Points clefs
- La gale et la phtirose sont des ectoparasitoses : elles relèvent de parasites vivant sur la peau ou les poils.
- La gale se transmet surtout par contacts cutanés prolongés. La transmission sexuelle est possible, mais elle n’est pas le seul mode de transmission.
- Le prurit nocturne, les sillons, les vésicules perlées et les lésions génitales ou des espaces interdigitaux orientent vers une gale ; l’entourage qui se gratte est un indice important.
- Le traitement de la gale doit associer le traitement de la personne, celui des contacts proches et les mesures sur le linge. Traiter seulement la personne symptomatique expose aux récidives.
- La phtirose, ou pédiculose pubienne, est due au pou du pubis. Le diagnostic repose sur la visualisation des poux ou des lentes ; il faut rechercher les autres IST associées.
- Les traitements et les conseils doivent être expliqués sans jugement : l’objectif est d’interrompre la transmission, de soulager le prurit et de préserver la vie intime.
Gale et phtirose : deux ectoparasitoses
La gale et la phtirose appartiennent aux parasitoses cutanées. Elles peuvent être découvertes lors d’une consultation de sexologie ou de santé sexuelle parce qu’elles provoquent un prurit, des lésions génitales, une gêne dans l’intimité ou une inquiétude de transmission au ou aux partenaires. Elles ne doivent pas être présentées comme des infections liées à un manque d’hygiène.
La consultation part souvent d’un prurit ou de lésions génitales, mais la prise en charge doit être globale : traitement de la personne et des contacts, mesures sur le linge, situations de grossesse ou d’allaitement, et formes particulières. Les recommandations de la Société française de dermatologie, actualisées le 19 janvier 2026, et les recommandations HAS 2024 sur la phtirose servent ici de références principales.12
Gale
Parasite et transmission de la gale
La gale humaine est due à Sarcoptes scabiei var. hominis, un acarien qui creuse des sillons dans la couche cornée. La femelle pond dans ces sillons ; les lésions et le prurit résultent surtout de la réaction immuno-allergique aux parasites, aux œufs et aux déjections.
La transmission est principalement interhumaine directe, par contact cutané prolongé. Les rapports sexuels peuvent transmettre la gale parce qu’ils associent des contacts peau contre peau longs et rapprochés, mais la gale peut aussi circuler dans un foyer, une collectivité, un établissement de soins, un EHPAD ou une famille. La survie du sarcopte hors de la peau est courte, généralement inférieure à trois jours ; le linge et la literie interviennent surtout lorsqu’ils ont été en contact récent avec la personne infestée.

Épidémiologie de la gale
La gale reste fréquente en pratique clinique, avec des épisodes groupés possibles dans les familles, les collectivités et les lieux de vie où les contacts rapprochés sont nombreux. Le chiffre de 328 cas pour 100 000 habitants souvent cité dans les anciens supports correspond à une estimation ancienne en France ; il ne doit pas être présenté comme une donnée d’incidence actuelle. En consultation, l’information utile est surtout clinique : demander si d’autres personnes du foyer, partenaires ou contacts proches ont un prurit, et organiser leur prise en charge en même temps.
Clinique de la gale
L’incubation habituelle est de deux à six semaines lors d’une première infestation. Elle peut être plus courte en cas de réinfestation. Le signe le plus évocateur est un prurit diffus, souvent vespéral ou nocturne, qui touche parfois plusieurs personnes du même entourage. Les lésions sont souvent liées au grattage, ce qui peut masquer les signes spécifiques.
Les localisations typiques comprennent les espaces interdigitaux, les poignets, les coudes, les aisselles, l’ombilic, les fesses, la face interne des cuisses, les organes génitaux externes et les seins. Chez les personnes ayant un pénis, des papules ou des nodules scabieux du fourreau ou du gland peuvent motiver la consultation. Ces papules ou nodules génitaux peuvent évoquer une autre IST ou une dermatose. L’examen clinique recherche les localisations typiques de gale et les diagnostics différentiels.

Les formes profuses ou hyperkératosiques surviennent surtout en contexte de diagnostic tardif, d’immunodépression, chez les personnes âgées, en institution ou après des traitements inadaptés. Elles peuvent être très contagieuses et parfois moins prurigineuses, ce qui retarde le diagnostic. Une gale profuse ou croûteuse relève d’un avis dermatologique ou infectiologique, souvent avec discussion d’une prise en charge hospitalière.
Diagnostic de la gale
Le diagnostic de gale commune est d’abord clinique. L’examen recherche les sillons, les vésicules perlées, les papules excoriées, les nodules génitaux et les localisations typiques. La notion de prurit dans l’entourage renforce l’hypothèse. Lorsque le tableau est atypique, récidivant, institutionnel ou sévère, la dermoscopie, le prélèvement cutané ou l’avis spécialisé peuvent aider à confirmer le diagnostic.
Devant des lésions génitales, il faut adopter une approche large. Une gale peut coexister avec une autre IST. Selon les symptômes et les pratiques, on peut proposer un dépistage VIH, syphilis, gonocoque, Chlamydia trachomatis, hépatites ou autres IST. La logique de dépistage global est détaillée dans la page IST et sexualité.
Traitement de la gale
Le traitement de la gale associe trois dimensions : traiter la personne, traiter les contacts proches au même moment et gérer le linge ou la literie récemment exposés. Si une seule dimension est oubliée, la récidive ou la recontamination devient probable.
| Situation | Conduite pratique | Traitement ou adaptation |
|---|---|---|
| Gale commune de l’adulte | Traiter le jour même, expliquer l’application ou la prise, traiter les contacts proches simultanément. | Perméthrine 5 % topique à appliquer le soir et à rincer le matin, avec renouvellement entre J8 et J14 ; ou benzoate de benzyle 10 % selon les modalités du produit ; ou ivermectine orale 200 µg/kg, renouvelée entre J8 et J14 selon la situation. |
| Contacts proches | Traiter les personnes du foyer, les partenaires sexuels et les contacts cutanés prolongés, même si elles ne se grattent pas encore. | Traitement le même jour que la personne symptomatique. La surveillance seule expose à des recontaminations si le contact est réellement proche. |
| Grossesse | Ne pas laisser une gale évoluer, surtout en fin de grossesse. Choisir le traitement en tenant compte du terme, de l’étendue des lésions et du risque de transmission au nouveau-né. | La perméthrine 5 % et le benzoate de benzyle 10 % sont proposés à J1 puis entre J8 et J14. L’ivermectine orale à 200 µg/kg, hors AMM, peut être utilisée selon l’état cutané, l’observance ou les cas groupés. Au premier trimestre, elle relève de la deuxième intention. |
| Allaitement | Traiter la gale et éviter l’exposition directe du nourrisson au produit appliqué sur la peau. | Avec un topique, tirer puis jeter le lait pendant le temps de contact du produit avec la peau ; l’allaitement peut reprendre après rinçage. Avec l’ivermectine, l’allaitement est poursuivi sans interruption. |
| Gale profuse, croûteuse ou institutionnelle | Ne pas gérer seul en routine. Évaluer le risque de diffusion à l’entourage et aux soignants. | Avis dermatologique ou infectiologique. Les recommandations SFD discutent traitements répétés et association traitement local + traitement oral. |
| Prurit après traitement | Expliquer qu’un prurit peut persister plusieurs semaines malgré un traitement efficace. | Réévaluer si nouvelles lésions, prurit de l’entourage, mauvaise application, absence de traitement des contacts ou doute diagnostique. |
Chez une personne enceinte, la perméthrine 5 % et le benzoate de benzyle 10 % sont appliqués à J1 puis entre J8 et J14. L’ivermectine orale peut être retenue en cas de mauvais état cutané, de difficulté d’observance ou de cas groupés ; au premier trimestre, elle relève de la deuxième intention.3
Pendant l’allaitement, un topique impose de tirer puis jeter le lait pendant le temps de contact du produit avec la peau ; l’allaitement peut reprendre après rinçage. L’ivermectine orale permet la poursuite de l’allaitement sans interruption.4
L’ivermectine se prescrit en fonction du poids, à la dose de 200 µg/kg par prise ; la correspondance indiquée par la SFD est d’un comprimé à 3 mg pour 15 kg. La prise est habituellement renouvelée entre J8 et J14, car le traitement ne détruit pas toujours tous les œufs. En cas d’exposition possible à la loase (Loa loa), un avis spécialisé est nécessaire avant une prescription d’ivermectine.
Les traitements topiques doivent être appliqués sur peau propre et sèche, en respectant le temps de contact et les zones à traiter. Chez l’adulte, on traite classiquement tout le corps en évitant les muqueuses, avec adaptation si des lésions siègent sur le visage ou le cuir chevelu dans des formes particulières. Les consignes doivent être données par écrit lorsque c’est possible.
Linge, contacts et sexualité
Les vêtements, draps et serviettes utilisés récemment doivent être lavés à 60 °C lorsque c’est possible. Les textiles non lavables sont isolés dans un sac fermé pendant trois jours en cas de gale commune et huit jours en cas de gale profuse. La congélation pendant 48 heures est une option pour les textiles fragiles. Les acaricides d’environnement ne remplacent pas le traitement des personnes.5
Éviter les rapports sexuels jusqu’à la réalisation du traitement par la personne et les partenaires concernés, puis jusqu’à disparition du risque immédiat de transmission. Le préservatif ne prévient pas la transmission cutanée de la gale, qui peut concerner des zones de peau non couvertes. En consultation, il faut expliquer comment prévenir les partenaires sans dramatiser ni moraliser.
Phtirose : poux du pubis (morpions)
Parasite et transmission de la phtirose
La phtirose, ou pédiculose pubienne, est due à Pthirus pubis, plus connu sous le nom de pou du pubis ou morpion. Le terme ancien Phtirius inguinalis se rencontre encore dans certains supports, mais la recommandation HAS 2024 utilise Pthirus pubis.
La transmission se fait surtout par contact direct peau contre peau, le plus souvent lors de rapports sexuels. Le pou adulte survit environ 24 heures hors contact humain et les lentes peuvent survivre plusieurs jours. Les localisations habituelles sont les poils pubiens et péri-anaux, mais les poils axillaires, thoraciques ou les cils peuvent être concernés. Chez l’enfant, une phtirose, en particulier ciliaire, impose d’évaluer le contexte et la possibilité de violences sexuelles.

Clinique et diagnostic de la phtirose
Le symptôme principal est un prurit pubien ou péri-anal. L’examen attentif des poils recherche les poux adultes, qui apparaissent comme de petits points gris près de la base du poil, et les lentes, petites masses fixées au poil. Une dermoscopie ou une loupe peut aider. Des lésions de grattage, une impétiginisation ou des adénopathies inguinales peuvent accompagner le tableau.
La HAS recommande de rechercher les autres IST, car elles peuvent être associées. Selon le contexte, on propose un dépistage VIH, syphilis, gonocoque, Chlamydia trachomatis et hépatites. Une discussion sur la prévention du VIH, la vaccination, les violences sexuelles et la contraception peut être nécessaire.
Traitement de la phtirose
| Situation | Conduite pratique | Traitement ou adaptation |
|---|---|---|
| Forme localisée | Traiter les zones atteintes, retirer les lentes visibles, laver le linge et traiter les partenaires. | Perméthrine 5 % crème sur les zones atteintes, rinçage après 10 minutes, à répéter à J7-J10 ; ou diméticone lotion selon les modalités du fabricant, à renouveler à J7-J10. Ces usages sont hors AMM dans la recommandation HAS 2024. |
| Échec après première ligne | Vérifier l’application, le retrait des lentes, le traitement des partenaires et l’absence de réinfestation. | Changer de classe : diméticone si perméthrine utilisée initialement, ou perméthrine si diméticone utilisée initialement. |
| Forme profuse ou échecs répétés | Réévaluer le diagnostic, les partenaires et les autres sites pileux atteints. | Ivermectine 200 µg/kg, à renouveler à J7-J10, en une prise après le repas, accessible pour un poids supérieur à 15 kg ; hors AMM selon la HAS. |
| Grossesse | Privilégier un traitement local et éviter les consignes vagues. | Perméthrine 5 % ou diméticone en première intention. Si le traitement cutané ne convient pas ou ne suffit pas, l’ivermectine peut être discutée selon la recommandation HAS. |
| Atteinte des cils | Éviter tout pédiculicide au contact de l’œil. Examiner les autres zones pileuses. | Retrait manuel des poux et lentes, vaseline deux fois par jour pendant 10 jours. Ivermectine en deuxième ligne en cas d’échec, selon l’âge et le poids. |
Le rasage seul peut diminuer la charge parasitaire, mais il ne doit pas être présenté comme l’unique traitement. Les recommandations HAS associent traitement local ou oral selon la situation, retrait des lentes, lavage du linge à 60 °C, traitement des partenaires, notification des partenaires et recherche des autres IST.
Retentissement sexuel et relationnel
La gale et la phtirose peuvent provoquer honte, dégoût, peur d’avoir transmis un parasite, conflits de couple ou arrêt temporaire des rapports. Le rôle du soignant est de nommer clairement le diagnostic, d’expliquer la transmission et de distinguer le temps médical du temps relationnel. Le délai d’incubation, les formes peu symptomatiques et les transmissions non sexuelles rendent souvent impossible d’attribuer l’infestation à une situation ou à une personne.
Le conseil sexologique est simple : suspendre les contacts peau contre peau à risque le temps de traiter les personnes concernées, prévenir les partenaires exposés, puis reprendre les rapports lorsque le traitement est réalisé et que les symptômes diminuent. Pour les personnes trans et non binaires, l’évaluation tient compte des zones pileuses, des organes présents, des pratiques et des partenaires ; la page santé sexuelle des personnes trans et non binaires détaille cette approche.
Quand reconsulter ?
Il faut reconsulter si le prurit s’aggrave après le traitement, si de nouvelles lésions apparaissent, si plusieurs personnes du foyer restent symptomatiques, si les lésions sont étendues ou croûteuses, si une surinfection est suspectée, si la personne est enceinte, immunodéprimée, âgée ou institutionnalisée, ou si une atteinte des cils est présente. Pour la phtirose chez un enfant, l’évaluation spécialisée doit rechercher une situation de violence sexuelle possible.
Livres utiles
Référence
Référentiel de maladies infectieuses et tropicales couvrant les IST, le VIH, les infections opportunistes et les stratégies diagnostiques et thérapeutiques.
Référence
Ouvrage médical sur les infections sexuellement transmissibles et leurs diagnostics différentiels dermatologiques, muqueux et génitaux.
Ouvrage spécialisé sur les dermatoses génitales masculines et féminines, leurs diagnostics différentiels, leurs examens et leur prise en charge.
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Références
- Société française de dermatologie, Centre de preuves en dermatologie, recommandations « Gale commune : chez l’enfant, la femme enceinte ou allaitante », pages actualisées le 19 janvier 2026, consultées le 18 juillet 2026 : https://reco.sfdermato.org/fr/recommandations-gale-commune_chez-l-enfant,-la-femme-enceinte-ou-allaitante[↩]
- Haute Autorité de santé, « Prise en charge du patient atteint de pthirose », recommandation validée le 14 novembre 2024 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-11/prise_en_charge_du_patient_atteint_de_pthirose_-_recommandations.pdf[↩]
- Société française de dermatologie, Centre de preuves en dermatologie, « Recommandations gale commune : chez la femme enceinte, traitement d’attaque », actualisé le 19 janvier 2026, consulté le 18 juillet 2026 : https://reco.sfdermato.org/fr/recommandations-gale-commune_chez-l-enfant,-la-femme-enceinte-ou-allaitante/prise-en-charge/femme-enceinte_traitement-d-attaque[↩]
- Société française de dermatologie, Centre de preuves en dermatologie, « Prise en charge de la femme allaitante : mesures pour le lait maternel », actualisé le 19 janvier 2026, consulté le 18 juillet 2026 : https://reco.sfdermato.org/fr/recommandations-gale-commune_chez-l-enfant,-la-femme-enceinte-ou-allaitante/prise-en-charge/femme-allaitante_mesures-pour-le-lait-maternel[↩]
- Société française de dermatologie, Centre de preuves en dermatologie, « Recommandations gale commune : mesures associées », actualisé le 19 janvier 2026, consulté le 18 juillet 2026 : https://reco.sfdermato.org/fr/recommandations-gale-commune_chez-l-enfant,-la-femme-enceinte-ou-allaitante/mesures-associ%C3%A9es[↩]






