Produits ultra-transformés, métabolisme et santé sexuelle

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Lorsqu’une personne consulte pour une difficulté sexuelle ou des difficultés à concevoir, l’alimentation est rarement explorée de façon approfondie au cours de l’entretien. Les antécédents, les traitements, le bilan hormonal, les facteurs vasculaires ou métaboliques, le stress et la relation de couple sont généralement explorés. Les habitudes alimentaires, l’activité physique, le sommeil, le tabac et les autres substances sont souvent abordés par quelques questions générales. Or, la composition de l’alimentation peut influer sur le poids, la glycémie, le profil lipidique et la santé vasculaire, autant de paramètres qui comptent dans la fonction sexuelle. Des travaux récents suggèrent également un effet sur certains marqueurs hormonaux et spermatiques.12

Les travaux consacrés à la junk food et aux produits ultra-transformés permettent aujourd’hui de préciser certains de ces liens. Dans un essai contrôlé mené en 2019, 20 adultes ont consommé successivement une alimentation ultra-transformée et une alimentation peu ou pas transformée. La phase ultra-transformée a augmenté l’apport énergétique d’environ 500 kcal par jour et le poids de 0,9 kg en deux semaines.3 Une étude croisée publiée en 2025 chez 43 hommes a observé une augmentation du poids et de certains marqueurs du métabolisme lipidique dans les deux conditions d’apport énergétique prévues par le protocole. Dans certaines conditions expérimentales, l’alimentation ultra-transformée a aussi diminué la concentration de l’hormone folliculo-stimulante (FSH), impliquée dans la spermatogenèse. La diminution de la motilité totale des spermatozoïdes restait une tendance et non un résultat démontré.2 Le désir, l’excitation, l’orgasme, les douleurs pendant l’activité sexuelle et la satisfaction sexuelle ont encore été peu étudiés dans ce domaine. En consultation, ces données biologiques prennent leur sens aux côtés de l’histoire sexuelle, du vécu corporel, des traitements et du contexte relationnel.

Junk food, qualité nutritionnelle et ultra-transformation

L’expression « junk food » est courante et ne correspond à aucune définition scientifique unique. Elle désigne habituellement des aliments ou des repas consommés pour leur goût, leur prix ou leur facilité d’accès, souvent riches en énergie, en sel, en sucres ou en lipides, et pauvres en fibres. Un hamburger, une pizza ou un dessert peuvent toutefois être préparés avec des ingrédients et des procédés très différents. Le nom du plat ne suffit pas à décrire sa qualité nutritionnelle ni son degré de transformation.

La classification NOVA propose un autre regard. NOVA est un nom propre choisi par ses auteurs ; il ne s’agit pas d’un acronyme. Elle répartit les aliments en quatre groupes selon la nature, l’ampleur et la finalité de leur transformation. Son groupe 4 réunit les produits ultra-transformés : des formulations industrielles qui associent généralement des substances extraites ou dérivées d’aliments, des additifs et des procédés destinés à modifier le goût, la texture, la conservation ou la facilité d’emploi. Le classement repose notamment sur la liste des ingrédients, la nature des substances utilisées et, lorsqu’il est connu, le mode de fabrication. Un produit biologique, végétal ou présenté comme « sain » peut ainsi appartenir au groupe 4.45

Le Nutri-Score renseigne sur le profil nutritionnel ; NOVA décrit le degré de transformation. Une analyse de la base Open Food Facts a mis en évidence des produits classés dans le groupe 4 de NOVA dans toutes les classes du Nutri-Score, de A à E. Ces outils répondent à des questions différentes et doivent être interprétés au regard de l’ensemble de l’alimentation, de la fréquence de consommation et de la taille des portions.6

Ce que montrent les essais chez l’être humain

En 2019, une équipe des National Institutes of Health, aux États-Unis, a accueilli vingt adultes pendant quatre semaines dans une unité de recherche clinique. Chaque personne a suivi successivement deux semaines d’alimentation ultra-transformée et deux semaines d’alimentation peu ou pas transformée. Les menus proposés étaient comparables sur le plan de l’apport énergétique, des macronutriments, du sucre, du sel et des fibres, et les participants mangeaient à volonté. Pendant la période ultra-transformée, ils ont consommé en moyenne 508 kilocalories supplémentaires par jour et pris 0,9 kg ; pendant l’autre période, ils ont perdu 0,9 kg. Dans les conditions de cet essai, la mise à disposition d’aliments ultra-transformés a entraîné un apport énergétique spontané plus élevé. Cet essai ne comportait aucune mesure de la fonction sexuelle.3

Un second essai croisé, publié en 2025, a étudié 43 hommes ayant suivi, dans un ordre attribué au hasard, trois semaines d’alimentation riche en produits ultra-transformés et trois semaines d’alimentation peu ou pas transformée. L’alimentation riche en produits ultra-transformés s’est accompagnée d’une évolution défavorable du poids et du rapport entre le cholestérol LDL, transporté par les lipoprotéines de basse densité, et le cholestérol HDL, transporté par les lipoprotéines de haute densité, dans les deux conditions d’apport énergétique prévues par le protocole. Les chercheurs ont également observé une diminution de l’hormone folliculo-stimulante (FSH), qui participe à la spermatogenèse, ainsi qu’une tendance à la baisse de la motilité totale des spermatozoïdes. Ces variations portent sur des marqueurs biologiques ; l’étude n’était pas conçue pour mesurer la probabilité de concevoir un enfant ni la qualité de la vie sexuelle.2

Dans ce même essai, la concentration sanguine de cxMINP, un métabolite secondaire du phtalate de diisononyle (DINP), tendait à augmenter pendant la période d’alimentation riche en produits ultra-transformés. Les chercheurs n’ont pas identifié la source exacte de cette exposition et n’ont pas démontré qu’elle expliquait les variations hormonales ou spermatiques observées. Ce résultat constitue une piste de recherche. Il ne permet pas, actuellement, d’attribuer un trouble sexuel ou un trouble de la reproduction à un emballage ou à un additif précis.2

Fertilité : des signaux à interpréter avec précision

Les résultats observés chez des hommes dans l’étude publiée en 2025 complètent les connaissances sur l’influence de l’alimentation et de l’état métabolique sur la reproduction. Une baisse de FSH ou une modification de la motilité spermatique ne suffisent pas à diagnostiquer une infertilité. Le bilan d’une infertilité tient compte du parcours du couple ou des partenaires, de la durée des tentatives, des cycles menstruels, des antécédents et de l’examen clinique. Selon la situation, il comprend un spermogramme et des explorations gynécologiques. Le retentissement du parcours sur la sexualité doit être évalué en parallèle.7

Chez les femmes, une analyse transversale de l’enquête américaine National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) a porté sur 3 601 participantes âgées de 18 à 44 ans. Après appariement statistique, 1 645 participantes ont été incluses dans l’analyse : 417 ayant déclaré un antécédent d’infertilité et 1 228 participantes sans antécédent déclaré d’infertilité. Les femmes situées dans le quartile de consommation le plus élevé de produits ultra-transformés déclaraient plus souvent un antécédent d’infertilité que celles du quartile le plus faible : le rapport de cotes ajusté (odds ratio) était de 1,43, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 1,03 à 2,00. L’alimentation avait été estimée par un rappel des consommations des vingt-quatre dernières heures et l’infertilité par questionnaire. Comme l’exposition et l’antécédent étaient recueillis au même moment, cette étude décrit une association et ne permet pas de reconstituer l’ordre des événements ni d’établir un lien causal.8

Fonction érectile et santé métabolique

La dysfonction érectile a des causes souvent intriquées : atteintes vasculaires, métaboliques, hormonales ou neurologiques, effets de certains médicaments et facteurs psychosexuels. Son évaluation recherche notamment une hypertension artérielle, une dyslipidémie, un diabète, un excès de poids, une inactivité physique, un tabagisme, des troubles de l’humeur et des difficultés relationnelles. L’évaluation de l’alimentation complète ce bilan en raison de ses liens avec le métabolisme et la santé cardiovasculaire.1

Les recommandations françaises intègrent l’éducation thérapeutique, l’amélioration du mode de vie, la prise en charge des pathologies associées et les traitements spécifiques de la dysfonction érectile. Une méta-analyse publiée en 2026 a réuni seize essais randomisés et 1 477 participants. Les interventions portant sur l’alimentation, l’activité physique ou les deux ont entraîné une amélioration modeste des scores de fonction érectile, avec une différence moyenne de 2,35 points et un niveau de preuve jugé modéré. Les protocoles étaient très hétérogènes et aucun résultat ne permet d’isoler l’effet d’une réduction des seuls produits ultra-transformés.910

Désir, plaisir et vécu corporel

Les études disponibles répondent peu aux questions posées en consultation : une alimentation riche en produits ultra-transformés modifie-t-elle le désir, l’excitation, la lubrification, l’orgasme, les douleurs pendant l’activité sexuelle ou la satisfaction ? Les essais de Hall et de Preston n’ont pas recueilli ces dimensions, et l’étude NHANES sur l’infertilité ne les a pas davantage explorées.111213

En consultation, l’alimentation mérite d’être abordée lorsqu’une difficulté sexuelle s’inscrit dans un contexte de diabète, de maladie cardiovasculaire, de surpoids ou d’obésité, de fatigue, de trouble de l’humeur ou d’insatisfaction corporelle. Chacun de ces éléments peut contribuer à la difficulté sexuelle et mérite une évaluation spécifique. Le récit de la personne reste indispensable. Il précise l’évolution du désir, la qualité de l’excitation, la présence éventuelle de douleurs et le contexte relationnel. L’entretien aborde également les traitements, le sommeil et l’organisation quotidienne des repas. Une prise en charge sérieuse évite d’attribuer toute difficulté au poids ou à l’assiette.

Comment en parler en consultation ?

Quelques questions simples apportent davantage d’informations qu’une injonction à « mieux manger ». Combien de repas sont pris dans une journée ? S’agit-il de repas cuisinés à domicile, livrés ou achetés prêts à consommer ? Certains repas sont-ils sautés faute de temps ? Les boissons sucrées ou alcoolisées sont-elles quotidiennes ? Le travail de nuit, la précarité, la solitude, les douleurs ou la fatigue compliquent-ils les courses et la préparation des repas ? Ces réponses permettent de proposer des changements adaptés au quotidien et de repérer les situations qui justifient l’aide d’un médecin traitant, d’un diététicien ou d’un médecin nutritionniste.

Le prix des aliments, l’offre disponible à proximité, les horaires de travail, l’insécurité alimentaire et les conditions sociales sont associés à la consommation de produits ultra-transformés. Une revue systématique de 55 études menées sur des échantillons représentatifs à l’échelle nationale a rapporté des écarts selon l’âge, le territoire, le revenu, l’insécurité alimentaire et d’autres caractéristiques sociales, avec des résultats variables d’un pays à l’autre. Le conseil clinique doit tenir compte de ces contraintes et éviter toute culpabilisation.14

Une difficulté érectile persistante justifie une évaluation médicale et sexologique, un examen orienté et, selon la situation, une mesure de la glycémie à jeun ou un dosage de l’hémoglobine glyquée, un bilan lipidique et un dosage matinal de la testostérone totale. Des difficultés à concevoir conduisent également à une évaluation adaptée à l’âge, aux antécédents, aux cycles menstruels et à la durée des essais. L’évaluation de l’alimentation s’intègre à cette démarche clinique.17

Un enjeu clinique et collectif

Les choix individuels se construisent dans un environnement où l’industrie influence la formulation, le prix, la disponibilité et la publicité des produits. Une série publiée dans The Lancet décrit des leviers de santé publique portant sur le marketing, l’étiquetage, la distribution, l’accessibilité économique et les environnements alimentaires. L’information donnée en consultation peut aider une personne ; la réduction de l’exposition de toute une population dépend aussi de décisions collectives.15

La place des produits ultra-transformés doit être interprétée selon le type de difficulté sexuelle ou reproductive et l’ensemble du contexte clinique. Les essais disponibles montrent des effets sur l’apport énergétique, le poids, certains paramètres métaboliques et certains marqueurs reproductifs. Ces résultats soutiennent l’intérêt d’intégrer l’alimentation à l’histoire clinique, avec la même précision que l’activité physique, le sommeil, le tabac, les traitements et le contexte psychosexuel.

Références

  1. European Association of Urology. Management of erectile dysfunction. EAU Guidelines on Sexual and Reproductive Health, édition 2026. Lire la recommandation[][][]
  2. Preston JM, Iversen J, Hufnagel A, et al. Effect of ultra-processed food consumption on male reproductive and metabolic health. Cell Metabolism. 2025;37(10):1950-1960.e2. https://doi.org/10.1016/j.cmet.2025.08.004[][][][]
  3. Hall KD, Ayuketah A, Brychta R, et al. Ultra-processed diets cause excess calorie intake and weight gain: an inpatient randomized controlled trial of ad libitum food intake. Cell Metabolism. 2019;30(1):67-77.e3. https://doi.org/10.1016/j.cmet.2019.05.008[][]
  4. Monteiro CA, Cannon G, Moubarac JC, Levy RB, Louzada MLC. The UN Decade of Nutrition, the NOVA food classification and the trouble with ultra-processing. Public Health Nutrition. 2018;21(1):5-17. https://doi.org/10.1017/S1368980017000234[]
  5. Monteiro CA, Cannon G, Levy RB, et al. Ultra-processed foods: what they are and how to identify them. Public Health Nutrition. 2019;22(5):936-941. https://doi.org/10.1017/S1368980018003762[]
  6. Romero Ferreiro C, Lora Pablos D, Gómez de la Cámara A. Two Dimensions of Nutritional Value: Nutri-Score and NOVA. Nutrients. 2021;13(8):2783. https://doi.org/10.3390/nu13082783[]
  7. Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Prise en charge de première intention du couple infertile. Recommandations pour la pratique clinique CNGOF 2022. Journal of Gynecology Obstetrics and Human Reproduction. 2024. Lire la recommandation[][]
  8. Su X, Chen G, Shi S, et al. Association between ultra-processed foods and female infertility: a large cross-sectional study. BMC Public Health. 2025;25:2213. https://doi.org/10.1186/s12889-025-23458-w[]
  9. Huyghe E, Kassab D, Graziana JP, et al. Therapeutic management of erectile dysfunction: the AFU/SFMS guidelines. Progrès en Urologie. 2025;35(3):102842. https://doi.org/10.1016/j.fjurol.2024.102842[]
  10. Li T, He X, Huang W, et al. Efficacy of lifestyle interventions in treating erectile dysfunction: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Sexual Medicine. 2026;23(6):qdag137. https://doi.org/10.1093/jsxmed/qdag137[]
  11. Hall KD, Ayuketah A, Brychta R, et al. Cell Metabolism. 2019;30(1):67-77.e3. Consulter l’étude[]
  12. Preston JM, Iversen J, Hufnagel A, et al. Cell Metabolism. 2025;37(10):1950-1960.e2. Consulter l’étude[]
  13. Su X, Chen G, Shi S, et al. BMC Public Health. 2025;25:2213. Consulter l’étude[]
  14. Dicken SJ, Qamar S, Batterham RL. Who consumes ultra-processed food? A systematic review of sociodemographic determinants of ultra-processed food consumption from nationally representative samples. Nutrition Research Reviews. 2024;37(2):416-456. https://doi.org/10.1017/S0954422423000240[]
  15. Scrinis G, Popkin BM, Corvalan C, et al. Policies to halt and reverse the rise in ultra-processed food production, marketing, and consumption. The Lancet. 2025;406(10520):2685-2702. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)01566-1[]