La polyarthrite rhumatoïde et ses répercussions sur la santé sexuelle

Article invité

Cet article est un article invité écrit par Muriel BACCIGALUPO, Sexologue Clinicienne, chroniqueuse et formatrice en santé sexuelle et maladies chroniques.

Diplômée d’un Certificat en Sexualité Humaine de l’Université Laval à Québec, d’une Licence et d’une Maîtrise en Sexologie de l’Université du Québec à Montréal, Muriel BACCIGALUPO exerce la profession de Sexologue Clinicienne en pratique libérale depuis plus de 25 ans.Elle a de plus participé à l’élaboration de plusieurs MOOCs en santé sexuelle pour la rhumatologie, la gastroentérologie et la pneumologie, comme PRsonne n’en parle !

La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie inflammatoire qui touche plusieurs articulations.

Comme toute maladie chronique, celle-ci peut perturber la santé sexuelle et la qualité de vie des patients qui en sont atteints. Cette réalité reste pourtant sous-évaluée en pratique clinique.

Les raisons évoquées par les acteurs de santé en rhumatologie sont la contrainte de temps, le sentiment d’être mal à l’aise avec les problèmes sexuels et les interrogations sur leur rôle et leur compétence dans ce domaine de la santé sexuelle1.

A ce titre, le Ministère de la Santé dans son Plan de Stratégie en Santé Sexuelle 2017/2030 recommande non seulement de prendre en compte l’impact des maladies chroniques sur la vie sexuelle des patients, mais appelle aussi à la formation des intervenants et à la mise en œuvre de soins de support2

Retentissements de la PR sur la santé sexuelle

Les premiers travaux de la littérature qui abordent ce sujet apparaissent vers 1980 et sont alors peu nombreux.  Depuis, l’intérêt grandissant pour le concept de qualité de vie des patients et la promotion de la recherche dans ce domaine incitent les divers acteurs de santé à se pencher davantage sur le sujet. 

Selon les études, 31 à 76% des patients suivis pour une polyarthrite rhumatoïde rapportent avoir des difficultés sexuelles34.

En 2010, l’Andar (Association nationale de défense contre l’arthrite rhumatoïde) mène une enquête d’envergure auprès de 1300 de ses membres. Celle-ci révèlera un impact négatif de la PR sur la sexualité pour 76% des personnes interrogées.

De manière générale, les difficultés sexuelles les plus souvent rapportées par les patients concernent la diminution du désir et de la fréquence des rapports sexuels, l’apparition de troubles érectiles, des dyspareunies parfois liées à de la sécheresse vaginale favorisée par un syndrome sec associé, une baisse du plaisir et de la satisfaction sexuelle globale5.   

Dans la PR, très peu d’arguments sont en faveur d’une influence directe de la maladie sur la réalisation de l’acte sexuel. Quelques observations rapportent une dysfonction érectile sous méthotrexate et sous AINS. Les anti-TNF pourraient au contraire avoir un effet favorable sur la fonction sexuelle5.

En fait, la grande majorité des dysfonctions sexuelles sont secondaires à l’activité de la PR, à la douleur, à la raideur et à la fatigue qu’elle occasionne, mais aussi à son retentissement psychologique et son impact sur l’image corporelle et l’estime de soi. 

Pistes d’amélioration de la prise en charge des troubles sexuels avec une PR

Soignants et patients sont pleinement conscients de l’intérêt d’aborder l’impact de la PR sur la santé sexuelle6. Malgré ce, les réticences de chacun persistent et  freinent encore les échanges en consultation. 

De nombreuses actions ont pourtant été menées afin de sortir du silence et de faciliter la prise en charge des troubles sexuels liés à la PR :

  • Les laboratoires pharmaceutiques organisent et proposent régulièrement aux équipes soignantes des formations continues sur ce thème.
  • Des brochures d’information ont également été conçues à la demande d’associations de patients en collaboration avec des sexologues.
  • L’outil novateur, SexBalance, conçu en 2016, facilite l’animation d’ateliers d’éducation thérapeutique en santé sexuelle pour les patients atteints de maladie chronique7.
  • L’andar propose depuis 2022 un MOOC intitulé « PRsonne n’en parle ! » à destination des professionnels de santé et des patients8.  

Conclusion 

Être sensibilisé aux difficultés rencontrées par les patients polyarthritiques dans leur vie affective et sexuelle est primordial.

Restons proactifs sur le sujet, osons en parler !

Références

  1. Perdriger A, Solano C, Gossec L. Pourquoi les rhumatologues devraient-ils s’intéresser à la sexualité des patients souffrant d’une polyarthrite rhumatoïde ? Revue du rhumatisme 77 (2010) 415-417.[]
  2. Ministère de la Santé. Plan de stratégie en santé sexuelle 2017-2030[]
  3. Kobelt G, Texier-Richard B, Mimous S et al. Rheumatoid arthritis et sexuality : A patient survey in France. BMC Musculoskeletal Disorders 2012 ;13 :170.[]
  4. erg KH, Rohde G , Proven A et al. Exploring  the relationship between demographic and disease-related variables and perceived effect of health status on sexual activity in patients with axial spondyloarthritis : associations found only with non-disease variables. Scand J Rheumatol.2017 ;46 :461-7.[]
  5. Malochet-Guinamand,  Savel C, Tropé S, Baccigalupo M. Santé sexuelle et rhumatismes inflammatoires chroniques : Quel retentissement et quelles pistes de prise en charge ? Rhumatos. Mars 2018 ; vol 15 :numéro 133.[][]
  6. Savel C et al. French survey on the cross needs on sexual health for chronic inflammatory rheumatism patients and healtcare professionals. Rheumatol Int.2020 sep.[]
  7. Baccigalupo M. SexBalance : Jeu multimédia pour ETP en santé sexuelle. 2016.[]
  8. Andar. PRsonne n’en parle ! Mooc. https://prsonne-n-en-parle.org. 2022.[]