Préambule
L’orgasme correspond à l’expérience subjective du plaisir sexuel culminant. L’éjaculation désigne l’émission puis l’expulsion du sperme. Chez les personnes ayant un pénis, ces phénomènes sont habituellement associés et correspondent à deux mécanismes distincts. Un orgasme peut survenir sans expulsion de sperme. Une éjaculation peut être ressentie comme peu ou pas orgasmique. Les difficultés peuvent porter sur le délai, l’intensité du plaisir ou l’absence d’orgasme.
Le motif de consultation peut concerner un orgasme difficile à atteindre, absent ou peu intense, une éjaculation tardive ou absente, ou un éjaculat très diminué. L’évaluation précise le retentissement sur la personne, le ou les partenaires, le désir d’enfant et la vie sexuelle. Les études disponibles concernent principalement des hommes cisgenres. Les mécanismes décrits peuvent aussi concerner les femmes trans et les personnes non binaires ayant un pénis. L’évaluation tient compte de l’anatomie, des traitements hormonaux, des chirurgies éventuelles et du vocabulaire choisi par la personne. Les repères de santé sexuelle des personnes trans et non binaires précisent les adaptations utiles pendant l’entretien, l’examen et le suivi.

Points clefs
- Une latence orgasmique longue relève d’un trouble lorsqu’elle est répétée, non souhaitée et source de souffrance ou de difficultés relationnelles.
- Le délai de l’orgasme, l’éjaculation, le ressenti orgasmique et l’érection sont interrogés séparément.
- Une absence ou une forte diminution de l’éjaculat avec orgasme conservé impose de distinguer une anéjaculation d’une éjaculation rétrograde par une analyse des urines après l’orgasme.
- Les médicaments impliqués sont revus avec le prescripteur et ne sont pas interrompus brutalement.
- Aucun médicament n’a démontré une efficacité suffisante pour être recommandé de façon systématique dans l’anorgasmie ou le retard de l’éjaculation.
I. Définition et repères cliniques
Les classifications internationales distinguent les difficultés portant sur l’orgasme de celles qui concernent l’éjaculation. Ces tableaux peuvent se chevaucher. Leur identification oriente l’entretien, le bilan et la prise en charge.
| Tableau clinique | Définition pratique | Éléments à préciser |
|---|---|---|
| Retard de l’éjaculation | Éjaculation très retardée, rare ou absente dans 75 à 100 % des situations, pendant au moins six mois, malgré une stimulation adéquate et le souhait d’éjaculer, avec souffrance personnelle. | Depuis toujours ou acquis ; constant ou situationnel ; seul et avec partenaire ; orgasme ressenti ou non. |
| Anorgasmie | Absence d’orgasme perçu malgré une stimulation jugée adéquate et le souhait d’atteindre l’orgasme. | Éjaculation présente, faible ou absente ; sensibilité génitale ; médicaments ; antécédents neurologiques et endocriniens. |
| Diminution marquée des sensations orgasmiques | Orgasme présent mais très peu intense ou peu satisfaisant. Le caractère acquis et le retentissement guident l’évaluation. | Douleur, baisse de sensibilité, érection, humeur, substances et traitements. |
| Anéjaculation | Absence totale d’émission de sperme, après exclusion d’une éjaculation rétrograde. L’orgasme peut être conservé. | Une analyse des urines post-orgasme recherche des spermatozoïdes. |
| Éjaculation rétrograde | Absence totale ou partielle d’éjaculation vers l’extérieur : le sperme reflue dans la vessie par défaut de fermeture du col vésical. | Orgasme conservé ou modifié ; chirurgie prostatique ou du col vésical, diabète avec neuropathie, atteinte neurologique ou alpha-bloquant. |
La durée chronométrée d’un rapport ne suffit pas à retenir un trouble. Une personne peut avoir besoin de davantage de temps ou de stimulations spécifiques sans éprouver de souffrance ni de difficulté relationnelle. 1
Les termes « retard orgasmique » et « anédonie orgasmique » restent utiles pour décrire l’expérience vécue. Le retard orgasmique désigne un orgasme obtenu après une stimulation prolongée ou dans des circonstances très particulières. L’anédonie orgasmique correspond à un orgasme ou à des contractions orgasmiques sans plaisir ressenti, ou avec un plaisir très diminué. 2
La description clinique précise si la difficulté est présente depuis les premières expériences sexuelles ou apparue après une période de fonctionnement satisfaisant. Elle évalue son caractère constant ou situationnel, les circonstances sexuelles où elle survient, la masturbation, le ou les partenaires, les fantasmes et les supports érotiques. Ces repères structurent le raisonnement clinique sans réduire la plainte à une cause unique.
II. Tableaux cliniques et retentissement sexuel
Une personne peut maintenir une érection et éjaculer tout en décrivant un orgasme absent ou peu satisfaisant. Une dysfonction érectile peut interrompre les stimulations avant l’orgasme. L’entretien distingue les difficultés de l’orgasme, les troubles de l’éjaculation et les difficultés de désir. Plusieurs de ces difficultés peuvent être associées.
La plainte peut prendre la forme d’une fatigue liée à des rapports très prolongés, d’une frustration, d’une crainte d’être jugé, d’une diminution des rapports, d’évitements ou de tensions relationnelles. Le retentissement dépend aussi du projet de grossesse, car une anéjaculation, une éjaculation rétrograde ou une difficulté à éjaculer dans le vagin peuvent compromettre le recueil de sperme ou la conception. La consultation laisse un temps distinct pour les données médicales et pour le vécu corporel, émotionnel et relationnel.
III. Évaluation clinique
L’entretien
L’anamnèse en sexologie précise le début du trouble, sa fréquence, les stimulations permettant ou empêchant l’orgasme, la qualité des sensations, l’éjaculation, l’érection, le désir, la douleur et le retentissement. Elle recherche les modifications de la masturbation, les changements relationnels, les consommations d’alcool ou d’autres substances, les troubles de l’humeur, l’anxiété, les traumatismes, les antécédents neurologiques, endocriniens, métaboliques, pelviens et chirurgicaux. Les symptômes urinaires, la diminution de sensibilité génitale, les douleurs périnéales et les signes d’hypogonadisme sont notés lorsqu’ils sont présents.
La revue complète des traitements est indispensable. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, la clomipramine, certains antipsychotiques, les opioïdes, certains antihypertenseurs et les alpha-bloquants peuvent modifier l’éjaculation ou l’orgasme. Une chronologie entre le début d’un traitement et l’apparition du symptôme apporte un élément utile au raisonnement clinique. 2
Examen clinique et examens complémentaires
L’examen clinique et paraclinique chez l’homme en sexologie répond à une question clinique précise. Il s’effectue avec une information préalable, un consentement recueilli pour chaque étape et la possibilité de différer ou de refuser l’examen. La personne peut être invitée à montrer elle-même un éventuel phimosis, une lésion ou une zone douloureuse. Toute palpation génitale, testiculaire ou prostatique est expliquée avant d’être proposée. L’examen peut évaluer la morphologie génitale, la sensibilité, l’imprégnation androgénique, les signes neurologiques et les conséquences d’une chirurgie, d’un traumatisme ou d’une affection locale.
Les examens complémentaires sont guidés par les symptômes, les antécédents et l’examen clinique. Un dosage de testostérone totale matinale se discute devant une baisse du désir, une fatigue, une diminution des érections spontanées, une infertilité ou d’autres signes évocateurs d’hypogonadisme. La prolactine, la TSH, l’hémoglobine glyquée, le bilan métabolique et les explorations neurologiques répondent à des signes d’appel précis. Une imagerie cérébrale ou pelvienne relève d’une indication spécialisée.
Devant une absence ou une très forte diminution de l’éjaculat alors que l’orgasme est conservé, les urines recueillies immédiatement après une masturbation menée jusqu’à l’orgasme sont adressées au laboratoire pour recherche de spermatozoïdes. Leur présence oriente vers une éjaculation rétrograde. Leur absence, après vérification des conditions de prélèvement, oriente vers une anéjaculation. 1
IV. Causes à rechercher
Retard orgasmique et anorgasmie
Un retard orgasmique ou une anorgasmie apparus après une période de fonctionnement satisfaisant conduisent à revoir les médicaments, les autres dysfonctions sexuelles, la douleur, les consommations d’alcool ou d’autres substances, les antécédents neurologiques et les maladies métaboliques. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, la clomipramine, certains antipsychotiques et les opioïdes peuvent retarder l’orgasme. Une neuropathie diabétique, une sclérose en plaques, une lésion médullaire, un hypogonadisme, une hyperprolactinémie ou une hypothyroïdie sont recherchés lorsque les signes cliniques les évoquent. 1
Anéjaculation
Une anéjaculation confirmée après analyse des urines post-orgasme fait rechercher une atteinte des voies nerveuses centrales ou périphériques, une lésion médullaire, une neuropathie autonome diabétique, une maladie neurologique, une chirurgie pelvienne ou rétropéritonéale, ainsi que les médicaments susceptibles de bloquer l’éjaculation. L’orgasme peut rester présent. Le bilan urologique précise l’origine du trouble et le retentissement sur la fertilité. 1
Éjaculation rétrograde
L’éjaculation rétrograde oriente la recherche vers une anomalie de fermeture du col vésical. Elle survient notamment après une chirurgie de la prostate ou du col vésical, une chirurgie rectale ou rétropéritonéale, une neuropathie diabétique, une lésion médullaire, une sclérose en plaques ou la prise d’un alpha-bloquant. La chronologie avec une intervention, l’apparition d’un diabète compliqué ou l’introduction d’un médicament apporte souvent l’élément décisif. Le projet de fertilité justifie un avis urologique ou andrologique. 1
Les facteurs psychosexuels et relationnels sont évalués avec la même précision : anxiété anticipatoire, humeur dépressive, douleur, peur de l’échec, contexte traumatique, décalage entre les stimulations recherchées seul et celles disponibles avec un partenaire, difficultés de communication ou conflits relationnels. Une plainte sexuelle ne doit jamais être réduite d’emblée à une cause psychologique : les dimensions corporelles, douloureuses, hormonales, infectieuses, iatrogènes, relationnelles et psychiques sont évaluées ensemble.
V. Prise en charge
La prise en charge traite les causes identifiées. Une dysfonction érectile, une douleur, une dépression, un trouble anxieux, une affection neurologique, endocrinienne ou métabolique sont pris en charge selon leurs recommandations propres. Lorsqu’un médicament est impliqué, le prescripteur discute une réduction de dose, un changement de molécule ou une adaptation thérapeutique. L’arrêt brutal d’un antidépresseur, d’un antipsychotique ou d’un opioïde expose à des risques de sevrage ou de rechute et ne constitue pas une conduite appropriée. 2
La sexothérapie peut explorer les stimulations nécessaires au plaisir, la place de la masturbation, les scénarios érotiques, les attentes de la personne, la communication avec le ou les partenaires et l’anxiété liée au résultat. La personne peut élargir progressivement son répertoire de stimulations, ajuster le rythme, les positions ou les pratiques, et retrouver des conditions favorables à l’excitation. La participation du ou des partenaires est proposée avec l’accord de la personne concernée. 3
Aucun médicament ne dispose d’un niveau de preuve suffisant pour être recommandé de façon systématique dans le retard orgasmique ou l’anorgasmie. La cyproheptadine, la yohimbine, la buspirone, l’amantadine, l’oxytocine ou la cabergoline ont été rapportées dans des études de faible niveau de preuve ou des séries de cas. Les traitements invasifs ne sont pas indiqués en pratique courante pour améliorer l’orgasme. 1
Projet de fertilité
Un désir d’enfant associé à une anéjaculation ou à une éjaculation rétrograde justifie un avis urologique ou andrologique. Le bilan précise l’existence d’un sperme dans les urines après l’orgasme, la cause neurologique, chirurgicale ou médicamenteuse, la fonction érectile et les possibilités de prélèvement ou de recueil de sperme. Les techniques de procréation médicalement assistée sont discutées avec l’équipe spécialisée lorsque cela est nécessaire.
VI. Situations nécessitant un avis spécialisé
- Apparition récente et persistante d’une anorgasmie, d’une anéjaculation ou d’une diminution importante des sensations orgasmiques ;
- Trouble apparu après une chirurgie prostatique, pelvienne, rachidienne ou un traumatisme neurologique ;
- Diminution de la sensibilité génitale, faiblesse, troubles sphinctériens, douleurs périnéales ou symptômes neurologiques associés ;
- Éjaculation rétrograde suspectée avec projet de fertilité ;
- Échec d’une première prise en charge, symptômes complexes ou retentissement psychique marqué.
L’orientation associe, selon la situation, médecine générale, urologie, andrologie, endocrinologie, neurologie, psychiatrie et sexologie. La consultation garde pour fil conducteur la plainte formulée par la personne et les objectifs qu’elle souhaite atteindre.
Références
- European Association of Urology. EAU Guidelines on Sexual and Reproductive Health: Disorders of Ejaculation. 2026. https://uroweb.org/guidelines/sexual-and-reproductive-health/chapter/disorders-of-ejaculation[↩][↩][↩][↩][↩][↩]
- Shindel AW, Althof SE, Carrier S, et al. Disorders of Ejaculation: An AUA/SMSNA Guideline. Journal of Urology. 2022;207:504-512. https://doi.org/10.1097/JU.0000000000002392[↩][↩][↩]
- Nguyen V, Dolendo I, Uloko M, et al. Male delayed orgasm and anorgasmia: a practical guide for sexual medicine providers. International Journal of Impotence Research. 2024;36:186-193. https://doi.org/10.1038/s41443-023-00692-7[↩]







un grand merci…
Très bon article qui m’éclaire sur beaucoup de points
Merci
Depuis que je cherchais des reponses,c’est la premiere fois que je tombe sur un article aussi complet et satisfaisant.
J’ai 47 ans et depuis 27 ans que je n’ai pas eu d’orgasme.comme je vis en algerie ,il m,est difficile de trouver a qui me vonfier.
J’ai vue un psy etait decevant ,avec l’urologue il m’avait dit que c’est dans ma tete .
En tout cas je me sens insatisfait et incomplet .quand je fais l’amour j’aprehende le moment et j’ejaculerais car c’est anstant suivis d’angoisse et de mal etre ,et le pire c’est que ma femme ne se rend compte de rien
moi aussi jai 1 mois que je souffre de ce cas mais dommage en algerie rien peut aider et svp esque votre cas a ameliorer dans le temp
Effectivement, il n’est pas aisé d’aborder ce sujet dans votre Pays, c’est un tabou extrêmement important.
Cependant, ne baissez pas les bras. Il y a 2 livres que je peux vous recommander et qui peuvent vraiment vous aider :
L’éjaculation précoce, ce n’est pas une fatalité ! par le Dr Sébastien LANDRY et Lutter contre l’éjaculation précoce de Philippe Kempeneers.
Bon courage.
Dr Arnaud ZELER
Merci beaucoup, très utile.
Merci pour cet article. Mon mari arrive rarement a avoir un orgasme et ne ressent aucun plaisir ni quand je le touche ni a l’éjaculation. Ce n’est pas facile a vivre et il refuse de consulter un sexologue. Cela fait 23 ans que nous sommes ensemble et il m’a avoué récemment qu’il se forçait a avoir des orgasmes et a la pénétration depuis 20 ans….J’ai de la peine qu’il ne connaisse pas l’extase orgasmique