Lymphogranulomatose vénérienne, Chlamydia trachomatis L1-L3 et sexualité
Points clefs
- La lymphogranulomatose vénérienne, ou LGV, est une infection invasive due aux sous-types appelés sérovars L1, L2 ou L3 de Chlamydia trachomatis.
- Elle diffère des infections génitales ou rectales à Chlamydia trachomatis D-K, plus fréquentes et souvent moins invasives.
- En Europe, la présentation actuelle est surtout une proctocolite chez des personnes exposées par rapports anaux, principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.
- Une PCR Chlamydia positive sur prélèvement rectal ne suffit pas toujours à distinguer LGV et Chlamydia non-LGV ; le génotypage LGV doit être demandé lorsqu’il est disponible, idéalement sur le même prélèvement si le laboratoire peut conserver un échantillon.
- Un tableau évocateur de LGV doit être traité sans attendre le génotypage, en particulier en cas de symptômes sévères.
- Le traitement de référence d’une LGV symptomatique, documentée ou fortement probable est la doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours.
- Une LGV asymptomatique documentée relève aussi d’un traitement prolongé par doxycycline pendant 21 jours dans les recommandations européennes.

Agent pathogène et transmission
La lymphogranulomatose vénérienne, ou LGV, est une infection sexuellement transmissible due aux sérovars L1, L2 et L3 de Chlamydia trachomatis. En microbiologie, un sérovar, ou sérotype, désigne une sous-catégorie d’une même espèce microbienne définie par des propriétés antigéniques particulières.1 Les sérovars D à K donnent les chlamydioses urogénitales ou rectales habituelles ; les sérovars L sont plus invasifs et provoquent une inflammation plus profonde, avec atteinte ganglionnaire ou rectocolique. La maladie de Nicolas-Favre est l’ancien nom de la LGV. Il reste utile pour comprendre certains dossiers anciens, mais le terme actuel est lymphogranulomatose vénérienne.2
La transmission se fait par contact sexuel muqueux avec un site infecté. Les rapports anaux réceptifs exposent à une atteinte rectale. Les expositions génitales peuvent donner une ulcération d’inoculation puis une atteinte ganglionnaire inguinale ou fémorale. Une atteinte orale ou pharyngée est possible mais plus rare. Le diagnostic ne permet pas de dater précisément la contamination, car la lésion initiale peut être discrète, transitoire ou passée inaperçue.
En pratique, le mot « Chlamydia » sur un compte rendu de PCR ne dit pas à lui seul s’il s’agit d’une LGV. Une PCR positive à Chlamydia trachomatis sur prélèvement rectal peut correspondre à une infection non-LGV ou à une LGV. Le génotypage moléculaire, lorsqu’il est disponible, distingue les sérovars L des autres sérovars. Le résultat arrive souvent trop tard pour guider la décision initiale lorsque la clinique est évocatrice.
Épidémiologie
La LGV a longtemps été décrite comme endémique en Afrique, au Maghreb, dans les Caraïbes, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est. Depuis les années 2000, l’Europe observe des épisodes de LGV rectale, surtout chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Cette évolution ne relève pas d’un jugement moral sur les pratiques sexuelles. Elle reflète les réseaux de transmission, les sites exposés, la fréquence du dépistage rectal et l’identification plus précise des sérovars de C. trachomatis.
L’ECDC rapporte 3 490 cas de LGV en 2024 dans 21 pays de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2023 et de 250 % par rapport à 2015. Les Pays-Bas et l’Espagne représentaient 73 % des cas notifiés. Les cas concernaient presque tous des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ; parmi les cas avec statut VIH connu, 35 % étaient VIH positifs.3

Les données françaises publiées de surveillance générale portent surtout sur les infections à Chlamydia trachomatis sans distinguer systématiquement les sérovars LGV dans les tableaux grand public. En 2024, Santé publique France estime à 61 100 le nombre de personnes diagnostiquées et traitées pour une infection à Chlamydia trachomatis en secteur privé, avec 22 200 diagnostics supplémentaires en CeGIDD. Ces chiffres documentent l’activité Chlamydia globale, mais ne doivent pas être lus comme une incidence de la LGV.4
Tableaux cliniques
L’incubation de la lésion initiale est classiquement de 3 à 30 jours. Le premier signe peut être une petite papule, une érosion ou une ulcération au point d’inoculation. Cette lésion est souvent indolore, transitoire et déjà disparue au moment de la consultation. Lorsqu’elle siège sur l’urètre, elle peut s’accompagner de brûlures mictionnelles ou d’un écoulement.
La forme ganglionnaire donne une adénopathie inguinale ou fémorale douloureuse, souvent unilatérale. Le ganglion peut devenir fluctuant, suppuré et former un bubon. Les fistulisations multiples, autrefois décrites sous le terme de « pomme d’arrosoir », correspondent à des écoulements cutanés répétés à partir d’un bubon. Ce tableau est plus classique après exposition génitale.
La présentation la plus fréquente dans les séries européennes récentes est la proctocolite. Elle survient après exposition rectale et peut donner douleur anale, ténesme, constipation, écoulement mucoïde ou hémorragique, rectorragies, fièvre, ulcérations rectales et adénopathies. Le tableau peut mimer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin ou être confondu avec des hémorroïdes, une fissure, une rectite gonococcique, une rectite herpétique ou une syphilis.
Une LGV rectale peut aussi être asymptomatique. Les études de recherche de cas citées par les recommandations européennes estiment qu’environ 30 % des LGV peuvent être asymptomatiques. L’absence de douleur n’élimine pas le diagnostic lorsque le prélèvement rectal est positif à C. trachomatis dans un contexte d’exposition compatible ou au sein d’un réseau de transmission connu. Les formes non traitées peuvent évoluer vers des fistules, des sténoses colorectales, des abcès, des lésions chroniques et, plus rarement, une arthropathie réactionnelle.52
Diagnostic
Le diagnostic repose d’abord sur la clinique, les sites exposés et la PCR Chlamydia trachomatis réalisée sur le site symptomatique. Techniquement, les recommandations peuvent parler de test d’amplification des acides nucléiques, ou TAAN ; sur les ordonnances et les comptes rendus français, le terme PCR reste le plus souvent utilisé. Les sites à prélever sont le rectum devant une proctite ou une exposition anale, l’ulcération lorsqu’elle est présente, l’urètre, le col, la gorge ou le contenu d’un bubon selon le tableau.
Exemple de prescription : « PCR Chlamydia trachomatis sur prélèvement rectal, avec conservation d’une fraction d’échantillon et génotypage LGV si positif ou si suspicion clinique de lymphogranulomatose vénérienne ». En cas d’ulcération ou de bubon, la demande doit préciser le site prélevé. Le génotypage LGV n’est pas disponible partout et ne doit pas retarder le traitement si le tableau est évocateur.
La sérologie Chlamydia n’est pas l’examen de routine de la LGV. Elle est difficile à interpréter, manque de standardisation et ne distingue pas correctement les situations cliniques courantes. Elle peut seulement aider dans certaines adénopathies isolées lorsque le matériel de prélèvement direct n’est pas disponible. Le diagnostic différentiel doit rechercher les autres causes de proctite, d’ulcération génitale ou orale, et d’adénopathie inguinale : gonocoque, syphilis, herpès, chancre mou, maladie inflammatoire intestinale, fissure, hémorroïdes, abcès ou dermatose.
| Situation | Prélèvement utile | Ce qu’il faut demander |
|---|---|---|
| Proctite, ténesme, rectorragies, écoulement rectal | Prélèvement rectal | PCR Chlamydia trachomatis et gonocoque ; génotypage LGV si Chlamydia positif ou forte suspicion |
| Ulcération génitale, anale ou orale | Écouvillon de l’ulcération | PCR Chlamydia si disponible, herpès, syphilis selon examen ; discuter autres causes d’ulcération |
| Bubon inguinal ou fémoral | Ponction de bubon si possible, sans traverser une peau ulcérée | PCR Chlamydia et avis spécialisé si suppuration, abcès ou fistulisation |
| Partenaire d’une personne ayant une LGV | Prélèvements selon les sites exposés | PCR Chlamydia et autres IST selon pratiques et symptômes |
Retentissement sexuel et relationnel
La LGV touche des zones directement impliquées dans la sexualité : anus, rectum, organes génitaux, bouche et ganglions inguinaux. La douleur, les rectorragies, les écoulements, la fièvre, la peur de contaminer et la nécessité d’avertir les partenaires peuvent entraîner arrêt temporaire des rapports, évitement de la pénétration anale, baisse du désir et inquiétude sur la reprise de la sexualité.
La consultation doit séparer le temps médical du temps relationnel. Le temps médical précise les sites exposés, les symptômes, les prélèvements, le traitement, les autres IST à rechercher et les critères de reconsultation. Le temps relationnel aborde l’annonce aux partenaires, le risque de conflit, la protection jusqu’à la fin du traitement et la reprise des rapports lorsque la douleur, les saignements et l’inflammation ont disparu.
Une LGV rectale doit faire proposer un bilan IST complet. La recherche du gonocoque, de la syphilis, du VIH et des hépatites dépend des sites exposés, du statut vaccinal et des résultats antérieurs. Une personne exposée au VIH et séronégative peut discuter de la PrEP VIH, surtout si les expositions se répètent. Les principes de prévention, de dépistage et de notification des partenaires relèvent du même temps de consultation que le bilan des IST.
Chez une personne trans ou non binaire, les prélèvements suivent les sites exposés et l’anatomie présente. Les mots utilisés pour parler du rectum, du pénis, de la vulve, du vagin, du néovagin, de la gorge ou du col doivent permettre un soin précis et acceptable. Cette logique rejoint les repères de santé sexuelle des personnes trans et non binaires.
Traitement
Une LGV symptomatique doit être traitée dès la suspicion clinique lorsque le tableau est évocateur, sans attendre le génotypage. Le traitement de référence est la doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours. Les recommandations européennes retiennent le même schéma pour les LGV asymptomatiques documentées et pour les contacts de personnes ayant une LGV. Le CDC distingue les partenaires asymptomatiques sans LGV documentée, pour lesquels il propose le schéma habituel d’une infection à Chlamydia. En pratique, le contexte, le résultat du génotypage et l’accès à un avis spécialisé guident l’arbitrage lorsqu’un contact est asymptomatique. Le schéma de 21 jours repose sur une pratique clinique ancienne ; le CDC cite une efficacité supérieure à 98,5 %.62
Les alternatives sont moins bien validées. L’azithromycine 1 g une fois par semaine pendant 3 semaines a été évaluée dans une petite étude non randomisée espagnole, avec un taux de guérison de 97 %, mais ce schéma n’est pas validé au même niveau que la doxycycline. L’érythromycine pendant 21 jours est une alternative historique, limitée par sa tolérance digestive. Un schéma alternatif doit être suivi d’un contrôle microbiologique. Une forme sévère, une grossesse, un allaitement, une allergie, un échec ou un bubon suppuré justifient un avis spécialisé.
| Situation | Conduite pratique | Traitement ou adaptation |
|---|---|---|
| LGV symptomatique probable ou documentée | Traiter sans attendre le génotypage si proctocolite évocatrice, bubon ou ulcération compatible. | Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours. |
| Proctocolite sévère, fistule, sténose, abcès ou bubon | Associer avis spécialisé, drainage ou geste local si nécessaire. | Doxycycline 21 jours ; durée prolongée possible selon évolution et avis spécialisé. |
| Alternative à la doxycycline | Réserver aux contre-indications ou impossibilités réelles. | Azithromycine 1 g une fois par semaine pendant 3 semaines, avec contrôle microbiologique 4 semaines après la fin du traitement ; ou érythromycine pendant 21 jours selon avis spécialisé. |
| Grossesse | Demander un avis spécialisé, idéalement infectiologique ou dermato-vénéréologique avec avis obstétrical selon le terme. La doxycycline est évitée pendant la grossesse. | Érythromycine pendant 21 jours ou azithromycine peuvent être discutées selon les recommandations locales et la tolérance. Contrôle microbiologique environ 4 semaines après la fin du traitement. |
| Allaitement | Évaluer la durée du traitement, l’âge du nourrisson et les alternatives. Les recommandations ne concordent pas entièrement. | Le CDC considère la doxycycline compatible avec l’allaitement ; la recommandation européenne LGV 2019 la classe comme contre-indiquée en grossesse et allaitement. Avis spécialisé si traitement prolongé ou situation complexe. |
| Personne vivant avec le VIH | Traiter comme les autres personnes ; surveiller la résolution clinique. | Même schéma ; traitement prolongé possible si résolution lente. |
| LGV asymptomatique documentée | Traiter une LGV confirmée par génotypage, même en l’absence de douleur ou de proctite. | Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours selon les recommandations européennes. |
| Partenaires des 60 jours avant les symptômes | Informer, évaluer, examiner et prélever selon les sites exposés. En cas de contact avec une LGV confirmée ou très probable, l’approche européenne traite les contacts comme une LGV. Si le génotypage exclut une LGV, le traitement rejoint celui d’une infection à Chlamydia non-LGV. | Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 21 jours si LGV documentée ou très probable. Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours peut se discuter pour un partenaire asymptomatique sans LGV documentée selon l’approche CDC. |
| Échec ou symptômes persistants | Rechercher observance, recontamination, autre IST, abcès, fistule ou diagnostic différent. | Contrôle clinique, nouveau prélèvement et avis spécialisé. |
Suivi, prévention et partenaires
Le suivi clinique vérifie la disparition des douleurs, des écoulements, des rectorragies, de la fièvre et des signes ganglionnaires. La persistance des symptômes impose de rechercher un abcès, une fistule, une sténose, une autre IST, une mauvaise observance, une recontamination ou une maladie inflammatoire intestinale. Un contrôle microbiologique est nécessaire après un traitement alternatif, un traitement de grossesse, un échec clinique ou une situation complexe ; il se réalise en général 3 à 4 semaines après la fin du traitement pour éviter un résultat trop précoce difficile à interpréter. Un nouveau dépistage des IST, dont Chlamydia, est recommandé environ 3 mois après le traitement afin de rechercher une réinfection.
Les partenaires sexuels des 60 jours précédant le début des symptômes doivent être informés, évalués, examinés et testés selon les sites exposés. Cette fenêtre doit être élargie lorsque les symptômes sont anciens, que la date d’exposition probable est antérieure ou que les expositions sont répétées avec les mêmes partenaires. Les rapports doivent être évités ou protégés jusqu’à la fin du traitement et la disparition des symptômes. Une douleur rectale importante, des rectorragies, une fièvre, un abcès, une impossibilité d’aller à la selle, une aggravation ou des symptômes persistants après traitement justifient une reconsultation rapide.
Livres utiles
Référence
Référentiel de maladies infectieuses et tropicales couvrant les IST, le VIH, les infections opportunistes et les stratégies diagnostiques et thérapeutiques.
Référence
Ouvrage médical sur les infections sexuellement transmissibles et leurs diagnostics différentiels dermatologiques, muqueux et génitaux.
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Messages pratiques en consultation
- Demander le site des symptômes et les sites exposés avant de prescrire le prélèvement.
- Devant une proctite sévère avec PCR Chlamydia positive, penser LGV et demander le génotypage si disponible.
- Ne pas attendre le génotypage pour traiter une LGV cliniquement évocatrice.
- Rechercher gonocoque, syphilis, VIH et autres IST selon les sites exposés.
- Informer les partenaires des 60 jours, organiser leur dépistage et discuter le traitement selon le résultat, les symptômes et la probabilité de LGV.
- Proposer la PrEP VIH aux personnes séronégatives lorsque les expositions le justifient.
Références
- Académie nationale de médecine, Dictionnaire médical, entrée « sérovar », 2020, https://www.academie-medecine.fr/le-dictionnaire/index.php?q=serovar[↩]
- Centers for Disease Control and Prevention, « Lymphogranuloma Venereum (LGV) », STI Treatment Guidelines, 2021, https://www.cdc.gov/std/treatment-guidelines/lgv.htm[↩][↩][↩]
- European Centre for Disease Prevention and Control, « Lymphogranuloma venereum – Annual Epidemiological Report for 2024 », 21 mai 2026, https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/lymphogranuloma-venereum-annual-epidemiological-report-2024[↩]
- Santé publique France, « Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2024 », Bulletin national, 23 octobre 2025, https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullnat_vih_ist_20251023_final.pdf[↩]
- White J. A., Dukers-Muijrers N. H. T. M., Hoebe C. J. P. A., Kenyon C. R., Ross J. D. C. et Unemo M., « 2025 European guideline on the management of Chlamydia trachomatis infections », International Journal of STD & AIDS, 2025, doi:10.1177/09564624251323678, https://iusti.org/wp-content/uploads/2025/03/white-et-al-2025-2025-european-guideline-on-the-management-of-chlamydia-trachomatis-infections.pdf[↩]
- de Vries H. J. C., de Barbeyrac B., de Vrieze N. H. N., Viset J. D., White J. A., Vall-Mayans M. et Unemo M., « 2019 European guideline on the management of lymphogranuloma venereum », Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 2019, 33(10), 1821-1828, doi:10.1111/jdv.15729, https://iusti.org/wp-content/uploads/2019/12/IUSTILGVguideline2019.pdf[↩]











