Papillomavirus humains (HPV), condylomes et sexualité
Les papillomavirus humains, ou HPV, forment une famille de virus à tropisme cutanéo-muqueux. Les HPV dits à bas risque, surtout les génotypes 6 et 11, provoquent plus de 90 % des condylomes ano-génitaux. Les HPV à haut risque, notamment les génotypes 16 et 18 mais aussi 31, 33, 45, 52, 58 et d’autres génotypes oncogènes, peuvent persister et participer à la survenue de lésions précancéreuses ou de cancers du col de l’utérus, de l’anus, de la vulve, du vagin, du pénis ou de l’oropharynx. Les condylomes sont bénins et ne se transforment pas en cancer. L’enjeu est de ne pas méconnaître une lésion dysplasique ou cancéreuse pouvant mimer un condylome, ni une co-infection par un HPV oncogène.1

Repères clés
- L’infection à HPV est très fréquente : environ 8 personnes sur 10 y sont exposées au cours de leur vie.
- Les condylomes sont des verrues ano-génitales liées le plus souvent aux HPV 6 et 11.
- Le traitement vise la disparition des lésions visibles, l’amélioration du confort et la réduction du retentissement sexuel ; il ne garantit pas l’éradication du virus.
- Les récidives sont fréquentes, avec des taux rapportés autour de 30 à 60 % selon les études retenues par la HAS.
- La vaccination HPV et le dépistage du cancer du col de l’utérus restent utiles même en l’absence de condylomes visibles.
Épidémiologie et histoire naturelle
Les HPV se transmettent surtout lors des contacts sexuels cutanéo-muqueux. L’exposition survient fréquemment au début de la vie sexuelle ; Vaccination Info Service estime qu’environ 60 % des infections ont lieu à cette période. Les préservatifs et les digues dentaires réduisent le risque de transmission, mais la protection reste partielle car les zones infectantes peuvent dépasser la zone couverte.2
En France, Vaccination Info Service rapporte près de 3 000 nouveaux cancers du col de l’utérus par an et environ 1 000 décès, ainsi que 6 400 cancers annuels liés aux HPV, dont un sur quatre chez les hommes. Les localisations concernent le col de l’utérus, l’anus, l’oropharynx, la vulve, le vagin et le pénis.2
La majorité des infections à HPV disparaissent spontanément. Une infection peut aussi rester asymptomatique, persister plusieurs mois ou années, puis être découverte à distance du rapport contaminant. Le délai d’apparition des condylomes est très variable, de quelques semaines à plusieurs mois, parfois plusieurs années. Un condylome visible ou un test HPV positif ne permet donc pas de dater l’infection ni d’identifier avec certitude la personne source.



Transmission et sites exposés
La transmission habituelle se fait par contact direct entre une muqueuse ou une peau infectée et une zone exposée. Les rapports vaginaux, anaux, oraux, les contacts génito-génitaux et les contacts main-sexe peuvent transmettre le virus. La localisation des lésions dépend ensuite de l’anatomie présente et des pratiques : vulve, vestibule, vagin, col de l’utérus, pénis, méat urétral, anus, marge anale, périnée, pubis ou cavité buccale. La transmission par objets est secondaire et ne constitue pas le mode habituel de contamination.
L’entretien clinique précise les sites exposés et les symptômes, récapitule les traitements déjà reçus et les récidives, explore les pratiques de protection ainsi que les autres risques d’IST. Il peut conduire à proposer un dépistage des autres IST, une information sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH lorsque les expositions le justifient, ou un lien vers les cours sur la prévention des IST, le VIH, la santé sexuelle des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et la santé sexuelle des personnes trans et non binaires.
Clinique des condylomes
Les condylomes peuvent être papuleux, verruqueux, exophytiques, plans ou acuminés. L’expression ancienne « crête de coq » décrit l’aspect exophytique de certaines lésions, mais elle ne suffit pas au diagnostic. Les lésions sont souvent indolores ; elles peuvent provoquer prurit, gêne, saignement, fissuration, dyspareunie, inquiétude esthétique ou évitement sexuel.
L’examen intime ne doit être proposé que s’il répond à une question clinique. Il faut expliquer ce que l’on cherche, demander le consentement, proposer l’auto-exposition de la zone concernée lorsque c’est possible, utiliser un spéculum ou une anuscopie uniquement si l’indication est claire, et interrompre l’examen si la personne le demande. Ce principe vaut pour l’examen de la vulve, du vagin, du col, du pénis, du méat urétral, de l’anus et de la marge anale.

Diagnostic et diagnostics différentiels
Le diagnostic des condylomes est essentiellement clinique, avec un bon éclairage. Le dermatoscope ou une loupe peuvent aider lorsque la lésion est petite. Un test HPV n’est pas nécessaire pour diagnostiquer un condylome visible ; le test HPV-HR appartient surtout au dépistage du cancer du col de l’utérus et au suivi gynécologique selon les recommandations.
Les diagnostics différentiels comprennent les papules perlées de la couronne du gland, les glandes de Fordyce, les molluscums contagiosums, les kératoses séborrhéiques, le psoriasis génital, le lichen plan, les nævus, les lésions de syphilis et les néoplasies intra-épithéliales. Une biopsie est indiquée devant une lésion atypique, pigmentée, ulcérée, indurée, fixée, saignant facilement, résistante au traitement, ou devant toute suspicion de dysplasie ou de carcinome. Chez une personne immunodéprimée, la biopsie doit être discutée au moindre doute.1
La localisation oriente le bilan. Une atteinte de la marge anale justifie un examen proctologique avec anuscopie. Une lésion du méat ou de l’urètre impose un avis urologique si son extension proximale n’est pas visible par l’éversion douce du méat. Une lésion vaginale ou cervicale impose un examen gynécologique adapté, avec dépistage cervico-utérin selon l’âge et le statut de suivi.
Retentissement sexuel et relationnel
Le retentissement sexuel peut dépasser la taille ou le nombre des lésions. Les personnes décrivent souvent peur de transmettre, honte, dégoût de soi, hypervigilance corporelle, évitement des rapports, difficulté à annoncer le diagnostic et baisse du désir. Les traitements locaux peuvent ajouter douleur, brûlure, croûtes, irritation ou période d’abstinence contrainte. La consultation doit distinguer le temps médical, consacré au diagnostic et au traitement, du temps sexologique, consacré au vécu corporel, à la reprise des rapports, à la discussion avec les partenaires et aux représentations de l’IST.
Lorsque la plainte porte surtout sur la peur de contaminer, la honte, l’annonce aux partenaires ou la reprise des rapports, le cours sur les conséquences du papillomavirus sur la sexualité complète utilement cette partie.
Traitement des condylomes
Le traitement a pour objectif de faire disparaître les lésions visibles, de soulager les symptômes et de limiter le retentissement. Il ne garantit pas l’éradication de l’HPV et ne dispense pas du dépistage cervico-utérin ou anal lorsque celui-ci est indiqué. L’abstention thérapeutique peut être discutée devant des lésions peu nombreuses, non gênantes et typiques, car des régressions spontanées sont possibles. La décision tient compte de la taille, du nombre, de la localisation, de la grossesse, de l’immunodépression, de la préférence de la personne, de la douleur attendue et de la capacité à appliquer correctement un traitement local.
| Situation | Conduite ou traitement | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Condylomes externes peu nombreux | Cryothérapie en consultation, podophyllotoxine 0,5 % ou imiquimod 5 % selon localisation, accès au soin et préférence de la personne. | La podophyllotoxine s’utilise sur lésions externes accessibles. L’imiquimod s’applique le soir, trois fois par semaine, puis doit être rincé le matin, conformément à l’AMM. |
| Lésions nombreuses, volumineuses ou très gênantes | Cryothérapie répétée, chirurgie, électrochirurgie ou laser CO2. Un traitement auto-appliqué peut être associé après cicatrisation. | Prévoir antalgie, information sur les soins locaux et réévaluation si persistance. |
| Condylomes anaux ou péri-anaux | Examen proctologique. Cryothérapie, imiquimod, électrocoagulation ou laser selon extension et accessibilité. | Une atteinte de la marge anale justifie de rechercher des lésions intra-anales. |
| Condylomes urétraux | Avis urologique si la partie proximale n’est pas visible. Options : podophyllotoxine appliquée avec précision, cryothérapie avec matériel adapté ou laser CO2. | Ne pas appliquer un topique dans l’urètre sans indication spécialisée. |
| Condylomes vaginaux ou cervicaux | Examen gynécologique. Imiquimod appliqué de façon adaptée, cryothérapie ou laser CO2 selon localisation. | Le dépistage cervico-utérin suit les recommandations d’âge et ne se résume pas à la présence de condylomes. |
| Grossesse ou allaitement | Abstention possible si lésions peu gênantes. Si traitement nécessaire : cryothérapie, chirurgie, laser CO2 ou acide trichloroacétique après discussion obstétricale. | La podophyllotoxine est contre-indiquée pendant la grossesse et l’allaitement selon l’AMM. L’imiquimod est à éviter en intravaginal et à discuter avec prudence. |
| Immunodépression, VIH ou traitement immunosuppresseur | Mêmes traitements que la population générale, avec seuil plus bas de biopsie et suivi plus rapproché. | Vérifier le niveau d’immunodépression, le suivi VIH si concerné, et organiser le dépistage des cancers HPV-induits. |
| Enfant ou adolescent | Avis spécialisé. Antalgie adaptée. Abstention possible si lésions peu gênantes et surveillance possible. | La présence de condylomes ne signe pas à elle seule une violence sexuelle ; l’évaluation doit rester clinique, prudente et non culpabilisante. |
| Récidive ou échec | Réexaminer le diagnostic, rechercher une immunodépression, discuter biopsie, changer de modalité ou associer traitement ablatif et traitement local. | Les récidives sont fréquentes ; elles ne signifient pas automatiquement nouvelle contamination. |
Repère décisionnel
| Lésion ano-génitale évocatrice | Examen clinique avec bon éclairage, après explication et consentement. |
| Lésion typique, externe, non compliquée | Traitement local ou abstention discutée ; choix partagé selon gêne, nombre et localisation. |
| Doute diagnostique, lésion atypique ou immunodépression | Biopsie ou avis spécialisé avant de répéter les traitements. |
| Localisation anale, urétrale, vaginale profonde ou cervicale | Examen spécialisé adapté : proctologie, urologie ou gynécologie. |
| Grossesse, enfant, récidives multiples ou douleur importante | Adapter le traitement, anticiper l’antalgie et organiser le suivi. |
Situations particulières
Immunodépression et VIH
Les personnes immunodéprimées présentent davantage de lésions persistantes, récidivantes ou atypiques. La HAS recommande un examen proctologique régulier chez les personnes immunodéprimées ayant des condylomes, un examen gynécologique lorsque vulve, vagin ou col sont concernés, et une biopsie au moindre doute pour ne pas méconnaître un carcinome épidermoïde ou une néoplasie intra-épithéliale de haut grade. Chez une personne vivant avec le VIH, le dosage des lymphocytes CD4 et l’observance du traitement antirétroviral doivent être vérifiés.1

Grossesse et allaitement
Pendant la grossesse, les condylomes peuvent augmenter en nombre ou en volume. L’abstention thérapeutique peut être discutée avec l’obstétricien lorsque les lésions sont peu gênantes. Si les lésions obstruent la filière pelvi-génitale, saignent facilement ou gênent l’accouchement, le traitement doit être discuté avec l’équipe obstétricale. Une césarienne prophylactique n’est pas indiquée du seul fait de condylomes ; elle se discute en cas d’obstruction de l’étage pelvi-génital ou de risque hémorragique excessif lors d’un accouchement vaginal. La papillomatose respiratoire récurrente juvénile est rare et ne justifie pas à elle seule une césarienne systématique.1

Enfant et adolescent
Chez l’enfant, les condylomes ano-génitaux ne sont pas automatiquement liés à des violences sexuelles. La majorité des situations pédiatriques ne relève pas d’une transmission sexuelle, mais l’âge, le contexte, les symptômes associés et l’examen clinique doivent être analysés avec prudence. La prise en charge doit éviter les gestes douloureux inutiles, prévoir une antalgie adaptée et solliciter un avis spécialisé si la situation sort d’un tableau simple.
Partenaires et prévention des récidives
Un ou une partenaire sans lésion visible ne reçoit pas de traitement systématique contre les HPV. La consultation sert à informer, rechercher des lésions si la personne le souhaite ou si elle présente des symptômes, dépister les autres IST selon les expositions, vérifier la vaccination HPV et accompagner l’annonce. Les rapports peuvent reprendre lorsque la douleur, les plaies liées au traitement et la gêne ont disparu. Les préservatifs et les digues dentaires réduisent le risque de transmission sans l’annuler.
Le tabac favorise la persistance des infections HPV et les lésions cervicales. Le sevrage tabagique a donc sa place dans la prévention, au même titre que la vaccination, le dépistage et le suivi des lésions. Un lien peut être fait avec les ressources sur les effets du tabac sur la sexualité lorsque le tabac s’inscrit aussi dans une plainte sexuelle.
Vaccination HPV
La vaccination HPV est recommandée en France chez les filles et les garçons de 11 à 14 ans, avec deux doses espacées d’au moins cinq mois. Depuis le 19 décembre 2025, le rattrapage est possible chez les filles et les garçons jusqu’à 26 ans inclus ; trois doses sont alors nécessaires si la vaccination commence à partir de 15 ans. Toute nouvelle vaccination doit être commencée avec Gardasil 9 chez les personnes non antérieurement vaccinées. La vaccination est également recommandée dès 9 ans chez les enfants candidats à une transplantation d’organe solide.2

La vaccination est plus efficace lorsqu’elle est réalisée avant le début de la vie sexuelle. Elle protège contre les HPV couverts par le vaccin, dont les génotypes responsables de la majorité des condylomes et plusieurs HPV oncogènes. Elle ne traite pas une infection déjà acquise et ne remplace pas le dépistage du cancer du col de l’utérus.
Dépistage du cancer du col de l’utérus
Le dépistage concerne les personnes porteuses d’un col de l’utérus, qu’elles soient vaccinées ou non contre les HPV. Les femmes cisgenres, les hommes trans et les personnes non binaires ayant un col doivent pouvoir recevoir une information claire, sans supposer leur identité de genre ni leurs pratiques sexuelles. Le dépistage du col ne doit pas être avancé au moment des premiers rapports au seul motif d’une absence de vaccination.
Entre 25 et 30 ans, le dépistage repose sur deux examens cytologiques à un an d’intervalle, puis un examen trois ans plus tard si les deux premiers résultats sont normaux. De 30 à 65 ans, le test HPV-HR remplace l’examen cytologique en dépistage primaire ; il est réalisé trois ans après le dernier examen cytologique normal, puis tous les cinq ans si le test est négatif. À partir de 30 ans, l’auto-prélèvement vaginal peut faciliter le dépistage des personnes non dépistées ou insuffisamment dépistées.3
Lorsqu’un test HPV-HR de dépistage primaire est positif entre 30 et 65 ans, une cytologie réflexe doit être réalisée sur le même prélèvement lorsque le milieu de prélèvement le permet. Une cytologie ASC-US ou plus sévère conduit à une colposcopie. Si la cytologie réflexe est négative, un nouveau test HPV est réalisé un an plus tard ; la persistance du test HPV positif à un an conduit à une colposcopie, tandis qu’un test HPV négatif permet de reprendre un dépistage par test HPV cinq ans plus tard.3
Livres utiles
Référence
Référentiel de maladies infectieuses et tropicales couvrant les IST, le VIH, les infections opportunistes et les stratégies diagnostiques et thérapeutiques.
Référence
Ouvrage médical sur les infections sexuellement transmissibles et leurs diagnostics différentiels dermatologiques, muqueux et génitaux.
Ouvrage spécialisé sur les dermatoses génitales masculines et féminines, leurs diagnostics différentiels, leurs examens et leur prise en charge.
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Références
- Haute Autorité de Santé. Prise en charge thérapeutique des patients atteints de condylomes ano-génitaux. Recommandations. Validé par le Collège le 14 novembre 2024. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3562506/fr/prise-en-charge-therapeutique-des-patients-atteints-de-condylomes-ano-genitaux-recommandations[↩][↩][↩][↩]
- Santé publique France. Vaccination Info Service. Infections à papillomavirus humains (HPV). Mis à jour le 2 janvier 2026. https://vaccination-info-service.fr/Les-maladies-et-leurs-vaccins/Infections-a-Papillomavirus-humains-HPV[↩][↩][↩]
- Haute Autorité de Santé. Évaluation de la recherche des papillomavirus humains (HPV) en dépistage primaire des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus et de la place du double immuno-marquage p16/Ki67. Recommandation en santé publique. Mis en ligne le 11 juillet 2019. https://www.has-sante.fr/jcms/c_2806160/fr/evaluation-de-la-recherche-des-papillomavirus-humains-hpv-en-depistage-primaire-des-lesions-precancereuses-et-cancereuses-du-col-de-l-uterus-et-de-la-place-du-double-immunomarquage-p16-ki67[↩][↩]






