Les conséquences du papillomavirus (HPV) sur la sexualité

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Capside de papillomavirus humain
Capside de papillomavirus humain. Image : National Cancer Institute / Wikimedia Commons, domaine public.

Les papillomavirus humains, ou HPV, font partie des infections virales les plus fréquentes de la vie sexuelle. Près de 80 % des personnes sexuellement actives y seront exposées au cours de leur vie. Dans environ 90 % des cas, le virus disparaît dans les deux ans. Certains types de HPV persistent et peuvent entraîner des condylomes, des lésions précancéreuses ou des cancers.1

Les infections à HPV relèvent aussi de la sexologie, car la transmission se fait par contact intime et les lésions peuvent concerner les organes génitaux, l’anus, la bouche ou la gorge. Le diagnostic modifie parfois le rapport au corps, au désir, au partenaire, à la pénétration, aux douleurs, au dépistage et à la peur de transmettre. Le cancer du col de l’utérus occupe une place centrale dans la prévention ; le retentissement sexuel concerne un champ plus large.

La consultation doit préciser le type de HPV en cause lorsqu’il est connu, rechercher une lésion, fixer l’indication d’un dépistage, d’une surveillance ou d’un traitement, discuter la vaccination, préparer les informations à transmettre au ou aux partenaires et proposer des adaptations lorsque la sexualité est modifiée par le diagnostic ou par les soins.

HPV : de quoi parle-t-on ?

HPV signifie human papillomavirus, ou papillomavirus humain. Il s’agit d’un virus à ADN, non enveloppé, capable d’infecter la peau et les muqueuses. Environ 200 types de HPV sont décrits, dont une partie concerne les zones ano-génitales et l’oropharynx.2

Les types dits à bas risque, surtout HPV 6 et HPV 11, provoquent la majorité des condylomes ano-génitaux. Ces lésions sont non cancéreuses. Leur visibilité, leurs récidives, les douleurs liées aux traitements et leur localisation ano-génitale peuvent perturber fortement la vie sexuelle. Les types dits à haut risque, notamment HPV 16 et HPV 18, peuvent persister et participer au développement de lésions précancéreuses puis de cancers du col de l’utérus, de l’anus, de la vulve, du vagin, du pénis ou de l’oropharynx.3

La distinction entre HPV à bas risque et HPV à haut risque oriente le raisonnement clinique. Un condylome correspond le plus souvent à une infection par HPV 6 ou 11 et ne constitue pas une lésion précancéreuse du col. Un test HPV à haut risque positif signale une infection à surveiller ou à explorer selon le contexte ; il ne signifie pas cancer. Le risque augmente surtout lorsque l’infection par un type à haut risque persiste, en particulier au-delà de deux ans.4

À retenir

  • Un contact intime suffit à transmettre un HPV, même sans pénétration.
  • Dans environ 90 % des cas, le virus disparaît dans les deux ans.
  • Si le virus persiste, le problème dépend du type viral : HPV 6/11 pour la plupart des condylomes, HPV à haut risque pour certaines lésions précancéreuses.
  • La prévention associe vaccination, dépistage du col quand il est indiqué, traitement des lésions et information claire du ou des partenaires.

Transmission du HPV : contact intime et contamination non datable

Le HPV se transmet principalement lors des contacts sexuels, y compris sans pénétration. Un contact direct entre peau et muqueuse, ou entre deux muqueuses, peut suffire. Le préservatif réduit le risque de plusieurs IST et diminue une partie du risque HPV. La protection reste incomplète, car toutes les zones de contact cutané ou muqueux ne sont pas couvertes.5

Un diagnostic d’infection HPV ne permet pas de dater la contamination. Le virus peut avoir été rencontré longtemps auparavant, rester silencieux, disparaître, puis parfois être redétecté. Dans un couple, l’annonce d’un HPV ne constitue pas une preuve d’infidélité. Cette précision évite des conflits inutiles.

L’interrogatoire recherche les éléments qui modifient la sexualité : douleur pendant les rapports, lésion visible, saignement, gêne à la pénétration, peur de transmettre, honte, baisse du désir, évitement des rapports, inquiétude liée au dépistage. Ces données orientent l’examen, le traitement, les mots à utiliser avec le partenaire et le besoin éventuel d’un accompagnement sexologique.

Condylomes : lésions non cancéreuses, retentissement réel

Les HPV constituent une famille de papillomavirus humains. Chaque type viral est identifié par un numéro. Les HPV 6 et 11 sont des types à bas risque oncogène : ils infectent les épithéliums cutanéo-muqueux et sont responsables de la majorité des verrues ano-génitales, appelées condylomes. Ces lésions peuvent toucher la vulve, le vagin, le col, la verge, le scrotum, le périnée, l’anus ou la marge anale. En France, les sources sanitaires évoquent environ 100 000 personnes concernées chaque année.3

Les condylomes relèvent d’une pathologie non précancéreuse liée le plus souvent aux HPV 6/11. Leur retentissement sexuel peut être marqué, avec une peur du regard du partenaire, une altération de l’image corporelle, une gêne à se déshabiller, une anxiété de transmettre, des douleurs après traitement, une suspension des rapports ou une difficulté à parler de la lésion. L’évaluation médicale doit donc séparer le risque cancérologique du vécu sexuel, qui mérite une écoute spécifique.

Les traitements peuvent être locaux, chimiques, physiques ou chirurgicaux selon la localisation, l’étendue, les symptômes, le terrain immunitaire et les récidives. Ils détruisent les lésions visibles sans garantir l’élimination immédiate du virus. Le suivi doit annoncer les récidives possibles et éviter toute formulation qui ferait porter une faute à la personne concernée.

Col de l’utérus : dépistage, lésions précancéreuses et conisation

Les HPV à haut risque sont la cause nécessaire de la grande majorité des cancers du col de l’utérus. La prévention repose sur deux outils complémentaires : la vaccination et le dépistage. En France, le dépistage organisé concerne les personnes ayant un col de l’utérus entre 25 et 65 ans : examen cytologique entre 25 et 29 ans, puis test HPV à haut risque de 30 à 65 ans, selon les intervalles recommandés.5

Un résultat anormal ne signifie pas cancer. Il peut correspondre à une infection transitoire, à une anomalie cytologique, à une lésion de bas grade, à une lésion de haut grade ou à une situation nécessitant une colposcopie avec biopsies. Une annonce floue favorise une inquiétude disproportionnée.

La conisation consiste à retirer une portion du col lorsque la situation le justifie, notamment devant certaines lésions précancéreuses. Elle n’est pas le traitement automatique de toute infection HPV. Elle peut avoir des conséquences obstétricales et parfois sexuelles : peur de la pénétration après le geste, modification de l’image du corps, douleurs, saignements, inquiétude vis-à-vis d’une grossesse future. Ces points doivent être discutés avant et après le traitement.

Cancers attribuables aux HPV : col, anus, ORL, vulve, vagin, pénis

Chaque année en France, les infections à HPV sont attribuées à environ 7 130 nouveaux cancers. Les cancers du col de l’utérus représentent environ 40 % de ces cas. Les HPV interviennent aussi dans des cancers de l’anus, de l’oropharynx, de la vulve, du vagin et du pénis. Les cancers anaux et oropharyngés liés aux HPV sont en augmentation depuis plusieurs décennies.1

Le risque anal concerne notamment les personnes vivant avec le VIH, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes immunodéprimées et les personnes ayant des antécédents de lésions ano-génitales HPV. L’évaluation tient compte des expositions anales, de l’immunité, des autres IST, du tabac, des lésions déjà présentes et de l’histoire médicale.

Les cancers de l’oropharynx liés aux HPV associent une exposition virale, des facteurs individuels et des facteurs de risque généraux. HPV 16 joue un rôle important dans une partie de ces cancers. L’alcool et le tabac restent des facteurs de risque majeurs pour les cancers des voies aérodigestives supérieures. Une situation individuelle ne peut pas être expliquée par une pratique sexuelle isolée.

Vaccination HPV : efficacité, calendrier et accès au vaccin

Les vaccins HPV sont des vaccins prophylactiques. Ils entraînent une réponse immunitaire contre des particules virales de type VLP, pour virus-like particles. Ces particules imitent la capside du virus, sans ADN viral et sans virus vivant : elles ne peuvent pas provoquer une infection HPV.3

Le vaccin Gardasil 9 cible les types HPV 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58. Il protège contre une grande partie des infections HPV responsables de cancers et de verrues ano-génitales. La protection est meilleure lorsque la vaccination est réalisée avant l’exposition au virus, idéalement entre 11 et 14 ans.

En France, la vaccination est recommandée pour les filles et les garçons de 11 à 14 ans, avec un schéma à deux doses. Le rattrapage est recommandé jusqu’à 26 ans révolus pour les femmes et les hommes non vaccinés, avec un schéma à trois doses. La priorité sanitaire reste la vaccination des adolescents, car la protection est meilleure lorsqu’elle précède l’exposition au HPV.4

L’accès au vaccin est aussi un enjeu de santé publique. Gardasil 9 est un vaccin recombinant, vendu en pharmacie de ville à 116,86 € la dose, honoraires compris. En pratique, la prise en charge collective évite que ce prix devienne un filtre social : vaccination gratuite dans la campagne organisée au collège, remboursement à 65 % par l’Assurance maladie en ville jusqu’à 26 ans révolus, reste généralement couvert par la complémentaire santé, et prise en charge à 100 % sans avance de frais pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire ou de l’AME.67

Après les premiers rapports, la vaccination peut encore protéger contre des types HPV non rencontrés. Elle prévient certaines infections futures, sans traiter une infection déjà détectée, faire disparaître un condylome ou remplacer le dépistage du cancer du col.

Sécurité des vaccins HPV

La sécurité des vaccins HPV est évaluée à partir des données de pharmacovigilance et d’épidémiologie. L’ANSM rapporte plus de 15 ans d’utilisation et plus de 300 millions de doses administrées dans le monde, avec un profil de sécurité bien établi. Les effets indésirables les plus fréquents sont locaux ou transitoires : douleur au point d’injection, rougeur, inflammation, céphalées, fièvre, sensations de vertige, symptômes digestifs ou fatigue. Les événements graves font l’objet d’une surveillance pharmacologique continue.8

Les études pharmaco-épidémiologiques publiées n’ont pas montré d’augmentation du risque de maladies auto-immunes chez les personnes vaccinées contre les infections à HPV. Le signal français de syndrome de Guillain-Barré rapporté en 2015 correspondait à un surrisque estimé de 1 à 2 cas supplémentaires pour 100 000 jeunes filles vaccinées ; l’ANSM précise qu’aucune autre étude dans le monde n’a retrouvé ce surrisque. Toute suspicion d’effet indésirable doit être déclarée.8

Quand l’infection à HPV pèse sur la sexualité

Le retentissement sexuel de l’infection à HPV provient souvent de plusieurs facteurs associés, notamment une lésion visible, un traitement local, une douleur, un saignement, une cicatrice, une peur de transmettre, une honte, une baisse du désir, une rupture de confiance ou une image corporelle altérée.

Après l’annonce d’une infection HPV, certaines personnes arrêtent les rapports par peur de contaminer, de se blesser, d’être jugées ou de “déclencher” quelque chose. D’autres gardent une sexualité active avec une surveillance permanente du corps, un évitement de certaines pratiques, un doute sur leur désirabilité ou une recherche de réassurance après chaque rapport. La consultation précise l’activité ou l’ancienneté probable de l’infection, la présence ou non d’une lésion, l’indication d’un traitement ou d’une surveillance, le risque réel et les précautions justifiées.

Lorsque les lésions ou les traitements touchent la vulve, le vagin, le col, la verge, l’anus ou l’oropharynx, l’interrogatoire sexologique recherche les douleurs, les saignements, la lubrification, l’érection, l’éjaculation, l’orgasme, la pénétration, le plaisir, la peur du contact, l’image du corps et la relation au partenaire. Le silence médical laisse souvent la personne seule avec des questions sur la douleur, la contagiosité, les délais de cicatrisation ou la reprise des rapports.

Messages pratiques en consultation

  • Nommer précisément la situation : infection transitoire, condylomes, lésion précancéreuse, cancer, suivi après traitement ou vaccination.
  • Expliquer la temporalité du HPV : une découverte récente ne date pas la contamination et ne permet pas de conclure à une infidélité.
  • Rappeler que le préservatif diminue plusieurs risques infectieux et protège imparfaitement contre le HPV.
  • Proposer la vaccination selon l’âge, les antécédents et le calendrier en vigueur. Préciser qu’elle prévient certaines infections HPV et ne traite pas une infection déjà présente.
  • Maintenir le dépistage du col chez les personnes concernées, même après vaccination.
  • Définir les adaptations sexuelles nécessaires en cas de lésion douloureuse, de traitement local, de saignement ou de cicatrisation.
  • Rechercher les cofacteurs à prendre en charge : tabac, immunodépression, VIH, autres IST, absence de suivi gynécologique ou proctologique.
  • Interroger le vécu sexuel et relationnel : désir, douleur, honte, peur de transmettre, annonce au partenaire, évitement des rapports, image du corps.
  • Prévenir les interprétations catastrophiques : un test HPV positif ou un condylome ne signifie pas cancer, stérilité, infidélité ou fin de la sexualité. Le suivi dépend de la situation exacte, de la persistance de l’infection, de la présence éventuelle d’une lésion et du contexte clinique.

Conclusion

Devant une infection HPV positive, la première étape consiste à qualifier la situation clinique : type viral lorsqu’il est connu, présence ou absence d’une lésion, localisation, persistance, contexte immunitaire, âge, vaccination et antécédents de traitement.

Le même mot HPV peut désigner un test positif sans lésion, des condylomes, une lésion précancéreuse du col, un suivi anal, un cancer traité ou une vaccination à discuter. Les examens, les délais de surveillance et les mots employés changent selon la situation.

La prise en charge sexologique recherche la douleur, la peur de transmettre, la honte, l’évitement des rapports, l’annonce au partenaire, l’image corporelle et les difficultés de reprise sexuelle après traitement. Elle donne des repères précis sur le risque réel, les précautions nécessaires et les situations qui justifient un avis gynécologique, proctologique, infectiologique ou oncologique.

Références

  1. Institut national du cancer, « Se protéger contre plusieurs cancers grâce à la vaccination HPV : un rattrapage possible jusqu’à 26 ans », mise à jour du 7 janvier 2026, https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/prevenir-les-risques-de-cancers/vaccination-contre-les-cancers-hpv[][]
  2. Organisation mondiale de la Santé, « Human papillomavirus and cancer », consulté en juillet 2026, https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/human-papilloma-virus-and-cancer[]
  3. ANSM, « Vaccins contre les infections à papillomavirus humains (HPV) », dossier thématique, consulté en juillet 2026, https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/vaccins-contre-les-infections-a-papillomavirus-humains-hpv[][][]
  4. Haute Autorité de Santé, « Papillomavirus (HPV) : le rattrapage vaccinal recommandé chez les femmes et les hommes jusqu’à 26 ans révolus », communiqué du 13 mai 2025, https://www.has-sante.fr/jcms/p_3605077/fr/papillomavirus-hpv-le-rattrapage-vaccinal-recommande-chez-les-femmes-et-les-hommes-jusqu-a-26-ans-revolus[][]
  5. Institut national du cancer, « Dépistage du cancer du col de l’utérus », consulté en juillet 2026, https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages/depistage-du-cancer-du-col-de-l-uterus[][]
  6. Base de données publique des médicaments, « GARDASIL 9, suspension injectable en seringue préremplie », consulté en juillet 2026, https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/65017887/extrait[]
  7. Assurance Maladie, « Le vaccin contre les infections à papillomavirus humains est désormais remboursé jusqu’à 26 ans », consulté en juillet 2026, https://www.ameli.fr/assure/actualites/le-vaccin-contre-les-infections-papillomavirus-humains-est-desormais-rembourse-jusqu-26-ans[]
  8. ANSM, « Quels sont les effets indésirables des vaccins HPV ? », dossier thématique, mis à jour le 16 juin 2023, https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/vaccins-contre-les-infections-a-papillomavirus-humains-hpv/quels-sont-les-effets-indesirables-des-vaccins-hpv[][]

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