INTRODUCTION
L’orgasme correspond à une expérience brève et intense de plaisir, associée à un sommet de l’excitation sexuelle puis à une sensation de relâchement. Il peut s’accompagner de contractions rythmiques du plancher pelvien, d’une accélération cardiaque et respiratoire, de modifications de la sensibilité corporelle et d’un état de conscience inhabituel. Ces manifestations varient selon les personnes et selon les expériences. Les contractions musculaires peuvent être discrètes ou absentes alors que le plaisir orgasmique est clairement perçu.
La physiologie distingue le climax, ensemble des réponses médullaires, autonomes et motrices qui accompagnent la décharge sexuelle, de l’orgasme, expérience subjective de plaisir et de relâchement élaborée par le cerveau. Les deux surviennent habituellement ensemble. Une dissociation reste possible. Certaines personnes présentent des contractions pelvi-périnéales sans plaisir marqué. D’autres ressentent un plaisir orgasmique sans contractions nettement perceptibles.1
Les troubles de l’orgasme regroupent l’absence d’orgasme, un délai excessif, une fréquence diminuée, une intensité atténuée, une expérience dépourvue de plaisir ou un orgasme douloureux. Le diagnostic tient compte des stimulations réellement utilisées et adaptées, du caractère persistant ou récidivant de la difficulté et de la souffrance qu’elle entraîne. Une réponse orgasmique différente d’une norme supposée ne constitue pas à elle seule un trouble.
L’expression « orgasme féminin » désigne les catégories diagnostiques établies chez les femmes cisgenres. Les mêmes mécanismes peuvent concerner d’autres personnes porteuses d’un clitoris, d’une vulve ou d’un vagin. Une hormonothérapie, une chirurgie génitale ou pelvienne, une modification de la sensibilité ou une dysphorie de genre peuvent influencer l’évaluation. Ces situations sont également abordées dans l’article consacré à la santé sexuelle des personnes trans et non binaires.
Points clefs
- L’orgasme résulte de l’intégration des sensations génitales et corporelles, de l’excitation, de l’attention, des émotions et du contexte.
- Le clitoris constitue la principale structure anatomique de la réponse orgasmique. Sa stimulation peut être directe ou transmise par les tissus vulvaires, urétraux et vaginaux voisins.
- Le nerf pudendal, les nerfs splanchniques pelviens et le nerf hypogastrique relient des territoires génitaux et pelviens distincts à la moelle et au cerveau.
- Un trouble orgasmique cliniquement pertinent persiste ou récidive, dure habituellement depuis au moins six mois et entraîne une souffrance personnelle.
- L’absence d’orgasme pendant la seule pénétration vaginale ne suffit pas à poser un diagnostic lorsque l’orgasme est obtenu par stimulation clitoridienne.
- L’évaluation précise la forme de la difficulté, les stimulations réellement utilisées, les douleurs, les maladies, les médicaments et le contexte psychique ou relationnel.
- La masturbation dirigée, le sensate focus et certaines approches cognitives ou psychothérapeutiques disposent du meilleur niveau de preuve.
I – ANATOMIE ET NEUROPHYSIOLOGIE DE L’ORGASME
Le complexe clitoridien
Le complexe clitoridien comprend le gland visible, un corps et deux piliers profonds. Il est étroitement associé aux deux bulbes vestibulaires, disposés de part et d’autre de l’entrée du vagin, ainsi qu’à la vulve, à l’urètre et à la paroi vaginale antérieure. La stimulation du gland et du corps clitoridiens peut être directe. Les pressions exercées sur la vulve, les bulbes, les tissus péri-urétraux ou la paroi vaginale mobilisent aussi le complexe clitoridien et peuvent contribuer à l’orgasme.
Les expressions « orgasme clitoridien » et « orgasme vaginal » décrivent la localisation de la stimulation dominante et le vécu rapporté. Elles ne correspondent pas à deux organes ou à deux catégories hiérarchisées d’orgasmes. Une même expérience peut combiner stimulation du gland clitoridien, des structures internes du clitoris, de la paroi vaginale, du col, du périnée et de zones extragénitales. Les rapports anatomiques entre ces structures expliquent les transformations de la vulve observées au cours de la réponse sexuelle.

Les voies nerveuses
La stimulation génitale active plusieurs voies sensitives et autonomes. Elles convergent dans la moelle puis dans les réseaux cérébraux qui élaborent l’excitation, le plaisir et la perception de l’orgasme. Une lésion touchant une voie peut modifier la sensibilité ou la réponse motrice sans supprimer toutes les possibilités orgasmiques.
| Voie | Territoires et fonction | Niveaux médullaires principaux | Conséquences cliniques possibles |
|---|---|---|---|
| Nerf pudendal | Il transmet la sensibilité du gland et du corps clitoridiens, de la vulve, du périnée et de la partie basse du vagin. Ses fibres motrices participent aux contractions des muscles périnéaux et du plancher pelvien. | S2-S4 | Une neuropathie ou une lésion peut provoquer douleur, engourdissement, diminution des sensations ou altération des contractions orgasmiques. |
| Nerfs splanchniques pelviens (voie pelvienne) | Ils participent à la sensibilité du vagin et du col et aux réponses parasympathiques de vasocongestion, de tumescence clitoridienne et de lubrification. | S2-S4 | Une atteinte pelvienne ou médullaire sacrée peut modifier l’excitation génitale, la lubrification et certaines sensations profondes. |
| Nerf hypogastrique | Cette voie sympathique transmet notamment des informations issues de l’utérus et du col. Elle participe aux réponses autonomes thoracolombaires et à la phase de décharge. | Principalement T11-L2 | Une chirurgie pelvienne étendue ou une lésion des plexus hypogastriques peut altérer des sensations profondes et les réponses autonomes. |
| Voie vagale | Une voie afférente passant par le nerf vague a été proposée pour certaines sensations cervicales et utérines. Elle pourrait expliquer des orgasmes rapportés malgré une lésion médullaire complète au-dessus des segments sacrés. | Trajet vers le tronc cérébral sans relais médullaire obligatoire | Son rôle exact varie selon les personnes et demeure moins précisément établi que celui des voies pudendale, pelvienne et hypogastrique. |

Réflexes médullaires et contractions
Les segments sacrés S2-S4 participent aux réponses réflexes déclenchées par la stimulation génitale. Les voies thoracolombaires contribuent aux réponses psychogènes, c’est-à-dire provoquées par des images, des pensées, des souvenirs ou une stimulation non génitale. Ces deux ensembles communiquent avec les voies descendantes cérébrales. Après une lésion de certaines voies descendantes, une stimulation génitale peut rester efficace. Une atteinte sacrée peut laisser persister une partie des réponses psychogènes.
À l’approche du climax, l’activité du système sympathique augmente et les circuits médullaires coordonnent des contractions rythmiques du plancher pelvien. Les muscles bulbospongieux, ischiocaverneux et périvaginaux peuvent se contracter par séries. Des contractions utérines, cervicales ou du sphincter anal sont également décrites. Leur nombre, leur intensité et leur régularité varient beaucoup. L’expérience subjective de l’orgasme ne se déduit pas de ces seules contractions.1

Intégration cérébrale et neuromédiateurs
Le cerveau associe les informations génitales et corporelles à l’attention, à la mémoire, aux émotions, à l’imaginaire, au sentiment de sécurité et à la valeur accordée à la situation. Le cortex somatosensoriel traite la localisation et l’intensité des sensations. L’insula et le cortex cingulaire participent à l’interoception et à l’expérience émotionnelle. L’hypothalamus, l’amygdale, le noyau accumbens et d’autres structures du système de récompense interviennent dans l’excitation, la motivation et le plaisir. Le cortex préfrontal module l’attention, l’anticipation et le contrôle cognitif. Aucune région cérébrale isolée ne constitue un « centre de l’orgasme ».
La dopamine contribue à l’attention portée aux signaux érotiques et à la motivation. Les opioïdes endogènes participent au plaisir intense, à la diminution transitoire de la douleur et à la sensation de satiété. L’ocytocine, la prolactine, la sérotonine et d’autres neuromédiateurs varient autour de l’orgasme. Leur rôle s’inscrit dans un réseau et aucun dosage sanguin ne mesure l’intensité orgasmique ni la capacité à avoir un orgasme.1

II – DÉFINITIONS ET CLASSIFICATIONS
Formes cliniques
| Forme clinique | Définition pratique | Question clinique utile |
|---|---|---|
| Anorgasmie | L’orgasme est absent ou exceptionnel malgré une stimulation adaptée et recherchée. | Un orgasme a-t-il déjà été obtenu, seul ou avec une autre personne ? |
| Orgasme retardé | Le délai nécessaire est nettement plus long que souhaité et provoque fatigue, douleur, frustration ou interruption de l’activité sexuelle. | La difficulté concerne-t-elle toutes les situations ou seulement certaines pratiques ? |
| Fréquence diminuée | L’orgasme survient moins souvent qu’auparavant ou moins souvent que la personne le souhaiterait. | Quand le changement est-il apparu et avec quel événement, traitement ou symptôme ? |
| Intensité diminuée | Les sensations orgasmiques sont nettement atténuées ou plus brèves. | Existe-t-il une modification de la sensibilité génitale ou corporelle ? |
| Orgasme anhédonique ou avec plaisir diminué | Le climax et les manifestations physiques sont présents avec peu ou pas de plaisir subjectif. | La décharge physique est-elle perçue sans plaisir, détente ou satisfaction ? |
| Orgasme douloureux | Une douleur pelvienne, vulvaire, clitoridienne, rectale ou abdominale apparaît pendant ou après l’orgasme. | Où siège la douleur, combien de temps dure-t-elle et existe-t-elle hors sexualité ? |
| Orgasme spontané ou plus précoce que souhaité | L’orgasme survient sans stimulation recherchée ou avant le moment désiré et devient gênant. | Le phénomène est-il associé à une excitation génitale persistante, un médicament ou une atteinte neurologique ? |
Nomenclatures actuelles
La classification de l’International Consultation on Sexual Medicine (ICSM 2024) définit le trouble de l’orgasme féminin comme une altération persistante ou récurrente de la fréquence, de l’intensité, du moment ou du plaisir associé à l’orgasme, présente depuis au moins six mois et source de détresse. Elle inclut l’anorgasmie, l’orgasme retardé, la diminution de fréquence ou d’intensité, l’orgasme spontané ou plus précoce que souhaité et l’orgasme anhédonique.5
Le DSM-5-TR utilise également le diagnostic de trouble de l’orgasme féminin. Il retient un retard marqué, une rareté ou une absence d’orgasme, ou une diminution marquée de l’intensité des sensations. Les symptômes doivent être présents depuis au moins six mois, dans la grande majorité des expériences sexuelles, et provoquer une détresse cliniquement significative. La CIM-11 emploie le terme anorgasmie pour une absence, une rareté, un retard marqué ou une diminution importante de l’intensité orgasmique malgré une stimulation adéquate, pendant plusieurs mois et avec une détresse associée. L’ICSM décrit plus largement les dimensions d’intensité, de moment et de plaisir ; le DSM-5-TR et la CIM-11 restent utilisés pour le codage diagnostique.5
- Présent depuis le début de la vie sexuelle ou acquis : le trouble a toujours existé ou apparaît après une période de fonctionnement satisfaisant.
- Généralisé ou situationnel : il concerne toutes les circonstances ou seulement certaines pratiques, stimulations ou relations.
- Avec détresse : la souffrance, la frustration ou le retentissement personnel appartiennent au diagnostic. Une personne satisfaite de sa sexualité ne présente pas un trouble orgasmique du seul fait d’une fréquence basse ou variable.
Beaucoup de femmes ont besoin d’une stimulation clitoridienne directe ou indirecte. L’orgasme obtenu par masturbation, stimulation manuelle, orale ou dispositif vibrant constitue une réponse orgasmique complète. L’absence d’orgasme pendant la seule pénétration vaginale ne correspond pas à un trouble lorsqu’une autre stimulation permet une expérience satisfaisante. Une stimulation insuffisante, trop brève, douloureuse ou non désirée doit être corrigée avant de retenir un diagnostic.5
III – ÉPIDÉMIOLOGIE
La fréquence observée dépend de la question posée. Une difficulté occasionnelle est beaucoup plus fréquente qu’un trouble durable accompagné de détresse. Les études européennes utilisant des critères exigeants trouvent des prévalences de 5,8 % en Allemagne, 6,8 % en Belgique et 12,2 % au Danemark. Dans d’autres populations, les difficultés orgasmiques avec détresse se situent entre 3,4 % et 21,3 %.5
En France, l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 a inclus 9 118 personnes sexuellement actives âgées de 18 à 89 ans. Parmi les femmes interrogées, 36,4 % rapportaient au moins une difficulté sexuelle persistante et 21,2 % une difficulté persistante accompagnée de détresse. Chez les moins de 30 ans, les plaintes les plus fréquentes concernaient le désir et l’accès à l’orgasme. Les maladies chroniques, une santé perçue comme mauvaise et les antécédents de violences sexuelles étaient associés à davantage de difficultés.6
L’enquête CSF de 2006 retrouvait une difficulté fréquente à atteindre l’orgasme chez 7,4 % des femmes et une difficulté occasionnelle chez 28,9 %. Les écarts entre les enquêtes tiennent aux tranches d’âge, à la période étudiée, aux mots employés et à la prise en compte de la détresse. Les chiffres portant sur l’orgasme lors de la masturbation, du cunnilingus ou de la pénétration décrivent aussi l’adéquation de la stimulation et les pratiques disponibles ; ils ne mesurent pas une capacité orgasmique indépendante du contexte.7
IV – CAUSES ET FACTEURS ASSOCIÉS
Une difficulté orgasmique associe souvent plusieurs facteurs. Leur chronologie aide à distinguer une difficulté présente depuis toujours d’un changement récent lié à une douleur, une maladie, un traitement, un événement de vie ou une modification relationnelle.
Stimulation, désir et excitation
Une stimulation clitoridienne insuffisante, interrompue trop tôt ou peu adaptée constitue une cause fréquente. La durée nécessaire peut être longue et varie d’une expérience à l’autre. Une activité sexuelle centrée sur la pénétration peut laisser peu de place aux stimulations qui déclenchent habituellement l’orgasme. L’évaluation précise les zones stimulées, les gestes, le rythme, la pression, la continuité et la possibilité de guider l’autre personne.
Une baisse du désir ou de l’excitation peut limiter la montée orgasmique. La personne peut aussi éprouver du désir et du plaisir sans souhaiter atteindre l’orgasme. La plainte est alors définie à partir de l’objectif de la personne, sans transformer l’orgasme en obligation de résultat.
Douleurs et affections pelviennes
La douleur détourne l’attention, entraîne une contraction défensive et conduit souvent à réduire ou interrompre la stimulation. Les dyspareunies et vulvodynies, le vaginisme, l’endométriose, une affection vulvaire, une sécheresse, une cicatrice obstétricale ou chirurgicale, une adhérence du capuchon clitoridien et une hypertonie du plancher pelvien peuvent perturber le plaisir ou provoquer un orgasme douloureux.
Maladies neurologiques, métaboliques et hormonales
- Le diabète et les neuropathies périphériques peuvent diminuer la sensibilité génitale et modifier la réponse vasculaire.
- La sclérose en plaques, les lésions médullaires, les séquelles d’accident vasculaire cérébral et d’autres maladies neurologiques peuvent toucher les voies sensitives, autonomes ou motrices.
- Une chirurgie pelvienne, une radiothérapie, une intervention vulvaire ou clitoridienne et les mutilations sexuelles peuvent provoquer douleur, cicatrice ou modification de la sensibilité.
- La ménopause peut s’accompagner de sécheresse, de douleur, d’une diminution de la congestion génitale ou d’orgasmes moins intenses. Le syndrome génito-urinaire de la ménopause associe notamment sécheresse, brûlures, douleurs sexuelles et parfois symptômes urinaires. Son traitement améliore le confort et facilite la stimulation lorsque ces symptômes sont présents.
- Une maladie chronique, la fatigue, un cancer et ses traitements, notamment ceux du cancer du sein, peuvent agir par plusieurs mécanismes associés.
Médicaments et substances
| Traitement ou substance | Effet possible | Conduite clinique |
|---|---|---|
| Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa) | Retard, diminution d’intensité ou absence d’orgasme, parfois associés à une baisse du désir ou de la sensibilité génitale. | Préciser la chronologie, la molécule, la dose et l’efficacité psychiatrique. Toute adaptation se décide avec le prescripteur. |
| Antipsychotiques | Diminution du désir et troubles orgasmiques, notamment en cas d’hyperprolactinémie ou de sédation. | Rechercher les autres symptômes, doser la prolactine si l’indication clinique existe et discuter le traitement avec le psychiatre. |
| Opioïdes | Diminution du désir, hypogonadisme et altération de l’orgasme lors d’une exposition prolongée. | Réévaluer l’indication, la dose, la douleur et l’axe gonadotrope lorsqu’il existe des signes associés. |
| Antiépileptiques et autres traitements neurologiques | Effets variables liés à la sédation, à l’humeur, à la maladie traitée et à la molécule. | Éviter toute conclusion fondée sur la seule classe thérapeutique et rechercher la chronologie individuelle. |
| Alcool | Diminution de l’attention, de la sensibilité et de la coordination, surtout à forte dose. | Préciser la quantité, le moment et la fréquence de consommation. |
| Cannabis et stimulants | Effets variables sur l’attention, le désir, l’intensité et le délai orgasmique. Les études sont surtout observationnelles. | Ne pas les proposer comme traitement de référence ; rechercher les effets indésirables, les interactions et le retentissement de l’usage. |
Les troubles orgasmiques induits par les antidépresseurs sont fréquents. Un arrêt brutal expose à un syndrome de sevrage et à une rechute. Selon l’indication du traitement, l’état psychique et le risque de rechute, le prescripteur peut discuter une réduction de dose, un changement de molécule ou une stratégie complémentaire. Le bupropion a montré un signal d’efficacité dans certaines études, avec un niveau de preuve encore limité.8
Corps et événements de vie
Une grossesse ou un accouchement, une maladie, une chirurgie, une modification pondérale ou une cicatrice peuvent transformer les sensations et le rapport au corps. Les conséquences dépendent de la douleur, de la fatigue, de la récupération musculaire, de l’image corporelle et du contexte. Certaines transformations améliorent aussi la connaissance du corps ou la liberté sexuelle. Le bilan part du vécu rapporté et des symptômes présents.
Facteurs psychiques, relationnels et sociaux
La dépression, l’anxiété, le stress, la fatigue, le deuil et les événements de vie peuvent réduire l’attention disponible pour les sensations. Une auto-observation permanente, la peur de perdre le contrôle, des pensées d’échec ou une pression pour atteindre l’orgasme interrompent parfois la progression de l’excitation.
Les connaissances anatomiques, l’éducation sexuelle, les représentations du plaisir, les interdits religieux ou culturels, l’accès à l’intimité et la possibilité de se masturber sans culpabilité influencent l’apprentissage. Un antécédent de violence peut être associé à une hypervigilance, une dissociation, une douleur ou un évitement. Cette histoire est recherchée avec tact lorsque des éléments cliniques la suggèrent.
Dans une relation, la qualité de la communication sexuelle, le sentiment de sécurité, la capacité à demander une stimulation et l’attention portée aux réactions corporelles modifient l’accès à l’orgasme. Les difficultés du ou de la partenaire, la crainte d’une grossesse ou d’une infection, les conflits et la pression de performance peuvent intervenir. La présence d’un trouble orgasmique ne permet pas de déduire un profil de personnalité, une orientation sexuelle, un manque d’amour ou une incompatibilité de couple.
V – ÉVALUATION CLINIQUE
Anamnèse sexologique et médicale
L’entretien commence par la description de la plainte et de l’objectif. Certaines personnes souhaitent découvrir l’orgasme ; d’autres veulent retrouver une réponse perdue, diminuer un délai, augmenter l’intensité, traiter une douleur ou réduire la pression ressentie. Les questions suivantes structurent l’évaluation :
- Quelle forme prend la difficulté : absence, retard, fréquence diminuée, baisse d’intensité, absence de plaisir ou douleur ?
- Le trouble a-t-il toujours existé ou est-il apparu après une période satisfaisante ? Un événement, une maladie ou un traitement coïncide-t-il avec son début ?
- La difficulté concerne-t-elle toutes les situations, certaines pratiques, certaines stimulations ou certaines relations ?
- Un orgasme est-il possible pendant la masturbation, pendant le sommeil, avec une stimulation clitoridienne, orale, vaginale, anale ou à l’aide d’un dispositif vibrant ?
- Quelles sont la durée, la continuité, le rythme et l’intensité des stimulations ? La personne peut-elle les guider ou les interrompre ?
- Le désir, l’excitation, la lubrification et le plaisir sont-ils présents avant le blocage ? Existe-t-il une douleur, un engourdissement ou un symptôme pelvien ou urinaire ?
- Quels traitements, substances, opérations, grossesses, accouchements et maladies doivent être pris en compte ?
- Quel est le retentissement sur la sexualité, l’estime de soi et la relation ? La gêne appartient-elle à la personne ou résulte-t-elle surtout d’une attente extérieure ?

Place de l’entretien avec le ou la partenaire
Un entretien avec le ou la partenaire peut préciser les stimulations, les attentes et la communication. Il est proposé avec l’accord de la personne concernée et n’est pas nécessaire à toute évaluation. Le professionnel recherche une pression de résultat, une incompréhension anatomique, un rythme inadapté, une difficulté sexuelle associée ou un conflit qui interrompt l’excitation. Le temps de parole individuel reste disponible lorsqu’un sujet intime ne peut pas être abordé en présence de l’autre.
Examen et examens complémentaires
Un examen intime est proposé lorsqu’une douleur, une lésion, une modification de la sensibilité, une sécheresse importante, une cicatrice, un symptôme neurologique, une suspicion de pathologie pelvienne ou une inquiétude anatomique pose une question clinique précise. Le motif et les gestes sont expliqués avant de recueillir le consentement. La personne peut différer ou interrompre l’examen à tout moment.
L’examen recherche notamment une affection vulvaire, une douleur provoquée, une cicatrice, une adhérence du capuchon clitoridien, une altération de la sensibilité, une hypertonie ou une faiblesse du plancher pelvien. Un examen neurologique orienté complète le bilan en cas d’engourdissement, de déficit sensitif, de douleur neuropathique ou de maladie neurologique.
Les examens biologiques répondent aux symptômes et aux antécédents. Une glycémie ou une hémoglobine glyquée, une thyréostimuline (TSH), une prolactine ou un bilan hormonal peuvent être indiqués. Aucun dosage ne confirme un trouble orgasmique. Deux questionnaires standardisés peuvent structurer l’évaluation et le suivi : le Female Sexual Function Index (FSFI) explore plusieurs dimensions de la fonction sexuelle, tandis que la Female Sexual Distress Scale-Revised (FSDS-R) mesure la détresse associée. Leurs scores complètent l’entretien sans le remplacer.9
VI – PRISE EN CHARGE
La prise en charge commence par les facteurs qui entretiennent la difficulté. Une douleur doit être traitée, un médicament réévalué lorsqu’il est impliqué, et la stimulation prolongée ou ajustée lorsqu’elle ne permet pas une excitation suffisante. L’information anatomique et la diminution de la pression de performance complètent ces mesures.
Information et masturbation dirigée
L’information anatomique situe le clitoris, ses parties internes et les différentes voies de stimulation. La masturbation dirigée propose une exploration progressive des zones, pressions, rythmes et durées agréables. Elle commence parfois par un contact sans objectif d’orgasme, puis introduit une stimulation plus continue lorsque l’excitation devient confortable. Les doigts, la main, un dispositif vibrant ou d’autres modalités choisies peuvent être utilisés. La personne peut ensuite apprendre à guider un ou une partenaire.

La masturbation dirigée, le sensate focus et certaines psychothérapies structurées, notamment cognitives et comportementales, disposent du soutien le plus constant parmi les traitements psychologiques étudiés.10
Approches sexologiques et psychothérapeutiques
- Le sensate focus organise des contacts corporels progressifs, initialement sans objectif de pénétration ni d’orgasme, afin de restaurer l’attention aux sensations et la communication.
- Les approches cognitives et comportementales travaillent les pensées de performance, l’auto-observation, l’anxiété et les comportements d’évitement.
- La pleine conscience peut aider à revenir aux sensations lorsque les pensées intrusives interrompent l’excitation.
- Une psychothérapie individuelle est indiquée lorsqu’une dépression, un traumatisme, une anxiété importante ou une souffrance liée à l’image corporelle participe au trouble.
- Une thérapie de couple ou une thérapie sexuelle peut améliorer la communication, réduire la pression et ajuster les stimulations.
Une méta-analyse récente retrouve un bénéfice des interventions cognitives et comportementales fondées sur la pleine conscience sur plusieurs dimensions de la fonction sexuelle, dont l’orgasme. Les protocoles et les populations étudiées restent hétérogènes ; le suivi évalue les objectifs choisis par la personne.11
Traitement des causes médicales
La douleur, la sécheresse, une affection vulvaire ou pelvienne, un trouble neurologique et les maladies métaboliques sont traités selon leur diagnostic. Une rééducation du plancher pelvien est utile en présence d’hypertonie, de douleur, de faiblesse musculaire ou d’un trouble de coordination objectivé. Elle n’est pas prescrite automatiquement à toute personne présentant une anorgasmie.
Lorsqu’un médicament est impliqué, le prescripteur réévalue la dose, l’horaire, la molécule et l’indication. Cette discussion tient compte du risque de rechute de la maladie traitée. La stratégie peut associer une stimulation plus intense ou prolongée, un dispositif vibrant et, dans certaines situations, une adaptation pharmacologique.
Médicaments étudiés
En France, aucun médicament ne possède actuellement d’autorisation spécifique pour traiter le trouble de l’orgasme féminin. Le sildénafil, la testostérone, les agonistes dopaminergiques et d’autres molécules ont été étudiés dans des groupes particuliers, avec des résultats insuffisants pour une prescription générale. La flibansérine et le brémélanotide ciblent certains troubles du désir et ne traitent pas directement l’anorgasmie. Une hormonothérapie traite les symptômes hormonodépendants documentés, notamment le syndrome génito-urinaire de la ménopause ; elle n’est pas prescrite sur le seul diagnostic de trouble orgasmique.12
Aides mécaniques et dispositifs
Un vibromasseur fournit une stimulation clitoridienne régulière, réglable et suffisamment longue. Il s’utilise seul ou avec un ou une partenaire et peut faciliter l’apprentissage dans une masturbation dirigée. La forme, la fréquence, l’amplitude et la pression sont adaptées au confort et à la sensibilité.
Les dispositifs d’aspiration clitoridienne, dont l’EROS-CTD, augmentent transitoirement l’afflux sanguin et la congestion génitale. Les études disponibles portent surtout sur l’excitation et la lubrification ; les données restent limitées pour le traitement d’un trouble orgasmique isolé.
Place de la chirurgie
Une intervention peut être indiquée lorsqu’une pathologie définie provoque douleur ou perte de sensibilité : cicatrice douloureuse, lésion vulvaire, complication obstétricale, adhérence du capuchon clitoridien ou phimosis clitoridien documenté (capuchon dont la rétraction est limitée), prolapsus symptomatique ou séquelle de mutilation sexuelle. L’indication répond à la lésion identifiée et à la plainte.
La nymphoplastie esthétique, le resserrement vaginal, l’amplification du « point G », l’hyménoplastie et les procédures commercialisées comme « rajeunissement vaginal » n’ont pas démontré d’efficacité dans le traitement d’un trouble orgasmique. Elles exposent à la douleur, aux cicatrices, aux adhérences, aux troubles sensitifs, à la dyspareunie et à une nouvelle intervention.13
VII – SUIVI
Le suivi porte sur les changements recherchés : plaisir, confort, accès à l’orgasme, délai, intensité, capacité à guider la stimulation et diminution de la détresse. L’objectif peut évoluer au fil des consultations. Une amélioration de la sexualité sans orgasme systématique constitue un résultat valable lorsqu’elle correspond aux attentes exprimées.
Un avis gynécologique, vulvologique, neurologique, endocrinologique, psychiatrique, algologique ou de rééducation pelvi-périnéale est demandé selon les symptômes. Une douleur orgasmique récente, une perte brutale de sensibilité, un déficit neurologique, une lésion vulvaire, des saignements inexpliqués ou une douleur pelvienne persistante nécessitent une évaluation médicale ciblée.
CONCLUSION
L’orgasme associe une réponse génitale et médullaire à une expérience cérébrale de plaisir. Sa variabilité dépend des voies nerveuses, de la sensibilité, des stimulations, de l’état de santé, des médicaments, de l’attention, de l’apprentissage et du contexte relationnel. L’évaluation clinique identifie la forme du trouble et les facteurs modifiables avant de choisir un traitement. L’information anatomique, l’apprentissage de stimulations adaptées et les approches sexologiques constituent les interventions les mieux étayées. Les causes douloureuses, neurologiques, hormonales et iatrogènes demandent une prise en charge médicale spécifique.
Livres utiles
Référence
Manuel collectif de sexologie clinique couvrant l’évaluation, les troubles sexuels, les prises en charge et les grands repères de médecine sexuelle.
Référence
Aide-mémoire de psychosexologie organisé en notions cliniques, avec les concepts et repères d’entretien à retrouver rapidement.
Référence
Ouvrage sur les approches thérapeutiques en sexologie clinique, leurs indications, leurs limites et leur articulation avec la demande du patient.
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Références
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- Pope R, Marino J, Myers A, Sahmoud A. Female Orgasmic Disorder: Current Understanding and Clinical Management. Obstetrics & Gynecology. 2026;148(2):175-182. https://doi.org/10.1097/AOG.0000000000006338[↩]
- American College of Obstetricians and Gynecologists. Elective Female Genital Cosmetic Surgery. Committee Opinion No. 795. Obstetrics & Gynecology. 2020;135:e36-e42. https://www.acog.org/clinical/clinical-guidance/committee-opinion/articles/2020/01/elective-female-genital-cosmetic-surgery[↩]










Vous etes un sexologue a paris?
J’ai besoin de consulter quelqun comme je n’arrive pas a jouir ni decider mon gender.
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En vous souhaitant bon courge et bonne continuation.