Mycose et sexualité

Cours du Dr Fatima YASSIR, modifié et mis à jour par Dr Arnaud ZELER

Note importante

Cet article reprend une retranscription initiale d’un cours magistral tenu à l’oral dans le cadre du Diplôme Inter Universitaire de Sexologie.

Il a été relu, corrigé et actualisé le 16 juillet 2026 par Dr Arnaud ZELER avec des recommandations récentes et des sources scientifiques citées dans le texte.

Le contenu intègre les données médicales et terminologiques actuelles.

Si vous repérez une erreur, une donnée devenue obsolète ou un point qui mérite d’être précisé, vous pouvez nous le signaler dans les commentaires sous le cours.

Candidose, mycose génitale et sexualité

Points clefs

  • La candidose vulvo-vaginale est une infection inflammatoire liée à une prolifération de levures du genre Candida, le plus souvent Candida albicans.
  • Elle n’est pas classée comme une IST au sens strict, mais elle concerne directement la sexualité par le prurit, les brûlures, les douleurs pendant les rapports, la gêne corporelle et les inquiétudes de transmission.
  • Un tableau typique associe prurit vulvaire, brûlures, vulvite, leucorrhées blanches épaisses ou caillebottées, avec un pH vaginal habituellement normal.
  • Un prélèvement est utile en cas de symptôme atypique, récidive, échec thérapeutique, grossesse, immunodépression ou suspicion de levure non albicans.
  • Le partenaire n’est pas traité systématiquement s’il n’a pas de symptômes. Une balanite symptomatique peut justifier un traitement antifongique local.
  • Pendant la grossesse, le traitement repose sur un azolé local pendant 7 jours ; le fluconazole oral est évité.

Agent pathogène et équilibre muqueux

Le terme courant de « mycose » désigne ici une candidose génitale. Les levures du genre Candida peuvent coloniser les muqueuses digestives et génitales sans provoquer de symptôme. Une candidose apparaît lorsque la levure prolifère et déclenche une inflammation locale. Candida albicans est l’espèce la plus fréquente, mais Candida glabrata et d’autres espèces non albicans doivent être évoquées devant les formes récidivantes, atypiques ou résistantes au traitement habituel.1

La candidose vulvo-vaginale n’est pas habituellement acquise par un rapport sexuel. Le diagnostic suscite souvent des inquiétudes de contagion ou de fidélité ; l’explication médicale doit être claire et rassurante. La sexualité intervient surtout comme révélateur des symptômes : frottements, irritation, douleurs à la pénétration, brûlures après les rapports et gêne corporelle.

Une muqueuse sèche, atrophique, irritée ou fragilisée favorise les symptômes lorsque Candida prolifère. Les facteurs associés comprennent notamment un microbiote modifié, une antibiothérapie récente, une grossesse, un diabète, une corticothérapie, une immunodépression, la macération sous le prépuce et certains irritants locaux. La présence de Candida sur un prélèvement sans signe clinique ne suffit pas à poser une indication thérapeutique.

Cette image illustre Candida albicans dans un contexte de mycose génitale ; elle ne suffit pas à elle seule à poser le diagnostic, qui reste clinique et microbiologique selon les situations.

Tableaux cliniques

Chez les personnes ayant une vulve et un vagin, la candidose donne le plus souvent une vulvo-vaginite ou une vulvite. Le prurit vulvaire est fréquent. Les brûlures, l’œdème, l’érythème, les fissures, les excoriations, la dysurie externe et la dyspareunie sont possibles. Les leucorrhées sont classiquement blanches, épaisses, adhérentes ou caillebottées. L’odeur forte n’est pas un signe typique de candidose ; elle doit faire discuter une vaginose bactérienne, une trichomonase ou une autre cause de vaginite.

Le pH vaginal reste habituellement normal, inférieur à 4,5, dans la candidose vulvo-vaginale. Cette donnée aide à distinguer la candidose d’une vaginose bactérienne ou d’une trichomonase, où le pH est souvent plus élevé. Un pH normal n’exclut pas les autres diagnostics. Un pH élevé justifie d’élargir le bilan avant de répéter un traitement antifongique.1

Chez les personnes ayant un pénis, la candidose peut se présenter comme une balanite ou une balanoposthite. Les signes sont un érythème du gland, un prurit, une sensation de brûlure, une gêne au décalottage, parfois des pustules ou un enduit blanchâtre. Le tableau est favorisé par la macération, le prépuce long, le diabète, une antibiothérapie récente ou une irritation locale. Le diagnostic différentiel inclut une dermatite irritative ou allergique, un psoriasis, un lichen, un herpès, une syphilis, une gonococcie ou une balanite non infectieuse.

Récidives et formes compliquées

Les rechutes peuvent survenir autour des menstruations, après antibiothérapie, pendant la grossesse ou en situation d’immunodépression. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) définissent la candidose vulvo-vaginale récidivante par au moins trois épisodes symptomatiques en moins d’un an. Elle reste minoritaire, mais elle impose de confirmer le diagnostic et de rechercher les facteurs associés : diabète, antibiothérapies répétées, immunodépression, exposition aux corticoïdes, irritation locale, espèce non albicans ou diagnostic initial erroné.1

Une candidose récidivante ne justifie pas des traitements répétés sans confirmation. Il faut vérifier qu’il s’agit bien d’une candidose, identifier l’espèce lorsque c’est possible, rechercher une résistance ou une levure non albicans en cas d’échec, et vérifier que les symptômes ne relèvent pas d’une vulvodynie, d’une vestibulodynie ou d’une autre cause de dyspareunie.

Diagnostic

Un épisode typique chez une personne sans facteur de complication peut être traité sur des arguments cliniques. La confirmation microbiologique devient utile lorsque les symptômes sont atypiques, récidivants, persistants après traitement, associés à une grossesse, à une immunodépression, à une douleur inhabituelle, à des ulcérations ou à un doute diagnostique.

Le prélèvement vaginal recherche des levures et permet d’identifier l’espèce lorsque le laboratoire réalise une culture mycologique ou une technique moléculaire adaptée. La présence de Candida sans prurit, brûlure, vulvite, leucorrhées évocatrices ou autre symptôme ne justifie pas un traitement. Une prescription utile précise le site et la question clinique : « prélèvement vaginal pour recherche de levures, identification d’espèce si positif, et recherche associée de vaginose bactérienne et de trichomonase si odeur forte, pertes grisâtres, pertes mousseuses, pH élevé ou brûlures importantes ». En cas de balanite, le prélèvement n’est pas systématique ; il devient utile devant une forme atypique, sévère, récidivante, érosive, ulcérée ou résistante.

Situation cliniqueConduite diagnostiqueDiagnostics à garder en tête
Premier épisode typiqueTraitement possible sur clinique si prurit, vulvite et leucorrhées évocatrices.Candidose vulvo-vaginale simple.
Odeur forte, pertes grisâtres ou pH élevéPrélèvement vaginal avant répétition d’un antifongique.Vaginose bactérienne, trichomonase, vaginite mixte.
Récidives ou échec du traitementRecherche mycologique avec identification d’espèce si possible.Levure non albicans, résistance, diagnostic différent.
Douleur, fissures importantes, ulcérationsExamen clinique et bilan orienté avant traitement répété.Herpès, dermatose vulvaire, vestibulodynie, lichen, lésion traumatique.
Balanite récidivante ou atypiqueExamen clinique, recherche de diabète si récidives ou signes métaboliques, prélèvement si doute.Candidose, dermatose, IST, balanite irritative ou inflammatoire.
Le diagnostic de candidose repose sur l’association entre symptômes, examen clinique et prélèvement lorsque la situation n’est pas typique.

Retentissement sexuel et relationnel

La candidose génitale peut entraîner une baisse du désir, un évitement des rapports, des douleurs pendant la pénétration, une gêne au contact des sécrétions, une peur de contaminer et une inquiétude sur l’hygiène corporelle. Les symptômes peuvent être interprétés à tort comme une IST, un manque d’hygiène ou une preuve d’infidélité. La consultation vise à corriger ces interprétations, sans minimiser les douleurs.

La reprise des rapports dépend surtout de la douleur, de l’inflammation et de l’accord de la personne. Les rapports pénétratifs pendant une vulvite douloureuse entretiennent souvent l’irritation. Un lubrifiant peut réduire les frottements lorsque la sexualité reprend, mais il ne traite pas la candidose. Si la douleur persiste après disparition des signes infectieux, l’évaluation doit s’élargir aux dyspareunies, vulvodynies et vestibulodynies.

Traitement

Les formes simples répondent le plus souvent aux antifongiques azolés locaux ou au fluconazole oral en dose unique lorsque la grossesse est exclue et qu’il n’existe pas de contre-indication. Les traitements courts par azolés améliorent les symptômes et négativent les cultures chez la majorité des personnes traitées correctement.1

Le traitement local peut irriter une muqueuse déjà inflammatoire. Cette gêne ne signe pas forcément une allergie, mais une aggravation ou une brûlure intense impose de réévaluer. Les azolés oraux exposent à des interactions médicamenteuses et à des effets indésirables digestifs ou hépatiques rares ; ils doivent être utilisés avec prudence en cas de traitement associé ou de pathologie hépatique.

SituationConduite pratiqueTraitement ou adaptation
Candidose vulvo-vaginale simpleTraiter si le tableau clinique est typique. Réévaluer si persistance.Azolé local selon AMM, ou fluconazole 150 mg per os en dose unique hors grossesse et hors contre-indication.
Forme très inflammatoireTraiter plus longtemps et soulager l’inflammation locale si nécessaire.Azolé local 7 à 14 jours, ou fluconazole 150 mg avec seconde dose à 72 heures en cas d’érythème étendu, œdème, excoriations ou fissures.
GrossesseÉviter le fluconazole oral. Privilégier la voie locale.Azolé local pendant 7 jours.
AllaitementPrivilégier le traitement local lorsqu’il suffit. Vérifier les interactions si fluconazole oral.Azolé local ; fluconazole ponctuel seulement si indication clinique et absence de contre-indication.
Candidose récidivante à C. albicansConfirmer le diagnostic et rechercher un facteur favorisant.Induction prolongée, puis fluconazole hebdomadaire pendant 6 mois lorsque le protocole est retenu et bien toléré.
Suspicion de levure non albicansIdentifier l’espèce et éviter les traitements répétés à l’aveugle.Traitement azolé non fluconazole plus long ; avis spécialisé si récidive ou échec. L’acide borique intravaginal relève d’un avis spécialisé et est contre-indiqué pendant la grossesse.
Balanite candidosiqueTraiter si symptômes locaux. Rechercher diabète, macération ou irritation si récidive.Antifongique azolé local sur le gland et le prépuce selon AMM ; avis si forme atypique ou persistante.
Partenaire asymptomatiqueNe pas traiter systématiquement.Aucun traitement antifongique si absence de symptôme.
Échec thérapeutiqueVérifier observance, diagnostic, espèce, résistance, grossesse, diabète, immunodépression ou dermatose.Prélèvement mycologique et adaptation ; avis spécialisé si symptômes persistants ou récidives fréquentes.
Traitement de la candidose génitale : la conduite dépend du site atteint, de la grossesse, des récidives et de la réponse au traitement.

Prévention et conseils pratiques

Les conseils d’hygiène doivent rester sobres. Les toilettes internes, les antiseptiques vaginaux et les lavages répétés irritent les muqueuses et modifient le microbiote. Une toilette externe douce suffit. Les sous-vêtements serrés, la macération et les irritants locaux peuvent aggraver les symptômes chez certaines personnes, sans constituer une cause unique.

Les récidives imposent une discussion clinique plus large : épisodes réellement documentés, traitements déjà reçus, douleurs persistantes, pratiques irritantes, diabète, immunodépression, antibiothérapies répétées, grossesse, contraception, traitements hormonaux, sécheresse vulvo-vaginale et retentissement sexuel. En cas de suspicion d’IST associée, le bilan doit suivre les sites exposés et les symptômes : gonocoque, chlamydia, trichomonase, VIH, syphilis ou herpès selon la situation.

Messages pratiques en consultation

  • Dire explicitement que la candidose vulvo-vaginale n’est pas habituellement une IST.
  • Traiter les symptômes, pas un résultat de prélèvement isolé chez une personne asymptomatique.
  • Prélever avant de répéter les traitements si les symptômes récidivent, persistent ou ne ressemblent pas à une candidose simple.
  • Éviter le fluconazole oral pendant la grossesse.
  • Ne pas traiter le partenaire sans symptôme ; traiter une balanite symptomatique.
  • Rechercher une autre cause si la douleur persiste après disparition de l’inflammation.

Livres utiles

Certains liens peuvent être des liens affiliés. L’achat est facultatif et n’est jamais nécessaire à une prise en charge médicale.

Références

  1. Centers for Disease Control and Prevention, « Vulvovaginal Candidiasis », STI Treatment Guidelines, 2021, https://www.cdc.gov/std/treatment-guidelines/candidiasis.htm[][][][]

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