Examen clinique et paraclinique de la femme en sexologie

Cours du Dr Denis NEYRAND, modifié et mis à jour par Dr Arnaud ZELER
Note importante

Cet article reprend une retranscription initiale d’un cours magistral tenu à l’oral dans le cadre du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Il a été relu, corrigé et actualisé le 4 juillet 2026 par Dr Arnaud ZELER avec des recommandations récentes et des sources scientifiques citées dans le texte.

Le contenu intègre les données médicales et terminologiques actuelles.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

Introduction

Une plainte sexuelle ne doit jamais être réduite trop vite à une cause psychologique. Une dyspareunie, une difficulté de pénétration, une baisse du désir sexuel, une gêne au toucher, une peur du rapport, une sécheresse, des saignements ou une difficulté orgasmique peuvent révéler une affection gynécologique, dermatologique, infectieuse, endocrinienne, neurologique, urologique, douloureuse ou iatrogène.

Le raisonnement clinique est biopsychosocial : on recherche les facteurs corporels, les traitements, les douleurs, les facteurs hormonaux, les antécédents obstétricaux ou chirurgicaux, le contexte relationnel, les violences, l’anxiété, la dépression, l’image corporelle, la culture sexuelle et les conditions concrètes de la relation. La question n’est pas de choisir entre « organique » et « psychologique », mais de comprendre comment ces dimensions s’articulent chez une personne donnée.

Ce cours garde parfois le terme « femmes » lorsqu’il renvoie au titre historique de l’enseignement, aux recommandations ou aux populations étudiées sous ce terme. En pratique clinique, le raisonnement doit partir de l’anatomie, des symptômes et du parcours de soins réel : ce cours peut concerner des femmes cisgenres, des hommes trans, des personnes non-binaires ou intersexes lorsque l’anatomie en question est présente : vulve, vagin, col, utérus, ovaires, seins ou tissu mammaire. Les recommandations HAS sur la prise en charge des personnes trans rappellent d’adapter les soins au parcours, aux traitements hormonaux, aux antécédents chirurgicaux et aux besoins exprimés.1

Le vocabulaire doit donc désigner le groupe clinique pertinent : pour un examen vulvaire, on peut parler de personnes porteuses d’une vulve ; pour un dépistage du col, de personnes porteuses d’un col utérin ; pour un examen mammaire, de personnes porteuses de seins ou de tissu mammaire. Cette précision évite d’exclure des personnes concernées par l’examen tout en gardant un langage médical concret. Voir aussi : Genre et orientation sexuelle : comment améliorer la santé sexuelle des personnes non-binaires ?

Le but de ce cours n’est donc pas de transformer toute consultation de sexologie en examen gynécologique. Il est de savoir quand l’examen est utile, quand il ne l’est pas, comment le proposer, comment le réaliser sans coercition, et quels examens complémentaires demander. Les recommandations récentes sur l’examen pelvien rappellent que l’examen clinique n’est pas systématique et qu’un examen recommandé reste un examen proposé, accepté ou refusé après explication.23

I – Interrogatoire sexologique et médical

L’interrogatoire doit être méthodique sans devenir intrusif. Il vise à comprendre la plainte, son ancienneté, son retentissement, le contexte relationnel, les attentes de la personne et les éléments médicaux utiles. L’ISSWSH propose un modèle de soin en quatre temps pour les préoccupations sexuelles : faire émerger l’histoire, nommer ou reformuler le problème, reconnaître l’impact et la détresse, puis évaluer, traiter ou orienter selon le niveau de compétence requis.4

Plainte et circonstances

  • nature de la plainte : désir, excitation, lubrification, orgasme, douleur, pénétration, peur, évitement, satisfaction, image corporelle, relation ;
  • début primaire ou secondaire, installation brutale ou progressive, caractère permanent ou situationnel ;
  • déclencheurs : partenaire, position, profondeur, lubrification, cycle, grossesse, postpartum, ménopause, maladie, chirurgie, traitement, événement traumatique ;
  • retentissement : rapports impossibles ou possibles mais douloureux, évitement, détresse, conflit de couple, honte, peur de l’examen, perte d’estime de soi ;
  • sécurité relationnelle : consentement, contrainte, violences, peur du partenaire, dépendance économique ou affective, contrôle reproductif ;
  • objectifs de la personne : comprendre, être rassurée, reprendre les rapports, supprimer la douleur, améliorer le plaisir, protéger sa santé, retrouver du désir, gérer une peur.

Âge et périodes de vie génitale

À l’adolescence et au début de la vie sexuelle, les motifs fréquents sont la crainte de la grossesse ou des IST, les règles douloureuses, le retard pubertaire, la peur du premier rapport, les douleurs, mais aussi les inquiétudes sur l’apparence du corps et de la vulve. Les demandes de nymphoplastie, ou labiaplastie/chirurgie des petites lèvres, doivent être accueillies sans moquerie mais avec prudence : information sur la grande variabilité anatomique normale, recherche de gêne fonctionnelle réelle, dépistage d’une dysmorphophobie, et prudence particulière chez les mineures.56

Pendant la grossesse et le postpartum, le désir, l’excitation, la fatigue, la douleur, l’image corporelle, la peur de faire mal au fœtus, la peur de la fausse couche, la reprise des rapports, l’allaitement, la cicatrisation périnéale et la contraception doivent être abordés de façon concrète. Il n’existe pas un schéma universel où « la femme » et « l’homme » auraient mécaniquement des désirs opposés. Les trajectoires sont variables. Ce qui compte est d’évaluer douleur, fatigue, vécu corporel, soutien du partenaire, contraception, peur et consentement.

À la ménopause ou en situation d’hypoestrogénie, on recherche le syndrome génito-urinaire de la ménopause : sécheresse, brûlures, prurit, dyspareunie, douleurs, infections urinaires, pollakiurie, urgenturie ou gêne sexuelle. Les lubrifiants, hydratants et traitements locaux peuvent être discutés selon le contexte, les contre-indications et les préférences.7

Antécédents et traitements

  • antécédents gynécologiques : endométriose, fibrome, kyste ovarien, vulvodynie, lichen, mycoses récidivantes, vaginose, IST, douleurs pelviennes chroniques ;
  • antécédents obstétricaux : grossesse, accouchement, extraction instrumentale, épisiotomie, déchirure, douleur périnéale, allaitement, fausse couche, IVG, infertilité ;
  • antécédents chirurgicaux : chirurgie pelvienne, chirurgie de l’incontinence ou du prolapsus, hystérectomie, chirurgie mammaire, cancer, radiothérapie, chirurgie esthétique ou reconstructrice ;
  • antécédents médicaux : diabète, pathologie thyroïdienne, hyperprolactinémie, maladie neurologique, maladie inflammatoire, douleur chronique, cancer, dépression, anxiété, troubles du comportement alimentaire ;
  • traitements : contraception hormonale ou non, traitements hormonaux, antidépresseurs, antipsychotiques, antiépileptiques, antihypertenseurs, opioïdes, antiandrogènes, traitements oncologiques ;
  • usage de substances : alcool, cannabis, cocaïne, chemsex, opioïdes, médicaments détournés ou produits utilisés pour désinhibition, performance, anxiolyse ou gestion de la douleur.

On privilégie les termes descriptifs « usages de substances » ou « usages de drogues » plutôt que des formulations morales. Les substances peuvent modifier le désir, l’excitation, la lubrification, l’orgasme, la douleur, le consentement, la mémoire, les prises de risque et les interactions médicamenteuses. L’interrogatoire doit rester concret et non jugeant : « Est-ce qu’il vous arrive de consommer quelque chose avant ou pendant les rapports ? Qu’est-ce que cela change ? Est-ce recherché, subi, contrôlé, inquiétant ? »

II – Examen clinique

A – Cadre éthique et consentement

En sexologie, l’examen intime doit obéir aux mêmes exigences que l’examen gynécologique ou pelvien. Le CNGOF, la Société française de gynécologie, les collèges de gynécologie médicale, les sages-femmes et la chirurgie gynécologique ont co-signé la charte de consultation : bienveillance, respect, information, consentement oral avant l’examen, possibilité d’être accompagnée, pudeur, et interruption possible dès que la personne le souhaite.8

Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle que toute personne doit être informée, avant un examen touchant à son intimité, des raisons médicales de l’acte, de son utilité, des alternatives possibles et des conséquences prévisibles d’un refus. Le consentement doit être libre, éclairé, recherché pour chaque acte, et peut être retiré à tout moment.9

L’avis 142 du CCNE va dans le même sens pour tous les examens gynécologiques ou touchant à l’intimité : le consentement ne se résume pas à une formalité ; il suppose un cadre respectueux et sécurisant, avec une écoute réelle de ce que la personne comprend, accepte, refuse ou redoute.10

Concrètement, avant tout examen intime, il faut expliquer pourquoi l’examen est proposé, ce qu’il peut apporter, ce qu’il ne peut pas apporter, ce que l’on va faire, dans quel ordre, avec quel matériel, et ce qui se passera si la personne préfère différer ou refuser. On peut expliquer, rassurer, proposer un second rendez-vous, proposer la présence d’une personne de confiance ou orienter vers un autre praticien. On ne force jamais. On ne « profite » jamais d’un motif sexologique pour examiner si l’indication n’est pas claire. On ne transforme jamais le refus en reproche.

B – Quand proposer un examen clinique ?

L’examen clinique est utile lorsqu’il répond à une question clinique précise. Les recommandations CNGOF 2023 sur l’examen pelvien aident à distinguer les situations où l’examen est nécessaire, utile, discutable ou non indiqué.11

Souvent utileÀ discuterSouvent non nécessaire
 Douleur? Gêne corporelle Information
 Saignement Ménopause Baisse de libido isolée
! Lésion Postpartum•• Couple
+ IST Antécédent chirurgical Éducation sexuelle
 Masse
Examen clinique : toujours expliquer, toujours demander le consentement, ne jamais forcer.

Ce tableau se lit comme un repère d’indication, pas comme une règle automatique :

  • Douleur : l’examen aide à localiser la douleur, distinguer douleur superficielle, vestibulaire, vaginale, profonde ou pelvienne, et rechercher une cause traitable.
  • Saignement : un saignement post-coïtal, intermenstruel, post-ménopausique ou inexpliqué justifie en général un examen et, selon le contexte, un dépistage cervical, infectieux ou une imagerie.
  • Lésion : fissure, ulcération, vésicule, condylome, lésion pigmentée, tuméfaction ou dermatose vulvaire nécessitent au minimum une inspection clinique.
  • IST : l’examen n’est pas toujours obligatoire, mais il peut être utile devant symptômes, lésion, cervicite, douleur ou besoin de prélèvements ciblés selon les sites exposés.
  • Masse : sensation de boule, tuméfaction vulvaire, suspicion de kyste, abcès, prolapsus ou masse pelvienne doivent être évalués cliniquement.
  • Gêne corporelle : l’examen se discute selon la demande ; il peut rassurer ou objectiver une gêne anatomique, mais ne doit pas être proposé si l’indication n’est pas claire.
  • Ménopause : l’examen se discute devant sécheresse, brûlures, dyspareunie, symptômes urinaires ou suspicion de syndrome génito-urinaire de la ménopause.
  • Postpartum : l’examen se discute selon la douleur, la cicatrisation, les saignements, la reprise des rapports, le plancher pelvien et le vécu obstétrical.
  • Antécédent chirurgical : l’examen se discute si une cicatrice, une douleur, une modification anatomique, une radiothérapie ou une chirurgie pelvienne paraît impliquée dans la plainte sexuelle.
  • Information : une demande d’information sexuelle, contraceptive ou anatomique sans symptôme corporel ne nécessite pas d’examen d’emblée.
  • Baisse de libido isolée : elle désigne une baisse de libido sans douleur, saignement, lésion, symptôme vulvo-vaginal, plainte hormonale, signe endocrinien, traitement suspect évident ou autre signe d’appel clinique ; l’évaluation commence alors par l’entretien sexologique et médical.
  • Couple : une difficulté relationnelle, une divergence de désir ou une demande de communication conjugale ne justifie pas un examen intime en l’absence de signe corporel.
  • Éducation sexuelle : les questions sur le plaisir, l’orgasme, les pratiques, l’orientation, l’identité ou les normes sexuelles relèvent d’abord de l’entretien, sauf symptôme ou inquiétude clinique associée.

Situations où l’examen est souvent utile

  • douleurs vulvaires, vestibulaires, vaginales, périnéales, pelviennes ou dyspareunie ;
  • brûlures, prurit, fissures, ulcérations, lésions, vésicules, condylomes, tuméfaction vulvaire ou suspicion de maladie dermatologique ;
  • leucorrhées inhabituelles, odeur, cervicite, suspicion d’IST, vaginite ou infection génitale ;
  • saignement post-coïtal, saignement intermenstruel, saignement après la ménopause ou saignement inexpliqué ;
  • douleur profonde évocatrice d’endométriose, d’adénomyose, de pathologie ovarienne, de maladie inflammatoire pelvienne ou de douleur pelvienne chronique ;
  • difficulté de pénétration, contraction involontaire du plancher pelvien, évitement de l’examen, suspicion de douleur génito-pelvienne ou de vestibulodynie ;
  • sécheresse, brûlures, dyspareunie d’intromission, symptômes urinaires associés à la ménopause ou à une hypoestrogénie ;
  • antécédent de chirurgie pelvienne, obstétricale, épisiotomie, déchirure, radiothérapie, mutilation sexuelle féminine, cicatrice douloureuse ou modification anatomique ressentie comme gênante ;
  • sensation de boule, pesanteur, prolapsus, incontinence, symptômes urinaires ou défécatoires associés à la sexualité ;
  • plainte orgasmique ou de plaisir lorsqu’une douleur, une cicatrice, une atteinte clitoridienne, une hypertonie ou une hypotonie du plancher pelvien est suspectée.

Situations où l’examen n’est pas nécessaire d’emblée

  • demande d’information générale sur la sexualité, la contraception, le désir, l’orgasme ou le couple sans symptôme corporel ;
  • première consultation de contraception chez une jeune femme asymptomatique, situation explicitement citée par la charte CNGOF ;
  • baisse de libido isolée sans douleur, saignement, symptôme vulvo-vaginal, plainte hormonale ou signe d’appel clinique ;
  • plainte relationnelle, anxiété de performance, question d’orientation sexuelle, d’identité, de communication de couple ou d’éducation sexuelle ;
  • consultation après violence sexuelle lorsque la personne ne souhaite pas d’examen et qu’il n’y a pas d’urgence médicale immédiate : l’orientation, le soin psychotraumatique, la prévention et l’information médico-légale peuvent être priorisés ;
  • personne très anxieuse, douloureuse ou traumatisée : l’examen peut être préparé, fractionné, reporté ou confié à un praticien choisi par la personne.

Refuser ou différer un examen n’empêche pas de soigner. Il faut alors expliquer ce que l’examen aurait pu apporter, proposer des alternatives quand elles existent : auto-prélèvement, prélèvement externe, imagerie, bilan biologique, traitement d’épreuve raisonné, suivi rapproché, ou nouvel examen ultérieur dans de meilleures conditions. En revanche, certains symptômes imposent d’insister médicalement sur l’intérêt d’un examen ou d’une orientation rapide : saignement post-coïtal persistant, saignement après la ménopause, douleur pelvienne aiguë, fièvre, suspicion de grossesse extra-utérine, masse, lésion suspecte, ulcération persistante, immunodépression ou suspicion d’agression récente avec besoin médico-légal.

C – Déroulement pratique de l’examen

L’examen commence avant la table d’examen : façon de nommer les choses, respect du rythme, choix des mots, pudeur, possibilité de garder une partie des vêtements, installation, présence ou non d’une tierce personne, explication de chaque étape. Chez une personne douloureuse, traumatisée ou très anxieuse, l’objectif peut être simplement de regarder avec un miroir, d’expliquer l’anatomie, ou de s’arrêter à l’inspection externe.

D – Rassurer sans minimiser

L’examen peut rassurer sur la normalité anatomique, mais il ne doit pas être utilisé pour invalider la plainte. Dire « tout est normal » à une patiente douloureuse peut être violent si cela signifie « donc vous n’avez rien ». Une inspection normale n’exclut ni vulvodynie, ni endométriose, ni douleur pelvienne chronique, ni trouble du plancher pelvien, ni traumatisme. Le bon message est : « je ne vois pas de lésion inquiétante à cet examen, mais cela n’annule pas votre douleur ; on continue le raisonnement ».

E – Inspection générale et vulvo-périnéale

  • inspection générale si utile : morphotype, cicatrices, signes endocriniens, pilosité, caractères sexuels secondaires, signes de maladie générale ;
  • inspection vulvaire : grandes lèvres, petites lèvres, clitoris, capuchon clitoridien, vestibule, méat urinaire, périnée, marge anale ;
  • trophicité : sécheresse, pâleur, fragilité, fissures, atrophie, signes d’hypoestrogénie ;
  • dermatologie : lichen scléreux, lichen plan, eczéma, psoriasis, dermatite de contact, candidose, lésions pigmentées ou suspectes ;
  • infectieux : vésicules herpétiques, ulcérations, condylomes, écoulements, cervicite, vaginite ;
  • cicatrices : épisiotomie, déchirure, chirurgie vulvaire, mutilation sexuelle féminine, accouchement traumatique ;
  • glandes de Bartholin : kyste, abcès ou douleur localisée ;
  • plancher pelvien visible : contraction réflexe, évitement, douleur anticipée, difficulté à relâcher.

F – Examen au spéculum

L’examen au spéculum n’est pas un passage obligé. Il peut être utile en cas de saignement, leucorrhées, suspicion de cervicite, prélèvement cervico-vaginal, dépistage du col, contrôle d’une lésion, douleur profonde ou suspicion de pathologie vaginale ou cervicale. Il doit être expliqué, réalisé avec un spéculum adapté, lubrifié si possible selon l’objectif du prélèvement, et interrompu en cas de refus ou de douleur non tolérée.

Une demande autour de l’hymen ou d’une hyménoplastie doit être abordée comme une situation clinique et psychosociale potentiellement complexe : préciser la demande réelle, rechercher la contrainte, la violence, la peur ou le risque de représailles, et orienter si nécessaire vers une prise en charge médicale, psychologique, sociale ou juridique adaptée. L’hymen ne doit jamais être présenté comme une preuve médicale de virginité : l’OMS et plusieurs agences des Nations unies rappellent que les « tests de virginité » n’ont pas de validité scientifique et ne permettent pas de déterminer un antécédent de pénétration vaginale.12

Pour le dépistage du col, on ne recherche pas le HPV par « sérologie au col ». En France, le dépistage organisé concerne les femmes de 25 à 65 ans ; en pratique clinique, il faut penser au dépistage chez toute personne ayant un col utérin et relevant du suivi recommandé. Le dépistage repose sur une cytologie entre 25 et 29 ans selon le rythme recommandé, puis sur un test HPV-HR de 30 à 65 ans sur prélèvement cervico-utérin.13

G – Toucher vaginal et plancher pelvien

Le toucher vaginal n’est pas « automatiquement à deux doigts ». Chez une personne douloureuse, anxieuse, jeune, traumatisée ou présentant une difficulté de pénétration, l’examen peut commencer par un seul doigt, voire ne pas être réalisé. L’objectif peut être de cartographier la douleur, évaluer la contraction et le relâchement du plancher pelvien, rechercher une douleur vestibulaire, une masse, une douleur à la mobilisation utérine, un prolapsus ou une douleur profonde. Le toucher rectal ou bimanuel ne se justifie que s’il répond à une question clinique précise et après explication.

Les termes « vaginisme » et « dyspareunie » restent utiles en clinique, mais les douleurs et difficultés de pénétration sont souvent regroupées aujourd’hui sous le terme de trouble douleur génito-pelvienne / pénétration. L’intérêt pratique est de ne pas opposer artificiellement « douleur » et « contraction » : une douleur initiale peut entraîner une hypertonie du plancher pelvien, une anticipation anxieuse, un évitement, puis une douleur chronique ; inversement une peur ou une contraction peuvent secondairement rendre la pénétration douloureuse.

En cas de douleur vulvaire chronique ou de brûlure à l’entrée du vagin, il faut penser à la vestibulodynie/vulvodynie. Le test au coton-tige permet de localiser la douleur vestibulaire ; l’évaluation doit rechercher les causes spécifiques : candidose récidivante, herpès, HPV, lichen scléreux, lichen plan, maladie inflammatoire, néoplasie, neuropathie ou douleur idiopathique. Une prise en charge multidisciplinaire peut associer soins vulvaires, kinésithérapie du plancher pelvien, sexologie, psychothérapie centrée sur la douleur et traitements antalgiques adaptés.14

III – Raisonnement par symptôme

Douleurs et dyspareunies

On distingue d’abord les douleurs superficielles ou d’intromission, les douleurs vaginales, les douleurs profondes, les douleurs pelviennes non strictement sexuelles, et les douleurs apparaissant après le rapport. Cette distinction oriente le raisonnement mais ne suffit pas : une vestibulodynie peut provoquer une hypertonie profonde ; une endométriose peut créer un évitement et une douleur d’intromission ; une douleur de cicatrice peut modifier tout le scénario sexuel.

  • douleur superficielle : vestibulodynie, mycose récidivante, dermatose, fissure, hypoestrogénie, cicatrice, hypertonie du plancher pelvien, allergie ou irritation ;
  • douleur profonde : endométriose, adénomyose, pathologie ovarienne, maladie inflammatoire pelvienne, fibrome, rétroversion douloureuse rare, séquelles chirurgicales ;
  • douleur urinaire ou vésicale : cystites, syndrome de vessie douloureuse, douleur urétrale, douleurs déclenchées par certaines positions ;
  • douleur digestive ou périnéale : constipation, syndrome de l’intestin irritable, endométriose digestive, névralgie pudendale, douleur coccygienne ;
  • douleur post-rapport : contracture, microtraumatismes, irritation, dyspareunie profonde différée, sécheresse, durée ou profondeur de pénétration.

L’endométriose est une cause importante de dyspareunie profonde, de dysménorrhée sévère, de douleurs pelviennes chroniques, de dyschésie, de dysurie cyclique et d’infertilité, mais elle ne résume pas l’ensemble des causes somatiques de difficultés sexuelles. Elle doit être recherchée devant les signes d’appel, sans devenir une explication automatique. Le diagnostic repose sur l’histoire, l’examen quand il est possible et utile, puis l’imagerie adaptée : échographie pelvienne en première intention, IRM ou échographie experte selon la suspicion et les recommandations récentes.1516

Le syndrome de Masters et Allen correspond classiquement à une douleur liée à une hypermobilité utérine après atteinte ligamentaire, mais il ne doit pas devenir un diagnostic réflexe. Une dyspareunie profonde postpartum doit faire rechercher plus largement cicatrice, douleur périnéale, plancher pelvien, endométriose, pathologie pelvienne, douleur vésicale ou digestive, traumatisme obstétrical et vécu psychosexuel de l’accouchement.

Brûlures, prurit, leucorrhées et IST

Les brûlures, le prurit et les pertes ne doivent pas être classés uniquement par couleur ou odeur. Les pertes physiologiques varient avec le cycle. Les pertes pathologiques peuvent évoquer candidose, vaginose bactérienne, trichomonase, cervicite à chlamydia ou gonocoque, herpès, dermatose, irritation ou réaction allergique. La prise en charge moderne des IST bactériennes insiste sur la précision diagnostique, les tests adaptés aux sites exposés, l’antibiorésistance, le dépistage des partenaires, la prévention, la PrEP VIH quand elle est pertinente, et la recherche de violences sexuelles éventuelles.17

Les prélèvements doivent être ciblés : PCR/NAAT pour chlamydia et gonocoque sur les sites exposés, examen direct ou prélèvement vaginal selon la suspicion de vaginose ou candidose, PCR herpès sur lésion récente si doute diagnostique, et Mycoplasma genitalium seulement dans des indications précises. Les recommandations 2025 insistent notamment sur l’absence de dépistage et de traitement de Mycoplasma genitalium chez les personnes asymptomatiques, afin de limiter les traitements inutiles et les résistances.

Désir, excitation, lubrification et orgasme

Une plainte de désir ou d’orgasme n’appelle pas automatiquement un examen gynécologique. L’interrogatoire recherche d’abord le contexte : douleur, fatigue, charge mentale, relation, anxiété, dépression, médicaments, violences, image du corps, satisfaction relationnelle, scénario sexuel, stimulation, excitation subjective et génitale. Les questionnaires comme le FSFI ou le FSDS-R peuvent aider à structurer l’évaluation, mais ils ne remplacent pas l’entretien clinique.

Une difficulté de plaisir ou d’orgasme peut parfois être favorisée par des adhérences clitoridiennes, douleurs clitoridiennes, cicatrices, mutilations sexuelles féminines, douleurs vestibulaires ou troubles du plancher pelvien. On ne conclut toutefois pas à une causalité mécanique sans écouter l’histoire sexuelle, les stimulations, la douleur, la relation, les attentes et les facteurs psychiques ou culturels.

IV – Examens paracliniques

Les examens complémentaires ne doivent pas être une liste automatique. Ils répondent à une hypothèse clinique.

  • β-hCG : si grossesse possible, douleur pelvienne, saignement ou retard de règles.
  • NFS, CRP : si fièvre, douleur aiguë, suspicion inflammatoire ou infectieuse, altération de l’état général ; pas comme bilan sexologique standard.
  • TSH, prolactine, bilan hormonal : si signes d’appel endocriniens, aménorrhée, galactorrhée, troubles du cycle, symptômes d’hypoestrogénie, suspicion d’hyperandrogénie ou contexte particulier ; pas systématiquement pour toute baisse de désir.
  • Prélèvements vulvo-vaginaux ou cervicaux : selon symptômes, examen, sites exposés et risque IST ; privilégier les tests validés plutôt que les cultures anciennes non adaptées.
  • Dépistage cervical : selon âge et recommandations HAS, cytologie de 25 à 29 ans puis HPV-HR de 30 à 65 ans.
  • Échographie pelvienne : douleur pelvienne, masse, saignement, suspicion d’endométriose, adénomyose, fibrome, kyste ovarien ou pathologie utérine.
  • IRM pelvienne : suspicion d’endométriose profonde, cartographie pré-thérapeutique, discordance clinique/échographie ou question spécialisée.
  • Bilan urodynamique : symptômes urinaires complexes, incontinence ou avant certaines décisions thérapeutiques ; pas comme examen de routine sexologique.
  • Cœlioscopie : acte invasif à discuter dans un cadre spécialisé ; elle n’est plus le réflexe diagnostique de première intention pour toute suspicion d’endométriose.

Conclusion

Une plainte sexuelle ne doit jamais être réduite d’emblée à une cause psychologique : les dimensions corporelles, douloureuses, hormonales, infectieuses, iatrogènes, relationnelles et psychiques doivent être évaluées ensemble.

L’examen clinique peut être décisif : il peut révéler une dermatose, une vestibulodynie, une hypoestrogénie, une cicatrice douloureuse, une IST, une pathologie cervicale, une endométriose, un prolapsus ou une hypertonie du plancher pelvien. Mais il n’est jamais automatique. Il doit être indiqué, expliqué, accepté et interrompu si la personne le souhaite.

Enfin, traiter une cause somatique ne suffit pas toujours à résoudre la difficulté sexuelle. Une douleur passagère peut installer de l’anticipation, de l’évitement, une perte de confiance et une modification du scénario sexuel. À l’inverse, une prise en charge sexologique sans examen ou sans avis médical peut manquer une affection traitable. Le bon soin associe donc précision médicale, respect du consentement et compréhension psychosexuelle.

Références

  1. Haute Autorité de santé, « Transidentité : prise en charge de l’adulte », recommandations, juillet 2025, HAS[]
  2. Collège national des gynécologues et obstétriciens français, « Charte de la consultation en gynécologie ou en obstétrique », 2021, CNGOF[]
  3. X. Deffieux et al., « Examen pelvien en gynécologie et obstétrique : recommandations pour la pratique clinique », Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2023, ScienceDirect[]
  4. S. J. Parish et al., « The International Society for the Study of Women’s Sexual Health Process of Care for the Identification of Sexual Concerns and Problems in Women », Mayo Clinic Proceedings, 2019, ScienceDirect[]
  5. American College of Obstetricians and Gynecologists, « Breast and Labial Surgery in Adolescents », Committee Opinion No. 686, 2017, PubMed[]
  6. American College of Obstetricians and Gynecologists, « Elective Female Genital Cosmetic Surgery », Committee Opinion No. 795, 2020, PubMed[]
  7. C. Hocké et al., « Syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM). RPC les femmes ménopausées du CNGOF et du GEMVi », Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2021, ScienceDirect[]
  8. CNGOF, CEGO, CNEGM, FNCGM, SCGP, SFG, « Charte de la consultation en gynécologie ou en obstétrique », rédaction du 21 octobre 2021, CNGOF[]
  9. Conseil national de l’Ordre des médecins, « L’examen pelvien dans le respect de l’éthique et de la déontologie médicale », mars 2023, CNOM[]
  10. Comité consultatif national d’éthique, « Avis 142 : Consentement et respect de la personne dans la pratique des examens gynécologiques et touchant à l’intimité », 2023, CCNE[]
  11. CNGOF, « Recommandations pour la pratique clinique », entrée « 2023 – Examen pelvien », CNGOF[]
  12. Organisation mondiale de la Santé, ONU Femmes et Haut-Commissariat aux droits de l’homme, « Plusieurs organismes des Nations Unies appellent à l’interdiction des tests de virginité », 2018, OMS[]
  13. Haute Autorité de santé, « Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV-HR recommandé chez les femmes de plus de 30 ans », 2020, HAS[]
  14. American College of Obstetricians and Gynecologists, « Persistent Vulvar Pain », Committee Opinion No. 673, 2016, ACOG[]
  15. Haute Autorité de santé, « Prise en charge de l’endométriose », recommandations, HAS[]
  16. Haute Autorité de santé, « Actualisation de la place des différents examens d’imagerie pour le diagnostic d’endométriose », 2025, HAS[]
  17. ANRS MIE, CNS, HAS, « Nouvelles recommandations pour le traitement des infections sexuellement transmissibles bactériennes », 2025, ANRS MIE[]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.