (élections municipales)
  • 1931 : Sri Lanka, Espagne (jusqu’en 1939 pour les femmes diplômées de l’enseignement secondaire, puis ce droit fut perdu de nouveau jusqu’au
  • rétablissement de la démocratie en 1975).
  • 1932 : Thaïlande, Maldives, Uruguay, Brésil
  • 1934 : Cuba
  • 1935 : Birmanie, Philippines (sur l’avis d’un référendum réservé aux femmes qui récolte 95 % de oui)
  • 1939 : Salvador
  • 1940 : Québec
  • 1942 : République dominicaine
  • 1944 : France

1960 Mise en vente aux USA de la pilule (la contraception orale) inventée par Gregory Pincus. Cette pilule instaure un nouveau concept : l’enfant « choisi ».

28 décembre 1967 : loi Neuviert relative à la régulation des naissances et loi Veil avec autorisation de l’IVG. Année ou les femmes ont le droit d’avoir un compte en banque séparé alors qu’avant elles restaient sous la tutelle de leur mari.

1968 : sexualité comme droit à l’épanouissement. La sexualité devient un droit et non plus une possibilité avec l’idée que c’est en lien avec une dynamique personnelle. Les années 68 créent l’idée de la primauté de l’individu par rapport au couple et le développement personnel.
Le couple est maintenant une concetion que font les individus plutôt que leur point d’intérêt.

27 juillet 1982 : L’assemblée générale vote la dépénalisation de l’homosexualité, avant c’était un délit.
L’homosexualité n’est retirée de la liste des pathologies mentales de l’OMS qu’en 1991

Bras de fer de Sara Hasard, sur Flickr

Le 2ème pilier des couples contemporain est la question de l’égalité et surtout la manière avec laquelle égalité est confondue avec identité.
Les hommes et les femmes ne sont pas identiques, pourtant la société moderne et les féministes voudraient faire croire qu’ils le sont, ce qui entraine de grandes incompréhensions et de grandes tensions dans les couples.
En thérapie de couples il y a en général un grand travail à faire au niveau de l’altérité.

L’altérité est un concept philosophique signifiant « le caractère de ce qui est autre » ou la reconnaissance de l’autre dans sa différence, aussi bien culturelle que religieuse.

On apprend aux gens à mieux se séparer pour mieux être ensemble.

Cette question d’égalité pose aussi la question des rapport de force ce qui ne veut pas dire que le rapport de force empêche l’équilibre.

Le couple

Dans les modèles sociétaire jusque dans les années 70 les rôles étaient très séparés et très sexués alors qu’aujourd’hui on est dans un mélange des rôles très important.
Notre société contemporaine à démodélisé les couples ce qui fait que chacun doit se débrouiller pour construire son propre modèle ce qui peut être très complexe pour qu’un qui a des difficultés de construction de sa propre personnalité.
On est dans une société où on a pas les repères pour construire quelque chose. Par exemple les parents doivent gérer pour leurs enfant Internet alors qu’eux même se sont construit sans internet ce qui est compliqué.

Aucun couple n’est en conflit avec leur interprétation de Nietche4, en revanche ils sont souvent en conflit avec leur manière de passer l’aspirateur.
On va voir un certains nombre de couple ou le point d’appel est un détail infime mais qui signe le fait qu’il ou ele ne se sent pas entendu / reconnu.
On ne travaille pas sur la manière de passer l’aspirateur mais sur le vécu et sur le pourquoi cette histoire d’aspirateur est important pour eux.

Le mariage (la vie commune) est basé sur un couple amoureux dont le développement de l’enfant est au centre.
Beaucoup de couples vont se centrer sur l’enfant avec comme conséquence la « crise du nid vide » qui est une crise relationnelle en rapport avec le départ des enfants alors que leur couple s’était régulé autour de l’éducation de l’enfant, à laquelle s’ajoute en général la crise du milieu de vie (crise de la cinquantaine) qui est une crise identitaire individuelle.
Une grosse interrogation actuellement est la baisse de la fertilité. Les spermogrammes ont chuté de manière importante. Certains anthropologues posent la question de l’autorégulation de l’espèce dans un contexte de surpopulation mondiale.

Le mariage, la vie commune, le couple sont sensés reposer sur des bases égalitaires avec en plus depuis la fin des années 60 la notion qu’il se doit d’être porteur d’un développement personnel dans une sexualité épanouie.
Depuis quelques années il y a une augmentation exponentielle du nombre de séparations des plus de 60 ans (le nombre double chaque année) avec apparition de « jeunes couples de vieux » et leurs problématiques spécifiques.

Dans les familles monoparentales le problème du couple est différent mais les éléments de crise sont les mêmes.

Au XIXe siècle la durée moyenne d’une vie de couple était de 15 ans et le nombre moyen de couples par personne était de 3. Ceci s’explique par le fait que les femmes mourraient jeune en couche et les enfants étaient élevés par la marâtre. Un enfant à l’époque devait s’adapter à 3 ou 4 parents

Au XXe siècle la durée moyenne était également de 15 ans et le nombre de couple 3 également avec comme différence le fait que c’était lié aux divorces. Les couples recomposés ne sont donc pas nouveau. En revanche au XIXe siècle les femmes indépendantes étaient très mal vues donc les femmes retrouvaient immédiatement un mari.

Actuellement un couple sur deux se sépare et 50% de la population des grandes villes vit seul.

COMMENT SE CHOISISSENT LES COUPLES ?

John Gottman est le pape des couples mondiaux. Il a fait une échelle validée de probabilité de séparation des couples à 4 ans. Dans les premières minutes d’une consultation de couple il sait déjà ce qu’il se passe dans le couple5.

Qui se ressemble s’assemble

Il y a des tas d’étude qui vont montrer que la ressemblance se retrouve pour :

  • La taille
  • La personnalité
  • L’intelligence
  • Le niveau d’éducation
  • L’anxiété, la dépression
  • Taux de cholestérol, la pression sanguine
  • Et ce même au début de la relation = accouplement assortatif (disassortatif)
  • Seul paramètre évoluant : le poids

L’attraction sexuelle génétique

Des études faites sur des jumeaux sépares parement d’un véritable coup de foudre dans 50% des cas.
A l’opposé on a les études faites sur les enfants des kibboutz6, qui sont des enfants élevés ensemble et qui ont un taux de nuptialité très bas.

L’étude sur les odeurs mises sur des t-shirts7 : certaines femmes sont attirées par certains types d’hommes uniquement grace à leur odeur, mais quand l’odeur est celle de quelqu’un de la famille il y a une forme de répulsion.

La collusion

Jürg WILLI est un psychiatre suisse qui a fait des travaux autour des mécanismes de collusion qui peut se résumer par la phrase : « l’opposé des semblables s’attirent« . En gros, les gens vont avoir tendance à se rencontrer sur une même faille qui peut se polariser sur 2 axes :

  • Un côté progressif : Par exemple le narcissique progressif à besoin de l’admiration de l’autre pour corriger sa faille personnelle « je peux avoir cette grande valeur puisque tu m’admire aussi passionnément » (il a besoin de l’admiration de l’autre pour corriger sa faille personnelle)
  • Un côté régressif : « je peux t’admirer passionnément puisque tu as une telle valeur »

Les couples s’équilibrent sur ce genre de failles lorsque leurs failles sont interchangeables. Mais ça ne fonctionne pas si les 2 protagonistes restent centrés sur leur même faille.

La double logique sociale

Soit on choisi vraiment un partenaire qui correspond à sa logique sociale, soit on est attiré par l’opposé de sa logique sociale

Homogamie sociale

  • Se base sur la reproduction de l’ordre social
  • « La foudre ne tombe pas n’importe ou, elle frappe avec prédilection la première diagonale (Bozon, Heran)« 
  • Les instits se marient avec les instits, les médecins avec les médecins…

Hétérogamie de sexe

  • Se base sur mise en scène de la supériorité de l’homme sur la femme (écart d’âge, taille…)

Le brassage des gènes

HLA et choix du partenaire

CF l’expérience des T-shirts…

Choix des femmes

  • Basé sur des critères sociaux
  • Niveau de revenus, l’ambition et l’aptitude au travail
  • Gentillesse

Choix des hommes

  • Basé sur le physique
  • «l’idéal proportion » comme indice de fécondité rapport de 0,7 entre la taille et les hanches

Effet des phéromones

  • L’effet Lee-Boot : Lorsqu’un groupe de souris femelles vivent ensemble, leur cycle ovarien se ralentit et s’arrête8.
  • L’effet McClintock : Les nones dans les couvents ont une synchronisation de leurs règles9.
  • L’effet Whitten : Si ces souris femelles sont ensuite exposées à un mâle adulte (ou à l’odeur de son urine), l’ovulation redémarre et les cycles se synchronisent. Une telle synchronisation menstruelle a également été observée chez des femmes vivant ensemble10.
  • L’effet Vandenberg : La présence d’un mâle adulte sans lien de parenté entraîne une accélération de la puberté chez les rats femelles. Ceci a également été rapporté pour le cas de femmes vivant en présence d’un beau-père11.
  • L’effet Bruce : Lorsqu’une souris enceinte partage sa cage avec un mâle qui n’est pas le père, elle risque fort d’avorter. Elle redevient alors rapidement fécondable12

Le flehmen

Notre espèce à comme spécificité la disparition de l’organe vomeronasal.
Les espèces qui ont cet organe mettent la tête en arrière et envoient de l’air dans leur fosses nasales afin de détecter la présence des femelles.
D’où l’expression « je ne peux pas le sentir« .

Les éléments contextuels

  • Le choc amoureux (CF le livre de Francesco Alberoni13 qui explique le lien entre processus amoureux et processus révolutionnaire avec le fait que toute rencontre amoureuse est une rencontre dépressive)
  • Les pressions sociales et familiales
  • La peur de la solitude
  • L’horloge biologique qui prend également un e place importante dans notre société contemporaine où l’on va se marier de plus en plus tard

Références

  1. Badinter, Elisabeth. L’Amour en plus. Le Livre de Poche. Paris: Le Livre de Poche, 2001[]
  2. L’Onanisme: Dissertation Sur Les Maladies Produites Par La Masturbation[]
  3. Lemaitre, Pierre. Au revoir là-haut – Prix Goncourt. Paris: Le Livre de Poche, 2015.[]
  4. http://agora.qc.ca/documents/nietzsche–nietzsche_et_lamour_par_remy_de_gourmont[]
  5. GOTTMAN, John M., Nan SILVER, et Denyse BEAULIEU. Les couples heureux ont leurs secrets. Pocket, 2006.[]
  6. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfp_0556-7807_1971_num_16_1_1803[]
  7. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7630893[]
  8. http://en.wikipedia.org/wiki/Lee–Boot_effect[]
  9. http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_McClintock[]
  10. http://en.wikipedia.org/wiki/Whitten_effect[]
  11. http://en.wikipedia.org/wiki/Vandenbergh_effect[]
  12. http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Bruce[]
  13. ALBERONI, Francesco, Jacqueline RAOUL-DUVAL, et Teresa MATTEUCCI-LOMBARDI. Le choc amoureux. Pocket, 1993.[]
Dr Arnaud ZELER

Les dyspareunies masculines

12 octobre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

INTRODUCTION

Étymologie : gr. « dus » : difficulté ; « pareunos » : compagnon de lit

Les dyspareunies sont des douleurs pendant les rapports sexuels. Elles sont en général plus souvent rapportées chez la femme mais elles surviennent parfois chez l’homme.

Cela reste cependant une cause assez rare de consultation.

Les dyspareunies masculines regroupent aussi bien les douleurs ressenties par l’homme que les douleurs causées chez la femme (ou le partenaire) à cause de l’homme lors des rapports sexuels.

On différenciera :

  • Les douleurs qui surviennent durant le rapport sexuel (et qui sont le plus souvent présent également en dehors des rapports)
  • Les douleurs survenant au moment de l’éjaculation

I – ETIOLOGIES

Rappels anatomiques

1 – Les douleurs lors des rapports sexuels

C’est une cause rare de consultation.
Le plus souvent, la douleur périnéale se manifestera également en dehors des relations sexuelles.

  1. Les anomalies du prépuce
    • Les anomalies anatomiques : frein court, paraphimosis. Il faut bien faire expliquer au patient car il peut y avoir confusion entre paraphimosis et frein court
    • Les lésions port-traumatiques : frein rompu
    • Les lésions dermatologiques : condylome, mycose, lichen ascléro-trophique
    • Les infections : balanite chronique
  2. Les anomalies du gland
    • Les lésions port-traumatiques : neuropathie du gland. Le gland est innervé par le nerf dorsal de la verge ainsi que par le nerf pudendal qui est très important sur le périnée puisqu’il donnera des rameaux au corps caverneux, au col ou à la prostate et il pourra être étiré à plusieurs niveaux notamment dans les prostatites chroniques.
    • Les lésions dermatologiques : eczéma, lichen, psoriasis
    • Les infections : mycose, herpès
  1. Les anomalies de la verge
    • Les anomalies anatomiques : courbure ventrale, maladie de Lapeyronie (associé à nodule, déformation, insuffisance érectile)
    • Les lésions port-traumatiques : fracture des corps caverneux méconnu
    • Les infections : lymphangite dorsale
    • La iatrogénie : fibroses secondaires après chirurgie (implant pénien…)
    • Autres causes : tumeurs corps caverneux (rare), sclérodermie, neuropathies de la verge…
  2. Les causes testiculaires
    • Les anomalies anatomiques
    • Les lésions post-traumatiques :
      • déchirure du muscle cremaster,
      • neuropathie pudendale (si le nerfs est étiré au niveau du canal de haldock à cause des selles de vélo par exemple -> penser à changer la selle du vélo),
      • torsion de testicule (semi-urgence médico-chirurgicale)
    • Les infections : epidydimite chronique
    • Autres causes : tumeurs
  3. Les causes prostatiques
    • Les prostatites chroniques non bactériennes, possiblement à la suite d’une infection virale ou d’une prostatite bactérienne aiguë qui s’est refroidie et qui a laissé une hypersensibilité résiduelle éventuellement associé à un événement psychosomatique
    • NB la prostatite aiguë quand à elle va plutôt causer des douleurs lors de l’éjaculation
  4. Au niveau paroi abdominale : hernies associées
  5. Les pathologies rachidiennes associées : neuropathies pelviennes
  6. Les causes psychologiques et les pathologies psychiatriques :
    • les névroses phobiques
    • Le syndrome de culpabilité extra-conjugale : infections urinaires récidivantes à ECBU stérile avec des symptômes de cystites qui surviennent suivent à un adultère. Il faut d’abord fière un bilan somatique puis entrer dans l’explication psychosomatique : il y a un facteur prédisposant (nature anxieuse) puis un facteur précipitant (la tromperie) et la contrariété s’est cristallisée sur une zone qui est symbolique, puis enfin une prise en charge psychologique.

2 – Les douleurs lors de l’éjaculation

Les douleurs lors de l’éjaculation concernent à 1 à 9% de la population générale masculine, mais elles seront plus fréquentes encore en cas de pathologie génito-urinaire associée.

  • chez les patients souffrant d’hypertrophie bénigne de prostate, la fréquence des douleurs à l’éjaculation est de 17 à 26% et l’importance des douleurs éjaculatoires sera proportionnelle à la sévérité des troubles du bas appareil urinaire.
  • chez les patients qui souffrent d’un syndrome douloureux pelvien chronique ou d’une prostatite chronique, 24% à 58% présenteront également des douleurs lors de l’éjaculation
  • Suite à une prostatectomie radicale, on aura des douleurs orgasmiques dans 14% des cas, avec la particularité que ce sont des orgasmes sans éjaculations et sans érection (Rappel : 95% de perte de l’érection en post-opératoire immédiat avec récupération en général au bout de 6 mois : Il ne faut pas le laisser décortaliser ses érections au travers les injections intra caverneuses et passer à du Cialis des que possible.)
  • Enfin, les patients souffrant de syndrome douloureux pelvien chronique et de névralgie pudendale décrivent plus fréquemment des douleurs éjaculatoires, entrainant une symptomatologie plus sévère et plus durable que ceux pourtours d’un syndrome douloureux pelvien chronique seul.
  • Les autres causes sont rares. On notera par exemple les anti dépresseurs ISRS qui peuvent donner des obstructions lithiasiques des canaux éjaculateurs se traduisant par l’équivalent de coliques néphrétiques intra-prostatiques au moment de l’éjaculation.

3 – Les douleurs de la partenaire d’origine masculine

Les dyspareunies masculines avec douleur chez la femme d’origine masculine peuvent s’associer à une cause féminine ( à rechercher systématiquement), peuvent être la cause exclusive de la dysfontion féminine, et peuvent être responsables de dyspareunies primaires ou secondaire

  • Les causes comportementales
    • pas de préliminaire, éducation sexuelle « macho »
    • culpabilité vis-à-vis de la sexualité, absence de plaisir
    • absence de communication : sujets introvertis, inhibés
    • homosexualité
    • sexualité orientée sur la procréation (la PMA dégrade la sexualité)
    • Sexualité performance, compulsive : problème technique (se méfier du rétablissement de la sexualité dans les pathologies psychiatriques).
  • Le sexe volumineux (rare) -> ne pas opérer ! conseils sexologiques (préliminaires+++, ne pas enfoncer le sexe comme un âne jusqu’à la garde etc…)
  • Les dysfonction sexuelles masculines : éjaculation rapide, éjaculation retardée, anorgasmie, prothèses péniennes, érections instables

II – PRISE EN CHARGE

A – INTERROGATOIRE

C’est important de demander quel est le type de douleur, qu’est-ce qui l’a déclenchée et si il y a d’autres signes associés.

  • Topographie de la douleur
    • Douleur verge
    • Douleur testiculaire
    • Douleurs à l’éjaculation
  • Type de la douleur
  • Facteurs déclenchant
  • Signes associés
  • Maladies associés

B – EXAMEN CLINIQUE

© R. Dewaele (Bioscope), J. Abdulcadir (HUG), C. Brockmann (Bioscope), O. Fillod, S. Valera-Kummer (DIP), www.unige.ch/ssi
  • Prépuce, sillon balano prépucial, méat, gland
  • Verge : palpation corps caverneux
  • Testicules
  • Fosse inguinales, crurales, paroi abdominale
  • Prostate
  • Statique rachidienne

C – Examens complémentaires

En fonction de l’orientation clinique :

  • échographie testiculaire avec Doppler, prostate et corps caverneux
  • l’IRM est exceptionnel
  • EMG nerfs pelviens
  • spermoculture

D – TRAITEMENTS

Dépendra du diagnostic :

  • section du frein, circoncision, chirurgie réparatrice post traumatique
  • neuropathies pelviennes : symbalta, Librax, Rivotril, Neurontin ,Laroxyl.
  • Facteur mécanique : ostéopathie.
  • Psychogène : psychothérapie
  • facteur infectieux avec germe dans la spermoculture : antibiotiques
  • Maladie de la Peyronie : traitement médical, chirurgical (maladie stabilisée), injections dans la plaque.
  • Douleurs du crémaster : myorelaxants ( ?)

III – LES ANOMALIES ANATOMIQUES DU PREPUCE

A – Frein court

Plastie du frein : en ambulatoire après pose de pommade emla®.

  • Incisif sur le plan transversal qui va déplier la région du frein comme un drapeau puis quelques points résorbables pour l’hemostase.
  • Ça se fait en quelques minutes en ambulatoire, ça peut être fait au cabinet du généraliste.

B – Paraphimosis

Plastie de duhamel (si pas trop serré).

  • Incision de l’anneau longitudinalement et allongement transversal.
  • Bien masser la cicatrice pour etirer au maximum.
  • La définition du paraphimosis, c’est pas comme un phimosis (qu’on traite par cortisone pour éviter la circoncision) mais une personne qui se décalotte correctement au repos mais pas en érection.

V – LA MALADIE DE LAPEYRONIE

C’est une maladie dont on ne connaît pas la physiopathologie exacte, même si on sait qu’il y a une phase inflammatoire suivi d’une phase sclérotique entrainant la formation d’une plaque qui va faire dévier la verge.

Des recherches récentes avancent une hypothèse immunologique.

Le traitement est médical en phase inflammatoire : cortisone orale pendant 1 mois à 20 mg/jour ou tocco 500 et piasclédine 300 ou encore injection de cortisone dans la plaque

  • Il y a un traitement qui est en train de sortir à base de collagène se pour assouplir la plaque en dégradant les fibres de collagènes et ensuite le patient va étirer sa verge dans les jours qui suivent.
  • Il y a eu beaucoup d’essais de médicaments, vitamines, radiothérapie, chimie, lithotritie (ultrasons) etc mais rien ne marche.
  • Il y a un certain nombres de patients qui récupèrent tous seul donc on se donne 6 mois à un an avant de décider d’un geste chirurgical et si il persiste une gène lors de la pénétration on propose une correction de la courbure (mais on ne touche pas chirurgicalement à la plaque sinon on se retrouve avec un trou dans les corps caverneux).
  • De plus il y a 20 à 30% de risque de dégradation de l’érection après chirurgie.

VI – LA NEVRALGIE PUDENTALE

Les douleurs pelvi-périnéales chroniques ont pour caractéristique de n’être pas visibles, elles s’expriment à travers les émotions du patient.

Ce qui est important c’est de comprendre et d’identifier le contexte pathologique ce qui permettra une reconnaissance des symptômes nécessaires à une prise en charge thérapeutique et de les replacer au sein d’une approche plus globale.

Elles ne doivent pas être considérées comme des symptômes uniquement en rapport avec une pathologie d’organe mais peuvent témoigner de dysfonctionnements de la régulation des messages douloureux du pelvis et du périnée. Souvent on aura un bilan entièrement négatif.

1 – Diagnostic clinique

Les critères diagnostics de névralgie pudentale par syndrome canalaire (critères de Nantes[1]) sont :

  1. Critères indispensables au diagnostic de névralgie pudentale :
    • Douleur située dans le territoire du nerf pudental (de l’anus à la verge/clitoris)
    • Douleur prédominant en position assise
    • Douleur ne réveillant habituellement pas la nuit
    • Absence de déficit sensitif objectif
    • Bloc diagnostic du nerf pudental positif (sous réserve d’une technique irréprochable)
  2. Critères complémentaires au diagnostic
    • Sensation des brulures, décharges électriques, tiraillement, engourdissement
    • Sensation de corps étranger endocavitaire (« sympathalgie » rectale ou vaginale)
    • Aggravation de la douleur au cours de la journée
    • Douleur à prédominance unilatérale
    • Douleurs disparaissant après la défécation
    • Présence d’une douleur exquise à la palpation de l’épine sciatique
    • Données de l’électroneuromyogramme
  3. Critères d’exclusion
    • Douleurs uniquement coccygiennes, fessières, pubienne ou hypogastrique
    • Prurit
    • Douleurs uniquement paroxystiques
    • Anomalies d’imagerie pouvant expliquer la douleur
  4. Signes associés n’excluant pas le diagnostic
    • Irradiation fessiers ou au membre inférieur, notamment en position assise
    • Douleur sus-pubienne
    • Pollakiurie et/ou douleurs au remplissage vésical
    • Douleurs apparaissant après l’éjaculation
    • Dyspareunie et/ou douleurs après les rapports sexuels
    • Troubles de l’érection
    • Normalité de l’ENMG

2 – Physiopathologie

  • C’est un diagnostic d’exclusion.
  • En médecine quand on ne trouve pas on dit « c’est dans la tête » mais c’est quelque chose qu’il ne faut jamais dire à un patient car c’est culpabilisant.
  • En fait il y a une cristallisation qui se fait sur une fragilisation pré-existante et qui se traduit par une hypersensibilisation.
  • Cette chronicité de la douleur induit des phénomènes d’hypersensibilisation qui ont des mécanismes physiopathologiques communs à d’autres maladies douloureuses chroniques comme le syndrome douloureux régional complexe et la fibromyalgie.
  • De plus, la lésion initiale peut avoir disparue ou être située ailleurs, en dehors de la sphère urologique (douleurs projetées).
  • Ce qu’il faut rechercher dans ces douleurs chroniques ce sont les abus sexuels.

CONCLUSION

  • Les dyspareunies sont un problème de couple
  • L’interrogatoire doit être policier
  • Il faut être systématique : plusieurs causes peuvent exister !

BIBLIOGRAPHIE

  1. Approche globale des douleurs pelvipérinéales chroniques : du concept de douleur d’organe à celui de dysfonctionnement des systèmes de régulation de la douleur viscérale ; J.-J. Labat, T. Riant, D. Delavierre, L. Sibert, A. Watier, J. Rigaud ; Progrès en urologie (2010) 20, 1027—1034
  2. La relation médecin–malade dans les douleurs pelvipérinéales chroniques ; J.-J. Labat, M. Bensignor, M. Boutet, D. Delavierre, L. Sibert, J. Rigaud ; Progrès en Urologie Volume 20, Issue 12, November 2010, Pages 911–916 ; Rapport AFU 2010. Douleurs pelvipérinéales chroniques en urologie : mieux comprendre pour mieux traiter
  3. Bancroft J, Loftus J, Long JS. Distress about sex: a national survey of women in heterosexual relationships.Arch Sex Behav. 2003 Jun;32(3):193-208.
  4. DeJudicibus MA, McCabe MP. Psychological factors and the sexuality of pregnant and postpartum vwomen.J Sex Res. 2002 May;39(2):94-103.
  5. Dunn KM, Jordan K, Croft PR, Assendelft WJ. Systematic review of sexual problems: epidemiology and methodology. J Sex Marital Ther. 2002 Oct-Dec;28(5):399-422. Review.
  6. Perelman MA. FSD partner issues: expanding sex therapy with sildenafil. J Sex Marital Ther. 2002;28 Suppl 1:195-204.
  7. Montorsi F. vThe impact of female sexual dysfunction in the evaluation and management of the impotent patient. J Sex Marital Ther. 2001 Mar-Apr;27(2):183-5. No abstract available.
  8. Jain K, Radhakrishnan G, Agrawal P. Infertility and psychosexual disorders: relationship in infertile couples.Indian J Med Sci. 2000 Jan;54(1):1-7.
  9. Aynaud O, Piron D, Casanova JM. vIncidence of preputial lichen sclerosus in adults: histologic study of circumcision specimens. J Am Acad Dermatol. 1999 Dec;41(6):923-6.
  10. Shechet J, Tanenbaum B, Fried SM. Male dyspareunia in the uncircumcised patient. Am Fam Physician. 1999 Jul;60(1):54, 56. No abstract available.
  11. Dunn KM, Croft PR, Hackett GI. Association of sexual problems with social, psychological, and Physical problems in men and women: a cross sectional population survey.J Epidemiol Community Health. 1999 Mar;53(3):144-8.
  12. Reissing ED, Binik YM, Khalife S. Does vaginismus exist? A critical review of the literature. J Nerv Ment Dis. 1999 May;187(5):261-74. Review.
  13. Dahlman-Ghozlan K, Hedblad MA, von Krogh G. Penile lichen sclerosus et atrophicus treated with clobetasol Dipropionate 0.05% cream: a retrospective clinical and histopathological study. J Am Acad Dermatol. 1999 Mar;40(3):451-7.
  14. Strand A, Rylander E. Human papillomavirus. Subclinical and atypical manifestations. Dermatol Clin. 1998 Oct;16(4):817-22.
  15. Rosser BR, Short BJ, Thurmes PJ, Coleman E. Anodyspareunia, the unacknowledged sexual dysfunction: a validation study of painful receptive anal intercourse and its psychosexual concomitants in homosexual men. J Sex Marital Ther. 1998 Oct-Dec;24(4):281-92.

 

Dr Arnaud ZELER

Les troubles du plaisir et de l’orgasme chez la femme

12 octobre 2013 dans par

Dr Arnaud ZELER

Les troubles du désir et de l’excitation chez la femme

12 octobre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

INTRODUCTION

Il est difficile de séparer désir et excitation chez la femme, car même si théoriquement ce sont 2 entités avec leurs causes propres, souvent même les patientes ne connaissent pas la différence.
La question simple à poser et qui en général parle aux patientes est la suivante : « Le problème où est-ce que vous le mettez ? Dans la tête ou dans le corps ? »
Si la réponse est « dans le corps », ce n’est pas un problème de désir mais d’excitation.
Idem pour l’homme qui pense avoir un problème de libido alors qu’il pense tout le temps au sexe et qu’en fait il n’arrive pas à avoir d’érection (=excitation).

DEFINITIONS

Le principe même de définir pose un certain nombre de problèmes :

  • Quels sont les standards d’un désir normal ?
  • Le désir sexuel est-il le même pour les hommes et les femmes ?
  • Les mesures se font elles sur le subjectif ou les actes ?
  • Problèmes de désir : dysfonctions ou autre catégorie ?

Le désir

Le désir sexuel est l’énergie psychobiologique qui précède et accompagne l’excitation sexuelle et incite à avoir un comportement sexuel. Il résulte de l’interaction du système neuro-endocrinien qui donne naissance aux pulsions, du processus cognitif qui génère le désir et du processus motivationnel qui induit l’empressement de la conduite sexuelle

Levine, S. B. 1987. More on the Nature of Sexual Desire. Jour Sex Mar Ther, vol. 13, no.1

Le désir sexuel est insaisissable, plus on veut l’attraper plus il s’échappe

Ghislaine PARIS – Un désir si fragile, 2005

Les troubles du désir

Selon le DSMIV : 2 définitions

  1. « Déficience (ou absence) persistante ou répétée de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel et de désir d’activité sexuelle. Pour faire la différence entre déficience et absence, le clinicien doit tenir compte des facteurs qui retentissent sur le fonctionnement sexuel (âge,contexte existentiel) »
  2. « Insuffisance ou absence persistante ou récurrente de désir d’activité sexuelle solitaire ou avec partenaire(s) et/ou de fantasmes sexuels conscients et excitants et responsable d’une souffrance personnelle »

Les recherches sur la sexualité féminine ont été influencées, voire biaisées, parce que référées pour la plupart à la sexualité masculine, mieux connue et réputée plus simple1234.

En 1916 par exemple, Freud écrivait dans ses Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, qu’on ne pouvait pas associer les mots « libido » et « féminine » ensemble…

La motivation

Si il n’y a pas de désir, il y a souvent une motivation à faire l’amour :

  • Barbara Leigh donne 7 raisons5
  • Hill & Preston en trouvent 86
  • Meston & Buss en reportent 237 dans leur livre7

Les raisons pour faire l’amour sont très nombreuses8 :

  • Primitives : se reproduire
  • Emotionnelles : amour, engagement
  • Physiques : réduire le stress, recherche de plaisir
  • Recherche de but : statut social, vengeance ou financier
  • Insécurité : booster son estime de soi,perfectionnisme, garder l’autre

Les femmes ont toujours plus de motivations émotionnelles, que les hommes9

Les différents modèles de désir

Le modèle linéaire de Master & Johnson

En 1970, Master & Johnson, dans leur modèle de la réponse sexuelle (excitationphase en plateauorgasmerésolution), assurent que la réponse sexuelle est la même pour les 2 sexes

Réponse sexuelle féminine (D'après Masters & Johnston)
Réponse sexuelle féminine (D’après Masters & Johnston)

Le modèle linéaire d’Helen Kaplan

En 1979, Helen Kaplan se démarque des conclusions de Masters & Johnson en ajoutant que le désir sexuel est une phase distincte des autres phases de la réponse sexuelle, précédant l’excitation sexuelle et étant à la base de toutes les autres.

Courbe classique de réponse sexuelle de Masters et Johnson Modifié par Kaplan
Courbe classique de réponse sexuelle de Masters et Johnson Modifié par Kaplan

Selon elle, le désir sexuel peut être :

  • spontané, déclenché par des stimulations internes
  • ou au contraire provoqué, déclenché par des stimulations externes.

Il existe des facteurs incitateurs du désir sexuel qui peuvent être

  • hormonaux (testostérone, oestrogènes)
  • ou psychiques (attirance, sentiment amoureux, fantasmes)

Il existe des facteurs suppresseurs du désir sexuel comme

  • la dépression,
  • les pensées négatives
  • etc.

Le modèle circulaire de Whipple & Brash-McGreer

En 1997, Whipple et Brash-McGreer ont introduit le modèle circulaire de la réponse sexuelle féminine, qui comprend quatre étapes : la séduction (englobant le désir), les sensations (excitation et plateau), l’abandon (orgasme) et la réflexion (résolution).

Ce modèle circulaire montre comment le plaisir et la satisfaction d’une expérience sexuelle peuvent conduire à la phase de séduction de l’expérience sexuelle suivante.

Modèle circulaire de la réponse sexuelle féminine développé par Whipple et Brash-McGreer
Le modèle circulaire de Whipple et Brash-McGreer de la réponse sexuelle féminine montre comment le plaisir et la satisfaction d’une expérience sexuelle peuvent conduire à la phase de séduction de l’expérience sexuelle suivante

Le modèle circulaire de Basson

En 2001, Rosemary Basson publie un modèle révisé de réponse sexuelle spécifique aux femmes, qui intègre l’importance de l’intimité émotionnelle, des stimuli sexuels et de la satisfaction dans la relation10.

Contrairement à Masters et Johnson, dont le modèle linéaire de réponse sexuelle s’appliquait aux deux sexes, Basson a introduit un modèle non linéaire, qui reconnaissait que le fonctionnement sexuel féminin se déroule de manière plus complexe et plus indirecte que le fonctionnement sexuel masculin

Elle montre en effet que la motivation sexuelle de la femme est plus complexe qu’une simple présence ou absence de désir :

  • Pour pouvoir initier une relation sexuelle, la femme doit augmenter son rapprochement émotionnel avec son partenaire, augmenter son bien être et sa propre image.
  • Il faut qu’elle se sente attirante, féminine, appréciée, aimée et/ou désirée et ne doit pas se sentir anxieuse ou coupable de l’irrégularité des rapports sexuels dans son couple
Cycle de réponse sexuelle chez la femme faisant intervenir la notion d’intimité - Basson et Al, 2001
Cycle de réponse sexuelle chez la femme faisant intervenir la notion d’intimité.
Adapté du modèle réalisé par Basson et al, 2001.

Désir et excitation

Tout le sujet et la question est de savoir si le désir est spontané. Par exemple, en rentrant du travail à 19h, madame tombe sur son mari avachi devant la télé et la boum va-t-elle tomber dans le désir sans rien faire…? Et bien malheureusement, non.

D’après Rosemary BASSON, il y a justement un tas d’élément qui entrent en jeu en plus du désir sexuel spontanné.

Les fantasmes sexuels sont les marqueurs du désir sexuel , mais il y a également d’autres façons de le provoquer.
Il y a donc une superposition entre désir et excitation, si bien que l’on est amené à se demander qui de l’oeuf ou la poule apparait le premier…

Cependant on peut penser que le désir semble spontané car les stimuli sexuels sont activés avant que l’on en prenne conscience.

La question du désir spontané est une question importante car ce sont ce que les patients viennent réclamer : « je l’aime donc je veux avoir du désir spontané » ou encore « je comprend pas docteur je me met nu et ça ne lui fait rien à ma femme… ». Il faut alors expliquer au compagnon que les femmes ne réagissent pas aux stimuli visuels comme l’homme. Chacun se référant à ses propres émotions, on fait à l’autre ce qu’on aimerai que l’autre nous fasse.

Câlins et rapports sexuels sont bons pour le moral des femmes

Dans l’étude de Burleson11, 58 femmes hétéro ou homosexuelles de 42 à 52 ans ont noté chaque matin pendant 36 semaines toutes les manifestations d’affection physique dont elles ont bénéficié : tout contact physique intime, même sans contact sexuel, les stimulations des seins ou des organes génitaux, tout acte sexuel solitaire ou avec le/la partenaire), ainsi que les évènements stressants, et elle ont rempli un questionnaire standardisé d’évaluation de leur humeur.

Les manifestations d’affection physique et l’interaction sexuelle au niveau du couple améliorent l’humeur et diminuent le stress, et ceci dans un mode bidirectionnel.

Que signifie donc le désir ? Le désir « spontané » ? Le « vrai » désir demandé par nos patientes et par leur partenaire ?

La question de norme

La norme actuelle est de désirer quel que soit l’âge et quelque soit le moment. La femme devrait jouir sans entrave car libérée par la contraception, le sexe satisfaisant étant le résultat d’une pulsion sexuelle réflexe et non de connaissance et communication consciente. Ce qui marginalise beaucoup de personnes et pose problèmes de protection, contraception etc….

Désir spontané ou déclenché ?

Il y a encore beaucoup de recherches à faire pour mieux cerner le désir féminin et aider les femmes. Beaucoup d’hommes ne sont plus de séducteurs. Un partenaire qui est capable de faire rire au lieu de se braquer est plus séduisant et donnera envie à la partenaire de changer d’avis si elle n’était pas open à la base.
Dans l’étude de Witting, il est noté qu’une partenaire sans désir mais qui sait que son partenaire est capable de faire ce qu’elle aime et qu’elle peut s’exprimer n’a aucun souci
Les questions de Rose Mary Basson dans son article « Women’s sexual function and dysfunction; current uncertainties, future directions  in International Journal of Impotence research (2008) 20, 466-478 » sont plus que jamais d’actualité.

Une contrainte supplémentaire : l’exigence érotique

Il y a un comportement contemporain qui est de vouloir vivre un couple passionnel de longue durée. C’est avant tout un fantasme occidental contemporain, bien loin de la réalité qui montre que la sexualité évolue dans le couple en 2 phases :

Au début tout est facile, on est dans une exclusivité et une fidélité sexuelle sans même regarder les autres. Ensuite il y a la routine sexuelle avec une baisse du désir et une réduction de la fréquence des rapports. Il n’y a rien de pire pour le désir sexuel que de vivre ensemble même si c’est ce que tout le monde veut avoir.
Avoir une maison avec 2 chambres est un bon moyen d’améliorer les choses.
Dans la dernière grande enquête sur les couples en France, les couples qui ont le plus de rapport sexuels sont ceux qui ne vivent pas ensemble même en ayant une relation exclusive. Ils sont toujours dans cet état d’esprit de début de relation où ils se donnent rendez-vous pour se voir.

Ce sont des contraintes sociétales, celles-ci entraînant un taux de dysfonctionnement sexuel relativement fort malgré un indice élevé de satisfaction de la vie sexuelle.

EPIDEMIOLOGIE

Épidémiologie des troubles du désir chez la femme

  • Femmes non ménopausées : 11 à 33% selon les études
  • Femmes ménopausées : 33 à 53% selon les études mais ce sont les autres facteurs lies à l’âge et au partenaire qui sont les plus importants et c’est très société-dépendant car dans les sociétés où la ménopause est valorisée il y a moins de troubles du désir.
AnnéePaysAuteurN=ÂgeIncidence
1999SuèdeFugl-Meyer281018-7434%
1999USALaumann315918-5933%
2004USALeiblum125020-7025/33%
2006AllemagneKorda1000020-8033% des moins de 50 ans
2007USA /EuropeHayes /Dennerstein358920-70[11%-53%]
2008USAS.West220830-70[27%-52%]
Pourcentage de femmes souffrant de troubles du désir en fonction des différentes études

Aux USA il y a des lobby très puissants qui sont contre le développement de moyens thérapeutiques par peur de créer la « femelle lubrique ».
On a quand même pu faire quelques études grâce au médicament pour le désir qui a été refoulé par la FDA.

Proportion des femmes ayant une baisse de désir sexuel dans la population générale en Europe12

Lorsque l’on fait remplir une échelle de souffrance aux femmes qui ont des troubles du désir en France,  70% disent en souffrir alors qu’en Allemagne seulement 17% des femmes qui se plaignent de troubles du désir ont un résultat au test de souffrance significatif.

Souffrance psychologique des femmes ayant une baisse de desir sexuel en Europe. Hayes. Sexual desire and aging. Fertil Steril 2007.
Souffrance psychologique des femmes ayant une baisse de desir sexuel en Europe. Hayes. Sexual desire and aging. Fertil Steril 2007.

Il est assez rare qu’une femme qui consulte pour trouble du désir et n’en souffre pas, même si on peut imaginer que parfois c’est monsieur qui la ramène de force car c’est lui qui en souffre mais c’est difficile de faire qqchose dans ces cas la (c’est pas comme une voiture qu’on va lui réparer). De toutes façons il faut d’abord voir les individus en couple avant de les voir individuellement donc même si l’homme vient tout seul on le renvoi chercher sa femme.

 Plus d’une femme sur 3 ressent une souffrance personnelle liée à la baisse du désir sexuel13

baisse_du_desir_et_hsdd
  • Enquête sur 1356 femmes de 20 à 70 ans en France, Allemagne, Italie & GB
  • Les femmes les plus âgées sont plus sujettes à la baisse de désir sexuel
  • Les femmes les plus jeunes sont plus exposées à une souffrance psychologique secondaire

La baisse du désir sexuel va impacter sur le bien-être et la vie relationnelle de la femme avec :

  • un sentiment de culpabilité vis-à-vis du partenaire dans 90% des cas
  • une préoccupation dans 80 % des cas
  • qui va devenir une frustration dans 68% des cas
  • pouvant aboutir à un sentiment d’échec dans sa vie sexuelle chez près de la moitié des femmes ressentant une baisse de désir associé à des émotions négatives
Baisse du desir et vie relationelle

CLASSIFICATION

La nosographie des troubles sexuels féminins a été fait à partir du rapport de Rose Mary Masson sur les troubles sexuels féminin14, actualisé par les recommandations de la « 2nd International Consultation on Sexual Dysfunction in men and women » en 2003.

On retrouvera :

  • le désir sexuel insuffisant ou absent
  • l’aversion sexuelle (ces femmes pas du tout intéressées on ne les voit pas sauf si elles veulent faire des enfants)
  • l’insuffisance d’excitation sexuelle (3 types)
  • l’insuffisance de l’orgasme
  • les dyspareunies et le vaginisme

Il y a une intrication de facteurs biologiques (peu connus), intra-psychiques (nombreux et bien documentés), socioculturels (épanouissement obligatoire pour tous) et relationnels (différence M/F et valence différentielle des sexes). C’est hyper rare d’avoir une seule cause à son problème. Hors dans notre culture les patients veules « la » cause, la vraie car ils veulent désigner un coupable.

Il y a aujourd’hui des femmes qui sont persuadés qu’en ayant fait des efforts pour garder leur virginité jusqu’au mariage elle auront une sexualité à la mesure des efforts qu’elles ont fait pour la tasser. Évidemment c’est l’inverse qui se produira et elles auront une sexualité très décevante car il faudra d’abord passer par la case où elle devra enlever tous les couvercles un par un , ce qui demandera un énorme travail.

Évaluer nécessite que le praticien soit à l’aise pour poser les questions

  • Ne pas transposer sur nos patients nos propres problèmes sinon on ne pourra pas aider nos patients. Si on considère que tous les hommes sont des cons et des bourrins parce qu’on sort d’une relation difficile il faudra mettre beaucoup de recul avec l’histoire que le patient va nous raconter. Par exemple c’est plus simple pour un médecin de parler de cancer du foie (à condition qu’on ai pas notre mère qui vient de décéder d’un cancer du foie) que de sexualité car c’est un élément qui fait parti de sa vie.
  • Âge, problème physique, psychologique, relationnels peuvent coexister et s’additionner créant un symptôme majeur qu’aucun de ces facteurs ne peut expliquer à lui seul
  • Il faut se méfier d’attribuer tout le problème à la cause proposée par la patiente ou à la cause qui nous arrange !
  • Pour autant il faut quand même toujours poser la question de ce que le patient estime être la cause
  • Intérêt d’une évaluation pluridisciplinaire

Attention, on peut confondre excitation et désir : Certaines patientes disent ne pas avoir de désir car pour elles le désir est une « sensation » dans le ventre, le vagin, la vulve. Ce sont ces femmes qui parlent de désir autour et pendant les règles…

DIAGNOSTIC

A – Interrogatoire

Exemple de questions pour affirmer le symptôme sexuel15 :

  1. pouvez-vous décrire votre problème avec vos propres mots ?
  2. le problème à-t-il toujours été présent ?
  3. êtes-vous sexuellement active, avec ou sans partenaire ?
  4. votre difficulté est-elle permanente ou liée à certaines circonstances ?
  5. votre partenaire a-t-il un problème sexuel ?
  6. est-ce que votre problème à des conséquences sur vous ? lesquelles?
  7. Est ce que votre problème a des conséquences sur votre partenaire ? lesquelles ?
  8. quelle est votre idée du problème ? Cette dernière question est surtout destinée à comprendre l’angoisse première de cette femme et de pouvoir la rassurer (ou l’aider ou la faire aider ) sur ces propres angoisses.

B – L’histoire sexuelle

Le mieux est de faire un interrogatoire systématique sur l’histoire sexuelle clinique :

  • Quand avez vous réalisé qu’il y a un problème? Était il présent dès le tout début de votre sexualité? Si oui, chercher les facteurs psychosexuels, hormones si signes cliniques. Si non et récent, posez la question de l’hypothèse de la patiente.
  • Si c’est acquis, votre intérêt a t il diminué lentement? Si oui rechercher les problèmes relationnels, insatisfaction sexuelle, problèmes de santé ou sexuels du partenaire, stress/travail ou avec enfants, famille, maladies chroniques personnelles, ménopause….
  • Votre manque de désir est il limité à votre partenaire ou/et à un contexte spécifique?si non et généralisé chercher les facteurs psychosexuels et biologiques.
  • Quelle est la fréquence moyenne de votre activité sexuelle/mois dans les 6 derniers mois, y compris activité solitaire?
  • Votre partenaire a t-il des problèmes de désir ou d’autres problèmes sexuels?
  • Avez vous des rêves érotiques, des rêveries ou des fantasmes? Si non hormones et dépression
  • Avez vous d’autres difficultés sexuelles?
  • Appréciez vous la pénétration?
  • Qu’est ce qui vous fait demander de l’aide maintenant?

Il y a des femmes qui commencent leur histoire sexuelle assez jeune (14-15 ans) et lorsqu’elles viennent consulter à 25 ans on se rend compte que la sexualité à commencé comme dans les pornos avec uniquement pénétration et à l’époque ça leur convenait car elles étaient jeunes mais qu’au bout de plusieurs années en couple elles se rendent comptes quelles ne sont pas entièrement épanouies. Il faut alors réinventer leur sexualité. Si on reste dans le même scénario et les mêmes habitudes ça ne pourra pas bouger.

On va passe beaucoup de temps à faire de l’éducation thérapeutique mais c’est déjà de la thérapie.

Rechercher :

  • Primaire ou secondaire
  • Avant 50 ans ou après
  • Trouble sexuel antérieur : dyspareunie, dysorgasmie, DE du partenaire ou autre DS, logique d’échec
  • Affection en cause : endocriniennes (Androgènes, PL, Thyroïde), diabète, cancers

I – LE DESIR SEXUEL HYPOACTIF

A – Définition

Manque ou absence persistante ou récidivante des fantaisies ou pensées sexuelles et/ou du désir ou de réceptivité d’activité sexuelle qui cause une détresse personnelle forte et/ou des difficultés interpersonnelles

Consensus 2nd International Consultation on Sexual Medicine, Paris,2004

A noter :

  • Le sentiment de détresse personnelle qui est le critère principal, d’avantage que la fréquence des rapports sexuels
  • L’importance des aspects culturels et normatifs
    • Place de la dynamique de couple (attentes, fantasmes, contrat imaginaire)
    • Place des repères normatifs

B – Les « normes » de la fréquence des rapports sexuels

D’après l’étude ACSF de 1993161718 :

  • 2 rapports sexuels (RS) par semaine en moyenne
  • Les RS ont tendance à diminuer avec le temps de couple, avec l’âge, avec le statut de vie commune ou pas
  • 18% des hommes et 33% des femmes n’ont pas de RS (GSS)
  • 13% des couples ont moins de 1 RS par mois

Tous les discours actuels sur la sexualité sont infiltrés par des « mode d’emploi qui marchent » qui sont hyper anxiogènes. Le pire c’est la pression médiatique de la sexualité.

C – Diagnostic differentiel

Le diagnostic différentiel est plus ou moins aisé avec souvent un problème de vocabulaire : excitation, orgasme, dyspareunies, chevauchement

Il faut bien différencier le désir sexuel hypoactif (DSH) de l’aversion sexuelle dont la définition est « Difficulté d’acceptation ou évitement des contacts sexuels, persistante ou récurrente, pouvant aller jusqu’au dégoût, au rejet et au comportement phobique, et responsable d’une souffrance personnelle » et qui est à envoyer chez le psychiatre (ce n’est pas de la sexologie, on touche des points archaïques)

D – Étiologie

Le DSH n’est pas du à une seule cause mais des facteurs très différents qui s’additionnent :

  • somatiques : hormonales, maladies lourdes, douleurs
  • psychologiques
  • psycho pathologiques
  • relationnels
  • sociaux, culturels
Tableau "Désir Sexuel Hypo-Actif" : Modifié de William L. Maurice, Sexuel Medecine in Primary Care, MOSBY 1999
Tableau « Désir Sexuel Hypo-Actif » :
Modifié de William L. Maurice, Sexuel Medecine in Primary Care, MOSBY 1999

Le trouble apparaît lorsque le seuil d’adaptation est débordé.

Exemple 1 :

  1. Réaction au stress et aux événements de vie
  2. Qui entraineront des troubles sexuels
  3. Qui entraîneront des réactions personnelles et relationnelles

Exemple 2 :

  1. Problème inter-relationnel (ex lié au partenaire : troubles érectiles, éjaculation prématurée, absence d’éjaculation ou lié à des comorbidités ou lié à une relation avec contrainte psychologique…)
  2. Entraine des anorgasmies répétées
  3. Qui entrainera au final une absence de désir
  4. Qui entrainera un manque de lubrification
  5. Qui entrainera des dyspareunies…

L’intérêt est de montrer qu’en jouant sur les facteurs possibles à modifier , il est possible de recréer un nouvel équilibre.

evaluation des facteurs etiologiques dans les plaintes feminines de peu d interet sexuel
Evaluation des facteurs étiologiques dans les plaintes féminines de manque d’intérêt sexuel

II – LES TROUBLES DE L’EXCITATION

A – Physiologie

L’excitation sexuelle comprend deux composantes :

  • une composante physique19 caractérisée par une congestion génitale et une lubrification vaginale résultant de la relaxation des muscles lisses de la paroi vaginale et de l’augmentation du flux sanguin dans le clitoris, les lèvres et le vagin, une tumescence clitoridienne et une vasodilatation responsable de la transsudation vaginale (lubrification) associée à une réponse musculaire modifiant la lumière vaginale (ballonisation du 1/3 proximal du vagin et rétrécissement du tiers distal) .
  • une composante psychique ou subjective nécessitant une prédisposition émotionnelle préalable, une exaltation de l’imaginaire et des sens, qui modifie le comportement de façon à ce qu’elle s’auto-intensifie visant à un renforcement du plaisir dans l’intention d’atteindre une satisfaction.

Les sensations subjectives d’excitation féminine sont très influencées par l’appréciation du contexte des stimuli sexuels (éléments cognitifs).
Il existe une pauvre corrélation entre les mesures objectives de la photopléthysmographie et les composants subjectifs de l’excitation sexuelle chez les femmes se plaignant de troubles de l’excitation, c’est-à-dire que lorsque l’on met une caméra dans le vagin de la femme, la plupart du temps il n’y a pas de différence avec la femme témoin (transsudation, le vagin se gorge de sang etc) mais la femme ne ressent pas le fait que son vagin est dans un état d’excitation.

B – Définitions

L’insuffisance d’excitation sexuelle est définie par :

  • Une difficulté ou une incapacité persistante ou récurrente à percevoir ou conserver un niveau d’excitation psychique et/ou physique, habituellement associées mais pouvant être dissociée, et responsable d’une souffrance personnelle
  • Une incapacité persistante ou répétée à atteindre, ou à maintenir jusqu’à l’accomplissement de l’acte sexuel, une activité sexuelle adéquate (lubrification,tumescence). La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles

La clinique montre aussi des excès : c’est le Persistent Sexual Arousal Syndrome décrit par Sandra R.LEIBLUM and Sharon G. NATHAN.

  • Les signes d’excitation persistent des heures, voir des jours
  • Ne se résolvent pas avec un orgasme
  • Sans conscience de désir.
  • Décrit comme non recherché,intrusif,déplaisant.
  • Et c’est très désagréable. On ne sait pas quoi faire.

C – Etiologies

Les causes de l’insuffisance d’excitation

  • Manque de capacités physiques pour obtenir une congestion génitale
  • Manque de sensations subjectives d’excitation accompagnées de congestion pelvienne et de lubrification
Clarification détaillée de la plainte de manque d'excitation sexuelle
Clarification détaillée de la plainte de manque d’excitation sexuelle

Les facteurs qui vont favoriser l’insuffisance d’excitation sexuelle :

  • Être mariée, en mauvaise santé, pas heureuse sexuellement, désirer une fréquence plus importante, trouver la communication sur la sexualité difficile avec le partenaire, accorder au sexe moins d’importance, avoir eu une 1ère expérience frustrante
  • Ces facteurs peuvent être des marqueurs et des sujets de discussion avec les femmes qui présenteront une plainte sur l’un de ces éléments.
  • Les difficultés sexuelles dans un couple peuvent consciemment ou inconsciemment être la résultante d’autres difficultés de communication ou de désaccords importants sur l’éducation des enfants, les liens avec les familles d’origine ou l’utilisation de l’argent.
  • Elles peuvent également être liées à l’étouffement , la jalousie (contrôle, collage) voire les violences psychologiques
Les facteurs de vulnérabilité personnelle
Les facteurs de vulnérabilité personnelle

C’est pourquoi il est important de faire une bonne évaluation afin de pouvoir proposer une thérapie de couple dans ce genre de situation.

Conséquences

  • Honte
  • Identitaires : atteinte narcissique individuelle parfois avec dépression
  • Conjugales : repli sur soi ou utilisation des autres pour éviter son problème
  • Contamination de la non confiance en soi :    “puisque je ne peux pas baiser comme tout le monde, je suis nul(le) ”…..

TRAITEMENTS

Comme on l’a vu plus haut, les troubles du désir et de l’excitation ont des causes multifactorielles, c’est pourquoi on va être obligé d’agir à plusieurs niveaux : synchronique ou diachronique

Diachronique des troubles de l'excitation
Diachronique des troubles de l’excitation

Les traitements des troubles sexuels sont très efficace quand :

  • Le désir de l’un et de l’autre sont encore adéquat (« l’envie d’avoir envie »)
  • Présence d’une motivation au changement avec des attentes réalistes
  • L’abstinence due à la dysfonction n’est pas trop ancienne et c’est valable pour tous les problèmes sexuels. Si on consulte au bout de 20 ans ça ne sera pas le même travail à faire que si ça fait 6 mois. En plus concernant le désir sexuel, moins on fait moins on en a envie.

A – Régler les problèmes individuels

Les facteurs biopsychosociaux sont indispensables à prendre en compte :

  • facteurs individuels : anxiété de performance démesurée, anxiété généralisée et dépression
  • facteurs du partenaire : état de santé et intérêt pour le partenaire
  • qualité de la relation non sexuelle
  • Facteurs relationnels sexuels comme la durée d’abstinence et les scénarios sexuels
  • Facteurs contextuels : stress au quotidien, problèmes d’argent, de famille et d’enfants20
  • la motivation du couple à faire une thérapie
  • le degré d’attraction entre les partenaires
  • l’absence de désordres psychiatriques majeurs
  • l’acceptation de suivre les conseils proposés
  • la motivation de l’homme pour le résultat de la thérapie : quelque soit le problème c’est surtout sur la motivation de l’homme que tout repose

B – Régler les problèmes de couple

Des couples qui consultent pour une conjugopathie en pensant que si ils règlent le problème sexuel ça réglera tout, le problème sexuel chez eux c’est secondaire et il faudra d’abord régler la conjugopathie. Car on pense que le sexe ça fait 95% du couple mais en fait si le sexe va bien et que tout le reste va mal le couple ne peut pas tenir.

C – Le Sensate Focus

Le désir sexuel est renforcé par les pré-préliminaires. C’est pourquoi en sexothérapie on peut proposer le sensate focus :

1ère étape : on ne touche pas les zones érogènes

« Vous allez à partir d’aujourd’hui avoir des moments ou vous allez vous caresser/masser sans jamais toucher les zones érogènes… »
On ne le fait pas de manière simultanée mais l’un après l’autre. Il faut le faire à un moment où les 2 ont du temps et de l’énergie (pas à 23h). On fait séparer les choses pour bien leur faire percevoir et comprendre. Celui qui est caressé ne donne que des indications brutes (plus fort, moins fort, à droite, à gauche) afin que le partenaire apprenne à connaître l’autre. Si on ne se dit rien c’est évident que le partenaire va toucher les zones que lui il trouve excitantes ou agréables alors que la partenaire trouvera peut-être ça horripilant.
On ne parle pas plus que des indications brutes parce que si on commence à papoter on ne sera plus attentif à ce qu’on ressent.
Durée minimale 20 minutes de caresses. Il faut qu’ils le fassent 2 ou 3 fois.

On peut les mettre en demeure de ne faire que ça sans dépasser les règles. C’est l’injonction paradoxale. Si on interdit les relations sexuelles et qu’ils le font derrière notre dos y a toutes les chances pour que ça se passe très bien parce qu’on sera dans la désobéissance.

2ème étape : on a le droit de toucher les zones érogènes

Un clitoris c’est hyper sensible et il faut que la partenaire dise si ça lui fait mal. Il faut parler de technique mais sans leur montrer comment faire car de toutes façons on ne peut pas savoir quel est le mode d’emploi du clitoris de la patiente en face de nous. Donc on commence par leur dire de se donner du plaisir seule.

D – Le conseil et l’éducation

  • Expliquer le fonctionnement physiologique
  • Expliquer les conditions physiques, émotionnelles, relationnelles de la sexualité
  • Parler de la culpabilité : norme ,morale, modèles
  • L’homme n’est pas une femme et vice versa
  • Élaborer un sens à leur difficulté
  • Pour certain facteur une solution médicale peut être proposée

Sur les symptômes sexuels

Expliquer qu’à certains âges ou dans certaines circonstances (post-partum, maladie) de multiples facteurs sont en cause. L’addition des facteurs créent le symptôme.

  • Facteurs hormonaux, périnéaux souvent , psychologiques (représentations de la ménopause, nid vide, problèmes sexuels masculins, comorbidités, hygiène de vie)
  • Jouer sur un ou deux des facteurs sur lesquels il y a possibilité peut faire basculer « du coté » de la santé sexuelle
  • Expliquer le désir spontané et le désir réceptif schéma de R.Basson peut aider de nombreuses femmes (pas seulement à la ménopause)
  • Dépister un manque de confiance en soi ou une sexualité performance
  • Dépister des problèmes masculins (periménopause et ménopause)
  • Combattre les méfaits médiatiques de la sexodictature entraînant une pression néfaste sur les personnalités fragiles (manque de confiance en soi, perfectionniste, névrose obsessionnelle, et abus et violences )

Face à l’inexpérience, les maladresses, la peur de l’intimité, les tabous, la passivité

  • Élargir les scripts sexuels
  • Autoriser, informer
  • Accompagner vers une recherche de plaisir accrue
  • Le dialogue contre le silence
maladresse-sexualite

Face aux évitements anxieux et à la démotivation

(Partenaires insécures, évitantes, souvent dépressives, manque de self-control entrainant des conjugopathies ou présentant des dysfonctions sexuelles anciennes) :

  • Prise en charge spécifique du partenaire
    • PEC des dysfonctions Sexuelles
    • Renforcement identitaire
    • PEC d’une Dépression
  • Dialogue,
  • Communication
  • Désarmer les conflits anciens, exprimer
evitement-sexualite


Certaines femmes avec des passés émotionnellement traumatiques peuvent avoir de l’intérêt et de l’excitation sexuelle uniquement quand il n’y a pas d’intimité émotionnelle avec le partenaire ou dans une sexualité dégradée pour elle ou perverse : c’est un problème de peur d’intimité et non dysfonction sexuelle

Face à l’anxiété, la surprotection, le maternage

(Couples cocons 21 avec une problématique d’attachements, insécures, anxieux et carences affectives anciennes se traduisant par une peur de l’abandon, des craintes au premier plan, un désir affectif > désir sexuel)

  • Apaiser les craintes (santé, accoutumance …)
  • Rassurer sur les sentiments amoureux du partenaire
  • s’assurer de la motivation au changement

Face à l’hostilité, les conflits de puissance

(retranchement narcissique, carences affectives, conflits anciens jamais réglés, reproches, sarcasmes, mépris, besoin de revanche, discours « anti-mecs » avec un désir de puissance > désir sexuel)

  • Résolution des Conflits anciens toujours possible
  • Savoir reconnaître ses limites…

On peut également proposer

  • Les aides pharmacologiques ou « techniques » outre les médicaments sexo-actifs, les lubrifiants, les exercices de kegel
  • De se redécouvrir : intérêt des outils de Masters et Johnson (Sensate Focus 1 puis 2)
  • D’en parler à froid entre eux sans dramatiser
  • De lire pour comprendre que la sexualité érotique n’est pas innée
  • D’expérimenter
  • De pratiquer des techniques anti-stress : sophro, relaxation, mindfullness ….

E – La DHEA

  • Résultats significatifs chez les femmes de plus de 70 ans au bout d’un an de traitement
  • A 12 mois, les items de désir, activité sexuelle, et satisfaction sont augmentés. A 6 mois l’item d’intérêt et désir est augmenté, mais l’activité sexuelle (y compris la masturbation) et la satisfaction, évoluent au fil du temps22.
  • Pour les femmes plus jeunes pas d’effet sur la libido (sauf chez les femmes qui souffrent d’une insuffisance en androgène)
  • Difficile à trouver (pharmacie internationale de Genève)

CONCLUSION

On pourrait rêver :

  • Que les spécialistes soient modestes et ne cherchent pas à imposer leur modèle de bonne sexualité et qu’ils fassent attention avec les médias
  • Que les hommes et les femmes lâchent un peu du perfectionnisme et de l’esprit consommateur très actuels pour réaliser à deux une œuvre sexuelle plus du coté de l’artiste que de l’artisan, mais là encore ce n’est pas neutre et peut être ringard, que les femmes grâce aux traitements masculins vont gagner des bio-vibromasseurs plus performants ou même que le sexe virtuel serra le must
  • Que reste la notion « l’important c’est de jouer mais pas de gagner »
  • Que l’apprentissage de la sexualité à deux ressemble à celui de la danse plutôt que de la boxe (comme disait Willy Pasini)

Références

  1. CHALKER 2000[]
  2. BANCROFT 2000[]
  3. TIEFER 2000[]
  4. BASSON 2000[]
  5. Leigh, Barbara Critchlow. « Reasons for Having and Avoiding Sex: Gender, Sexual Orientation, and Relationship to Sexual Behavior ». The Journal of Sex Research 26, nᵒ 2 (1989): 199‑209.[]
  6. Hill, C. A., & Preston, L. K. (1996). Individual differences in the experience of sexual motivation: Theory and measurement of dispositional sexual motives. Journal of Sex Research, 33, 27–45.[]
  7. Why Women Have Sex: Understanding Sexual Motivation from Adventure to Revenge (and Everything in Between) [Anglais] [Broché] Cindy Meston (Auteur), David Buss (Auteur) []
  8. Michel Bozon et al., A quoi sert le sexe  ? (BELIN LITTERATURE ET REVUES, 2015)[]
  9. Meston, Cindy M., et David M. Buss. « Why Humans Have Sex ». Archives of Sexual Behavior 36, nᵒ 4 (août 2007): 477‑507. https://doi.org/10.1007/s10508-007-9175-2.[]
  10. R. Basson, « Human Sex-Response Cycles », Journal of Sex & Marital Therapy 27, nᵒ 1 (février 2001): 33‑43, https://doi.org/10.1080/00926230152035831[]
  11. Burleson MH et coll, In the mood for love or vice versa ? Arch Sex Behav 2007[]
  12. Hayes. Sexual desire and aging. Fertil Steril 2007.[]
  13. Dennerstein L, et al. (2006) Journal of Sexual Medicine; 3: 212-222[]
  14. Basson R, et Al. Report of the international consensus development conference on female sexual dysfunction: definitions and classifications. The Journal of urology {J-Urol} 2000 Mar, VOL: 163 (3), P: 888-93[]
  15. Classification, etiology and key issues in FSD. Grazziotin A., Dennerstein L., Giraldi AM in Standard Practice in Sexual Medicine,2006[]
  16. ACSF, 1993, CSF 2008 (n =8000) []
  17. GSS, 2002 (n=26000) []
  18. Durex, 2006 (300 000) []
  19. Anatomy and physiology of the clitoris, vestibular bulbs, and labia minora with a review of the female orgasm and the prevention of female sexual dysfunction, Vincenzo Puppo, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ca.22177/full[]
  20. Althof, S. (2002) When an erection alone is not enough: biopsychosocial obstacles to lovemaking. International Journal of Impotence Research, Supl 1, S99-104.[]
  21. Wydmar et Lévy, 2006[]
  22. Beaulieu EE. Dehydroepiandrosterone (DHEA) and aging : Contribution of the DHEAge Study to a sociobiomedical issue. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA ,97(8):4279-84.2000[]
Dr Arnaud ZELER

Les troubles de l’éjaculation

11 octobre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

I – RAPPELS ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES

L’éjaculation se définit comme l’ensemble des phénomènes neuromusculaires conditionnant la formation du sperme et son éjection hors de l’urètre à la fin de l’acte sexuel mâle.

C’est un phénomène complexe associant de nombreux organes :

  • les testicules
  • l’épididyme
  • le canal déférent
  • les glandes bulbo-uréthrales
  • les vésicules séminales
  • la prostate

A – La chronologie de l’éjaculation

L’éjaculation se fait en 2 phases successives :

  1. L’émission qui correspond à l’accumulation du sperme dans l’urètre postérieur
  2. L’expulsion qui correspond à la propulsion du sperme hors de l’urètre grâce à des contractions cloniques des muscles périnéaux, de la prostate et de l’urètre.

Le déclenchement de l’éjaculation se fait par un stimuli provenant des zones érogène, principalement du gland et d’une stimulation psychogène qui est l’excitation sexuelle.

La synchronisation se fait par le générateur spinothalamique lombaire.

La régulation de l’éjaculation est gérée plus particulièrement par la sérotonine qui joue un rôle clé en se chargeant de retarder l’éjaculation par un effet inhibiteur.

  • Au dessus il y a le cerveau
  • En dessous les centres spinaux de l’éjaculation
  • Entre les deux il y a des cellules qui vont sécréter de la dopamine, de l’ocytocine et de la sérotonine permettant la synchronisation.

B – Les données scientifiques sur l’éjaculation

En clinique (surtout pour les laboratoires), on mesure le temps de latence intra vaginal (IELT) qui est le temps entre la pénétration vaginale et l’éjaculation.
Il est généralement mesuré par la partenaire à l’aide d’un chronomètre.
C’est une mesure reconnue et très utilisée pour évaluer les troubles de l’éjaculation dans les études cliniques1.


Chez les hommes qui ne se plaignent de rien, la moyenne est entre 4 et 10 minutes.

II – L’EJACULATION PREMATUREE

A – Définitions

Cette pathologie plus connue du grand public sous le terme d’éjaculation précoce a connu plusieurs noms, notamment celui d’éjaculation rapide.
Prématurée = avant que le sujet ne le souhaite et c’est pour cela qu’on emploie ce terme plutôt que rapide.

1 – Définition de l’éjaculation prématurée selon la Société Internationale de Médecine Sexuelle (ISSM)

L’éjaculation prématurée primaire est un trouble sexuel masculin caractérisé par 3 critères :

  1. – Une éjaculation qui survient toujours ou presque toujours avant, ou au plus, environ une minute après la pénétration vaginale; ET
  2. – Une incapacité à retarder l’éjaculation lors de toutes ou presque toutes les pénétrations vaginales; ET
  3. – Des conséquences négatives personnelles, telles que souffrance, tracas, frustration et/ou évitement de l’intimité sexuelle.

2 – Définition de l’éjaculation prématurée selon l’Association Américaine de Psychiatrie

Selon le DSM IV (2000) :

Trouble de l’éjaculation permanent ou récurrent qui survient :

  1. Après un stimulus sexuel minime,
  2. Avant ou peu après la pénétration,
  3. Avant que le sujet ne souhaite éjaculer

Il n’y a donc pas de notion de temps par rapport à la définition ISSM. De plus les couples homosexuels ont désormais le droit de souffrir de cette pathologie puisque le rapport vaginal n’est plus une condition !

Selon le DSM V (2013) :

C’est un trouble de l’éjaculation permanent ou reçurent qui survient lors d’un rapport sexuel avec partenaire approximativement dans la minute qui suit la pénétration vaginale

  • et avant que l’individu ne le souhaite
  • et depuis au moins 6 mois
  • et qui doit être présent dans plus de 75% des rapports, dans certaines situations identifiées ou non
  • et qui entraîne une souffrance individuelle marquée
  • et qui n’est pas dû à un trouble mental non sexuel, aux conséquences d’une conjugopathie, aux effets d’une substance, d’un médicament ou d’un autre problème médical.

Si on compare DSMIV et V, on réintroduit le concept de rapport inférieur à une minute qui devient même un critère principal et qui va permettre de classifier la sévérité du trouble :

  • IELT entre 30 secondes et une minute : éjaculation prématurée peu sévère (mild)
  • IELT entre 15 et 30 secondes : éjaculation prématurée modérée (moderate)
  • IELT inférieur à 15 secondes ou éjaculation ante portas (avant même la pénétration) : éjaculation prématurée sévère (severe)

Dans la nouvelle définition de 2013 apparaissent également la notion de durée (6 mois).
Les notions de contrôle et de souffrance individuelle restent présentes.
Disparition en revanche de la notion de souffrance interpersonnelle (impact sur le couple).

Mais on a aussi bien entendu des patients qui durent 2 minutes et qui en souffrent…

L’IELT est un paramètre insuffisant pour départager éjaculation prématurée ou non. Pour cela, il est préférable d’utiliser la notion de contrôle de l’éjaculation.

3 – Le contrôle de l’éjaculation

Le problème principal c’est la perception du contrôle ou non de l’éjaculation.

L’éjaculation est un réflexe qui ne peut être contrôlé lorsqu’il est déclenché, mais l’homme peut moduler son excitation de manière à ce que ce réflexe se déclenche plus ou moins rapidement dans le jeu amoureux.

4 – Les différents profils d’EP

Selon la Société Internationale de Médecine Sexuelle2 il y a 4 profils pour l’éjaculation prématurée

1. L’éjaculation prématurée primaire ou innée
  • Ce sont des hommes qui depuis toujours ont éjaculé trop rapidement.
  • En général l’éjaculation est très rapide, quasi systématique, pour tous les rapports sexuels, avec toutes les partenaires, depuis le début de l’activité sexuelle3.
  • Elle peut survenir avant la pénétration ou très peu de temps après.
  • Elle a tendance à persister au fil de la vie chez 70% des hommes, pouvant même s’aggraver au fil des années.
  • Elle est assez difficile à traiter.
2. L’éjaculation prématurée secondaire ou acquise

L’éjaculation survient précocement après des relations sexuelles à latence d’éjaculation normale, et ce pendant au mois 6 mois.
Il faut rechercher le déclencheur : cela peut être secondaire à une dysfonction érectile etc…

Il y a des patients souffrant d’éjaculation prématurée qui, jeunes, arrivaient à le faire deux fois de suite, et du coup ça satisfaisait leur femme. En vieillissant, ces hommes ont, de manière physiologique, une phase réfractaire qui va augmenter et du coup ces patients n’arriveront plus à faire le 2ème coup. C’est un piège diagnostic, car ils consultent en général en disant qu’ils ont un trouble de l’érection.

3. L’éjaculation prématurée variable naturelle

Si on regarde la courbe de distribution des temps de latence intra-vaginaux de la population générale des hommes, on remarque qu’il y a une partie qui éjacule plus rapidement et une partie qui éjacule plus lentement.

D’où la question de savoir si l’éjaculation prématurée est réellement un trouble sexuel ou si ce n’est pas plutôt une interprétation par rapport aux critères sociaux de la population qui se situe à gauche de cette courbe de Gauss ?

4. L’éjaculation prématurée subjective

Par exemple des hommes qui étaient dans un premier couple avec une partenaire qui acceptait la minute de coït et avec une nouvelle partenaire ça pose problème.

Il y a une époque où plus l’homme éjaculait rapidement et plus cela signifiait qu’il était viril.
Aujourd’hui il y a une évolution de la société vers une relation sexuelle fondée sur le plaisir partagé, et c’est donc une légitime revendication du plaisir féminin que de faire en sorte que l’homme contrôle et retarde son éjaculation jusqu’au moment où les 2 partenaires on eu suffisamment de plaisir.

5 – Les formes cliniques

  • L’EP primaire permanente
  • L’EP secondaire ou acquise
  • L’EP subjective
  • L’EP variable naturelle
  • L’EP émotionnelle : souvent chez les garçons très amoureux de leur partenaire avec un rapport très heterocentré uniquement sur le plaisir de la partenaire
  • L’EP révélée par une dysfonction érectile
  • L’EP masquant une dysfonction érectile

→ Il y a celui qui a une éjaculation prématuré qui du coup n’a plus d’érection mais il y a aussi celui qui a une éjaculation prématuré et qui va éjaculer tellement vite que ça va masquer la DE.

B – Épidémiologie

C’est la dysfonction sexuelle la plus fréquente chez l’homme et ça quelque soit l’âge contrairement a la dysfonction érectile.

Selon l’enquête « Contexte de la sexualité en France » (CSF) de 2006 (France)4 :

  • L’éjaculation ante portas « souvent ou parfois » concerne 21% des hommes interrogés (souvent : 5%, parfois : 16%)
  • L’éjaculation prématurée pendant ou après la vénération vaginale « souvent ou parfois » concerne 37% des hommes interrogés (souvent : 10%, parfois : 27%)

L’éjaculation prématurée « souvent » concerne quand même au total 15% de la population masculine et « parfois » 43%.

Selon l’étude PEPA de 2007 (Italie, Allemagne et USA auprès de 12133 hommes âgés de 18 à 70 ans)5

  • Un homme sur 5 est concerné par l’EP (22,7%)

C – Les étiologies de l’éjaculation prématurée

On va avoir des causes :

  • Relationnelles : stress, problèmes relationnels du couples, anxiété de performance, événements de vie…
  • Organiques : prostatite, hyperthyroïdie, phimosis, frein trop court…
    • → importance de décalotter les hommes afin de dépister un phimosis. Ces hommes se masturbent sans décalotter. Si ça décalotte au moment de la pénétration le gland est hyper sensible et ça entraîne une EP.
  • Pharmacologiques : sevrage aux opiacés
  • Sexuelles : dysfonction érectile
  • Génétiques : en général responsable des EP primaires

Les facteurs de risque d’EP :

  • La phobie sociale
  • L’inaptitude à la communication émotionnelle
  • Une dysthyroidie
  • La dépression
  • Une lésion du cône terminal de la moelle (syndrome de la queue de cheval)
  • La dysfonction érectile (DE)
  • La prostatite chronique, les douleurs pelviennes chroniques, le phimosis serré (il faut poser la question)

D – Les conséquences de l’EP

1 – Impact sur l’homme

  • Des conséquences délétères sur l’estime de soi et la confiance
  • Des conséquences délétères sur la qualité de vie et le plaisir sexuel

2 – Impact sur la partenaire

Le problème de l’homme va également retentir sur la sexualité de sa partenaire avec une fréquence de dysfonctions sexuelles plus importantes chez ces femmes que chez les partenaires d’hommes qui ne sont pas éjaculateurs prématurés6

Dans une étude observationnelle américaine7 portant sur 1587 hommes atteints d’EP, on met en évidence une souffrance chez la partenaire avec :

  • 44% des partenaires avec une souffrance modérée à très forte (versus 3% dans le groupe contrôle)
  • 38% de satisfaction sexuelle bonne ou très bonne (versus 90% dans le groupe contrôle)

3 – Impact sur le couple

L’éjaculation prématurée entraîne une difficulté de communication à l’intérieur du couple89 car les deux partenaires ont du mal à aborder le problème.

E – Traitements de l’EP

1 – Les traitements pharmacologiques

On utilise les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonie (ISRS). Ceux-ci sont tous hors AMM sauf la dapoxetine (Priligy®) qui est le seul ISRS à action rapide et courte, par rapport aux autres qui mettent du temps à faire effet et qui agissent sur le long terme.

80% des gens qui consultent pour un problème d’EP éjaculent en moins de 30 secondes…

Or, seulement 10% des gens qui consultent repartent avec un traitement !

2 – La prise en charge psychologique

En principe on commence par les médicaments pour calmer le jeu mais il faudra quand même proposer une thérapie dont le principe est de permettre d’apprendre au patient à gérer le niveau de son excitation sexuelle.

Deux protocoles principaux sont proposés :

  • Le stop and go10 : on essaie de repérer le point de non retour et on s’arrête juste avant pendant 45 s. On peut essayer avec la masturbation mais souvent ça ne marche plus quand on passe au rapport.
  • Le squeeze11 : on presse le gland pour faire tomber l’érection. A part chez les couples SM c’est pas une technique très appréciée…

On aura également :

  • La rééducation du bulbocaverneux par biofeedback
  • Les sexothérapies : suivant chaque patient, chaque couple et en fonction des outils du thérapeutes on utilisera
  • Les techniques sexocorporelles : consistent à apprendre de nouvelles aptitudes corporelles, grâce à des techniques et mouvements adéquats qui permettent de contrôler l’excitation et donc l’éjaculationLes éjaculations précoces primaires sont traitées avec beaucoup de succès grâce à ce protocole.
  • Les Thérapies Cognitivo-comportementales (TCC)
  • La musicothérapie
  • La relaxation
  • L’hypnose

En cas d’échec, il est impératif de repérer et évaluer une étiologie névrotique, la cure analytique sera alors à envisager.

S’il existe un conflit de couple sous-jacent expliquant l’origine de l’éjaculation prématurée, une thérapie de couple sera alors à envisager.

3 – Divers

Les anesthésiques de contact

La xylocaine en gel ou pommade à appliquer sur le gland qui ne marche que sur ceux qui ont une hypersensibilité du gland. Durée d’action 5 min. Précautions d’usage : Ne pas tartiner mais mettre des petits points de xylo, essuyer le gland pour le pas anesthésier madame et ne pas faire de pratique orale.

Les Garrots péniens

Attention à ne pas s’endormir avec surtout chez les patients qui ont un trouble de la sensibilité et qui ne sentent pas la douleur (par exemple les diabétiques, les lésés médullaires etc)

II – LES ANEJACULATIONS

A – Définition

L’anéjaculation est l’impossibilité d’obtenir une émission de sperme par le méat urétral en dépit d’une érection normale et de stimuli appropriés (va-et-vients intravaginaux supérieurs à 15 minutes)
Dans cette pathologie, le problème supplémentaire qui va se poser est celui de la procréation.

On va distinguer différentes sortes d’anéjaculation :

  • L’anejaculation rétrograde : c’est l’éjection du sperme dans la vessie du fait d’un défaut de fermeture d’un sphincter interne de la vessie (col vésical). La sensation orgasmique est conservée mais amoindrie.
  • L’anejaculation sans orgasme/anorgasmique : c’est souvent une origine psychogene. Il n’y a ni orgasme ni éjaculation. C’est une variante plus sévère de l’éjaculation retardée (qui est définie par une éjaculation après un temps de va-et-vients intravaginaux supérieurs à 20 minutes)
  • L’orgasme sans éjaculation ou orgasme sec ou aspermie : Il est du à la suppression élective de la phase d’émission de sperme, avec conservation des contractions « expulsives » de la musculature pelvienne. C’est la variante la plus sévère de l’hypospermie (définie par l’émission d’un volume de sperme < 1,5 mL).
  • L’éjaculation asthénique ou « éjaculation baveuse » : c’est un écoulement de sperme sans expulsion par altération élective des contractions « expulsives » de la musculature pelvienne.
  • L’éjaculation sans orgasme (Anorgasmie) n’est pas un trouble de l’éjaculation mais un trouble de l’orgasme.

B – Epidémiologie

L’Enquête CSF de 2006 en France4 retrouvait les chiffres suivants :

  • Anéjaculation « souvent » (2%) ou « parfois » (5%) soit un total de 7%

C – Etiologies des anéjaculations

1 – L’orgasme sans éjaculation (aspermie)

  • Anomalies congénitales de l’appareil urinaire : agénésie bilatérale des canaux déférents, kystes Mullériens, sclérose des canaux éjaculateurs….
  • Curages ganglionnaires lombo-aortiques
  • Chirurgie de l’aorte
  • Chirurgie rectale
  • Chirurgie prosataitque : adénome, prostatectomie totale
  • Traumatismes de bassin
  • Pathologie neurologique centrale ou périphérique : Sclérose en plaques (SEP), Diabète, Maladie de Parkinson, lésions médullaires
  • Hypogonadisme
  • Médicaments : psychotropes (antidépresseurs neuroleptiques qui entrainent souvent une anéjaculation anorgasmique), certains alpha-bloquants (tamsulosine)
Etiologie de l’anéjaculation aspermique12Nbre de patients%
Traumatisme médullaire195285.8
Lymphadenectomie rétropéritonéale1376
Idiopathique1315.8
Diabète sucré170.7
Sclerose en plaque30.1
Chirurgie rectale30.1
Traumatisme20.1
Myelite10.1
Inconnue291.3
Total2275100

2 – L’éjaculation rétrograde

  • Interventions rétropérinéales : curagee lombo-aortiques, chirurgie de l’aorte abdominale
  • Chirurgie de l’adénome prostatique
  • Neuropathies centrales (séquelles de traumatisme médullaire, SEP) ou périphériques (neuropathie diabétique)
Etiologie de l’éjaculation retrograde12Nbre de patients%
Lymphadenectomie rétropéritonéale10029,2
Idiopathique6819,9
Diabète sucré4613,5
Chirurgie du col de la vessie3510,2
Résection transurétrale de la prostate298,5
Congénitale92,6
Sténose urétrale82,3
Traumatisme médullaire61,8
Insuffisance du col de la vessie51,5
Chiriurgie rétropéritonéale41,2
Epispadias30,9
Traumatisme30,9
Chirurgie génitale10,3
Organique10,3
Médicamenteuse (Thioridazine)10,3
Kyste de la vésicule séminale10,3
Inconnue226,4
Total342100

3 – L’anéjaculation anorgasmique

  • Souvent Psychogène et primaire : éducation rigide, hypercontrôle
  • Peut être neurogène : lésions des voies nerveuses post-chirurgie, lésions médullaires (paraplégies)
  • Hormonal : hypogonadisme
  • Médicamenteux : psychotropes
  • Toxiques : alcool, cocaïne, morphine

D – Prise en charge des troubles anéjaculatoires

1 – Interrogatoire

Bien faire préciser les troubles car il est fréquent pour les gens de confondre éjaculation et orgasme :

  • Ejaculation = sortie du sperme (faire préciser si l’expulsion est rythmée ou l’écoulement retardé)
  • Orgasme : contractions rythmées de la musculature pelvienne avec sensation de plaisir
  • Douleurs associées ? Pendant, après ?
  • Troubles mictionnels associés ?

Et enfin comme dans chaque trouble sexuel il faut praire préciser si celui-ci est :

  • Primaire ou secondaire ?
  • Total ou partiel ?
  • Dans quel circonstances
    • éjaculations nocturnes ?
    • Lors du coït uniquement : anéjaculaiton anorgasmique coïtale
    • Lors de la masturbation uniquement ?
    • Lors du spermogramme uniquement ?

Antécédents :

  • infection génitale,
  • neuropathie centrale ou périphérique,
  • diabète,
  • traumatisme périnéal,
  • chirurgie abdominale ou pelvienne

2 – Examen clinique :

  • Périné,
  • toucher rectal (prostate, tonus anal),
  • examen neurologique

3 – Examens complémentaires :

  • Biologie : testostéronémie biodisponible, glycémie, ECBU (à la recherche d’éjaculation rétrograde), spermogramme avec biochimie séminale
  • Imagerie : échographie prostato-vésiculaire, IRM pelvienne
  • Exploration neurophysiologique

4 – Traitement des anéjaculations

Anejaculation sans orgasme

Une approche psychologique est nécessaire pour cerner les différents facteurs se conjuguant pour donner le symptôme, qu’on peut coupler à une prise en charge organique par l’utilisation d’un vibromasseur posé sur le gland plus ou moins associé à la prise d’une drogue sympathomimétique alpha comme le midodrin (Gutron® 2,5 mg) mais qui a lui seul est peu efficace pour obtenir des éjaculations antérogrades permettant d’espérer une grossesse naturelle.

En cas d’échec, l’utilisation de l’électrostimulation endorectale sous AG pour les hommes ayant une sensibilité normale est possible même si elle reste toutefois la solution ultime.

Ejaculation rétrograde et orgasme sans éjaculation
  1. supprimer une éventuelle cause médicamenteuse
  2. nécessité de définir les facteurs psychogènes et les prendre en charge
  3. faire un spermogramme pour évaluer la qualité du sperme
  4. les traitements chirurgicaux sont rares (prélèvement chirurgical de spermatozoïdes MESA-ICSI, TESE-ICSI)
  5. les traitements pharmacologiques permettent de rendre antérograde les éjaculations dans 50% des cas et donnent un taux de réussite de grossesse de 34%
    • Milodrin (Gutron® cp 2,5 mg, Nycomed) 5-40 mg per os
    • Milodrin (Gutron® sol 5mg/2ml, Nycomed) 5-40 mg iv
    • Imipramine (Tofranil®, Novartis) 25-75 mg/j per os
    • Chlorpheniramine + phenylpropanalamine (Ornade, SmithKline Beesham) 50 mg/j per os
    • Bromopheniramine (Diametane®;Robins)
    • On commence le traitement en prenant 2 puis 4 puis 6 puis 8 comprimés de Gutron entre 1 et 4 heures avant une masturbation ou un rapport. La dose efficace est trouvée lors de l’apparition de signes d’effets sympathomimétique, palpitations, frissons, érection pilaire…
  6. Si le traitement ne suffit pas à rendre l’éjaculation antérograde on peut faire un recueil des spermatozoïdes dans les urines suivi d’une aide médicale à la procréation (AMP)
    • Alcalinisation des urines afin d’avoir des urines à un pH compris entre 7 et 8 de manière à ce que les spermatozoïdes puissent y survivre
      • NaHCO3 (1,2 – 16 g) per os 1-3 jours précédents
      • Eau de Vichy Célestin, les 3 jours précédents
    • Recueil des urines après masturbation ou orgasme
    • Centrifugation rapide des urines pour isolement des spermatozoïdes
    • Centrifugation sur gradient de densité pour AMP
    • Type d’AMP selon les caractéristiques des spermatozoïdes : Insémination intra-utérine ou ICSI

III- L’EJACULATION RETARDEE

A – Définition

C’est une éjaculation qui ne survient qu’après un temps de stimulation anormalement prolongé

B – Epidémiologie

Dans l’enquête CSF de 2006 en France4, 4% des hommes interrogés déclaraient souffrir d’éjaculation tardive « souvent », et 16% « parfois », soit un total de 20%.

C – Prise en charge

  • Differencier ER primaire ou secondaire (Le caractère secondaire du trouble devra toujours faire rechercher une iatrogénie médicamenteuse, un hypogonadisme en particulier pharmacologique par blocage androgénique, la prise de toxiques ou un conflit intrapsychique.
  • La prise en charge privilégiera les thérapies sexologiques auxquelles on associera éventuellement une aide pharmacologique. La demande de parentalité, affirmée ou sous-jacente, devra toujours être recherchée car elle peut constituer un facteur d’échec de la prise en charge, mais aussi pose la question de la place d’un enfant à naître dans un tel contexte.

Références

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  2. Ege Can Serefoglu, M.D.1, Chris G. McMahon. An Evidence-Based Unified Definition of Lifelong and Acquired Premature Ejaculation: Report of the International Society for Sexual Medicine (ISSM) Second Ad Hoc Committee for the Definition of Premature Ejaculation, Journal of sexual Medicine[]
  3. Waldinger MD et al., J Sex Med 2008;5:1079–1087[]
  4. Bajos N., Bozon M. (2008), Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé. Paris : La découverte.[][][]
  5. Porst H, et al., Sur Urol 2007; 51:816-24[]
  6. Hobbs K. et al., International Journal of Impotence Research (2008) 20,512–517;[]
  7. Patrick et al. (2005) J Sex Med 2(3):358-367[]
  8. Revicki D. et al., Health and Quality of Life Outcomes 2008, 6:33[]
  9. Buvat (2011), J Sex Med;8(suppl)4:316-27[]
  10. Semans J. Premature ejaculation. Southern Medical Journal. 49(4):353-357, April 1956[]
  11. Masters WH, Johnson VE. Human sexual inadequacy. Boston: Little,Brown & Co;1970[]
  12. Kamischke & Nieschlag. Hum Reprod Update 1999;5:448-474. Méta-analyse de 220 articles.[][]
Dr Arnaud ZELER

Les facteurs psychologiques de la dysfonction érectile

11 octobre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

I) LA SEXUALITÉ CHEZ L’HOMME

1) L’action avant tout

L’homme a ce caractère d’être toujours dans l’action et de quantifier les choses.
Déjà enfant, le petit garçon mesure la taille de son pénis et le compare par rapport à celui de ses copains, dans la cour de l’école. Une fois adulte, l’homme quantifie ses rapports sexuels, notamment autour d’un verre de bière, entouré d’autres hommes.
De plus, l’homme visualise son désir, il voit son érection, et il s’agit-là de quelque chose d’extériorisé que l’on ne retrouve pas chez la femme.

De ce fait, l’homme est face à deux problématiques :

  • celle de tenir, de réussir à maintenir un pénis suffisamment rigide pour avoir des rapports sexuels ;
  • celui de se retenir à ne pas éjaculer trop vite.

2) Les conséquences

Du fait qu’on sollicite en permanence l’action de l’homme, de nombreuses conséquences en découlent.

a) L’anxiété de performance

L’anxiété de performance, c’est la peur chez l’homme de ne pas être « suffisamment bon ».

Elle a pour conséquence de :

  • majorer la dysfonction érectile : l’homme angoisse tellement que cela influe sur son érection ;
  • provoquer des phénomènes de renforcement négatif : l’homme se dit que s’il n’y arrive pas la prochaine fois, alors il ne vaut rien, et de ce fait, cela induit des distorsions cognitives ;
  • nécessiter une prise en charge spécifique.

b) L’homme pragmatique

De plus, comme l’homme est souvent une personne pragmatique, il a quelque peu tendance à confondre la masculinité et la virilité. De ce fait, il est coupé de son corps interne et ne réfléchit plus de façon extériorisée.
Le sexe représente alors la solution permettant de résoudre les tensions. Il correspond à une sorte de masturbation anxiolytique, phénomène que l’on retrouve chez l’homme mais qui n’a pas d’équivalent chez la femme.

3) L’évolution de la sexulité masculine au cours de la vie

Depuis l’enfance, l’homme a un élément de comparaison : son pénis. Il en compare la taille, le nombre d’érections, etc.
Mais en vieillissant, les choses changent : l’homme a de plus en plus besoin de sa partenaire pour obtenir une érection.

Du fait d’avoir besoin de sa partenaire en vieillissant, cela peut entraîner différents problèmes chez l’homme :

  • des modifications profondes de sa perception de lui-même et de sa sexualité ;
  • le recours au fantasme : il s’imagine une perversion de sa partenaire, ce qui peut rendre la vie conjugale extrêmement conflictuelle ;
  • la nécessité de rentrer dans un relationnel plus poussé pour maintenir un désir suffisant et mieux capter les sensations.

Cela impose donc à l’homme :

  • d’être moins opératoire et d’avoir une femme plus participative ;
  • de repenser à son image de Superman pour n’être finalement qu’un « super homme » ;
  • de passer de l’homme qui fait jouir à celui qui a besoin de sa partenaire pour mettre les sensations.

Chez un homme, qui a toujours vu ses érections comme une forme de puissance, c’est quelque chose de difficile à entendre et à accepter.

II) UNE NOUVELLE DÉFINITION

1) Redéfinition

Il est difficile pour un homme de comprendre et d’accepter qu’il ne peut pas juste se contenter de son érection au niveau organique.

La perte d’érection ne suffit pas à elle seule à définir l’impuissance, il faut y associer les comportements qui vont autour, et notamment ceux d’hyper-contrôle :

  • le bâclage : l’homme se dit qu’il ne va pas y arriver, que ça va être difficile et donc qu’il va aller plus vite afin de régler son problème et de passer rapidement à autre chose (le fait de ne pas en discuter avec son ou sa partenaire est d’ailleurs un trait plutôt masculin) ;
  • l’évitement : l’homme invente des excuses (« je me suis fait mal au dos au bureau ») et dit à son ou sa partenaire qu’il sera plus en forme le lendemain, mais il invente une nouvelle excuse le lendemain.

2) Les perturbations émotionnelles

Cela induit des perturbations émotionnelles importantes chez l’homme :

  • une dévalorisation : l’homme se dit qu’il ne vaut plus rien puisque son érection est de mauvaise qualité (il s’agit là de la première inquiétude somatique à aller rechercher chez les patients en consultation).
  • une culpabilité : l’homme se dit qu’il vaut moins bien que ses collègues de travail puisque eux y arrivent, contrairement à lui, et cela pose d’autant plus problème parce que là, les hommes se trouvent dans des positions plus professionnelles, « narcissiques », où ils ont des responsabilités, donc la difficulté de comparaison est très complexe ;
  • des éléments dépressifs : du fait de sa dévalorisation et de sa culpabilité, l’homme peut tomber en dépression. Il n’est pas rare de voir des hommes dans des dépressions importantes à cause de problèmes d’érection.

De même, chez les patients déprimés, on va retrouver des problèmes d’érection. Dans ce cas, le traitement et la prise en charge de l’érection peut les aider au niveau de la dépression.
C’est pourquoi il est très important d’essayer de chercher chez le patient ce qu’il peut y avoir derrière sa vision de son problème d’érection : se sent-il atteint ? Se sent-il triste ? Se réveille-t-il parfois au beau milieu de la nuit ? Etc. Il essentiel d’identifier tous ces éléments de diagnostic de dépression, qui peuvent survenir de façon conjointe.

  • l’inhibition fantasmatique.

3) Autres problèmes

À ces perturbations émotionnelles se surajoutent parfois :

  • des problèmes organiques : il peut y avoir un terrain organique et des éléments psychologiques qui vont venir déclencher la dépression.
  • des facteurs individuels et contextuels :
    • la dynamique de couple : c’est un élément que l’on étudie en consultation et qui est vraiment important. Le jour de la consultation, il convient d’aller vérifier dans la salle d’attente si le patient vient en couple ou seul. Lorsque le patient vient avec son ou sa partenaire et qu’ils sont installés l’un à côté de l’autre, cela signifie qu’ils sont fusionnel à deux, et donc que le praticien aura du mal à les séparer pour régler les problèmes d’érection. Au contraire, s’ils sont positionnés d’un bout à l’autre de la salle d’attente, cela signifie qu’il y a quelque chose qui ne va pas et qu’il va falloir explorer.
  • l’environnement et les facteurs de stress : le patient va avoir tendance à chercher tout que ce qui est négatif, par exemple sa profession (le fait de devoir gérer une nouvelle équipe, etc.), qui est une responsabilité et qui majore l’angoisse de performance.
  • De ce fait, il est très stressé et angoissé, et n’a donc plus d’érection. Dans ce cas-là, il faut rechercher avec lui ce qui peut être positif.
  • la logique sexuelle individuelle : les hommes souffrant de dysfonction érectile sont dans une anxiété omniprésente, qu’il faut explorer. Il faut également prendre en compte les différents profils de patients qui vont se présenter en consultation et adapter ses mots et ses arguments en fonction de la personne. Certains patients ne comprendront pas le mot anxiété de la même manière, par exemple. D’autres patients seront un petit peu trop rigides et ne sauront pas verbaliser les choses. Il faut donc aller chercher les meilleurs arguments indirects afin d’identifier en quoi l’anxiété intervient dans cette problématique (« Est-ce que vous avez une boule au ventre ? Les mains moites ? Envie de faire pipi beaucoup plus souvent ? » Etc.).

III) PRÉVALENCE DE LA DYSFONCTION ÉRECTILE

Quelques chiffres

  • 24 % des hommes disent avoir eu des dysfonctionnements érectiles occasionnellement ;
  • 11 % des hommes prétendent avoir une dysfonction érectile modérée ou sévère.

Cela fait un total de 35 %, soit à 3 à 6 millions de français.

Or, comme on peut l’observer dans le tableau ci-dessous, avec l’âge, les dysfonctionnements érectiles augmentent fortement.

Avant 40 ans< 14 %
40-50 ans6-19 %
50-60 ans12-24 %
60-70 ans29-41 %
70-80 ans53-63 %
> 80 ans80,00%
Prévalence des troubles de l’érection selon l’âge

Il faut savoir que l’on ne donnera pas les mêmes explications à un patient de 50 ans qu’à un patient de 18-20 ans. Ce tableau représente un élément épidémiologique qui peut s’avérer très utile en consultation, car il a un côté plus éducatif, ce qui a le don de rassurer, de calmer les anxiétés. C’est essentiel à ce moment-là.

IV) ÉTIOLOGIES

La dysfonction érectile va être  :

  • Purement psychologique dans 68 % des cas ;
  • Organique ou mixte (organique + psychogène) dans 29 % ;
  • D’origine indéterminée dans 3 % des cas.

L’étiologie est souvent très imprécise et multifactorielle, chez des patients polymédicamentés.

Les différentes causes psychogènes

Chez les psychogènes, on décrit 2 grands types :

  1. La dysfonction érectile psychogène généralisée :
    • L’absence d’excitation et les troubles des rapports sexuels ; c’est l’unité sexuelle globale qui se manifeste sous forme de dysfonction érectile ;
    • La timidité sociale et la phobie : il est important de chercher ce qui se cache derrière et qui est de l’ordre de la phobie, de la timidité sociale (peur d’aller vers l’autre, des rapports sociaux, etc.) ou encore de la croyance religieuse (on ne peut pas éjaculer sur sa partenaire car il y a quelque chose de l’ordre du tabou, etc.). Cela induit un problème d’érection en lien avec ces phobies ou croyances.
  2. La dysfonction érectile psychogène situationnelle :
    • problèmes liés à la partenaire : pour vérifier si le problème est lié au/à la partenaire, il faut demander au patient si le problème ne se présente qu’avec lui/elle, ou bien s’il se présente en dehors de ses rapports conjugaux, s’il a lieu à tout moment, tous les jours, etc ;
    • problèmes liés à la performance : il faut vérifier la tendance à avoir des problèmes d’éjaculation précoce (si 75 à 100 % des rapports sexuels en sont atteints ou non sur 6 mois).
    • problèmes dus à l’angoisse : il faut explorer si les angoisses apparaissent lorsque le patient est dans un environnement et une situation précise. Il est fréquent que les problèmes de dysfonction érectile disparaissent chez les patients lorsqu’ils partent en vacances, il s’agit donc là d’une angoisse liée à l’environnement, la nourriture, etc.

V) L’ENTRETIEN

L’exploration des troubles du patient se fait lors d’un entretien assez rapide d’1h-1h30 grand maximum.

1) Le diagnostic

Il faut tout d’abord s’assurer d’éliminer :

  • l’éjaculation précoce : il faut vérifier qu’il ne s’agit pas d’un éjaculateur précoce caché. Si il éjacule trop rapidement, il va être angoissé et aura tellement d’adrénaline qu’il n’arrivera plus du tout à avoir d’érection ;
  • le trouble du désir sexuel : s’il n’y a pas de désir, il ne peut donc pas y avoir d’excitation suffisamment puissante pour provoquer une érection ;
  • l’amélioration de la performance : certains patients viennent au cabinet et demandent à avoir une meilleure érection, prétendant avoir des dysfonctionnements érectiles, mais au final, on s’aperçoit qu’il n’y a pas réellement de dysfonction érectile. Il s’agit simplement d’une volonté d’améliorer ses performances (par exemple il se plaint de ne pas pouvoir avoir plus de 5-10 rapports en 10 heures) ;
  • l’anorgasmie et la conjugopathie : ce sont deux éléments de diagnostic différentiel, et si l’on ne traite que la dysfonction érectile, on ne peut pas traiter le problème.

Il faut ensuite évaluer :

  • la motivation au changement : certains patients sont amenés par leur partenaire mais n’ont absolument pas envie de voir leur dysfonction érectile résolue. Le praticien n’est pas là pour forcer son patient à avoir une bonne érection, donc il est essentiel de chercher à savoir quelle est sa motivation au changement et s’il en a vraiment envie ou non. L’idée ici sera d’apporter une prise en charge psychothérapeutique-sexothérapeutique. Si le patient et/ou son/sa partenaire ne sont pas motivés, c’est peine perdue pour le praticien, qui n’obtiendra aucun résultat ;
  • les croyances profanes : il est important de demander au patient ce qu’il pense de l’origine de sa dysfonction érectile. Très souvent, on obtient des réponses très intéressantes cachées derrières les croyances profanes du patient concernant sa maladie : « mes vaisseaux ne marchent plus », « je n’ai plus de testicules », « je n’ai plus d’hormones », « je ne suis plus un homme », etc ;
  • le contexte : il faut évaluer tous les facteurs (professionnels, familiaux, sociaux, etc.) et se demander s’il y a pas de modifications récentes (modifications de traitement, etc.). Il est important d’être à l’affût des petits signes pouvant changer l’orientation de l’interrogatoire (baisse de la pilosité, par exemple) ;
  • les bénéfices attendus par le patient : quels sont-ils ? Il faut demander au patient ce qu’il attend de cette consultation. Certains ne viennent que pour être rassurés, d’autres s’attendent à des remèdes miracles et à des super-réactions. Le praticien doit donc nécessairement définir un contrat avec le patient à ce moment-là, en se demandant : « quelles sont mes compétences et que puis-je lui répondre sur ses objectifs ? »

2) Les erreurs

Les erreurs à ne surtout pas commettre sont :

  • la banalisation du problème : des phrases telles que « ce n’est pas bien grave, un peu de Viagra et c’est réglé » ou « ne vous inquiétez pas, ça reviendra avec votre maîtresse, donc ne vous embêtez pas » sont à bannir. Il ne faut jamais banaliser le problème, c’est important dans la conception du patient. Si le patient vient voir le praticien, c’est qu’il a une bonne raison et qu’il est inquiet, il faut donc prendre le temps de l’écouter et de lui répondre ;
  • les mots de bon sens ;
  • les projections personnelles : il faut faire attention à ce nous, praticiens, nous envisageons quant au problème du patient et à ce que nous lui renvoyons. Le praticien n’est pas là pour juger son patient, mais pour l’accueillir, l’aider et l’accompagner ;
  • prescrire en évitant le dialogue : le praticien n’est pas là pour faire une ordonnance en 3 minutes et faire des consultations de 15 minutes. Il doit prendre le temps de prescrire en discutant avec le patient, et pourquoi pas avec le couple.

La plupart des patients viennent seuls plutôt qu’en couple, ce qui s’avère plutôt compliqué. Il est toujours nécessaire, au final, de faire venir le/la partenaire. Au contraire, il arrive que le/la partenaire soit présent(e) et qu’il/elle se sente mal du fait que c’est le cachet qui fait bander son mari, et plus lui/elle (dans ce cas, il convient de donner l’explication physiologique du mécanisme du médicament, afin de mieux gérer la situation).

Important

Prescrire un médicament est donc important, mais il faut avant tout penser à l’avis du patient et de son/sa partenaire.

3) Orientation diagnostique

Les orientations diagnostiques dépendent de l’origine organique ou psychogène prédominants :

Organique prédominantePsychogène prédominante
Début(1)Un début progressif……une apparition brutale.
Erections nocturnes(2)La disparition des érections nocturnes……la conservation des érections nocturnes.
Libido(3)La conservation de la libido……la diminution de la libido.
EjaculationUne éjaculation à verge molle……une absence d’éjaculation.
CoupleUn partenaire et un couple stable……des conflits conjugaux.
Facteur déclenchantUne absence de facteurs déclenchants……des facteurs déclenchants.
ÉtiologieUne étiologie organique parfoi évidente……une étiologie psychogène parfois évidente (dépression).
Examen cliniqueUn examen clinique anormal……un examen clinique normal.
Personnalité(4)Une personnalité stable sans troubles de l’humeur……de l’anxiété, des troubles de l’humeur.
Orientations diagnostiques en fonction des éléments de l’interogatoire

(1) Il arrive que certains patients ne se souviennent plus du moment où leur dysfonction érectile est apparue. Dans ce cas, le praticien doit tâter le terrain et évoquer d’autres éléments contextuels (le lieu, etc.). Il convient de retrouver le facteur déclencheur, l’élément refoulé qui a provoqué ce dysfonctionnement.

(2) S’il y a érection nocturne, alors le praticien doit insister sur ce point pour faire comprendre au patient qu’il peut avoir une érection sans problème. L’objectif ici est d’entrer dans un processus permettant de diminuer l’anxiété du patient et d’enclencher une spirale positive.

(3) La perte de libido va de pair avec le stress et les angoisses, de cause à conséquence. Il est important ici d’identifier ce qui est apparu en premier. Attention cependant, le praticien ne doit pas traiter tous les patients de la même façon : un patient souffrant de dysfonction érectile à cause du stress et de problèmes cardiaques aura des perturbations cognitives. Il ne devra pas avoir le même traitement qu’un patient n’ayant déjà plus de désir à cause d’une baisse de testostérone et à cause de sa femme (avec qui il n’a plus d’envie).

(4) En psychologie psychiatrique, on retrouve assez souvent des dépressions et des troubles de l’humeur. Or, il existe également l’état contraire : l’hypomanie. Alors que la dépression représente une baisse de l’humeur, l’hypomanie est une élévation de l’humeur. Elle peut se déclencher de façon chronique ou maniaque. Les patients atteints sont toujours dans l’excitation, ils se sentent toujours bien et ont une sexualité très importante. Cependant, lorsqu’une dysfonction érectile apparaît, ils diminuent leur nombre de rapports sexuels à une normale, qu’ils vivent difficilement car très différente de leur état habituel.

4) Les typologies psychologiques

On définit plusieurs typologies psychologiques :

  1. Le type 1 : il concerne les patients ayant une anxiété prédominante, avec des angoisses de performance et de nombreuses anticipations qui, au final, vont bloquer tout le système du patient. Un simple stimulus va déclencher une succession de pensées tellement importante (telles que « pour être bon et pour valoir quelque chose, il faut que j’y arrive », « maintenant, c’est compliqué d’y arriver, que vais-je faire ? ») que le patient rencontrera des blocages au niveau de sa sexualité, mais aussi de façon plus globale.
  2. Le type 2 : il s’agit ici des dépressions endogènes, de deuxième degré, des dépressions secondaires, des épisodes dépressifs majeurs. La dépression est une baisse de l’humeur, qui induit tout un ensemble de variations neuroendocriniennes et de répercussions biologiques. Il est donc important de préciser au patient que la dépression n’a pas uniquement une origine psychologique, mais également une composante biologique neuroendocrinienne. La clé pour le praticien est de toujours essayer de dédramatiser la dysfonction érectile du patient afin de mieux pouvoir lui apporter des éléments positifs ensuite.
  3. Le type 3 : il concerne les les conflits conjugaux et les mésententes avec le partenaire.
  4. Le type 4 : il s’agit là de l’ignorance de la sexualité ou de contraintes religieuses.
  5. Le type 5 : il concerne l’obsessionnel, le psychotique déviant et pervers. Les patients qui en sont atteints font partie des plus compliqués à prendre en charge. En effet, dans le cas d’un obsessionnel qui a besoin que tout soit bien propre, plié par quatre, ou encore de prendre trois douches avant la relation sexuelle, la prise en charge est très complexe. Les patients pervers psychotiques, par exemple, ressentent le besoin d’avoir un objet sexuel autre qu’un objet classique. Il s’agit-là d’une psychopathologie importante.

Il existe d’ailleurs plusieurs versions de la psychose : une version plus analytique, psychanalytique et une version plus moderne, plus psychiatrique.

Chez les patients schizophrènes aux structures quelque peu psychotiques, on retrouve toujours deux éléments :

  • des dysmorphophobies (une altération de la perception du corps, notamment sur la taille de la verge) parfois très importantes et obsessionnelles ;
  • une porosité au monde et à l’autre, ce qui fait que, lors des rapports sexuels, le patient se perd, se fusionne, et il est très difficile de venir y mettre une barrière.

Il existe bien souvent une problématique de l’ordre et du traitement psychotique d’un patient à l’autre. Les schizophrènes, eux, sont mis sous neuroleptiques, ce qui induit des troubles permanents de la fonction analytique et des troubles de la sexualité. Avant tout, le praticien doit toujours expliquer à son patient les effets du traitement, et il doit faire doser sa testostérone et sa prolactine.
Il existe également une problématique dans les actions rétrogrades. Comme ces patients sont en quelque sorte « en dehors » de la réalité, il convient de dédramatiser les choses, de leur schématiser pour mieux leur expliquer de façon compréhensible.

Il est également possible que des troubles de la personnalité existent chez le patient et son/sa partenaire : par exemple, une femme hystérique qui met la pression sur son mari (qui est atteint d’anxiété) en lui disant qu’il n’est qu’un bon à rien parce qu’il n’arrive pas à bander. De ce fait, les troubles érectiles de l’homme n’en seront que renforcés.

Conseil

=> Quelle que soit la typologie psychiatrique du patient, il convient de toujours rechercher un trouble de la personnalité et d’éliminer les comorbidités psychiatriques. Il faut identifier comment le patient gère sa relation au monde.

Information

=> Bien souvent, les patients souffrant de dysfonctions psychogènes (telles que le diabète) sont envoyés par leur endocrinologue, qui ne parvenait pas à trouver de solution pour eux. Il est donc primordial lors du premier entretien de comprendre le sens de la demande du patient : vient-il pour une dysfonction érectile ? Pour un problème de couple ? Pour être rassuré ? Pour obtenir des éléments éducatifs ? Etc.

Attention

=> Il est également fréquent que les patients venant pour une dysfonction érectile aient une thérapie tout autre : par exemple, un patient venant voir le praticien pour une dysfonction érectile mais ayant en réalité un trouble de la personnalité.

VI) LA PRISE EN CHARGE

La prise en charge doit être transversale afin de pouvoir associer :

  • une résolution du trouble organique (si besoin) ;
  • une dimension pédagogique, qui est extrêmement importante ;
  • une aide « technique » (si besoin), qui permet de rassurer le patient pour mieux travailler ensuite sur ce qui se cache derrière sa dysfonction érectile :
    • on peut utiliser un IPDE5 (sildenafil, tadalafil ou vardenafil) au premier à-coup pour introduire des éléments positifs, notamment sur l’anxiété de performance et de comparaison, lui permettant au patient de ré-obtenir une érection normale ;
    • il est également possible d’utiliser les IIC (injections intraveineuses), le vacuum ou les prothèses ;
  • une prise en charge sexothérapeutique ou psychologique ;
  • une prise en charge de couple.

Il est donc primordial de bien penser :

  • au fonctionnement psychologique du patient ;
  • à sa motivation au changement ;
  • à son niveau socio-culturel : on ne parle pas de la même façon à un patient n’ayant jamais eu d’éducation sur la sexualité ou venant d’un milieu un peu carencé, qu’à un patient très documenté (ex. : tout le monde ne comprend pas ce qu’est un « phallus » ou une « verge », on dira donc plutôt « pénis » ou « dans le pantalon »).

Prescrire un médicament est donc important, mais il faut avant tout penser à la vie du patient et de son/sa partenaire.

  • à sa relation conjugale.

Il y a donc 5 grands axes à travailler.

1) Travail sur l’anxiété

L’anxiété est l’un des éléments les plus présents lors d’une dysfonction érectile.

Elle peut être :

  • structurelle : les hommes sont de nature anxieuse en permanence ;
  • situationnelle : le stress se transforme en angoisse, le corps et l’esprit ne parviennent donc plus à s’adapter face à un facteur de stress particulier. Il convient ici de travailler sur les mécanismes à mettre en place pour détendre le patient, le déstresser.

Il est également important de prendre en compte :

  • les cognitions du sujet : lors de l’entretien avec le patient, le praticien doit dérouler la chaîne en faisant un interrogatoire.
Exemple : 
« - Que pensez-vous lorsque vous ne parvenez pas à avoir une érection ?
- Je pense que je ne suis pas terrible
.- Mais que signifie "pas terrible" pour vous ?
- Que je ne suis plus un homme.
- Mais que signifie "ne plus être un homme" ?
- Que je suis bon à rien.
- Et que veut dire "bon à rien" ? »
Etc...

On obtient des réponses très surprenantes et cela permet au praticien de faire une restructuration cognitive, c’est-à-dire qu’il aide le patient à voir les choses autrement, il lui offre de nouvelles pensées pour se restructurer sur le plan cognitif ;

  • les angoisses d’anticipation : lorsque le patient est anxieux parce qu’il doit avoir une relation sexuelle avec sa partenaire très bientôt, le praticien doit l’aider à diminuer son angoisse en lui posant des questions telles que : « À quoi cela vous sert-il d’angoisser à l’avance ? », « Que pensez-vous qu’il va se passer ? », « Pensez-vous qu’angoisser vous permet de résoudre le problème ? » Etc.

De ce fait, il est donc possible de proposer au patient des solutions alternatives :

  • des exercices de relaxation : des exercices de respiration au niveau abdominal ou de visualisation peuvent aider le patient à se sortir de ces boucles cognitives et de ces angoisses ;
  • des anxiolytiques : il est possible d’en proposer, mais il est essentiel d’en discuter, notamment lorsqu’il s’agit d’anxiolytiques puissants.

2) La pédagogie

L’étape clé de la première consultation est la pédagogie. On demande alors au patient :

  • Sa vision d’une sexualité normale : en effet, certains hommes de 50-60 ans pensent qu’une sexualité normale correspond à 3-4 érections par jour pour se sentir bien. Dans un tel cas, il convient de rechercher ce qui se cache derrière : bien souvent, le patient pense que tous ses collègues font ça, et donc qu’il ne vaut rien parce qu’il n’en est pas capable.

De plus, lorsqu’on découvre la pédagogie du patient sur la sexualité, on découvre parfois des choses surprenantes, telles que des techniques de masturbation inadaptées et pouvant justement induire des problèmes d’érection.

On remarque également chez les jeunes l’addiction aux films pornographiques. Ces derniers en visionnent en permanence et se masturbent régulièrement devant, ce qui peut provoquer une sorte de désensibilisation. Ils imaginent pouvoir reproduire la même chose (tenir en érection pendant une heure ou éjaculer huit fois d’affilée, par exemple). Cela renforce les angoisses d’anticipation, puisque ce qui se passe dans les films n’est que fiction et ne peut donc pas être reproduit en réalité. Il faut donc bien étudier les préconceptions du patient.

  • Sa différenciation de la virilité et de la masculinité : sait-il faire la différence entre ces deux notions ?

3) La sexothérapie

Dans le cadre de la sexothérapie, il est important de prendre en compte :

  • la place du fantasmatique : il faut faire comprendre au patient (et au/à la partenaire) qu’il a le droit de se servir de sa tête, et donc du fantasme, pour retrouver une érection plus ferme ;
  • l’ « utilisation » du corps : il faut lui demander comment il utilise son corps, ce qu’il va valoriser.


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4) La psychologie

Les facteurs psychologiques à prendre en charge sont :

  • les décompensations structurelles : il existe un tempérament obsessionnel ou une façon d’être rigide ou anxieuse, qui peut, selon l’événement, décompenser (c’est-à-dire que l’obsessionnel ne va plus sortir de chez lui, par exemple). Or, s’il y a un traitement à la base, ce facteur peut être pris en charge ;
  • la gestion de sa pathologie en fonction de sa personnalité ;
  • les éléments dépressifs (qui sont très importants).

5) La systémique

L’approche systémique consiste à ne plus regarder le symptôme en tant que tel et l’individu seul, mais au tout en tant que système.

  • le fonctionnement du couple : le couple est un système (la famille également), il est donc important de se demander ce que vient signifier la dysfonction érectile dans ce système, ce qui se joue dans le couple, etc. La résolution systémique passe par la résolution du problème et par la résolution des lois du système, on recolmate les choses afin que les lois qui sont présentes actuellement changent ;
  • les conséquences de la pathologie ;
  • les facteurs anxiogènes du couple.

6) Le/la partenaire

Que fait-on du/de la partenaire dans tout cela ?

Ce(tte) dernier(e) présente divers comportements face à la dysfonction érectile de son conjoint.

Bien souvent, le/la partenaire est attentiste :

  • Il/elle accepte le symptôme en le banalisant : il/elle dit à son conjoint que ce n’est pas grave, que cela vient de son âge, que c’est normal, etc. Or, ce genre de paroles provoque un renforcement négatif et de l’évitement, car s’il s’agit d’un phénomène normal, alors le conjoint qui est en atteint ne cherchera pas à le résoudre.

Chez certains couples, la banalisation et l’évitement sont des phénomènes anciennement installés et sont d’autant plus difficiles à corriger. Par exemple, certains des couples mariés ont passé 8 ans sans sexualité (quasiment depuis leurs débuts parfois) à cause d’une éjaculation précoce. Bien souvent, ces couples-là finissent par venir consulter car ils souhaitent avoir un enfant. Cette absence totale de sexualité est tellement bien installée qu’il est complexe de réintroduire tout cela dans la psychologie du couple.

  • Il/elle se culpabilise : les positions dépressives peuvent également exister chez le/la partenaire, qui pense que tout est de sa faute, qu’il/elle n’est plus assez bien, qu’il/elle stresse trop son conjoint, etc.
  • Il/elle accuse : le/la partenaire pense que son conjoint ne l’aime plus, qu’il a une maîtresse, etc. C’est un phénomène très typique.
  • Il/elle se met à réagir brutalement : c’est une attitude que l’on observe et que l’on peut définir dès les premières consultations. Par exemple, la femme du patient explose de colère et nous fait toute une pièce de théâtre, accusant son mari d’être sans cesse occupé et de ne rien comprendre. Bien souvent, dans la dualité femme-homme, la femme n’a pas la conception selon laquelle il est possible qu’un homme se sente aussi mal face à un problème d’érection. Et le patient touché par la dysfonction érectile, lui, s’imagine rarement que son problème peut avoir autant d’impact sur son/sa partenaire.

On entend souvent dire que des femmes tentent de se suicider parce qu’elles ne parviennent pas à avoir d’enfant, mais un homme peut également être amené à se suicider ou à avoir des dépressions sévères parce qu’il n’a plus d’érection. L’impact sur chacun des deux partenaires (homme et femme) est très différent.

Information

Le but de la première consultation est donc de pouvoir répondre à toutes les demandes du patient et de son/sa partenaire.

Dr Arnaud ZELER

La dysfonction érectile

11 octobre 2013 dans par

Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

DEFINITION

La dysfonction érectile est un trouble de l’érection caractérisé par une incapacité persistante ou récurrente à obtenir ou à maintenir une érection permettant un rapport sexuel satisfaisant

  • Evoluant depuis au moins 3 mois (à la différence de la « panne » sexuelle)
  • Induisant une souffrance du patient ou du couple
  • Le diagnostic se fait sur l’interrogatoire (pas besoin d’examen complémentaire pour faire le diagnostic)

D’après le DSM51, un trouble de l’érection se défini selon les critères diagnostics suivants :

  • A. Au moins un des trois symptômes suivants doit être éprouvé dans toutes ou presque les occasions (approximativement 75-100%) d’activité sexuelle avec un partenaire (dans des contextes situationnels identifiés ou, si de type généralisé, dans tous les contextes) :
    1. Difficulté marquée à parvenir à une érection au cours de l’activité sexuelle.
    2. Difficulté marquée à parvenir à maintenir l’érection jusqu’à l’achèvement de l’acte sexuel.
    3. Diminution marquée de la rigidité érectile.
  • B. Les symptômes du critère A persistent depuis une durée minimum d’approximativement 6 mois.
  • C. Les symptômes du critère A provoquent une détresse cliniquement significative chez la personne.
  • D. La dysfonction sexuelle n’est pas mieux expliquée par un trouble mental non sexuel, comme étant la conséquence d’une souffrance sévère liée à une relation ou par d’autres facteurs de stress significatifs et n’est pas due aux effets d’une substance, d’un médicament ou d’une autre affection médicale.

Il faut spécifier le type de survenue de la difficulté :

  • De tout temps : La perturbation est présente depuis que le sujet est devenu sexuellement actif.
  • Acquis : La perturbation a débuté après une période d’activité sexuelle relativement normale.

Le trouble de l’érection peut être :

  • Généralisé : La perturbation n’est pas limitée à certains types de stimulations, de situations ou de partenaires.
  • Situationnel : La perturbation ne survient qu’avec certains types de stimulations, de situations ou de partenaires.

La dysfonction érectile peut être classée en fonction de la sévérité :

  • Léger : Présence d’une souffrance légère accompagnant les symptômes du critère A.
  • Moyen : Présence d’une souffrance moyenne accompagnant les symptômes du critère A.
  • Grave : Présence d’une souffrance sévère accompagnant les symptômes du critère A.

PHYSIOPATHOLOGIE

Il peut y avoir différentes origines à la dysfonction érectile :

  • Une origine psychogène
  • Une origine neurologique : toutes les pathologies possibles d’interruption de l’influx nerveux entre le cerveau et la verge
  • Une origine vasculaire : ce sont tous les facteurs de risques cardio-vasculaires (FDRCV) qui abiment l’endothélium
  • Une origine hormonale : avec le rôle la testostérone, qui est brisé par qui agit surtout sur le désir sexuel mais aussi sur la trophicité des nerfs ainsi que sur la verge
  • Une origine musculaire : en particulier les maladies en rapport avec la qualité du tissus érectile (dans certains maladies le tissu érectile peut s’abîmer jusqu’à des fibroses des tissus caverneux qui font que les fibres musculaire de la verge se transforment en fibrose)

EPIDEMIOLOGIE

  • La dysfonction érectile est un symptôme très fréquent qui a une prévalence variable selon les populations étudiées et les critères de diagnostic, il n’y a donc aucun sens à proposer une prévalence prenne globale.
  • On sait cependant que cette difficulté augmente exponentiellement avec l’âge :
    • avant 40 ans : 1 à 10% de dysfonction érectile
    • entre 40 et 50 ans : 10 à 15% de dysfonction érectile
    • entre 50 et 60 ans : augmentation nette malgré de grandes variations entres les études
    • 60-70 ans : 20 à 40%
    • >70 ans : entre 50 et 100%

Les variations entre les différentes études sont surtout liées aux critères utilisés pour définir la dysfonction érectile.

A – Epidémiologie analytique

Les facteurs de risques de dysfonction érectile sont :

  1. L’âge2 :
    • 5x plus de DE chez les 50-60 ans,
    • 10x plus chez les 60-70
    • et 20x plus chez les 70-80 ans que chez les 30-40 ans
  2. Les facteurs de risques cardio-vasculaires

Au total, ces facteurs de risque de dysfonction érectile sont imbriqués avec une fragilisation du patient par son état somatique.

B – Épidémiologie des diagnostic de pathologie générale découverts au cours d’une consultation pour dysfonction érectile

1 – Diabète

Sur 129 patients  venus consulter pour une dysfonction érectile3 :

Le diabète peut aussi retentir sur le désir, l’éjaculation, l’orgasme, la lubrification, les douleurs, les infections génito-urinaires, la fatigue et le rapport au corps. Ces dimensions sont détaillées dans l’article Retentissement du diabète sur la sexualité.

  • 17% étaient diabétiques connus, le reste n’étaient pas supposé être diabétique
  • Une glycémie à jeun a été réalisée qui a retrouvé :
    • 12% de patients avec une intolérance au glucose, ou « état pré-diabétique » (glycémie comprise entre 5,5 et 7 mmol/L)
    • 4,7% avec un diabète nouvellement découvert (glycémie à jeun > 7 mmol/l)

2 – Maladie cardiovasculaire

Selon les critères de Framingham, le risque d’avoir un accident cardiovasculaire dans les 10 ans serait augmenté en cas de dysfonction érectile4.

L’association avec l’angor a aussi été démontrée avec 49% de dysfonction érectile associée à une coronarographie pathologique avec dans 67% des cas la dysfonction érectile qui précédait l’angor 5

La dysfonction érectile peut être un symptôme d’une maladie cardiovasculaire. Il faut donc faire un bilan cardiovasculaire.

Mais elle peut également être une pathologie sans lien cardiovasculaire.
Il faut donc faire la difference entre dysfonction érectile symptôme et dysfonction érectile maladie.

  • Si la dysfonction érectile est une maladie on va la prendre en charge,
  • si ce n’est qu’un symptôme, il faudra en plus mettre en place des mesures de dépistage, prévention ainsi que des thérapeutiques spécifiques des pathologies associées.

ETIOLOGIES

1- Les causes organiques

Elles ont toujours un retentissement psychologique.

  • métabolisme : diabète (représente 33% des causes organiques de dysfonction érectile), dyslipidémie, syndrome métabolique
  • cardiologie : hypertension artérielle, athérosclérose (infarctus, artériopathie, revascularisation coronarienne), médicaments à visée cardiologique (diurétiques, béta-bloquants, anti- hypertenseurs centraux, inhibiteurs calciques, hypolipémiants, digitaliques, vasodilatateurs)
  • neuro-psychiatrie : dépression, sclérose en plaques, Maladie de Parkinson, AVC, Maladie d’Alzheimer, épilepsie, traumatisme médullaire ainsi que tous les médicaments associes (anti-épileptiques, neuroleptiques, antidépresseurs)
  • urologie : chirurgie pelvienne (prostatectomie radicale), chirurgie vasculaire (sympathectomie), radiothérapie pelvienne
  • néphrologie : insuffisance rénale (due à une intoxication globale avec asthénie et troubles hormonaux)
  • toxiques : alcool, tabac via l’athérosclérose, toxicomanie via trouble de l’intérêt
  • tissulaire : fibrose du tissu érectile (Maladie de Lapeyronnie, Dupuytrain) qui se manifeste volontiers chez les diabétiques non équilibrés. Le premier signe de neuropathie diabétique est l’éjaculation rétrograde avant la dysfonction érectile.

2 – Les causes psychogènes

  • événements de vie,
  • angoisse de performance,
  • anxiété, dépression,
  • conflits conjugaux,
  • ignorance de la sexualité,  contraintes religieuses,
  • névroses caractérisées – Psychoses – Personnalités déviantes, Perversions (…)

3 – Arguments d’orientation

Cause plutôt organiqueCause plutôt psychogène
Début progressifDébut brutal
Disparition des érections nocturnes (qui sont des érections qui se produisent normalement pendant le sommeil paradoxal)Erections nocturnes conservées
Conservation de la libidoLibido émoussée
Éjaculation à verge molle : pour éjaculer il n’y a pas forcément besoin d’avoir une érection très dure même si ça marche mieux car les corpuscules sensitifs sont plus facilement stimulés en érectionAbsence d’éjaculation
Partenaire stableConflit conjugal
Personnalité stable à humeur normaleAnxiété dépression
Pas de facteur déclenchantFacteur déclenchant psycho affectif ou relationnel
Arguments d’orientation vers une dysfonction érectile d’origine plutôt organique ou plutôt psychogène

4 – Les facteurs protecteurs de la DE

  1. activité physique
  2. minceur
  3. Faible consommation d’alcool
  4. absence de tabagisme

5 – Pathologies croisées

Il y a des associations entre dysfonction érectile et :

  • Obesité, Syndrome Métabolique, (Diabète, maladies cardiovasculaires, Hypotestostéronémie)
  • Maladies et facteurs de risque cardiovasculaires : AVC, Infarctus du Myocarde, Cardiopathie, HTA, Hypercholestérolémie, HDL Bas, Athérosclérose, Artériopathie périphérique.
  • Troubles mictionnels
  • Dépression
  • ATCD d’avoir abusé sexuellement d’une femme

DIAGNOSTIC

A –  Interrogatoire

1 – Description du trouble

  • S’assurer qu’il s’agit bien d’un trouble de l’érection (vocabulaire, reformulation)
  • Sévérité et intensité :
    • empêchement de la pénétration,
    • orgasme possible ou non,
    • cotation de la qualité de l’érection sur une échelle de 1 à 10
  • Mode de début :
    • brutal (événement déclenchant ?)
    • ou progressif
  • Durée d’évolution
  • Circonstance de survenue :
    • Constant (problème qui se manifeste à chaque rapport),
    • variable (selon les partenaires, les activités -pénétration caresses fellation-)
    • masturbation
  • Erections matinales
  • Autres réactions sexuelles : douleurs, éjaculation, orgasme, désir sexuel (si désir émoussé il faudra doser la testostérone)

2 – Conséquences sur le désir et les activités sexuelles

  • trouble du désir secondaire
  • évitement

→ Lié au fait qu’en cas de dysfonction érectile on préfère regarder la télé que de faire une tentative où l’on risque de se retrouver frustré

3 – Histoire sexuelle

  • couple
  • partenaires
  • ruptures
  • périodes d’abstinence prolongée -> testostérone se met au repos, psychologiquement on hésite avant de se remettre en selle etc
  • habitudes sexuelles

4 – Attitude de la partenaire

On va en tenir compte car elle pourra être :

  • aidante (mais ça ne marche toujours pas malgré le fait qu’elle s’investisse)
  • non intéressée (ça n’aidera pas si la femme n’est pas intéressée par le sexe)
  • ne sait pas (n’en on pas parlé) : mais on ne sait pas si c’est parce que la femme n’est pas intéressée ou si elle n’ose pas par peur de le froisser
  • critique : limite le patient se fait engueuler au cabinet

5- Recherche des facteurs de risques

  • ATCD médicaux :
    • maladies cardiovasculaires,
    • diabète,
    • facteurs de risques cardiovasculaires : tabac, alcool, hypertension artérielle
    • Troubles urinaires du bas appareil
    • Cancer
    • Dépression
    • Chirurgie
    • Traumatismes
  • Traitement médicamenteux
  • Facteurs socio-économiques
    • Travail
    • Entourage familial
    • Vie sociale
    • Difficultés financières

6- Questionnaires

Ils sont surtout utilisés pour faire des études comme outil de recherche clinique (par exemple, c’est le questionnaire IIEF qui a été utilisé pour les IPDE5)6

Questionnaire IIEF-15 (15 questions)
Questionnaire IIEF-15
Questionnaire IIEF-15
SCORE IIEF-5 (5 questions)

Questionnaire permettant d’évaluer la fonction sexuelle au cours des 6 derniers mois.

Evaluation en ligne : Questionnaire IIEF-5 pour l’auto-évaluation de la dysfonction érectile

Sexual Health Inventory for Men (SHIM) (cinq
questions)
Sexual Health Inventory for Men (SHIM)
Sexual Health Inventory for Men (SHIM)

B – Examen clinique

  • Examen génital
    • caractères sexuels secondaires,
    • virilisation,
    • organes génitaux,
    • Lapeyronie (on peut demander au patient de se prendre en photo en érection pour apprécier la courbure)
    • Toucher rectal
  • Examen vasculaire
    • Tension artérielle
    • pouls périphériques
  • Examen neurologique

C – Bilan biologique

Les examens compliqués ne se font plus en première intention (pharmaco-écho Doppler pénien c’est à dire un écho Doppler pénien sous érection pharmacologique par injection intra caverneuse, Rigidimetrie nocturne ou avec stimulation visuelle mais on fait aussi bien avec un interrogatoire, le dosage de la prolactine qui ne se fait que si la première testostérone est basse associé au dosage de FSH, LH et NFS, sans parler des explorations neurophysiologiques périnéales qu’on ne pratique quasiment plus)

PRISE EN CHARGE

A – Prise en charge non médicamenteuse

  1. Correction des facteurs de risques et des comorbidites : facteurs de risques cardio-vasculaires (HTA, tabac, alcool, cholestérol), diabète…
  2. Mesures hygiéno-diététiques
  3. Prise en charge de la iatrogénie médicamenteuse (en relation avec le prescripteur). Par exemple, en temps que médecin sexologue, on peut remplacer un bêta bloquant par un diurétique, mais en s’assurant qu’il n’a pas été prescrit pour un trouble du rythme.

B – Traitement pharmacologique

1 – Traitement étiologique

  • Traitement androgénique en cas d’hypogonadisme
  • Traitement d’une hyperprolactinémie

2 – Traitements pro-érectile

  1. (Historiquement) La yohimbine (qui en fait est un placebo)
  2. Les Inhibiteurs de la phosphodiesterase de type 5 (IPDE5)
    • sildenafil : Viagra 25mg/50 mg/100 mg – demi-vie 6h – délai d’action 30 min
    • tadalafil : Cialis 10 MG/ 20 mg – demi-vie 36h – délai d’action 45 min
    • tadalafil quotidien : Cialis 2,5 mg/5 mg – pas de délai d’action (à prendre tous les jours)
    • vardenafil : Levitra 5/10/20 – demi-vie 6h
    • avanafil : Spedra 50/100/200 – demie-vie 8-9h – délai d’action 20 min
    • à prendre 1h avant les rapports
    • nécessité une stimulation sexuelle (apport de NO)
    • Contre-indication : prise de dérivés nitrés et contre-indication de l’effort physique du rapport sexuel.
  3. Les injections de Prostaglandines-E1 (PgE1)
    • alprostadil injection intra caverneuse:  Caverject®, 10ug 20ug –  Edex® 10ug 20ug
    • alprostadil voie intra-urétrale, PgE1 : Vitaros® 1000 ug

Mécanisme d’action des IPDE-5

La Phosphodiestérase de type 5 (PDE5) est une enzyme produite dans les cellules musculaires lisses et les vaisseaux. Elle intervient à la fin du processus de l’érection pour permettre la détumescence du pénis après le rapport sexuel.

Les Inhibiteurs de la Phosphodiestérase de type 5 (IPDE-5) comme le sildenafil (Viagra®), le tadalafil (Cialis®) et l’avanafil (Spedra®) bloquent l’action de cette enzyme, ce qui permet à l’érection de se maintenir plus longtemps.

Mécanisme d’action des PGE-1

L’Alprostadil est une prostaglandine E1 (PGE1) qui provoque une relaxation des cellules musculaires lisses du corps caverneux, du corps spongieux et de l’artère caverneuse.

Contrairement aux IPDE-5, qui fonctionnent en empêchant l’érection de retomber, la PGE1 va donc être capable d’initier une érection même en l’absence de stimulation.

3 – Traitements non médicamenteux

  • le vacuum (anglo-saxons)
  • la chirurgie vasculaire surtout chez les grand traumatisés
  • les prothèses péniennes quand vraiment rien ne marche plus
    • différents types : semi-rigides, malléables, gonflables
    • principal défaut : destruction des corps caverneux
    • complications : infections, dysfonctions, érosions, migrations

4 – La prise en charge psychosexologique

  • Prise en charge de l’anxiété de performance
  • Apprentissage et changement des scenario sexuels inadaptés
  • Prise en charge des facteurs psychologiques personnels et interpersonnels,
  • des conflits de couple,
  • des troubles psychologiques et psychiatriques


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Références

  1. American Psychiatric Association, Marc-Antoine Crocq, Julien-Daniel Guelfi, Patrice Boyer, Charles-Bernard Pull, et Marie-Claire Pull. DSM-5 – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. 5e édition. Elsevier Masson, 2015.[]
  2. Braun et al. Int J Impotence Res 2000 ; 12 : 305-311 – Résultats portant sur les 4489 questionnaires complets évaluables sur 8000 patients interrogés[]
  3. Sairam et al. BJU 2001 ;81 :68-71[]
  4. Roumegere et al. 2003 ; 44 : 355-359, Étude prospective comparative menée chez 315 hommes agés de 35 à 75 ans[]
  5. Montorsi et al. Euro Urol. 2003[]
  6. F. Giuliano. Les questionnaires recommandés en médecine sexuelle. Progrès en Urologie, Volume 23, Issue 9, July 2013, Pages 811-821.View Abstract[]
Dr Arnaud ZELER

Les troubles de l’orgasme chez l’homme

11 octobre 2013 dans par

Circuit nerveux de l'orgasme
Note importante

Ce cours a été rédigé par le Dr ZELER comme complément aux enseignements du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Des erreurs, des imprécisions ou des évolutions scientifiques peuvent subsister.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

PREAMBULE

L’orgasme est un sujet extrêmement compliqué1.

Pendant les secousses cloniques accompagnant l’éjaculation, l’homme ressent des sensations agréables. Ces sensations voluptueuses portent le nom d’orgasme.
Les secousses cloniques à la fréquence de 0,8 secondes sont accompagnées de décharges d’ocytocine, qui est l’hormone liée à l’attachement.

L’orgasme à une qualité, une intensité et une durée très variable selon les individus d’une part, et chez le même individu, d’une expérience à l’autre d’autre part. Chez certains le plaisir orgasmique est peu intense, souvent bref.

L’orgasme peut survenir au cours du coït ou lors de caresses. L’excitation procurée par le ou la partenaire peut suffire pour l’orgasme. Dans d’autres circonstances, le sujet est obligé de recourir à des fantasmes pour parvenir à l’orgasme.

I – DEFINITION

Le DSM IV indique s’agissant du trouble de l’orgasme chez l’homme :

Absence ou retard persistant ou répété de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale, lors d’une activité sexuelle que le clinicien juge adéquate en intensité, en durée et quant à son orientation, compte tenu de l’âge du sujet.

Définition du DSM-IV

L’orgasme est habituellement suivi d’une sensation de bien-être, de détente, ou, au contraire, d’une sensation de lassitude ou de tristesse… Qui peut être associée à une dysorgasmie.
Chez d’autres individus, il peut s’accompagner de mots, de cris, d’une gesticulation plus ou moins violente et désordonnée, de gestes stéréotypés, de manifestations végétatives (hyperhémie cutanée, sudation, salivation, etc… )

L’importance que le plaisir en général, et le plaisir sexuel en particulier, occupent dans l’organisation psychologique et la vie des individus, explique les grandes variations observées.

Orgasme et éjaculation antérograde ne sont pas synonymes même si ils sont en général quasi contemporains.
On peut en effet observer :

  • Un orgasme sans éjaculation : les yogis qui pratiquent le Yoga Tantra (yoga sexuel) essaient de retarder l’éjaculation dans des rapports sexuels immobiles qui peuvent durer des heures. On peut aussi l’observer quand il y a suppression de la phase d’émission, sans altération de la phase d’expulsion qui se fait alors à vide (atteinte neurologique).
  • une éjaculation rétrograde (chez les patients opères de la prostate, les antidépresseurs tricycliques…)

Il existe également des éjaculations sans orgasme. Cela devrait être l’objet des études, mais c’est très compliqué à étudier et à séparer les problèmes d’éjaculation et les problèmes d’orgasme.

II – CLINIQUE

Beaucoup de cas peuvent échapper à l’observation car érection et éjaculation sont normales. Il faut donc s’enquérir des sensations, de la satisfaction sexuelle, analyser l’attitude du patient à l’égard de l’acte sexuel

Quelques exemples :

  • le rapport sexuel est considéré comme un devoir conjugal;
  • le rapport sexuel rassure sur la puissance sexuelle;
  • il y a un manque de désir avec insensibilité psychique;
  • il existe des ruminations mentales, des pensées parasites pendant le rapport sexuel;
  • la tension sexuelle persiste après l’orgasme;
  • il existe une culpabilité, un dégoût, une fatigue intense, des douleurs, des sentiments dépressifs après les rapports, avec l’envie de quitter la partenaire (associé à des troubles de la personnalité). La responsabilité de la mésentente sexuelle est rejetée sur la partenaire;
  • il existe un sentiment général d’infériorité, d’incapacité, de malchance, d’échec; L’orgasme ne vient que si on arrive à lâcher prise.
  • Le choix de la pratique ne permet pas la satisfaction sexuelle comme chez :
    • le masturbateur chronique chez qui le rapport sexuel ne donnera pas le même plaisir que par sa main
    • le blasé sexuel qui a tout connu
    • l’homosexuel vivant une hétérosexualité
    • l’habitué des prostitué. Avec les prostitué il ne se sentira pas coupable et parfaitement libre car il aura payé, mais avec une femme non vénale cela le mettra devant des difficultés car la femme aura le droit à s’attendre à autre chose.

III – DIAGNOSTIC

La conduite du diagnostic se basera tout d’abord sur un entretien puis sur un examen physique et enfin des examens complémentaires si nécessaire.

1 – L’interrogatoire

A – Préciser le vocabulaire

Les propos des patients sont souvent vagues, confus.
Certains sujets n’arrivent pas en effet, à définir s’ils ont un orgasme ou non pendant le coït.
Il faut donc être précis au cours de l’interrogatoire, de manière à obtenir les réponses les plus claires possibles afin d’éviter de s’orienter sur des fausses pistes.

IL CONVIENT D’ETRE TRES ATTENTIF AU VOCABULAIRE, vérifier que chaque question est bien comprise, et reformuler chaque réponse du patient
Il faut essayer de ne pas rester dans le vocabulaire avec lequel on réfléchit mais de se mettre au niveau du patient afin qu’il comprenne les questions et les instructions

Le trouble peut être :

  • primaire (avoir existé depuis le début de la vie sexuelle), ou secondaire (il y a eu une période sans symptôme);
  • constant ou variable;
  • général ou spécifique (par exemple coïtal);
  • « partenaire-dépendant »

 B – Rechercher des antécédents

  • maladies aiguës ou chroniques (diabète, alcoolisme)
  • interventions chirurgicales (au niveau de la prostate, du périnée, du rectum);
  • traumatismes divers du rachis (paraplégie) ou du crâne (avec ou sans coma);
  • affections neurologiques (neuropathies périphériques, polynévrites, maladie de Parkinson…);
  • affections psychiatriques (épisode dépressif…); – infections diverses, notamment MST;
  • prises médicamenteuses régulières;
  • style de vie: tabac, sport…

C – Histoire sexuelle

Il faut parcourir le cursus sexuel du patient, sa vie conjugale, éventuellement extraconjugale et s’enquérir des réactions de sa ou de ses partenaires, de sa vie familiale, des circonstances d’apparition de l’hypoorgasmie, de l’anorgasmie, ou de la dysorgasmie. Rechercher la première expérience à la recherche de l’empreinte, rechercher des blessures importantes etc

D – Histoire professionnelle

Il est important d’observer sa vie professionnelle dont on connaît la symbolique sexuelle qui s’y rattache.

2 – L’examen physique

  • de l’appareil génital, dont la prostate;
  • de l’imprégnation androgénique ;
  • neurologique.

3 – Les examens complémentaires

Ils sont demandés en fonction des éléments rapportés par l’interrogatoire et l’examen physique:

  • dosages hormonaux (testostérone…);
  • électromyogramme périnéal;
  • électroencéphalogramme;
  • scanner.

Mais c’est vraiment très rare d’y avoir recours, l’interrogatoire et l’examen physique permettant dans l’immense majorité de faire le diagnostic s’ils sont bien fait.

IV – EVOLUTION

Spontanément l’évolution peut être longtemps stationnaire ou se faire dans deux directions différentes :

  • l’abstinence sexuelle
  • la neurasthénie génitale.

1- L’abstinence sexuelle

Parmis les motifs allégués, la peur de l’impuissance vient au premier rang suivie par des rationalisations parfois étonnantes:

  • pas d’occasion;
  • pas d’argent;
  • le travail : l’esprit est occupé par les soucis, le métier : on a pas le temps de penser à « ça »;
  • les motifs moraux ou religieux,
  • la crainte des MST et actuellement du SIDA,
  • crainte de grossesse et tous les intégristes.

Ce sont des choses énoncées mais souvent des paravents derrière lesquelles les patients se cachent.
L’abstinence est rarement totale (il existe souvent des satisfactions masturbatoires)

2 – La neurasthénie génitale

Malgré le terme d’asthénie, cet état clinique ne doit pas être confondu avec la simple fatigue sexuelle. Il s’agit d’un état grave et persistant d’incapacité érectile.

  • Les érections sont absentes ou sont de simples gonflements sans rigidité.
  • Les éjaculations se font à verge molle.
  • Les masturbations sont quotidiennes.
  • Il y a des pollutions nocturnes, des écoulements de sperme spontanés ou en urinant, ou à la défécation.

Sur ce fond de dysfonction érectile, toute une série de troubles somatiques se manifestent: fatigue , maux de tête, nausées, oppression thoracique, incontinence urinaire, constipation chronique, douleurs, troubles du caractère, difficultés cognitives…

Parfois, la neurasthénie génitale frappe surtout l’éjaculation et le patient consulte pour éjaculation prématurée, mais l’éjaculation est tout à fait particulière:

  • elle apparaît avant même la pénétration
  • le pénis est plus ou moins flasque et insensible
  • l’écoulement de sperme est continu et non pas saccadé (éjaculation baveuse)

Les fantasmes sont prégénitaux : se blottir, téter. Il n’y a pas de représentation de la pénétration.

On retrouve des symptômes neurasthéniques généraux : constipation, céphalées, fatigue, hypochondrie.

V- Étiologies

A – Causes iatrogènes

Le patient prend-il des médicaments ? Par exemple des neuroleptiques, certains antidépresseurs comme la Clomipramine (Anafranil(R[double], les sérotoninergiques (Fluoxétine, Fluvoxamine, Paroxétine…), les IMAO qui peuvent aller jusqu’à bloquer l’éjaculation.

B – Causes organiques

1- Pathologie métabolique ou hormonale

Les étiologies métaboliques sont fréquentes. Elles se manifestent soit directement, soit par l’intermédiaire de neuropathies.

  • Le diabète et l’alcoolisme sont des causes fréquentes d’anorgasmie.
  • L’hyperprolactinémie incite à rechercher un adénome hypophysaire ou une origine iatrogène.
  • Les insuffisances :
    • thyroïdienne,
    • surrénale,
    • hypophysaire.

2 – Atteinte neurologique

Toutes les atteintes nerveuses sont à considérer :

  • la sclérose en plaque,
  • les traumatismes médullaires,
  • les lésions du plexus hypogastrique,
  • Les atteintes cérébrales sont aussi à rechercher

3 – Infections génitales

Parfois des infections génitales mal traitées et persistantes (prostatite chronique) peuvent créer la « sexose post MST » (Gellman, 1986).
La sexose est une organisation chronique symptomatique qui associe une dysfonction sexuelle, des affects anxiogènes (honte, culpabilité, dégoût, détachement, anticipation anxieuse) et des manifestations somatiques génitales.

4 – Après intervention chirurgicale sur l’urètre ou la prostate

L’ adénomectomie entraîne une éjaculation rétrograde définitive. Il est fréquent que les sujets (et leurs partenaires) se plaignent non seulement d’une éjaculation « sèche », mais encore d’une modification de la qualité et/ou de l’intensité de l’orgasme.
Il y a des gens mieux informes que d’autres après une intervention et ceux qui ont mal reçu l’information souffrent plus de problèmes de dysorgasmie que ceux qui ont été bien informés car ils ont eu le temps de s’approprier cette information, de se projeter et de commencer à faire le deuil de leur sexualité d’avant alors que ceux qui n’ont pas été bien informés ne reçoivent pas l’information mais directement le trouble ce qui va être reçu comme un traumatisme.

Plus on informe les patients mieux c’est. Après une intervention sur la prostate il peut y avoir des difficultés au niveau de la prostate (éjaculation et orgasme) avec présence des sensations mais éjaculation « sèche » qui peut être frustrant pour beaucoup d’hommes si ils n’ont pas eu le temps de s’y préparer. C’est également une idée qu’ils projettent dans la fantasmatique de leur compagne.

C’est également vrai pour les psychiatres qui prescrivent des antidepresseurs. Si on ne dit pas que cela peut entraîner des difficultés sexuelles le patient ne dira rien mais arrêtera le traitement. On sait qu’aujourd’hui il y a des patients qui arrêtent des traitements extrêmement importants car ceux-ci entraînent des difficultés sexuelles et que le médecin n’en parle pas. Dès que le patient à un trouble sexuel alors qu’un traitement a été mis en place il va le mettre sur le compte du médicament même si ça n’est pas forcément lié de manière directe. C’est d’autant plus dommage qu’il suffirai d’en parler pour faire les ajustements nécessaires.

5 – Le vieillissement

CE N’EST PAS UNE MALADIE ! C’est un phénomène naturel et c’est dur à expliquer car on est dans une société en plein jeunisme.
Les trouble sexuels lies à l’âge sont du au vieillissement de l’organisme : artériel, cérébral, neurologiques, hormonal.
Il ne faut pas se dire « j’ai plus 25 ans ça je peux plus faire ça je peux plus faire » mais plutôt « j’ai plus 25 ans mais ça je peux encore faire, ça je peux encore faire et ça je peux encore faire ».

Le vieillissement est un phénomène naturel, essayons de nous adapter au lieu de le refuser.
Les patients ne souffrent pas d’une dysfonction sexuelle mais ce qui les amène est lié à une évolution naturelle qui est le vieillissement. Ceux qui sont très sensible à la frustration c’est difficile de les soigner en temps que sexologue.

C – Les cause psychiques

Le premier organe sexuel est le cerveau et encore plus pour l’orgasme qui est un phénomène surtout cérébral. Les zones érogènes génitales n’en sont que le point de départ, et les muscles périnéaux ne sont que les effecteurs du réflexe orgasmique.

Les traits de personnalité retrouvés dans l’anorgasmie sont l’absence plus ou moins complète de mentalisation ou de fantasmatisation, de rêves autour de la sexualité. Leur imaginaire est déficient. Ce sont des personnes hyper organisées, jamais pris en défaut et quand on leur demande quels sont leur fantasmes ils ne savent pas.

C’est ce que Marty et Fain ont appelé « les personnalités à structure opératoire« .

H. Laube a, pour sa part, dressé le tableau de « l’homme frigide » qui associe froideur relationnelle et anorgasmie. Le contact avec eux est compliqué, on ne sait pas par quel bout les prendre.

Dans un certain nombre de cas, on rencontre des maladies mentales chroniques graves: névroses obsessionnelles, parfois des états-limites, et, bien sûr des psychoses (schizoidies, schizophrénies, paranoïas).

Sur le plan psychologique ces patients sont pratiquement tous des sujets qui sont en régression ou fixés à des niveaux pré-génitaux, en particulier au niveau oral ou anal. D’autres sujets ont des fantasmes sexuels tout à fait particuliers, liés à ce niveau pré- génital , soit des fantasmes SM, soit des dérivés.

Enfin beaucoup de ces patients semblent fixés à un niveau phallique ou phallique-narcissique avec des intérêts homosexuels prédominants qui empêchent tout plaisir avec les femmes.

D – Les troubles de l’orgasme secondaires à une autre dysfonction sexuelle

E – Le conflit conjugal

VI – PRISE EN CHARGE

Traitement étiologique

Si on retrouve une étiologie on va essayer d’agir sur celle ci notamment en case de iatrogénie, de trouble hormonal, d’anxiété ou de dépression et également de conjugopathie mais parfois ça sera plus dur (lésion cérébrale ou médullaire…).
Il est cependant très rare de se trouver face à une problématique simple. Parfois c’est au fur et à mesure de l’accompagnement que les éléments se précisent.

Quand on fait de la thérapie dans ce domaine on pose des choses sur la table. C’est au patient de choisir ce qu’il prend. Parfois y en a qui prennent tout (faut se méfier), parfois y en a qui prennent juste un truc qui va faire écho à leur vie et sur lequel ils vont travailler tout seul et ça permet de solutionner des choses. Les patients ont des ressources qui sont incalculables.
Qu’un qui s’engage dans une démarche thérapeutique c’est qu’un qui veut faire bouger les choses.

Sexothérapie

Il est important d’essayer d’aider le patient à communiquer avec lui-même, avec sa partenaire, d’essayer de se connaître l’un l’autre un peu mieux. Le corps à des ressources que la plupart des patients ne connaissent pas et qu’il faut leur inciter à découvrir. Il faut les mettre dans une ambiance différente de d’habitude avec des odeurs et des gestes différents de d’habitude par exemple en leur proposant des massages en leur interdisant des rapports sexuels pendant le massage. Cela permet d’apaiser les tensions et de se retrouver dans un climat apaisé, de faire en sorte qu’ils se découvrent de manière différente, qu’ils trouvent une complicité sur le dos du thérapeute et de transgresser l’interdit en étant suffisamment complice l’un l’autre. Mais les obsessionnel faut pas mettre en place de prescription paradoxale chez eux parce qu’ils ne transgresseront jamais l’interdit.

Références

  1. Rigot, J.-M., F. Marcelli, et F. Giuliano. « Troubles de l’éjaculation à l’exception de l’éjaculation prématurée, troubles de l’orgasme ». 3 juillet 2013. https://www.em-consulte.com/en/article/818817.[]